Data Loading...

M le monde 16 octobre Flipbook PDF

M le monde 16 octobre


539 Views
5 Downloads
FLIP PDF 14.21MB

DOWNLOAD FLIP

REPORT DMCA

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

M Le magazine du Monde n o 474. Supplément au Monde n o 23568/2000 C 81975 SAMEDI 17 OCTOBRE 2020. Ne peut être vendu séparément. Disponible en France métropolitaine, Belgique et Luxembourg.

Spécial design

PAIX INTÉRIEURE Le canapé, objet de tous les désirs

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Services conseil décoration et conception 3D en magasin

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

French : français

Aqua. Table de repas, design Fabrice Berrux. Steeple. Chaises et bridge, design Enrico Franzolini. Equinoxe. Tapis, design Elizabeth Leriche.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

French Art de Vivre Photo : Michel Gibert, non contractuelle. Herdade Do Freixo.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Rencontre inattendue no 5.

CARTE BLANCHE À

Quentin BLAKE.

JUSQU’EN DÉCEMBRE, L’ILLUSTRATEUR BRITANNIQUE AU TRAIT VIF ET À L’HUMOUR MALICIEUX IMAGINE POUR “M” UNE SÉRIE DE “RENCONTRES INATTENDUES”, DES DESSINS SURRÉALISTES ET TENDRES. L’ARTISTE EST ACTUELLEMENT EXPOSÉ À LA GALERIE MARTINE GOSSIEAUX, À PARIS.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

8

AMPLIFIEZ L’ÉCLAT DE VOTRE JEUNESSE

ABEILLE ROYALE

LA RÉPARATION NÉE DE LA SCIENCE ET DE L’ABEILLE

HUILE & SÉRUM

LA PEAU EST PLUS LISSE

97%2

LA PEAU EST PLUS LUMINEUSE

87%2

LA PEAU EST PLUS LIFTÉE

85%2

DÈS 7 JOURS, INFUSÉE DU POUVOIR RÉPARATEUR DES MIELS ET DE LA GELÉE ROYALE GUERLAIN, LA PEAU PARAÎT PLUS JEUNE.3 ÉTAPE 1: HUILE-EN-EAU JEUNESSE. Sa formule révolutionnaire repulpe instantanément la peau en son cœur. Elle est parfaitement préparée à recevoir le sérum dont la diffusion et l’efficacité sont amplifiées. ÉTAPE 2: SÉRUM DOUBLE R RENEW & REPAIR. Sa double technologie exclusive à effet peeling et lifting affine, raffermit et illumine votre peau.

#GUERLAINFORBEES4

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

1

10 ans d’innovation beauté grâce aux abeilles 2 Huile-en-Eau Jeunesse et Sérum Double R Renew & Repair utilisés ensemble, test d’auto-scorage, 60 femmes, 2 applications/jour pendant 1 mois au Japon 3 Tests in vitro sur ingrédients 4 #Guerlainpourlesabeilles

Au programme

C’EST L’HISTOIRE D’UNE FEMME. D’une femme artiste, la céramiste Valentine Schlegel, dont la journaliste Sabine Maida, dernière arrivée dans l’équipe de M Le magazine du Monde, nous raconte les œuvres et le parcours dans ce nouveau numéro Spécial design. Son histoire résonne doucement avec l’hystérisation du débat autour du livre Le Génie lesbien, d’Alice Coffin : dans cet ouvrage, l’autrice y affirme – pour résumer à l’extrême – ne plus lire, voir ou écouter d’artistes hommes afin de se libérer d’une vision du monde forcément masculine puisque, dans l’histoire, les écrivains, peintres ou compositeurs sont, dans leur écrasante majorité, des hommes. On lui objectera évidemment qu’il est dommage de se passer de tant de talent et d’émotions, ces choses qui construisent une culture et forment le sens critique et le libre arbitre pour construire sa propre voie. On peut déplorer que certains caricaturent son propos en lui prêtant la volonté d’éradiquer les hommes de la surface de la Terre. Et on doit s’effrayer qu’elle reçoive, depuis la sortie du livre, de nombreuses menaces de mort. Mais visiter le département des peintures françaises du Louvre et n’y trouver, à proximité d’Ingres ou de Delacroix, que la seule Élisabeth Vigée Le Brun laisse songeur.euse. Le programme de français de première générale interroge

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

10

tout autant : sur neuf auteurs, deux femmes seulement, Madame de Lafayette et Marguerite Yourcenar. Valentine Schlegel est aujourd’hui une vieille dame qui a égaré ses souvenirs, comme le dit joliment Sabine Maida. Elle est aussi ignorante de la consécration tardive qu’elle reçoit que des fracas du monde. Originaire de Sète, membre d’une famille de filles et amie proche de la cinéaste Agnès Varda, Schlegel a choisi la céramique à sa sortie des Beaux-Arts, un genre plutôt délaissé par les garçons. Pétrir la terre, mettre des formes au four, faire des vases… Originale, discrète jusqu’à en être sauvage, homosexuelle dans une époque où il était bien plus difficile d’affirmer ses orientations, elle a aussi construit de ses propres mains des cheminées aux formes organiques dont il ne reste quasiment plus aujourd’hui que des photographies. Elle s’est tenue à l’écart de tout, comme étrangère au devenir de ses « œuvres », n’accordant pas une seconde à l’édification d’une quelconque postérité. Elle est, comme on dit aujourd’hui, particulièrement inspirante. Qu’est-ce qui, dans son histoire, tient au fait qu’elle est femme ? La question reste entière. Marie-Pierre LANNELONGUE

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

design Mario Bellini - www.bebitalia.com

dix, cent modes de vie

Lilla Böleczet. Nicolay Doychinov pour Le Monde Couver ture : tapis Cordélie, dessin esxalator, Herlmès. Chemise, Paul Harnden chez Léclaireur. Lampe n°15.020, design Douglas Mont, Rispal. Fauteuil Echoes, design Christophe Pillet, Flexform. Jardinière Long Pot, design Inga Sempé, Cinna

Le sommaire

LA SEMAINE 28 Entre-soi Les serveurs de données. La couverture a été réalisée par Julien T. Hamon pour M Le magazine du Monde.

29 Kimberly Guilfoyle, la bru de décoffrage de Donald Trump. 32 Allegra Stratton, le nouveau visage de Downing Street. 34 Au Japon, le coronavirus à l’origine d’une nouvelle épidémie de suicides. 35 Objet de conversation La visière cache-misère. 36 Il était une fois des contes “inclusifs” qui déchaînaient l’extrême droite hongroise.

38 En Bulgarie, un frère face à la pègre.

48 Qui est vraiment… Vincent Labrune.

40 Les deux grandes revues d’Hollywood font groupe commun.

50 Amandine Sanvisens à cheval sur la cause animale.

42 L’histoire se répète Clichés-sur-Seine. 44 Alexandra Louis, les femmes et les enfants d’abord. 46 Les îles bretonnes veulent réguler les grandes marées humaines.

52 Débat de soirée Présidentielle 2022 : faut-il réhabiliter les primaires ? 54 C’est peut-être un détail pour vous… La mannequin Clara Berry lors de la fashion week, à Paris. 56 La première fois que “Le Monde” a écrit Rafael Nadal.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

15

Le sommaire

57 Ruée sur le canapé. Depuis le confinement, ce meuble est devenu une pièce essentielle de nos salons. Souples, confortables, modulables, les sofas des années 1970 sont plébiscités. 64 Paul-Bert - Serpette, show de puces. Ce marché central des puces de Saint-Ouen spécialisé dans le mobilier fait la tendance dans le monde de la décoration. La chute de la fréquentation des acheteurs américains accélère sa mue numérique.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

16

70 Quelque chose de pourri au royaume de Norvège. À l’automne 2018, une pièce de théâtre antiraciste a été la cible d’une obscure machination derrière laquelle se cacherait la discrète épouse du ministre de la justice. 76 L’étonnant parcours “Intérieur” d’un Matisse. Le chef-d’œuvre méconnu de Matisse, “Intérieur aux aubergines”, propriété du Musée de Grenoble depuis 1922, sera exposé au Centre Pompidou, à Paris, à partir du 21 octobre.

Un événement pour les “matissiens” et le monde de l’art. 80 PORTFOLIO Valentine Schlegel, la céramique des fluides. La cinéaste Agnès Varda a photographié son amie la céramiste Valentine Schlegel, et ses œuvres. Des images visibles à la galerie Nathalie Obadia à Paris à partir du 7 novembre.

Photocollage Camille Durand/M le magazine du Monde d’après Ar flex, Ar form, B&B Italia, BoConcept, Cassina, Ethnicraft, Flexform, Fritz Hansen, Habitat, Ligne Roset, Maison du Monde, Madura, Selenc y, Sera x, Knoll, RBC, Vitra. Benjamin Schmuck pour M Le magazine du Monde

LE MAGAZINE

*LA NATURE DU TEMPS

L’EXCELLENCE DU SAVOIR-FAIRE JAPONAIS À DÉCOUVRIR PLACE VENDÔME

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Boutique Grand Seiko - 7, place Vendôme, 75001 Paris, Tél. : 01 81 69 56 96 E-mail : [email protected]

Le sommaire

LE GOÛT 116 Paris hors normes. 122 Luke Edward Hall, poète décoratif. 126 Librement inspiré Assise graphique.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

136 L’esprit du lieu L’inoxydable usine Degrenne. 140 Des nouvelles de Ionna Vautrin, designer.

128 Fétiche British breakfast.

142 Circuit court Saint-Étienne en pleines formes.

130 Variations Coupes aux carrés.

144 À l’origine Fortes têtes.

131 Le sens du détail Quilts ou double.

146 La suggestion de la cheffe Brillant Châteaubriand.

132 L’ultramoderne solitude de Jean Claracq.

148 Traitement de saveur Le rayon vert.

18 Demain

134 D’où ça sort Les réserves exposées.

149 Produit intérieur brut Un potimarron, deux possibilités. 150 Écologiquement vôtre Le bocal en verre. 151 Sur tous vos écrans “Un mauvais fils”, gestion de crises. 152 Dossier Festival de la mode et de la photographie de Hyères. 160 Jeux 162 Dans l’album photo de… Piero Lissoni.

COORDONNÉES DE LA SÉRIE « LA VIE DES AUTRES », P. 91. Amélie maison d’art : amelie-paris.com — Amini : amini.it — Armani casa : armani.com – B&B Italia : bebitalia.com — Boffi : boffi.com — Bolia : design.bolia.com — Bonton : bonton.fr — Boon : boonparis.com — Cassina : cassina.com — CFOC : cfoc.fr — Cinna : cinna.fr — Coedition : coedition.fr — CVL : cinna.fr — Ethnicraft : ethnicraft.com — Faïencerie de Charolles : fdcfrance.com — Faïencerie de Gien : gien.com — Flos : flos.com — Flexform : flexform. it — Hermès : hermes.com — J.M. Weston : jmweston.com — John Lobb : johnlobb.com — Karakter : karaktercopenhagen.com — Knoll : knoll.com — La chance : lachance.paris — Leclaireur : leclaireur.com — Ligne Roset : ligne-roset.com — Living Divani : livingdivani.it — Noma : noma-editions.com — Maison Combelle : combelle. com — Maison Matisse : maison-matisse.com — Mattermade : mattermade.us — Minotti : minotti.com — Molteni : molteni.fr — My design : m-ydesign.com — Nespresso : nespresso.com — Pierre Augustin Rose : pierreaugustinrose.com — Puiforcat : puiforcat.com — Rispal : rispal.com — Roche Bobois : roche-bobois.com — Saint-Louis : saint-louis.com — Serax : serax.com — Silvera : silvera.fr — Smallable : fr.smallable.com — Society Limonta : eu.societylimonta.com — Studio Daniel Da Costa : studiodanielcosta.com — Studio Haos : studiohaos.com — The conran shop : conranshop.fr — Triode : triodedesign.com — USM : usm.com — We do not work alone : wedonotworkalone.fr

Benoit Linero. Marion Berrin pour M Le magazine du Monde

91 La vie des autres.

SYSTÈME D’ASSISES CONNERY | DESIGN RODOLFO DORDONI PETITE TABLE BOTECO | DESIGN MARCIO KOGAN / STUDIO MK27

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

DÉCOUVREZ-EN PLUS DANS MINOTTI.COM/CONNERY

#MolteniGroup NOUVELLE OUVERTURE MOLTENI&C | DADA PARIS FLAGSHIP STORE 22, RUE DES SAINTS-PÈRES

Molteni@Home

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

CONSEILS EN CONCEPTION VIRTUEL MOLTENI.IT

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

DIRECTRICE ADJOINTE DE LA RÉDACTION_ Marie-Pierre LANNELONGUE DIRECTEUR DE LA CRÉATION_ Jean-Baptiste TALBOURDET-NAPOLEONE

RÉDACTION EN CHEF ADJOINTE_ Grégoire BISEAU, Agnès GAUTHERON, Clément GHYS DIRECTRICE DE LA MODE_ Suzanne KOLLER RÉDACTRICE EN CHEF TECHNIQUE_ Anne HAZARD Samuel BLUMENFELD, Zineb DRYEF, Laurent TELO. Style-mode_Sabine MAIDA (cheffe adjointe Style), Caroline ROUSSEAU (cheffe adjointe Mode) et Fiona KHALIFA (coordinatrice Mode). Avec Laëtitia LEPORCQ. Chroniqueurs_Marc BEAUGÉ, Guillemette FAURE. Assistantes_Christine DOREAU, Marie-France WILLAUME. DÉPARTEMENT VISUEL Photo_Lucy CONTICELLO et Laurence LAGRANGE (direction), Hélène BÉNARD-CHIZARI, Françoise DUTECH, Federica ROSSI. Avec Ronan DESHAIES (Instagram). Graphisme_Audrey RAVELLI (chef de studio), Camille DURAND et Marielle VANDAMME. Photogravure_Fadi FAYED, Philippe LAURE. ÉDITION Stéphanie GRIN, Julien GUINTARD et Paula RAVAUX (chefs d’édition adjoints). Boris BASTIDE, Béatrice BOISSERIE, Nadir CHOUGAR, Joël MÉTREAU, Agnès RASTOUIL. Avec Geneviève CAUX. Révision_Jean-Luc FAVREAU (chef de section), Adélaïde DUCREUX-PICON. Avec Arnaud DUBOIS.

PRÉSIDENT DU DIRECTOIRE, DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Louis DREYFUS DIRECTEUR DU “MONDE”, DIRECTEUR DÉLÉGUÉ DE LA PUBLICATION, MEMBRE DU DIRECTOIRE : Jérôme FENOGLIO DIRECTEUR DE LA RÉDACTION : Luc BRONNER DIRECTRICE DÉLÉGUÉE À L’ORGANISATION DES RÉDACTIONS : Françoise TOVO DIRECTION ADJOINTE DE LA RÉDACTION : Grégoire ALLIX, Philippe Broussard, Emmanuelle CHEVALLEREAU, Alexis Delcambre, Benoît Hopquin, Caroline Monnot, Cécile Prieur DIRECTEUR DÉLÉGUÉ AUX RELATIONS AVEC LES LECTEURS : Gilles VAN KOTE DIRECTRICE DES RESSOURCES HUMAINES : Émilie CONTE SECRÉTAIRE GÉNÉRALE DE LA RÉDACTION : Christine LAGET

Documentation : Sébastien CARGANICO (chef de service), Muriel GODEAU et Vincent NOUVET / Infographie : Le Monde / Directeur de la diffusion et de la production : Hervé BONNAUD / Fabrication : Xavier LOTH (directeur), Jean-Marc MOREAU (chef de fabrication), Alex MONNET / Directeur du développement numérique : Julien LAROCHE-JOUBERT / Directeur informatique groupe : José BOLUFER / Responsable informatique éditoriale : Emmanuel GRIVEAU / Informatique éditoriale : Samy CHÉRIFI, Christian CLERC, Igor FLAMAIN, Aurélie PELLOUX, Pascal RIGUEL / DIFFUSION ET PROMOTION_Responsable des ventes France international : Sabine GUDE / Responsable commercial international : Saveria COLOSIMO MORIN / Directrice des abonnements : Pascale LATOUR / Abonnements : [email protected]; De France, 32-89 (0,30 €/min + prix appel) ; De l’étranger (33) 1-76-26-32-89 / PROMOTION ET COMMUNICATION : Brigitte BILLIARD, Marianne BREDARD, Marlène GODET et Élisabeth TRETIACK / Directeur des produits dérivés : Hervé LAVERGNE / Responsable de la logistique : Philippe BASMAISON / Modification de service, réassorts pour marchands de journaux : 0 805 05 01 47 / M PUBLICITÉ_Présidente : Laurence BONICALZI BRIDIER / Directrices déléguées : Michaëlle GOFFAUX, Tél. 01-57-28-38-98 (michaëlle.goffaux @mpublicite.fr) et Valérie LAFONT, Tél. 01-57-28-39-21 ([email protected]) / Directeur délégué - activités digitales opérations spéciales : Sébastien NOËL / 67 avenue Pierre Mendès-France, 75013 Paris / Tél. : 01-57-28-20-00/25-61 / Courriel des lecteurs : [email protected] / Courriel des abonnements : [email protected] / M Le magazine du Monde est édité par la Société éditrice du Monde (SA). Imprimé en France : Maury imprimeur SA, 45330 Malesherbes. Origine du papier : Italie. Taux de fibres recyclées : 0%. Ce magazine est imprimé chez Maury certifié PEFC. Eutrophisation : PTot = 0.018kg/tonne de papier. Dépôt légal à parution. ISSN 0395-2037 Commission paritaire 0712C81975. Agrément CPPAP : 2000 C 81975. Distribution Presstalis. Routage France routage.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

22

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Philippe Congost Agence: +33 (0)3 81 40 36 00 [email protected]

AD Beatrice Rossetti - Photo Federico Cedrone

2 – MARIE GODFRAIN,

journaliste et collaboratrice régulière de M, s’est intéressée, pour ce numéro Spécial design, au marché PaulBert - Serpette, à Saint-Ouen. « Si le secteur du mobilier vintage n’a cessé de croître ces derniers temps, avec un pic durant le confinement, ce lieu unique au monde reste un des épicentres des tendances, proposant aussi bien des antiquités de l’Empire romain que des objets des années 1980. Aux portes de Paris, ce marché prisé des étrangers reste peu connu des Français et souffre de la situation actuelle. Mais, dans ce village gaulois, la résistance s’organise.» P. 64

4– ANNE-FRANÇOISE HIVERT,

correspondante du Monde dans les pays nordiques, revient cette semaine sur le coup monté, présumé orchestré par l’épouse du ministre de la justice norvégien, pour faire accuser de harcèlement les auteurs d’une pièce de théâtre antiraciste. L’affaire a secoué le pays pendant plusieurs mois, à l’automne 2018 et au printemps 2019, et ses protagonistes sont devant les tribunaux depuis septembre. «Au-delà de son côté rocambolesque, cette affaire interroge sur la liberté d’expression et l’influence de l’extrême droite sur la société norvégienne.» P. 70

6 – ROXANA AZIMI, journaliste, collabore régulièrement au Monde et à M. Cette semaine, elle a retracé le parcours d’Intérieur aux aubergines (1911), de Matisse, exposée au Centre Pompidou à partir du 21 octobre. «Le grand public ignore tout de ce tableau. Pourtant, c’est le talisman des matissiens, qui le considèrent comme son œuvre la plus importante conservée dans les collections publiques en France. Une toile qui résume à elle seule l’attrait des collectionneurs et des marchands d’art étrangers pour le travail du peintre, dont la fratrie des Américains Stein, et ses relations ambiguës avec l’État français.» P. 76

3 – B E N JA M I N S C H M U C K , photographe, vit et travaille à Paris. Rédacteur photo des magazines Fulgurances et Entorse, il forme, avec Laure-Anne Kayser, le binôme créatif Kayser & Schmuck et prépare actuellement un livre sur le vaudou au Bénin avec le studio Helmo. Pour ce numéro de M Le magazine du Monde, il a quadrillé le marché PaulBert - Serpette, haut lieu de vente du mobilier vintage au cœur des puces de Saint-Ouen. P. 64

5 – NAJEEBAH AL-GHADBAN, artiste et designer koweïtienne, vit et travaille à New York, notamment pour le New York Times Magazine. Pour M Le magazine du Monde, elle signe cette semaine le collage, son médium artistique de prédilection, qui illustre l’enquête d’AnneFrançoise Hivert sur la montée en puissance de l’extrême droite en Norvège. P. 70

7 – JEAN-MICHEL TIXIER,

illustrateur autodidacte, a débuté en signant les pochettes de disques de ses amis du label Record Makers (Sebastien Tellier, AIR…) avant d’attirer l’œil de grandes marques et titres de presse avec son univers graphique onirique et irrévérencieux, peuplé notamment d’une galerie de personnages décalés. Dans ce numéro de M Le magazine du Monde, c’est l’un d’eux qui illustre l’article de Roxana Azimi sur le chef-d’œuvre de Matisse, Intérieur aux aubergines. P. 76

Elles et ils ont participé à ce numéro.

1

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

24

2

3

4

5

6

7

Matthieu Salvaing. Marie Godfrain. Benjamin Schmuck. Anne-Françoise Hiver t. Najeebah Al-Ghadban. Roxana Azimi. Jean-Michel Tixier

1 – M A R I O N V I G N A L , journaliste indépendante et autrice, vient de faire paraître Éditions de parfums Frédéric Malle. Les vingt premières années (Rizzoli). Cette semaine, pour M Le magazine du Monde, elle s’est penchée sur la place centrale qu’occupe le canapé dans nos salons. « Le confinement a renforcé l’intérêt des gens pour leurs intérieurs et avant tout pour le canapé, un meuble qui a tendance à devenir de plus en plus grand, confortable, mobile ou sculptural.» P. 57

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

« ÎLE DE GROIX, DANS LE MORBIHAN. »

Gaspard CLAUDE

Pour envoyer vos photographies de M : lemonde.fr/lemdelasemaine

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

26

Gaspard Claude

Le M de la semaine.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

ENTRE-SOI

LES SERVEURS DE DONNÉES.

LE PROTOCOLE SANITAIRE IMPOSE QUE BARS ET RESTAURANTS COLLECTENT LES COORDONNÉES DE LEURS CLIENTS. UNE TÂCHE QUI DEMANDE BEAUCOUP DE DISCRÉTION ET UN PEU DE FINESSE.

Texte Guillemette FAURE

les méfiants qui ont entendu dire qu’en Allemagne ou en Angleterre il y avait eu des affaires d’exploitation malhonnête de données, de faire croire aux sceptiques que ça lui pèse aussi et aux sanitairement inquiets que c’est bien le minimum. Le porteur de cahier de rappel indique généralement à ceux qu’ils sollicitent qu’il ne le fait pas de gaieté de cœur, voire tente un mot d’humour. Il patiente devant les clients inconnus qui se demandent s’ils ne sont pas trop connus pour laisser leur téléphone (non), fait semblant de sourire quand pour la sixième fois de la journée il entend « je pourrais mettre Emmanuel Macron ou Kim Kardashian » avant que les clients ne se ravisent parce que, tout compte fait, ce n’est pas si mal d’être prévenu. Il rassure ceux qui se demandent ce qui va être fait de toutes ces données. Il devine les gens importants à un indice manifeste : lorsque le numéro du standard de leur entreprise remplace celui de leur portable. Quand il y a un couple à la table, il glisse que les coordonnées d’une seule personne suffiront – qui sait s’il ne s’agit pas d’un couple légitime. Quand c’est un groupe, le porteur du cahier s’écarte le temps du petit flottement de table pour savoir qui laisse son nom en premier, s’amuse de ceux qui veulent affirmer leur leadership en remplissant à la place des autres (« c’est quoi ton numéro ? »). Il reprend le cahier discrètement mais fermement quand il trouve un client en train de le scanner des yeux, voire de tourner les pages pour se régaler des noms des convives passés avant lui. Le porteur de cahier de rappel sait aussi qu’il faut parfois se présenter en fin de repas, comme si la vue d’un À QUOI ON LES RECONNAÎT Pas toujours bien accueilli, le porteur formulaire avant le menu risquait de de cahier de rappel exerce un job plus faire fuir le chaland. ingrat que le porteur de flacon de gel hydroalcoolique qui peut, lui, avoir COMMENT ILS PARLENT l’air d’offrir quelque chose plutôt que « Ceux qui ont téléchargé StopCovid de réclamer. Son poste demande devraient avoir le droit de ne pas remaussi plus de finesse. À lui de rassurer plir les cahiers.»

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

LA CRISE DUE AU COVID-19 a fait apparaître toutes sortes de petits métiers inédits : installateur des marqueurs de distance au sol (bof), rechargeur de flacons de gel hydroalcoolique, organisateur des files d’attente au laboratoire. Dernier d’entre eux, responsable du «cahier de rappel», comme on appelle ce recueil où bars et restaurants consignent noms et numéros de téléphone de leurs clients. Pas besoin, pour l’exercer, de ressembler à l’une de ces somptueuses créatures perchées sur des talons qui se penchent sur le front des clients du Café Marly, au pied de la Pyramide du Louvre, pour prendre leur température. Mis en place en raison de l’échec patent de l’application StopCovid, chaque registre rend compte du standing de l’établissement. Il y a le joli carnet cartonné en vélin, façon livre d’or, pour les plus chics, le cahier d’écolier pour ceux pour qui c’est une corvée, la feuille volante trop photocopiée avec des cases de tableau Excel pour les plus administratifs, avec des petites blagues complices pour les chaînes franchisées dont les cadres en communication voient dans chaque galère une potentielle amélioration de l’expérience client. Les porteurs de cahier de rappel voient leur petit métier menacé par ceux qui préfèrent laisser un registre à l’extérieur (« merci de vous inscrire avant de vous installer »), ceux qui prennent les numéros sur leur carnet de commandes avant les entrées, ceux qui déposent à l’avance des petites fiches sur la table ou des QR codes demandant de s’enregistrer sans papier ni crayon.

«T’as entendu qu’il y avait maintenant un logiciel où le client inscrit ses coordonnées à l’avance et où on le flashe à l’entrée.» « Je demande la réservation par e-mail pour ne pas avoir à demander les coordonnées des clients.» «Tout le monde s’en fout de savoir où il a pris un café.» LEURS PONCIFS

Les Allemands et les Suisses le font déjà depuis cet été, ça prouve bien que c’est efficace. Sur l’échelle actuelle des emmerdes de notre secteur, les cahiers de rappel sont au-dessous du premier barreau. LEUR QUESTION EXISTENTIELLE

En vrai, on est combien à le faire pour de bon ? LEUR GRAAL

Le client qui dit « mais bien sûr, si ça peut vous permettre de rester ouverts ». LA FAUTE DE GOÛT

Casser l’ambiance d’une rencontre off entre un politique et plusieurs journalistes en apportant des fiches à faire remplir par tous. Le stylo plein de Covid-19 qui passe de main en main pour remplir le cahier. Le resto qui pense en profiter pour faire de la pub sur les feuilles à remplir (« suivez-nous sur Instagram »). Le Paradis du fruit qui inscrit « j’autorise que mes données personnelles soient conservées et utilisées à des fins commerciales » au lieu du « Je consens à la collecte de mes données et à leur transmission, en cas de demande spécifique des autorités sanitaires compétentes dans le cadre de la recherche de “cas contacts” préconisé par la CNIL. » L’apparition d’un nouveau petit métier : destructeur de données de cahier de rappel au bout de quatorze jours.

LA SEMAINE

Kimberly Guilfoyle, lors de son intervention exaltée à la convention républicaine, le 24 août, à Washington.

Pete Marovich/NYT-Redux-REA

KIMBERLY GUILFOYLE, LA BRU DE DÉCOFFRAGE DE DONALD TRUMP.

La compagne de Donald Trump Jr est une supportrice enflammée du président américain. Et s’imagine un destin politique. Une enquête vient de révéler que cette ancienne vedette de Fox News a dû quitter la chaîne conservatrice il y a deux ans car des faits de harcèlement sexuel lui étaient reprochés. Texte Clémentine GOLDSZAL

ELLE EST ARRIVÉE SUR LA SCÈNE DE LA CONVENTION

le 24 août, perchée sur de vertigineux stilettos, ses longs cheveux bruns tombant en cascade sur ses épaules. Moulée dans une robe rouge sang (la couleur du parti), s’adressant d’une voix de stentor à un auditorium vide pour cause de pandémie, Kimberly Guilfoyle, compagne du fils de Donald Trump, a, et c’est peu dire, fait forte impression. « Elle a parlé comme le président tweete », commentait le lendemain le New York Times. « Kimberly Guilfoyle hurle dans le vide », ricanait le site Internet du New York Magazine, The Cut. À la fois ultra-féminine dans sa mise (ongles en lames de rasoir, faux cils comme des rideaux, silhouette pulpeuse soulignée par des robes sexy) et résolument prédatrice dans son attitude, elle est une sorte de Wonder Woman de la cause conservatrice. Aux côtés de Kayleigh McEnany (porte-parole de la Maison Blanche), Tomi Lahren (présentatrice chez Fox News), Hope Hicks (ancienne directrice de la communication de la Maison blanche) ou Kellyanne Conway (ex-conseillère du président), cette ancienne animatrice télé de 51 ans incarne parfaitement la guerrière trumpiste. Elle ne cesse de DU PARTI RÉPUBLICAIN,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

29

Le couple « Donberly », lors d’un meeting de Donald Trump à Orlando (Floride), le 18 juin 2019.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

30

prendre du galon dans la petite armée de femmes qui entourent le président des États-Unis et ont en commun une ambition revendiquée, une apparence très travaillée et une radicalité totalement décomplexée. Décomplexée, Guilfoyle semble l’être aussi sur son lieu de travail. Après sa prestation remarquée de la fin août (saluée par Donald Trump comme « l’une des meilleures qu’[il ait] jamais vues » et « tellement pleine d’énergie »), la voilà de retour dans l’actualité, pour des raisons moins glorieuses. Dans une enquête du 2 octobre intitulée « L’histoire secrète du départ de Fox de Kimberly Guilfoyle », le New Yorker confirme les soupçons qui planaient depuis deux ans sur l’éviction express de cette ancienne présentatrice star de la chaîne, en juillet 2018. On y retrouve les éléments désormais familiers des cas de harcèlement sexuel qui ont fait tomber ces dernières années nombre d’hommes haut placés : des contrats de confidentialité empêchant les victimes de s’exprimer publiquement, des accords à l’amiable afin d’acheter leur silence et surtout une atmosphère d’abus de pouvoir au profit des puissants. En l’occurrence, d’une puissante. « J’écris sur ces affaires depuis l’affaire Anita Hill, en 1991, nous a écrit l’autrice de l’article, Jane Mayer, dans un e-mail, mais c’est la première fois que je couvre le cas d’une patronne femme accusée par une subordonnée femme de harcèlement sexuel sur le lieu de travail. » Quand sa jeune assistante à Fox News est embauchée en 2015, Kimberly Guilfoyle est une figure de la maison, à l’antenne depuis 2006. La plainte qu’est parvenu à se procurer le New Yorker détaille une armada de pratiques habituellement associées à la masculinité toxique des hommes de pouvoir. Préférant parfois travailler de chez elle, la présentatrice se baladait nue devant sa subalterne, exigeait de faire chambre commune avec elle lors de déplacements professionnels, avait pour habitude de montrer à qui voulait les voir les photos des pénis de ses anciens amants ainsi que des vidéos pornographiques et encourageait sa jeune recrue à céder aux avances sexuelles de ses supérieurs masculins… Visée par une plainte interne déposée en 2016, Kimberly Guilfoyle aurait fait des pieds et des mains pour étouffer l’affaire, menaçant son assistante de nuire à sa carrière. Il faut dire qu’à l’époque, quelques mois avant la vague #metoo, la très influente Fox News était déjà empêtrée dans de sombres affaires de mœurs. Accusé de harcèlement sexuel, le PDG de la chaîne, Roger Ailes, est poussé vers la sortie à l’été 2016 (empochant au passage un chèque de 40 millions de dollars). Il a pu compter sur le soutien inconditionnel de Kimberly Guilfoyle. L’année suivante, c’est le

journaliste vedette Bill O’Reilly qui se retrouve sous le feu du scandale. Il sera renvoyé en avril 2017. Le départ de Guilfoyle a été réglé avec plus de discrétion. L’assistante a reçu 4 millions de dollars pour son silence et l’accusée s’est contentée de nier en bloc, avant de rebondir en politique. En couple depuis 2018 avec Donald Trump Jr, le fils aîné du président américain, Guilfoyle se réinvente depuis trois ans en bru militante et se consacre à ses nouvelles ambitions. Avec succès. Partout où il passe, le couple, autobaptisé « Donberly », fait sensation. Le public les adore, les réseaux sociaux les adulent et la presse commence à s’intéresser à ce duo au style rentre-dedans qui pourrait même, affirme certains, faire de l’ombre aux conseillers rapprochés du président Trump : Ivanka Trump et son époux Jared Kushner. Nommée conseillère officielle de la campagne en avril 2019, Guilfoyle est promue moins d’un an plus tard à la tête de Trump Victory Committee, l’outil de levée de fonds dédié aux plus gros donateurs républicains. Une ascension en forme de revanche pour cette fille d’une mère portoricaine décédée quand elle avait 11 ans et d’un père irlandais, élevée à San Francisco dans les années 1970 et issue d’un milieu populaire. Après le lycée, la jeune femme finance ses études de droit en travaillant comme mannequin, puis se construit une carrière de procureure adjointe sur la Côte ouest, avant de tout plaquer en 2004 pour s’installer à New York et tenter sa chance à la télévision. L’ambitieuse fait ses armes comme chroniqueuse judiciaire sur CNN, dans l’émission de la star des journalistes de gauche, Anderson Cooper, et commence à se faire un nom. En septembre 2004, le magazine Harper’s Bazaar publie un portrait croisé du couple qu’elle forme avec Gavin Newsom (son mari depuis 2001), alors jeune maire de San Francisco et étoile montante du Parti démocrate (il occupe aujourd’hui le poste-clé de gouverneur de Californie). Un article dont le titre est – ça ne s’invente pas – « Les nouveaux Kennedy ». Tout un programme, que la jeune femme s’emploie dès 2006 à déconstruire : alors que son désormais ex-mari poursuit son ascension à gauche, Guilfoyle, qui s’est toujours revendiquée « légèrement plus conservatrice que [lui] », vire à droite toute et rejoint les équipes de Fox News, dont elle restera l’une des vedettes. Jusqu’à son départ précipité, en juillet 2018. Autrice de Delirium: The Politics of Sex in America (2012, non traduit), essai sur la contre-révolution sexuelle, l’historienne Nancy L. Cohen a observé de près l’ascension de cette nouvelle caste de femmes de pouvoir. « Au cours des quatre dernières années, Donald Trump a remodelé le Parti républicain à son image : narcissiste, raciste et misogyne, analyset-elle. Dans ce contexte, Kimberly Guilfoyle, comme quelques autres, s’est adaptée pour flatter les ego fragiles des hommes en place, ce qui est un des seuls moyens d’obtenir du pouvoir au sein du parti et du gouvernement. Elle exploite sa sexualité pour qu’ils se sentent machos et virils. » Si cette stratégie déroute, c’est qu’elle n’est pas destinée à séduire les mères de famille indécises ou les chrétiennes antiavortement, mais à réconforter les électeurs de Trump, « blancs, mâles et peu éduqués » sur leur masculinité mise à mal par la modernité et la crise économique. Ceci explique, conclut Cohen, que Guilfoyle ait pris pour modèle de réussite « les pires exemples de pouvoir masculin ». En mars, elle profitait d’un week-end de « travail » à Mar-aLago pour fêter en grande pompe ses 51 ans. La réception fut « digne de Gatsby le Magnifique », confient les invités à la presse. Alors que la centaine de convives, tous de riches soutiens du Parti républicain, entonnait en chœur « Happy birthday », Guilfoyle se tenait sur la scène à côté de Donald Trump. Après qu’il a déposé un baiser paternel sur le front de sa nouvelle belle-fille, celle-ci adressa à la foule un galvanisant « Four more years ! »

TNS via Zuma Wire

LA SEMAINE

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Allegra Stratton, devant le 10 Downing Street, à Londres, le 8 octobre.

ALLEGRA STRATTON, LE NOUVEAU VISAGE DE DOWNING STREET.

L’ex-journaliste va devenir la porte-parole du gouvernement de Boris Johnson. Sa mission : redresser le fort déficit d’image du premier ministre britannique. Un direct quotidien à la télévision devrait l’y aider. Texte Cécile DUCOURTIEUX PETITE RÉVOLUTION DANS LE MONDE TRÈS CODIFIÉ

Downing Street va se doter d’une nouvelle porte-parole. La fonction existe depuis longtemps, mais elle va changer de nature : dans les semaines qui viennent, Allegra Stratton, 39 ans, animera pour la première fois un point d’information quotidien, diffusé en direct à la télévision. Comme à la Maison Blanche ou à la Commission européenne. Jusqu’alors largement inconnu du grand public, le porte-parole du gouvernement (depuis 2017, il s’agit de James Slack, un ex-journaliste du Daily Mail) distillait ses informations derrière des portes closes, face à un parterre de journalistes triés sur le volet – quelques dizaines de membres du « lobby », disposant d’un passe leur donnant un accès restreint à Downing Street et au Parlement de Westminster (ces derniers mois, les « briefings » se sont déroulés au téléphone). Actuellement directrice de la communication de Rishi Sunak, le chancelier de l’Échiquier, Allegra Stratton va donc devenir le « visage » de Downing Street. Et passer de l’ombre à la lumière : cela ne devrait pas poser trop de problèmes à cette grande blonde aux yeux clairs, réputée pour sa franchise et son fort caractère, déjà habituée des caméras de télévision. L’ex-journaliste a commencé sa carrière à la BBC, puis a rejoint le Guardian, le grand quotidien de la gauche britannique, avant de retourner au petit écran, notamment à ITV, où elle coanimait la tranche d’information de la soirée jusqu’au printemps dernier. DU JOURNALISME POLITIQUE BRITANNIQUE :

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

32

Baptisée, par ses parents, en référence à une fille illégitime du poète Byron, Allegra appartient à la caste des « beautiful people » : ultraconnectée et connue au point de susciter un article dans le Daily Mail en 2013 quand elle a troqué ses hauts talons pour des tongs sur le plateau de la BBC… Diplômée de Cambridge en archéologie et anthropologie, cette mère de deux jeunes enfants est mariée à James Forsyth, chef du service politique du Spectator, l’hebdomadaire dont Boris Johnson fut longtemps le rédacteur en chef. Rishi Sunak et son épouse, Akshata Murthy, fille du richissime fondateur de la société Infosys, sont le parrain et la marraine de ses deux enfants. Allegra et son mari sont symétriquement ceux des deux filles du couple indo-britannique. À leur mariage, en 2011, tout le gratin politico-médiatique s’était déplacé dans la verte campagne de l’Oxfordshire. Appréciée par Carrie Symonds, la compagne du premier ministre, Allegra habite dans le quartier d’Islington, dans le nord de Londres, à deux pas d’un autre « powerful » couple d’amis : Dominic Cummings, conseiller spécial (et très controversé) du premier ministre, et sa femme, Mary Wakefield, journaliste au… Spectator, encore lui. Celle qui confiait en 2013 à l’Evening Standard, le quotidien londonien, son admiration pour des femmes de tête (l’autrice victorienne George Eliot ou la journaliste Stephanie Flanders) incarne à merveille l’étonnante porosité entre politiques et médias au Royaume-Uni. Est-il besoin de le rappeler ? Boris Johnson est devenu la coqueluche des milieux conservateurs grâce à ses articles enlevés, eurosceptiques et souvent fantaisistes dans le Daily Telegraph. Il est loin d’être le seul : Michael Gove, son ministre d’État chargé du Brexit, fut journaliste au Times et au Spectator. George Osborne, l’ex-chancelier de l’Échiquier de David Cameron, est désormais rédacteur en chef de l’Evening Standard. Du talent et du flegme, Allegra Stratton en aura bien besoin pour affronter un « job » jugé casse-gueule par ses anciens collègues journalistes – certains digérant mal sa nouvelle fonction, considérée comme une tentative pour court-circuiter un « lobby » devenu trop critique à l’égard du dirigeant britannique. Boris Johnson a recruté la professionnelle parce qu’il a un problème d’image : il est tancé depuis des mois pour l’absence de femmes aux portefeuilles gouvernementaux importants – à l’exception notable de Priti Patel, la ministre de l’intérieur. Le premier ministre a surtout un problème de stratégie : il a raté la gestion de la première vague du Covid-19 et la deuxième est à nouveau en train de submerger le pays. Même au sein de sa formation, le Parti conservateur, on doute désormais de ses compétences, tandis que, dans les sondages, il a été rattrapé par le très sérieux chef de l’opposition travailliste, Keir Starmer. Sans compter les négociations du Brexit qui n’en finissent plus alors que Boris Johnson avait promis, fin 2019, un divorce « prêt à cuire » avec l’Union européenne… Comment défendre un tel bilan sans manier massivement la langue de bois ? « Devenir le visage public d’un premier ministre et d’un gouvernement largement connus pour leur malhonnêteté requiert un sacré courage. [Allegra Stratton] va devoir endosser la responsabilité d’un gouvernement qui essaie le plus souvent possible de se décharger de toute responsabilité », note, grinçant, Tom Peck, journaliste au quotidien de centre gauche The Independent. Allegra Stratton pourrait émarger à environ 100 000 livres sterling par an (110 000 euros environ) assure le Telegraph. Un salaire important, certes, mais pas si généreux vu la lourdeur de la tâche. Boris Johnson ne gagnait-il pas 275 000 livres sterling annuelles (300 000 euros environ) par an pour une chronique hebdomadaire au Telegraph, qui ne lui prenait que « dix heures de travail par mois », à en croire le Guardian en 2018 ?

George Cracknell Wright/LNP/Shutterstock/Sipa

LA SEMAINE

Rimadesio

Modulor boiserie, Self bold meuble conteneur.

rimadesio.com

Design Giuseppe Bavuso

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

PPCM Sarl +33 381403600 [email protected]

LA PANDÉMIE DE COVID-19 AVIVE LES CRAINTES D’UN REBOND DURABLE DES SUICIDES

AU JAPON. Les derniers chiffres l’attestent, le nombre de personnes mettant fin à leurs jours est reparti à la hausse après des années de baisse : 1 854 personnes se sont suicidées en août, soit une progression de 16 % sur un an, a annoncé, le 2 octobre, l’Agence nationale de la police (NPA). Il s’agissait de la deuxième hausse mensuelle d’affilée. Le chiffre serait presque passé inaperçu si, parmi les victimes, ne se trouvaient plusieurs personnalités populaires. Le 27 septembre, Yuko Takeuchi, héroïne de la série Miss Sherlock et récompensée à deux reprises dans son pays du prix de la meilleure actrice, a mis fin à ses jours. Cet été, l’actrice Sei Ashina, révélée par le film Silk, et l’acteur Haruma Miura, figure montante du cinéma nippon,

avaient fait de même. Leurs fins tragiques suivaient celle, en mai, de la catcheuse et star de la télé-réalité Hana Kimura, victime, elle, de harcèlement. L’annonce du décès de Yuko Takeuchi a poussé le gouvernement à réagir. « Nous assistons à une augmentation du nombre de suicides depuis le mois de juillet. Nous devons admettre que trop de personnes mettent fin à leur précieuse vie », a sobrement déclaré son porte-parole – et ancien ministre de la santé –, Katsunobu Kato, tout en appelant les personnes en souffrance à ne pas hésiter à solliciter une aide. Le ministère de la santé a demandé à bénéficier d’une partie des fonds du plan gouvernemental de relance post-Covid-19, doté de 117 000 milliards de yens (947 milliards d’euros), pour renforcer les moyens à disposition de la prévention du suicide.

AU JAPON, LE CORONAVIRUS À L’ORIGINE D’UNE NOUVELLE ÉPIDÉMIE DE SUICIDES.

L’Agence nationale de la police nippone vient d’annoncer une hausse sensible du nombre des suicides dans l’Archipel. Une conséquence de la pandémie et de ses retombées économiques et sociales. Texte Philippe MESMER

Une hausse du chômage entraîne systématiquement une augmentation des suicides au Japon (ici, au centre d’assistance téléphonique Tokyo Befrienders, destiné à la prévention du suicide, en mai).

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

34

Le Japon a longtemps semblé ignorer ces drames personnels. La souffrance psychologique restait un tabou. Le suicide conservait une image d’honorabilité, liée au traditionnel seppuku – rituel des samouraïs. L’archipel a de ce fait toujours figuré parmi les mauvais élèves des nations développées en la matière. D’après la NPA, les questions économiques restent la deuxième cause de suicide, derrière la santé et devant celle du harcèlement. Or la pandémie a une forte incidence sur l’activité économique. Le PIB du Japon a plongé de 28,1 % entre avril et juin, et le chômage est passé de 2,4 à 3 % entre février et août, ce qui, à l’échelle occidentale, est un chiffre ridiculement bas mais qui, au Japon, constitue une inquiétante augmentation. L’université de Kyoto a calculé que chaque augmentation d’un point du taux de chômage provoquait 2 400 suicides supplémentaires. Si la crise sanitaire se poursuivait, estime l’établissement, le chômage pourrait culminer à 6 % d’ici à mars 2021, portant le nombre annuel de suicides à 34 000. L’inquiétude est grande chez les professionnels de l’aide aux personnes en détresse de voir cette prédiction se réaliser. Outre les problèmes économiques, la pandémie due au coronavirus a contraint nombre de personnes à rester chez elles. L’Archipel n’a jamais confiné la population, se contentant d’appeler à rester à la maison ou de fermer les restaurants. La vie sociale a néanmoins été bouleversée. Ceci pourrait expliquer en partie le doublement des suicides des jeunes en août et sur un an, et, sur la même période, la hausse de 40 % du nombre de suicides des femmes entre 20 et 40 ans, premières touchées par les difficultés économiques. « Le sentiment d’isolement conjugué à la dégradation de l’économie favorise l’anxiété et beaucoup de gens sont incapables d’entrevoir une sortie à la crise », s’inquiète Akiko Mura, directrice du centre de prévention des suicides de Tokyo. Si bien qu’aujourd’hui beaucoup établissent un parallèle entre la résurgence actuelle des suicides et la situation du Japon en 1998. À l’époque, une hausse de la TVA avait été mise en œuvre alors que le pays subissait le contrecoup de la crise asiatique. La forte hausse des licenciements, qui a porté le taux de chômage à 5,4 % en 2002 – un record historique pour l’Archipel –, avait fait bondir le nombre de suicides à 34 500 en 2003. Néanmoins, le Japon paraît aujourd’hui mieux armé pour faire face à la recrudescence du phénomène. En 2006, le gouvernement a promulgué une loi sur la prévention du suicide, qui prévoit des mesures et des aides pour l’entourage des victimes. Cette politique a porté ses fruits puisque, en 2019, le nombre de suicides est passé sous les 20 000, pour la première fois depuis 1978 et le début de l’enregistrement de cette statistique.

Issei Kato/Reuters

LA SEMAINE

OBJET DE CONVERSATION

ELLE LAISSE VOIR LE VISAGE ET EST PLUS AGRÉABLE À PORTER. CE SONT LÀ SES SEULS MÉRITES, CAR LES AUTORITÉS DE SANTÉ SONT FORMELLES : LA VISIÈRE EST UNE VRAIE PASSOIRE À VIRUS. ET NE PEUT SE SUBSTITUER AU MASQUE SOUS PEINE D’AMENDE.

Texte Zineb DRYEF

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Photo PQR/LeTélégramme/Ma xPPP

CONFORT À RISQUE

On les a vues fleurir dès le prin­ temps, ces visières transparentes qui s’accrochent au front ou au menton, « intégrales » lorsqu’elles couvrent tout le visage ou « demivisière » lorsqu’elles protègent seulement la bouche et le nez. Vendus une dizaine d’euros l’unité, ces modèles ont notamment été adoptés dans le secteur de la restau­ ration. Si cette alternative au masque peut paraître plus confor­ table puisqu’elle laisse voir le visage et semble éviter la sensation d’étouf­ fement que peut provoquer le masque au bout de quelques heures, elle n’est pas protectrice. Ce qui n’entame pas son potentiel com­ mercial : en septembre, Louis Vuitton a annoncé le lancement de LV Shield, une visière ornée de clous dorés (800 euros).

LA VISIÈRE CACHE-MISÈRE.

STAR DES PLATEAUX TÉLÉ

C e s d e r n i è re s s e m a i n e s , l a demi­visière s’est souvent invitée à la télévision. On l’a notamment vue portée par les candidats de l’émission « Le Meilleur Pâtissier », sur M6, et par le public de « #ProtègeTesPotes », une émission spéciale de Cyril Hanouna… pour « sensibiliser les jeunes aux gestes barrière ». Personne n’a songé à rap­ peler ces soirs­là que ces « protec­ tions » n’en sont pas. Pourtant, des médecins alertent depuis plusieurs mois. Cet été, face à un cluster iden­ tifié dans un hôtel, la Suisse mettait déjà en garde contre les visières en plastique : les employés qui en por­ taient avaient été contaminés, pas ceux qui portaient des masques.

JET TOXIQUE

Le médecin Christian Lehmann, écrivain et chroniqueur à Libération, s’est ému le 29 septembre du silence des pouvoirs publics « sur ce gadget profondément débile qui sert juste à pulvériser en jet lorsque le porteur tousse ou éternue », avant d’inter­ peller Olivier Véran sur Twitter en réclamant que « les pouvoirs publics communiquent ». Deux jours plus tard, le médecin écrivait, amer, dans Libération : « Neuvième mois de pandémie, donc, et il faut qu’une infirmière en CFA alerte un généraliste, que celui-ci interpelle un ministre sur les réseaux sociaux, pour que les pouvoirs publics communiquent enfin sur la dangerosité d’un dispositif conçu à tort comme protecteur contre le coronavirus.»

HORS LA LOI

Au début du mois d’octobre, la direction générale de la santé a enfin mis en garde contre l’utilisa­ tion des demi­visières, qui « ne peuvent en aucun cas être considérées comme un équipement de protection, ni pour la personne porteuse ni pour les personnes qu’elle rencontre ». Une mise au point qui vient compléter l’avis émis dès le 13 mai par le Haut Conseil de la santé publique, qui soulignait que les visières intégrales ne peuvent être utilisées qu’« en complément possible du masque ». Les porteurs de visière, demie ou intégrale, sans masque s’exposent donc à la même amende que ceux qui se promènent le visage nu.

IL ÉTAIT UNE FOIS DES CONTES “INCLUSIFS” QUI DÉCHAÎNAIENT L’EXTRÊME DROITE HONGROISE.

Le livre pour enfants “Des contes pour tous” et ses héros homosexuels, transgenres ou roms, ont provoqué de violentes réactions. Une illustration de la montée de l’intolérance dans la société. Texte Jean-Baptiste CHASTAND

CENDRILLON TRANSFORMÉE EN GARÇON ROM

Blanche-Neige en garçon manqué, des héros transgenres ou handicapés… Le livre pour enfants « Des contes pour tous », (Meseorszag mindenkie, non traduit) devait frapper fort à sa sortie en Hongrie, le 21 septembre. « Nous nous étions préparés à des attaques », convient Boldizsar Nagy, qui a édité l’ouvrage regroupant 17 histoires écrites par des auteurs différents pour le compte de l’Association lesbienne Labrisz. « Mais on ne s’attendait pas à un acte symbolique aussi horrible », ajoute-t-il immédiatement. Vendredi 25 septembre, Dora Duro, députée et vice-présidente du parti d’extrême droite Mouvement Notre Patrie (MHM, Mi Hazank Mozgalom), passe le livre à la broyeuse devant les caméras, lors d’une conférence de presse. « Mon parti ne tolère pas que les enfants soient exposés à la propagande homosexuelle, en introduisant des modes de vie anormaux dans des livres d’histoires mensongers, car il n’y a jamais eu de HOMOSEXUEL,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

36

Violemment critiqué, le livre « Des contes pour tous » va cependant faire l’objet d’une réimpression.

princes homosexuels dans la culture hongroise », fustige cette élue qui s’affiche sur sa page Facebook avec son mari et leurs quatre enfants. Son parti s’est déjà fait connaître par le passé pour avoir brûlé en place publique des drapeaux arc-en-ciel. Quelques jours auparavant, le site paneuropéen catholique ultraconservateur CitizenGO avait lancé une pétition pour demander « à tous les parents » de « boycotter les librairies qui vendent des ouvrages qui mettent en danger l’innocence des enfants ». Au 12 octobre, près de 90 000 personnes l’avaient signée. Le projet des « contes pour tous » s’appuie sur l’expérience d’années d’interventions de Labrisz en milieu scolaire. « Nous avions demandé à plusieurs écrivains de réécrire des histoires déjà existantes avec des personnages dans des situations de vie qui sont taboues chez nous », explique l’éditeur. Il vise à valoriser les LGBT, « mais aussi différents types de minorités stigmatisées en Hongrie ». Reste que, si le livre met en scène des Roms, des handicapés ou des princesses féministes, ce sont surtout les héros homosexuels ou transgenres qui déclenchent la colère dans un pays qui se crispe de plus en plus sur le sujet ces dernières années, sous l’influence de l’extrême droite, mais aussi du premier ministre nationaliste, Viktor Orban. Son parti, le Fidesz, a, par exemple, récemment fait interdire les changements de genre dans l’état civil ou l’adoption pour les célibataires, un moyen qui était utilisé par les homosexuels désirant des enfants. Interrogé sur la mise en scène de la députée d’extrême droite, le premier ministre a ainsi expliqué à la radio publique, le 4 octobre, que « les Hongrois sont vraiment tolérants » envers les homosexuels, « mais qu’il y a une ligne rouge qui ne doit pas être franchie ». Il l’a résumé ainsi : « Laissez nos enfants tranquilles. » Soit, mot pour mot, une expression employée par Vladimir Poutine en 2014 pour critiquer la « propagande homosexuelle ». Avec ses attaques à répétition contre les migrants, le milliardaire George Soros ou les homosexuels, la propagande russe fait figure depuis longtemps de modèle à Budapest. « En faisant un amalgame entre pédophilie et homosexualité, cette déclaration nous a pétrifiés, assure l’éditeur Boldizsar Nagy. Le maire Fidesz d’un arrondissement de Budapest a ensuite interdit la lecture du livre dans les écoles maternelles. » Cette sorte d’adoubement officiel semble avoir donné du courage aux militants les plus radicaux. Des affiches proclamant « Attention ! Cette librairie vend de la propagande homosexuelle dangereuse pour les enfants » ont été placardées sur plusieurs devantures. Et une lecture publique du livre devant des enfants qui devait avoir lieu dans un théâtre de Budapest a été perturbée par des militants d’extrême droite. Si la société hongroise est traditionnellement plus ouverte sur les questions de genre que la très catholique Pologne, tous les indicateurs montrent un recul de l’acceptation des droits des homosexuels ces dernières années, sous l’effet des messages du pouvoir et d’une crise démographique de plus en plus profonde. L’attaque de la députée Dora Duro, qui a entre-temps déchiré un second livre pour enfants mettant en scène des lesbiennes et leurs enfants, a toutefois été contre-productive. Imprimé à 1 500 exemplaires, le premier tirage des « Contes pour tous » est déjà épuisé. « Beaucoup de clients achètent plusieurs livres uniquement pour nous soutenir », assure l’éditeur, qui a lancé un nouveau tirage de 15 000 exemplaires.

Neményi Már ton

LA SEMAINE

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

22 rue Cambon 75001 Paris +33 1 49 27 03 86 www.barrie.com

LA SEMAINE

EN BULGARIE, UN FRÈRE FACE À LA PÈGRE.

C’EST UN DE CES MILLIERS DE MAÇONS

ANONYMES venus d’ex-Europe de l’Est en quête

d’un avenir meilleur et qui gagnent souvent leur vie en rénovant des appartements parisiens. Arrivé en France il y a dix-sept ans pour enchaîner les missions de peinture auprès de différents employeurs, Yanek Milanov, 43 ans, avait même réussi, en 2019, à créer sa propre entreprise, Dib Renovation. Mais, à la rentrée de septembre, il n’a jamais regagné sa colocation de Villejuif, au sud de la capitale, après ses vacances habituelles en Bulgarie. Selon ses proches, qui le décrivent comme un homme charmant et discret, Yanek a été brutalement enlevé le 31 juillet par un mafieux jaloux. Son cas est devenu un scandale national dans une Bulgarie actuellement secouée par une grande vague de mobilisation contre la mafia et la corruption. « Mon frère est un citoyen bulgare parfaitement paisible qui a été kidnappé sans que la police ne réagisse assez vite. Il est devenu un symbole », explique Mario Milanov, en fumant cigarette sur cigarette devant le bloc de style communiste où se trouve l’appartement de Yanek, à Dupnitsa, la ville natale des deux frères. Située à une grosse heure de route au sud de Sofia, cette cité misérable est connue comme la capitale bulgare de la voiture d’occasion et, surtout, pour être soumise à une emprise mafieuse qui pousse depuis des années ses habitants à se taire. Ou à fuir. « Je n’aime pas beaucoup revenir ici, mais Yanek, lui, a toujours apprécié la nature environnante », raconte Mario, qui a accouru depuis Londres, où il réside, début août, prêt à « tout faire » pour retrouver son frère. Pour Mario, Yanek a été enlevé par un baron local, nommé Vasil Kaplanov, après avoir fréquenté sa femme : « Elle avait dit à Yanek qu’ils n’étaient plus ensemble. » « Ces derniers mois, les pneus de la voiture de Yanek ont été crevés, il y a eu des tirs dans ses fenêtres et des jets de pierres », liste le frère en pointant du

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

38

Texte Jean-Baptiste CHASTAND doigt le gros caillou qui est toujours planté dans l’isolant de la façade extérieure de l’immeuble. « Quelques jours avant l’enlèvement, il a reçu un message avec la photo de la tombe de nos parents. » Le 31 juillet au soir, les voisins ont vu Kaplanov arriver avec sa voiture en bas de l’immeuble et Yanek se diriger vers lui. Les caméras de surveillance et les bornages de téléphone montrent qu’ils ont quitté Dupnitsa ensemble pour un village voisin. Une heure plus tard, Kaplanov est revenu. Sur les images, il est seul. Le téléphone de Yanek a cessé d’émettre. Mario est convaincu que son frère a été la victime d’un rapt, voire pire. « Pourtant, la police a d’abord ouvert une enquête pour simple disparition », dénonce-t-il en accusant le chef de la police locale, en poste depuis dix ans, d’être « corrompu ». À en croire les voisins de Yanek, qui étaient là le soir des faits, ce sentiment est très partagé. « Le commissaire ne fait pas son travail. Ici, tout le monde connaît Kaplanov et tout le monde a peur de lui », explique Borislav Daskalov, un chauffeur de poids lourd qui intervient spontanément dans la discussion. Connu pour ses trafics d’essence, Kaplanov est surtout un proche de deux puissants frères mafieux qui avaient mis la main sur Dupnitsa au tournant des années 2010, avant de disparaître dans la nature après leur condamnation, en 2012. De fait, il a fallu que Mario fasse du bruit pour que les choses bougent. En août, il crée une page Facebook intitulée « Où est Yanek ? », rameute les médias nationaux et organise même une procession en voiture regroupant plusieurs centaines de personnes, du jamaisvu. « Les habitants de Dupnitsa ont montré qu’ils n’ont plus peur et qu’ils voulaient connaître la vérité », estime Daniela Metediova, journaliste qui anime un site d’information locale en parallèle de ses activités de laborantine. Le pouvoir sent que l’affaire peut vite devenir le symbole de l’emprise de la mafia sur

ce pays considéré comme le plus corrompu de l’Union européenne. Le tout-puissant procureur général, justement accusé par les manifestants de couvrir certains oligarques, se rend alors sur place et annonce qu’il reprend l’enquête. Il missionne l’antigang de Sofia à la place de la police locale, dont il reconnaît qu’elle a réagi trop lentement. Depuis, des battues sont régulièrement organisées dans toute la région, jusqu’ici sans succès. Kaplanov a bien été arrêté, interrogé, mais il a assuré qu’il avait ramené Yanek dans son quartier et que s’il n’apparaît pas sur les images de vidéosurveillance, c’est parce qu’il était assis à l’arrière du véhicule. À sa sortie de garde à vue, il a toutefois menacé plusieurs habitants qui se sont abonnés à la page Facebook de soutien à Yanek. L’un d’entre eux a osé porter plainte pour menaces de morts. Kaplanov est de nouveau arrêté pour ce motif et placé en détention provisoire, mais il refuse toujours de reconnaître sa responsabilité dans la disparition de Yanek. Entre-temps, « j’ai vu que les gens ont pris peur sur Facebook », assure Stanislas Bonjean, un des amis français de Yanek chargé d’administrer la page qui regroupe plus de 7 000 abonnés. Jeudi 1er octobre, une manifestation était organisée devant le commissariat par un avocat mobilisé contre la corruption à l’occasion des deux mois de la disparition. Ils n’étaient qu’une poignée d’habitants à oser venir protester. Le commissaire est brusquement sorti s’adresser à eux pour leur dire qu’il ne répondrait à aucune de leurs questions. « On s’attendait à ce qu’il y ait beaucoup plus de monde, mais tous nos amis ont eu trop peur de venir », se désespère Viara Popova, une étudiante de 19 ans qui fait partie des rares à avoir eu le courage de sortir. Quelques minutes auparavant, une habitante passant devant le groupe a ostensiblement secoué la main en intimant aux manifestants de dégager.

Nikolay Doychinov pour Le Monde

Mario Milanov, le 1er octobre, dans sa ville natale de Dupnitsa, à l’endroit même où son frère Yanek a été vu pour la dernière fois, le 31 juillet.

Installé depuis dix-sept ans en France, Yanek Milanov a disparu cet été au pays. Persuadé qu’il a été enlevé par un mafieux local, son frère Mario remue ciel et terre pour le retrouver. Son combat révèle l’emprise du crime organisé sur la société.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

À HOLLYWOOD, ILS ÉTAIENT DEUX QUOTIDIENS À CHRO-

The Hollywood Reporter, fondé en 1930, et son concurrent, Variety, encore plus ancien, lancé en 1905 à New York, puis établi en 1933 à Los Angeles. Les deux publications rivalisaient pour obtenir des informations exclusives sur les coulisses du septième art, et leur cahier critique, télévision, séries, pièces de théâtre et, surtout, cinéma, était particulièrement scruté. Bien que reposant sur une diffusion relativement confidentielle – Variety vendait 40 000 exemplaires par jour en 2013, avant qu’il ne devienne un hebdomadaire, et The Hollywood Reporter autour de 70 000 exemplaires –, une bonne critique dans l’une de ces publications attendue par les professionnels du monde entier permettait à un film de trouver plus facilement des distributeurs à l’étranger. Cette rivalité entre les deux publications couvrant le même terrain appartient désormais au passé. Le 23 septembre, Penske Media Corporation, la compagnie propriétaire de Variety, annonçait sa fusion avec le propriétaire de The Hollywood Reporter, MRC, un groupe de médias, qui avait financé plusieurs séries télévisées, notamment House of NIQUER L’INDUSTRIE DU CINÉMA,

LES DEUX GRANDES REVUES D’HOLLYWOOD FONT GROUPE COMMUN.

Fini la concurrence entre “The Hollywood Reporter” et “Variety”. Les deux revues, qui se disputaient la primeur des infos sur le cinéma américain, sont aujourd’hui dans le même giron. Leur destin dépend désormais de Jay Penske, leur fringant propriétaire. Texte Samuel BLUMENFELD

Le passionné de course automobile Jay Penske (à droite, sur le circuit d’Indianapolis) va-t-il fusionner les deux magazines dont il préside les destinées ?

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

40

Cards, et des films comme Brüno (2009), avec Sacha Baron Cohen, et, plus récemment, À couteaux tirés (2019), avec Daniel Craig. La nouvelle entité, baptisée PMRC, chapeautera les magazines musicaux Rolling Stone et Vibe, Music Business Worldwide et Billboard, dédiés à l’industrie musicale, les sites Internet Deadline et Indiewire, qui chroniquent l’industrie cinématographique, et donc Variety et The Hollywood Reporter. Soit l’intégralité de la presse professionnelle américaine de l’industrie du loisir. Le personnage central de cette fusion reste le patron de PMC, Jay Penske, qui possède 80 % de la nouvelle entité. Cet entrepreneur de 41 ans à l’allure de play-boy, dont le père, Roger Penske, a été coureur automobile dans les années 1960, avant de posséder plusieurs écuries de voitures de course, dont l’une en formule 1, a hérité des passions de son géniteur en ajoutant d’autres cordes à son arc. En plus de son groupe de presse, Jay Penske possède lui aussi plusieurs écuries de course automobile, dont l’une en IndyCar et l’autre en formule E, où les bolides roulent avec des moteurs électriques. Ce propriétaire d’une librairie spécialisée dans les livres rares, Dragon Books, installée dans le quartier très sélect de Bel Air, à Los Angeles, a acquis la majorité des parts du propriétaire du Hollywood Reporter pour 225 millions de dollars (190 millions d’euros environ). Une somme dont une partie provient d’un fonds saoudien, le Saudi Research and Marketing Group, affichant des liens étroits avec la famille royale. La question principale, désormais, est de savoir ce que ce flamboyant propriétaire va faire de ces titres, et si Variety et The Hollywood Reporter vont poursuivre leur existence ou fusionner une fois abrités par la même maison. Une partie de la réponse se trouve dans l’existence mouvementée de ces deux titres qui, depuis la fin des années 2000, sont confrontés, avec l’irruption d’Internet, à l’érosion de leurs ventes et de leurs chiffres d’affaires publicitaires – Variety affichait un chiffre d’affaires publicitaire de 30 millions de dollars en 2006, six ans plus tard, il était descendu à 6 millions. Depuis 2010, The Hollywood Reporter s’était transformé en hebdomadaire, avec une couverture quotidienne de l’actualité sur son site. En couvrant récemment de manière extensive le mouvement #metoo, le magazine avait su trouver une identité et s’efforçait de faire oublier que son propriétaire, MRC, une maison de production audiovisuelle, étrangère à la presse, était de fait confronté à de nombreux conflits d’intérêts. En rachetant ce titre en 2018, MRC s’était débarrassé d’un tiers de ses effectifs. En avril, le rédacteur en chef du Hollywood Reporter, Matthew Belloni, avait brutalement décidé de quitter son poste, en désaccord avec les priorités et les stratégies du propriétaire de son titre. L’un des points forts du Hollywood Reporter consiste en l’organisation de tables rondes rassemblant producteurs, comédiens ou réalisateurs, souvent publiées lors de la saison des Oscars et dont il existe une déclinaison filmée. Lorsqu’il a repris Variety, en 2012, Jay Penske, lui, a su intelligemment relancer le titre et investir dans ses contenus. S’il a arrêté l’édition papier quotidienne de Variety en 2013, c’est pour mieux se concentrer sur une version hebdomadaire diffusée en kiosque (45 000 exemplaires environ) et pour tout miser sur Internet. Ce qui explique pourquoi une grande partie de la rédaction du Hollywood Reporter se dit soulagée de voir débarquer ce nouvel actionnaire et d’intégrer un vrai groupe de presse. D’ailleurs, l’annonce de ce mariage n’a provoqué ni polémique ni débat, signe que l’industrie américaine du divertissement s’est habituée à vivre depuis longtemps avec le feuilleton de ces fusions.

Fred Prouser/Reuters. Bren Smith/Reuters. Amy Sussman/Getty Images Nor th America

LA SEMAINE

*ma vie, mon style.

my life, my style.

calligaris.com

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Calligaris Flagship Store PARIS 45 rue du Bac, 75007 • Calligaris Stores BESANÇON Geneuille - 45, Lyautey • CESSY 5 Route Nationale • LYON CENTRE VILLE 2 Rue Rabelais, Angle Cours de la Liberté • MARSEILLE 179, rue de Paradis • MULHOUSE Kingersheim, 81 Rue de Guebwiller • NANTES 176 Route de Vannes • PARIS 15eme - 145 rue St Charles • RENNES 12 Rue Edison, Zone Décoparc • STRASBOURG 4 Rue du Chemin de Fer, Lampertheim • TOULON La Garde - C.C. Grand Ciel 1215 - Chemin des Plantades • TOULOUSE Portet sur Garonne - 46 Route d’Espagne

LA SEMAINE

L’HISTOIRE SE RÉPÈTE

CLICHÉS-SUR-SEINE.

DES PARISIENS À BÉRETS, DU ROMANTISME À TOUS LES COINS DE RUE, UNE TOUR EIFFEL OMNIPRÉSENTE… DANS LA DERNIÈRE SÉRIE NETFLIX “EMILY IN PARIS”, ET DANS LE CINÉMA AMÉRICAIN EN GÉNÉRAL, LES ÉTERNELS PONCIFS SUR PARIS TOURNENT EN BOUCLE.

Texte Samuel BLUMENFELD

“MISSION : IMPOSSIBLE –

“MUNICH” (2005),

“TOUT PEUT ARRIVER”

DE DARREN STAR

FALLOUT” (2018), DE

DE STEVEN SPIELBERG

(2003), DE NANCY MEYERS

La série diffusée actuellement sur Netflix met en scène une Américaine débarquée à Paris pour travailler dans une agence de marketing. La capitale est év i d e m m e nt d é p e i nt e comme la ville de l’amour, qui se vit de manière débridée, et de la mode. Les habitants sont de mauvaise humeur et inhospitaliers, mangent des croissants et portent des bérets… De manière plus innovante, Paris devient cette ville dont la chambre de bonne, habitée par l’héroïne, a la taille d’un loft. En tout point une série de science-fiction.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

42

CHRISTOPHER MCQUARRIE

Le sixième opus de la série d’espionnage avec Tom Cruise, dans le rôle de l’agent Ethan Hunt, se déroule en partie à Paris, la capitale devenant le cadre d’un film d’action. Mais c’est par l’inévitable plan sur la tour Eiffel, avec une partie des personnages se retrouvant sur l’esplanade du Trocadéro, que se distingue Mission : Impossible 6. Il n’existe pas de film hollywoodien situé à Paris sans plan obligatoire sur la tour Eiffel. Sans cette tour, on pourrait craindre que notre capitale s’autodétruise.

À la suite de l’assassinat, en 1972, de la délégation israélienne aux Jeux olympiques de Munich par le groupe terroriste palestinien Septembre noir, le gouvernement israélien envoie une équipe en Europe pour éliminer les responsables de l’attentat. Les errements européens amènent ce groupe d’agents secrets à faire la connaissance d’un informateur français sur un marché du Pont-Neuf, puis à rencontrer le père de ce dernier en train de faire la cuisine. Il ne faut pas oublier que Paris est une ville où l’on mange.

Jack Nicholson incarne un incorrigible coureur de jupons, du moins son personnage. Mais ce don Juan invétéré finit par tomber amoureux de Diane Keaton. La crise existentielle de ce sexagénaire se résout en arpentant les rues de Paris, la nuit, et en fixant son regard sur le Pont-Neuf. Il entend un air d’accordéon, puis la musique se précise : il s’agit de La Vie en rose, d’Édith Piaf. Bouleversé, il devient un autre. Chacun sait que l’accordéon, la nuit venue, reste le son dominant de la capitale parisienne.

“BEFORE SUNRISE” (1995), DE RICHARD LINKLATER

Jesse est un écrivain à succès incarné par Ethan Hawke, et Céline, une militante écologiste, jouée par la Française Julie Delpy. Ils se rencontrent à la libraire anglophone Shakespeare & Company. Ils arpentent pendant toute la durée du film les rues de Paris, capitale considérée comme le lieu idéal pour tomber amoureux, puisque, comme chacun sait, le moindre coin de rue de la ville suinte le romantisme. C’est après une balade en Bateaux-Mouches que Jesse accompagne Céline chez elle pour consommer leur union dans ce film venu d’ailleurs.

Netflix/The Holly wood Archive/Bureau233. Rue des Archives/Picture Alliance. Prod DB DreamWorks SKG/DR. Prod DB Waverly Films - Columbia/DR. Castle Rock/Detour/The Kobal Collection/Brandenstein, Gabriella/Aurimages

“EMILY IN PARIS” (2020),

making places

* habiter les lieux

*

usm.com

Dimensions, couleurs, aménagements : les meubles USM s’adaptent à vos envies en permanence et de manière unique.

Créez votre propre meuble USM Haller sur notre configurateur en ligne !

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Showroom : 23, rue de Bourgogne 75007 Paris – +33.1.53.59.30.37 – [email protected]

LA SEMAINE

ALEXANDRA LOUIS, LES FEMMES ET LES ENFANTS D’ABORD.

L’élue LRM des Bouches-du-Rhône, chargée d’évaluer la loi Schiappa sur les violences sexuelles sur mineurs, attend depuis la rentrée que son rapport soit rendu public par le gouvernement. Et que le débat, dix mois après l’affaire Matzneff, soit relancé.

Avocate de formation, la députée Alexandra Louis avait déjà été rapporteuse de la loi Schiappa en 2018. CELA FAIT DES SEMAINES que la députée des Bouches-du-Rhône Alexandra Louis, 37 ans, bouillonne d’impatience. Lancée en pleine affaire Matzneff, sa mission d’évaluation de la loi Schiappa sur les violences sexuelles est bouclée depuis début septembre. Des entretiens avec 170 personnes, 15 déplacements et un été à rédiger plus de 200 pages. Depuis la rentrée, l’élue de La République en marche (LRM) attend que le gouvernement fixe une date pour la remise de son travail. Mais voilà que passent septembre, puis début octobre, et toujours rien. Son heure tarde. « J’aimerais que mon rapport ne serve pas à caler une armoire, soupire la novice en politique dans son bureau de

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

44

l’Assemblée. Je veux relancer le débat sur les violences sexuelles et l’inceste, car on n’en saisit pas encore l’ampleur. » La députée aux longs cheveux noirs est une femme pressée, habitée par son sujet. Avec un débit de mitraillette, celle qui a été rapporteuse de la loi Schiappa explique aujourd’hui vouloir insister sur la prévention, développer les cours d’éducation sexuelle, sans insister sur le manque de moyens. Elle se sait attendue sur les violences sexuelles sur mineurs, en particulier sur le consentement. Le sujet, qui a fait débat lors du vote du texte en 2018, a été relancé début 2020 par le récit de Vanessa Springora, Le Consentement (Grasset). Quand Marlène Schiappa, alors secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes, confie la mission d’évaluation à Alexandra Louis, le 27 janvier, elle se dit prête à durcir la loi. Des associations, comme celle de la psychiatre Muriel Salmona, Mémoire traumatique et victimologie, réclament un seuil d’âge de non-consentement à 15 ans, qui s’ajouterait à une majorité sexuelle déjà établie à 15 ans. Elles voudraient éviter ainsi que des plaintes pour viol sur mineurs soient classées sans suite ou qualifiées de simples atteintes sexuelles, faute d’avoir prouvé la contrainte ou la surprise. Par ailleurs, Alexandra Louis souhaite évaluer « la solution d’équilibre », proposée par la loi Schiappa, d’allongement du délai de prescription de vingt ans à trente ans pour les crimes sexuels sur mineurs, tout en étudiant l’amnésie traumatique, dont souffrent certaines victimes et qui retarde leur dépôt de plainte. Elle n’en dit pas plus pour l’instant. Au Palais-Bourbon, la députée n’est encore qu’une élue parmi 577 autres. Elle ne fait pas non plus partie des premiers cercles de la Macronie. « Alex est discrète, reconnaît le député de la Vienne Sacha Houlié, son collègue à la commission des lois, mais ce n’est pas forcément un défaut. Elle travaille ses dossiers dans la durée et préfère le travail de fond aux coups d’éclat. » L’élue revendique une méthode bien à elle. « Je traite mes dossiers en politique comme je les traite en tant qu’avocate : diagnostic, travail de fond, rencontres sur le terrain, puis proposition de solutions. » Son engagement en politique naît de son parcours professionnel. Alexandra Louis a été

marquée à 29 ans par la première affaire, qu’elle a plaidée, au tribunal de Nanterre. Avocate stagiaire, elle défendait une fillette de 11 ans violée par un jeune informaticien. Elle s’est attachée à la victime et à sa famille, a planché des nuits sur le dossier. L’accusé a été condamné à dix-huit ans de prison. Avocate depuis 2013, spécialisée en droit pénal, droit des mineurs et droit du travail, elle a la réputation d’être entière. Parfois à son regret. « Un jour, j’étais de permanence et j’ai dû défendre un homme qui voulait éviter la détention provisoire, raconte-t-elle. Il était accusé d’avoir abusé de sa fille de 3 ans. Je n’ai jamais été aussi mauvaise. J’ai fini par me décharger du dossier. » L’an dernier, en raison de sa charge de travail, elle a quitté temporairement le barreau de Marseille. Longtemps, la politique ne l’a pas fait rêver. Elle naît à Grenoble dans une famille d’origine marseillaise. Une mère auxiliaire de puériculture, un père agent de sécurité. Alexandra Louis a du mal avec l’école, quand, en classe de seconde médico-sociale, une prof de français lui fait découvrir l’écriture et le théâtre. Un vrai déclic. Ensuite, tout s’enchaîne : bac, fac de droit à Marseille, masters et école d’avocat à Paris, agrémentés de petits boulots. La politique lui semble alors « si décalée avec la réalité ». Elle vote, « par défaut », Hollande en 2012. Fin 2016, elle « observe » les comités d’En marche !, apprécie les échanges sur des « sujets du quotidien », avant de se retrouver investie « à la dernière minute ». Devenue députée, elle démarre simultanément les cours de tir au revolver. « Pour mieux se concentrer », argue-t-elle. « Il est difficile de bousculer les codes quand on vient de la société civile », regrette la trentenaire. À Marseille, où elle s’engage contre l’habitat indigne, elle n’a pas soutenu le candidat LRM, Yvon Berland, lors des municipales. Elle a critiqué « sa méthode, son programme et l’absence de parité dans les têtes de liste ». Dans la cité phocéenne, certains ont appris à s’en méfier. « Alexandra est sincère, d’une pugnacité redoutable et n’a pas peur de se faire des ennemis », admire Jean-Marc Zulesi, 32 ans, député LRM des Bouches-du-Rhône. Elle se tient donc prête pour répondre aux critiques que son rapport soulèvera… quand il sera rendu public.

Gilles Rolle/RÉA

Texte Dominique PERRIN

Signé

Des bureaux aux hôpitaux… en passant par les salles de classes, nous répondons à tous vos besoins d’espaces.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Trouvez votre solution modulaire sur signeportakabin.com

LA SEMAINE

LES ÎLES BRETONNES VEULENT RÉGULER LES GRANDES MARÉES HUMAINES.

Maires et professionnels du tourisme de localités qui ont connu des pics de fréquentation cet été réfléchissent à mettre en place des jauges. Une manière de préserver les équilibres écologiques. Texte Pierre HARDY

FAUT-IL LIMITER LE NOMBRE DE TOURISTES SUR LES

La question, qui pouvait sembler saugrenue il y a encore quelques mois, alors que les îles se préparaient à vivre une saison compliquée, se pose aujourd’hui avec insistance. Elle était au menu du dernier conseil d’administration de l’Association des îles du Ponant, qui a réuni les élus de quinze îles de la Manche et de l’Atlantique, mi-septembre, à Ouessant (Finistère). Anne Gallo, la vice-présidente de la région Bretagne, chargée du tourisme et du patrimoine, a également été saisie du dilemme en marge d’une visite sur l’île de Bréhat, dans les Côtes-d’Armor, le 31 août. Une augmentation de 10,22 % à Ouessant et Molène, + 17,90 % à Sein, + 6,65 % à Groix… Cet été, la fréquentation des îles bretonnes – déjà très importante – a augmenté quasiment partout, selon les chiffres de la région. Il n’y a guère qu’à Belle-Île, dans le Morbihan, où elle est en légère baisse (– 2,05 %). « La saison a démarré très vite, très fort, note Vincent Corre, chargé de développement touristique à Côtes-d’Armor Destination. Dès que les gens ont pu se déplacer, ils se sont rués sur les îles, qui ne sont pas toutes adaptées à une telle affluence. » L’île de Bréhat, entre 350 et 400 habitants à l’année, a accueilli plus de 350 000 visiteurs en deux mois, avec des pointes à plus de 5 000 par jour. « La journée, c’était le Mont-Saint-Michel et le soir, c’était Ibiza », soupire Stephan Morlevat, président de l’office de tourisme. À Hoëdic, au large du golfe du Morbihan, la distribution d’eau a même été interrompue pendant un après-midi, mi-juillet, pour éviter que les stocks ne s’épuisent. Et l’état de la dune littorale, sur laquelle court un sentier très emprunté, commence à inquièter. Les élus insulaires déplorent aussi la montée des incivilités et des tensions entre habitants, résidents secondaires et touristes. « Mais il faut faire la part des choses, estime ÎLES BRETONNES ?

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

46

Stephan Morlevat. En juin, on avait fait zéro. Économiquement, l’été nous a sauvés. » À Bréhat, où le tourisme représente 70 % de l’économie locale, les commerçants vont pouvoir « passer l’hiver ». Mais personne, assure le président de l’office de tourisme, ne souhaite revivre les désagréments de l’été. « Le problème, c’est que je ne peux pas interdire aux gens de venir », explique Philippe Le Fur, maire de Houat. D’autant que la liaison entre les îles et le continent est de plus en plus assurée par des compagnies privées, attirées par le développement du tourisme insulaire et sur lesquelles les élus n’ont aucune prise. Dans le Morbihan, à la pleine saison, une dizaine de navettes débarquent quotidiennement sur l’île de Houat. Une seule navigue toute l’année. Et les maires ne peuvent pas non plus empêcher les plaisanciers de jeter l’ancre au plus près des plages. Dans ce contexte, l’Association des îles du Ponant place une partie de ses espoirs dans une proposition de loi déposée au Sénat en juillet 2019. Le texte vise à accorder aux maires le pouvoir de réguler « l’hyper-fréquentation » dans leur commune. Comme à Dubrovnik, en Croatie, où la barre a été fixée à 4 000 touristes sur une même tranche horaire. « À Versailles, vous avez un certain nombre de personnes qui peuvent visiter la galerie des Glaces en même temps, argumente l’ancien sénateur de la Somme Jérôme Bignon, à l’origine du texte. De la même manière, il doit y avoir une jauge pour que tout le monde puisse profiter des lieux naturels, tout en les protégeant. » Adopté au Sénat, à l’unanimité, en novembre 2019, le texte dort aujourd’hui dans les tiroirs de l’Assemblée nationale. « Nous allons proposer au gouvernement de la réactiver », assure Denis Bredin, le directeur de l’Association des îles du Ponant, qui se dit « totalement pour » cette proposition. « Limiter le nombre de touristes, ça fait partie de la réflexion », confirme Stephan Morlevat. Sur les quelques îles où le transfert des vacanciers est encore assuré, pour l’essentiel, par des compagnies ayant une délégation de service public, il est d’ailleurs déjà possible de le faire. Comme à Groix, dans le Morbihan : « Aujourd’hui, on est à huit bateaux par jour. S’il faut en supprimer un, on sollicitera la région », affirme le maire, Dominique Yvon. Mais l’équation n’est pas toujours aussi simple. Et, si des quotas sont bien envisagés pour éviter les pics d’affluence, les îles cherchent d’abord le moyen de réguler la fréquentation sur le long terme. « Le but du jeu, ce ne serait pas forcément qu’il y ait moins de monde sur l’année, mais qu’on arrive à le répartir plus équitablement », estime Dominique Sicher, conseiller municipal à Bréhat et capitaine de l’Eulalie, un vieux gréement qui organise des sorties en mer autour de l’île. « Vous venez ici en mars, vous êtes tout seul », renchérit Stephan Morlevat. À Ouessant, les élus des quinze îles membres de l’Association des îles du Ponant ont réaffirmé la nécessité de faire bouger les choses. « S’il y a une chose sur laquelle on est quasiment tous d’accord, c’est qu’il faut arriver à réduire la dépendance de nos îles au tourisme », affirme Denis Palluel, maire de l’île finistérienne et président de l’association. « Il y a d’ailleurs une vraie évolution : de plus en plus de gens viennent s’installer sur les îles pour y travailler ». À Groix (Morbihan), l’édile jure même que, parmi ceux qui sont venus passer le confinement, certains ne sont toujours pas repartis.

Philippe Roy/Aurimages

Embarquement dans une vedette d’excursion à Port-Tudy, sur l’île de Groix, le 4 août.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

LE BEAU AURA TOUJOURS RAISON

PAIPAÏ LUCIDIPEVERE

LA SEMAINE

QUI EST VRAIMENT…

Vincent

Labrune.

PERSONNAGE ATYPIQUE DANS LE MILIEU DU BALLON ROND, LE NOUVEAU PRÉSIDENT DE LA LIGUE DE FOOTBALL PROFESSIONNEL A LA LOURDE TÂCHE DE SAUVER LES CLUBS FRANÇAIS DE LA FAILLITE.

Texte Laurent TELO

ÉLU CONTRE TOUS LES PRONOSTICS

Son bagout, son appétence pour la gestion de crise et son sens du rapport de force ne seront pas de trop pour tenter de sauver la Ligue 1 du marasme économique dans lequel s’enlisent les clubs de football depuis la crise sanitaire et le non-paiement par Mediapro, le principal diffuseur de la Ligue 1, de sa dernière facture, 172 millions d’euros (le groupe audiovisuel doit verser aux clubs 814 millions par an jusqu’en 2024). C’est le premier dossier chaud que doit gérer Vincent Labrune, 49 ans, depuis qu’il a été élu, le 10 septembre, un peu par surprise, président de la Ligue de football professionnel (LFP) face à Michel Denisot. FORMÉ À MARSEILLE

Il connaît parfaitement les arcanes du foot français puisqu’il fut président de l’Olympique de Marseille pendant cinq ans, entre 2011 et 2016. Un record de longévité depuis Bernard Tapie mais pas un sommet de popularité pour Labrune, dont le bilan est mitigé : six coachs – dont le fantasque technicien argentin Marcelo Bielsa, qui deviendra l’idole du StadeVélodrome –, un unique trophée – la Coupe de la Ligue en 2012 – et un conflit irrésolu entre Didier Deschamps, alors entraîneur, et le directeur sportif, José Anigo. Labrune n’est pas non plus aidé par la propriétaire, Margarita Louis-Dreyfus, qui injecte de moins en moins d’argent dans son club. OM DE L’OMBRE

Au début des années 2000, c’est leur passion pour le sport et une amitié commune avec l’ancien boxeur Louis Acariès qui rapprochent Labrune et Robert Louis-Dreyfus (« RLD »), l’homme d’affaires franco-suisse et propriétaire de l’OM depuis 1996. Très vite, Labrune devient le conseiller et le porte-parole de « RLD », puis, en 2008, président du conseil de surveillance du club. Labrune assure le relais entre le propriétaire et le club et s’active dans l’ombre. Il participe ainsi à la destitution des présidents Pape Diouf (2009) et Jean-Claude Dassier (2011). Deux ans après la mort de « RLD », en 2009, sa veuve, Margarita, élargit encore ses prérogatives en le nommant président.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

48

Franck Fife/AFP

VINCENT TRAVOLTA

Natif d’Orléans, diplômé en économie à la Sorbonne, Labrune commence sa carrière en 1994, comme attaché de presse du service des sports de France Télévisions, où il hérite du surnom de « Vincent Vega », personnage incarné par John Travolta dans Pulp Fiction, à cause de ses cheveux mi-longs. Son pouvoir de séduction fait des ravages auprès des journalistes et des décideurs : il devient le bras droit de Jean-Luc Delarue au début des années 2000 avant qu’Étienne Mougeotte, le vice-président de TF1, ne le débauche pour s’occuper de la communication du groupe. Labrune est aussi un homme d’affaires qui a coproduit plusieurs films, dont Les Infidèles, avec Jean Dujardin et Gilles Lellouche.

Renault ZOÉ Business R110 100% électrique

286 €

TTC/MOIS(2)

Bonus écologique 5 000 €(3)

BMW X1 xDrive25e xLine Hybride rechargeable

Volkswagen Passat SW GTE Business Hybride rechargeable

TTC/MOIS(1)

TTC/MOIS(1)

295 €

Bonus écologique 2 000 €(3)

334 €

Bonus écologique 2 000 €(3)

LLD 36 mois et 10 000 km/an

Offres réservées aux professionnels

Prestations incluses : • Entretien • Assistance 24h/24 & 7j/7 • Véhicule de remplacement • Garantie perte financière

Plus d’informations ? Contactez-nous :

0 800 743 753 leaseplan.fr

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

(1) Pour toute commande de l’un des véhicules présentés dans ce catalogue, LeasePlan vous offre 300 € TTC de recharge électrique correspondant à l’équivalent d’un an de trajets domicile-travail, sous la forme d’une carte d’accès aux bornes des réseaux électriques publics. Ce montant est calculé sur la base d’un trajet aller-retour domicile-travail moyen de 40 kms par jour et d’un coût de recharge de 3 € / 100 km, soit 10 000 km / an. La fourniture de la carte n’engendre aucun frais supplémentaire pour le client. La carte sera délivrée à la livraison du véhicule et sera valable 1 an à compter de cette date de livraison. A l’issue de cette période ou de l’atteinte des 300 € de consommation électrique, la carte ne sera plus utilisable. Si le solde de 300 € n’est pas atteint à l’issue des 1 an, il ne sera procédé à aucun remboursement, ni à la prolongation de la validité de la carte. Offre valable pour toute commande de véhicule(s) entre le 15 septembre 2020 et le 31 décembre 2020, dans la limite des stocks disponibles et limitée aux 250 premières commandes. (2) Offre réservée aux professionnels, valable pour un contrat de location longue durée égale ou supérieure à 24 mois souscrit entre le 15 septembre 2020 et le 31 décembre 2020, dans la limite des stocks disponibles. Loyers calculés sur une durée de 36 mois et 10 000 km/an. Loyer mensuel de 286 € TTC/mois (location de batterie incluse) avec apport de 0€ déduction faite du bonus écologique de 5 000 € pour une Renault ZOE Business R110 ; loyer mensuel de 296 € TTC/mois avec un apport de 5 195 € pour une BMW X1 F48 XLINE 2.5 E Xdrive BVA6 ; loyer mensuel de 335 € TTC/mois avec un apport de 4 863 € pour une Volkswagen Passat SW GTE Business 1.4 TSI 156 DSG6 Hybrid. Loyer incluant la mise à disposition du véhicule neuf immatriculé, l’option peinture métallisée, la garantie perte financière, la prestation entretien-réparations, l’assistance ainsi que le véhicule de remplacement en cas de panne, accident ou vol. Loyer sous réserve de variation de la fiscalité, de la disponibilité ou du tarif constructeur en vigueur et sous réserve d’acceptation de votre dossier par LeasePlan France SAS. Visuels non contractuels. Voir détail des conditions du contrat de location auprès de votre interlocuteur commercial. La garantie perte financière couvre la différence entre la valeur-à-dire d’expert et la valeur financière du véhicule volé ou détruit. Elle est proposée dans le cadre de la prestation Assurance distribuée par la société LeasePlan France SAS, capital : 14.040.000 €, RCS Nanterre 313 606 477. N° Orias : 15000946 en qualité de Mandataire d’intermédiaire d’assurance. Assurance souscrite auprès de la Compagnie Euro Insurances Limited (siège social: Ground Floor, Block C, LeasePlan House, Central Park, Leopardstown, Dublin 18, République d’Irlande), Bureau d’Immatriculation des Sociétés d’Irlande n°222 618, régie par la Banque Centrale d’Irlande. Les évènements garantis et les exclusions figurent au contrat. (3) Bonus écologique de 2 000 € à déduire du 1er loyer LLD sur nos offres hybrides rechargeables éligibles. Sur nos offres électriques éligibles, 0 € d’apport déduction faite du bonus écologique de 5 000 €. Sous réserve des réglementations en vigueur.

AMANDINE SANVISENS À CHEVAL SUR LA CAUSE ANIMALE.

Pour la présidente de l’association Paris Animaux Zoopolis, l’interdiction des bêtes de cirque est une victoire politique. D’autres combats se profilent pour cette militante animaliste, notamment contre la pêche dans la capitale ou l’empoisonnement des rats. Texte Pierre HARDY

Amandine Sanvisens et des membres de PAZ le 1er octobre 2018, lors du vœu voté par le Conseil de Paris d’ériger une stèle en hommage aux animaux de guerre.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

50

“ALORS ?” À PEINE SORTIE DE LA SALLE D’AUDIENCE 6.06

Amandine Sanvisens est entourée par une dizaine de militants animalistes qui l’attendaient là, inquiets. « Alors, ça continue… » La présidente de l’association Paris Animaux Zoopolis (PAZ) a les yeux rougis par l’amertume. Son procès vient à nouveau d’être renvoyé. La première fois, en février, il avait été repoussé pour cause de grève des avocats. Cette fois, l’audience a bien eu lieu, mais le tribunal a estimé qu’il manquait d’éléments pour se prononcer sur la culpabilité du prévenu, un directeur de cirque que la jeune femme de 33 ans accuse de l’avoir menacée de mort en avril 2019. De nouvelles expertises devront déterminer si la voix qui a proféré les menaces, depuis un téléphone doté d’une carte prépayée, est bien celle du directeur de cirque. Un nouveau procès est prévu le 13 avril 2021. Pour « Madame Amandine » – comme n’a cessé de l’appeler le prévenu au cours de l’audience –, le mois d’octobre avait pourtant commencé de la meilleure des façons : la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, venait d’annoncer, le 29 septembre, l’interdiction progressive des animaux sauvages dans les cirques itinérants. Pour son association, c’était l’aboutissement d’un long combat, un peu moins d’un an après la décision de la Ville de Paris de ne plus autoriser les cirques avec animaux sur son territoire. « On se disait que, si la capitale de la France s’engageait publiquement, alors ça ferait boule DU TRIBUNAL DE PARIS CE VENDREDI 9 OCTOBRE,

de neige et que, à terme, on aurait une loi », commente-t-elle, attablée dans un café, à proximité du tribunal. Dès sa fondation, en 2017, PAZ a fait de Paris la mère de toutes les batailles. Et des cirques un enjeu essentiel : « On les a choisis pour des raisons stratégiques, parce qu’on s’est dit que la question du divertissement serait probablement une avancée réaliste à court terme », explique Amandine Sanvisens. Choisir ses cibles et ne plus jamais les lâcher : telle est la recette (gagnante) de celle qui, à la ville, tient une pâtisserie végane depuis 2011 – la « première de France », assure-t-elle. « Elle fait partie des personnes les plus efficaces que je connaisse », témoigne, admirative, Brigitte Gothière, cofondatrice de l’association L214. Aujourd’hui, on la voit et on la lit partout : dans les journaux locaux et nationaux, où elle a signé de nombreuses tribunes, sur les chaînes d’information en continu et à la sortie des ministères ou de l’Élysée, où elle a été reçue par les conseillers d’Emmanuel Macron. À la Mairie de Paris, où on apprécie sa maîtrise des dossiers, elle est devenue une interlocutrice régulière. « On fait le point sur une foultitude de sujets », précise Christophe Najdovski, adjoint chargé, notamment, de la condition animale – un nouveau mandat dont PAZ avait demandé la création lors des dernières élections municipales. Si elle reconnaît que la « patience n’est pas sa qualité principale », l’intéressée se félicite, par exemple, de l’adoption par le Conseil de Paris d’un vœu concernant l’érection d’un monument en hommage aux animaux de guerre. Sur d’autres sujets, en revanche, les désaccords sont manifestes. PAZ souhaite ainsi mettre un terme au « massacre des rats » dans la capitale, privilégiant la « prévention » aux mesures dites « de régulation ». L’association se bat aussi pour l’interdiction de la pêche. « À Paris, vous n’avez pas le droit de manger les poissons que vous pêchez, ce qui revient à les considérer comme des objets de loisir, des jouets », explique Danielle Simonnet, élue (La France insoumise) du 20e arrondissement, qui a porté la proposition au Conseil de Paris. Une campagne qui avait valu aux deux femmes d’être harcelées sur les réseaux sociaux, en mars 2018. L’association aimerait désormais élargir ses combats au reste du pays. « L’idée, c’est de créer un réseau partout en France pour que, rapidement, on puisse faire des manifestations coordonnées sur des sujets nationaux », précise Amandine Sanvisens. Des manifestations ont déjà été organisées à Lille, Bourges, Montpellier ou Toulouse, là où tout a commencé pour elle. C’est dans la Ville rose, où elle a grandi (et dont elle garde un léger accent), qu’Amandine Sanvisens a eu sa « prise de conscience ». Au collège, elle signe une pétition contre la torture des chevaux. Par la suite, elle reçoit des tracts qui lui « donne accès à tout un tas d’informations qu’[elle] ne connaissait pas, comme le fait qu’on puisse vivre sans manger de viande ». Elle a 12 ans. Elle devient végane. Adolescente, elle commence par militer aux côtés des anticorridas avant d’arriver à Paris, où cette diplômée d’un master en marketing cofonde, en 2015, le collectif Paris sans captivité animale avec le professeur de droit Philippe Reigné. PAZ naît deux ans plus tard. Sa présidente – qui se dit « très mauvaise pour faire adhérer les gens » – revendique aujourd’hui « plusieurs centaines » de membres. Une partie d’entre eux étaient, le 9 octobre, dans la salle d’audience. D’autres, comme Claire, ont été recalés, faute de place. « J’aurais aimé y être pour la soutenir, soupire la militante, vêtue d’un pull à motif léopard. Amandine, je l’ai connue en 2003, aux Estivales de la question animale. Elle devait avoir 15 ou 16 ans et elle m’avait déjà paru intelligente, déterminée, soucieuse d’apprendre et de changer les choses. Je me souviens m’être dit : celle-là, elle est là pour longtemps. »

PhotoPQR/Le Parisien/Ma xPPP

LA SEMAINE

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

LA SEMAINE

DÉBAT DE SOIRÉE

PRÉSIDENTIELLE 2022 : FAUT-IL RÉHABILITER LES PRIMAIRES ?

LE 10 OCTOBRE, MILLE MILITANTS POLITIQUES, INTELLECTUELS ET SYNDICALISTES ONT APPELÉ À “UNE CANDIDATURE COMMUNE” À GAUCHE EN VUE DE L’ÉLECTION DE 2022. LA PRIMAIRE POURRAIT SEMBLER LE MEILLEUR MOYEN DE FAIRE TAIRE LES EGO DE GAUCHE COMME DE DROITE. À MOINS QU’IL NE LES EXACERBE … Texte Grégoire BISEAU

L’ARGUMENT D’EFFICACITÉ La primaire n’a plus trop la cote. Mais quel autre moyen pour départager de façon transparente et démocratique la pléthore de candidats à gauche et à droite ? Faut-il s’en remettre aux partis, qui n’ont jamais été aussi peu crédibles aux yeux des Français ? Aux sondages, qui n’ont jamais été capables d’anticiper un mouvement d’opinion plusieurs mois à l’avance ? On pourrait dire de la primaire, comme de la démocratie, que c’est le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

52

L’ARGUMENT DE DROITE L’officialisation de l’abandon de François Baroin pour 2022 laisse le champ libre à Valérie Pécresse, Bruno Retailleau ou Xavier Bertrand. Pour choisir son candidat, LR n’a pas beaucoup d’autres choix que de passer par l’organisation d’une primaire, par ailleurs prévue dans les statuts du parti. A-t-on besoin de rappeler à tous les sceptiques que, si François Fillon a perdu au premier tour, ce n’est pas à cause de cette campagne interne, mais des ravages du « Penelopegate ».

L’ARGUMENT DE GAUCHE La donne à gauche est claire : pour être présent au second tour, il faut s’accorder sur une candidature d’union. C’est ce qu’a encore rappelé, le 10 octobre, l’appel des 1 000, signé notamment par l’économiste Thomas Piketty et la députée LFI Clémentine Autain. Si, en 2017, la primaire du PS s’est soldée par une catastrophe, c’est parce que deux des candidats (Manuel Valls et François de Rugy) n’ont pas respecté la règle qu’ils s’étaient engagés à respecter : le soutien au gagnant.

LE CONTREARGUMENT D’EFFICACITÉ Même François Hollande, qui doit pourtant son élection au succès de la primaire socialiste, a déconseillé, le 11 octobre sur RTL, aux partis d’avoir recours à ce mode de sélection. C’est dire si elle a fait son temps. En 2017, aucun candidat sorti des trois primaires (de droite, socialiste et écologique) n’a franchi le premier tour de l’élection présidentielle. Sans compter que chaque campagne interne a créé, dans chaque camp, des inimitiés indélébiles.

LE CONTREARGUMENT DE DROITE Quand on est vraiment de droite, ce système de primaire est un contre-sens. Pour ne pas dire un dévoiement de la Ve République si chère aux gaullistes. C’est en tout cas ce que répète partout Xavier Bertrand, le patron des Hauts-de-France : l’élection présidentielle est d’abord la rencontre d’un homme avec un peuple. Sans l’intermédiaire d’aucun parti ni aucune primaire ouverte à tous ou réservé aux seuls sympathisants ou militants.

LE CONTREARGUMENT DE GAUCHE Si vous êtes un militant « insoumis », vous n’êtes pas du tout chaud pour que votre champion (Jean-Luc Mélenchon) s’abîme dans cette présélection. D’autant qu’il arrive aujourd’hui en tête des sondages pour incarner le meilleur candidat de gauche. Si vous êtes au PS, vous êtes bien placé pour savoir que, dans une primaire, les perdants ont peu envie de se ranger derrière le vainqueur. Qui plus est pour une primaire réunissant tous les candidats de la gauche.

PUBLICITÉ

Un écrin disruptif pour les flacons Ruinart FIDÈLE À SON ESPRIT PIONNIER, LA PLUS ANCIENNE MAISON DE CHAMPAGNE ROMPT AVEC LA TRADITION DES COFFRETS UNITAIRES. ÉCOCONÇU, FRUIT D’UNE DÉMARCHE DURABLE, L’ÉTUI SECONDE PEAU ENVELOPPE DÉSORMAIS L’EMBLÉMATIQUE FLACON. MIEUX, CETTE COQUE 100 % PAPIER, ENTIÈREMENT RECYCLABLE, PRÉSERVE L’INTÉGRITÉ DU GOÛT RUINART JUSQU’À LA DÉGUSTATION.

I

nnovation packaging inédite, l’étui seconde peau s’inscrit dans une démarche écoresponsable et disruptive qui prend tout son sens en cette période de fin d’année. Épuré, écoconçu mais toujours élégant, le design de la coque minimaliste en papier rappelle la gestuelle des maîtres d’hôtel qui enroulent une serviette blanche autour des bouteilles de champagne. Une manière de mieux protéger le vin, mais aussi de souligner la forme du flacon pour les cuvées R de Ruinart, R de Ruinart Millésimé, Ruinart Rosé et Ruinart Blanc de Blancs.

UNE APPROCHE GLOBALE

Depuis 1729, la Maison Ruinart évolue avec son temps, anticipe les changements de paradigme. Alors qu’elle se prépare à célébrer ses 300 ans, la question de la durabilité est une évidence : depuis deux décennies, la culture de la vigne adopte déjà une démarche responsable, de l’élaboration à la production du vin. Le développement durable est une source d’innovation, un moteur créatif. Cette approche globale s’avère essentielle et la question des emballages, notamment des coffrets unitaires, est devenue incontournable. Répondant à une prise de conscience de nombreux amateurs, la Maison Ruinart va aujourd’hui plus loin dans sa contribution environnementale. En 2020, l’étui seconde peau remplace tous les emballages précédents. L’enveloppe vise à réduire l’impact environnemental tout en préservant l’expérience.

UN ÉCRIN POUR PRÉSERVER

Hommage direct aux parois des Crayères, caves historiques de Ruinart à Reims, la coque de papier blanc rappelle leur texture crayeuse et se dote d’une élégante fermeture marquée du sceau de la Maison. Elle suggère une nouvelle gestuelle qui, de l’achat à la dégustation, s’inscrit dans un art de vivre conscient et engagé alors que la fin d’année approche. Au-delà de l’innovation formelle, l’étui seconde peau bouleverse le rôle même du packaging. Plus qu’un simple emballage, il remplit également une fonction œnologique en protégeant le vin des ondes lumineuses qui risqueraient de l’altérer. Désormais, l’emballage peut ne plus être jeté immédiatement, mais conservé jusqu’au service. Adapté à une conservation longue au réfrigérateur, il garde son intégrité plusieurs heures dans un seau rempli de glace. Légère, esthétique et fonctionnelle, l’enveloppe seconde peau est le reflet de la démarche durable et engagée de la Maison : elle inaugure un nouvel art de vivre en ligne avec les attentes du 21e siècle.

INNOVANT ET ÉCOCONÇU, LE NOUVEL ÉTUI SECONDE PEAU PROTÈGE LE VIN ET SYMBOLISE L’ESPRIT PIONNIER ET L’ENGAGEMENT ENVIRONNEMENTAL DE LA MAISON RUINART.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.

LA SEMAINE

C’EST PEUT-ÊTRE UN DÉTAIL POUR VOUS...

MAIS PAS POUR MARC BEAUGÉ

LE 6 OCTOBRE, EN PLEINE FASHION WEEK, À PARIS, CLARA BERRY, MANNEQUIN ET INSTAGRAMMEUSE FRANÇAISE, A PROFITÉ DU DÉFILÉ LOUIS VUITTON POUR PRENDRE LA POSE. EN TOUTE DÉCONTRACTION.

La pluie, aucun problème. La pandémie, même pas peur. Il y a quelques jours, en marge du défilé Louis Vuitton, la dénommée Clara Berry, mannequin et instagrammeuse de son état, a défié les éléments pour nous offrir, en cette période sombre, un peu de soleil. Devant l’objectif des photographes, elle a ainsi pris la pose, les cheveux au vent, la clope au bec, le sac à la main, confirmant avec panache l’assertion de Dostoïevski selon laquelle « la beauté sauvera le monde ». Sachez-le, chère Clara, vos efforts sont grandement appréciés, et vous valent, mieux que notre estime, un « like » de notre part.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

54

2. STRICT NÉCESSAIRE

Clara Berry tient dans sa main un petit sac monogrammé. Comme la vie est bien faite, c’est un Vuitton, qui appelle une légère digression. En effet, son format et sa forme nous rappellent que le vanity-case est une invention ancienne et masculine. D’abord baptisés « nécessaires de voyage », les vanitycases accompagnaient dans leurs déplacements les hommes fortunés et sophistiqués dès le xviie siècle. Ce n’est que deux siècles plus tard que les femmes, gagnant en indépendance, se les approprièrent, dans des versions plus modestes, moins lourdes, et parfois plus monogrammées.

3. HAUTE VOLTIGE

Notre rayon de soleil porte une combinaison, mais pas n’importe laquelle. Griffée Vuitton, celle-ci est inspirée des combinaisons portées par les pilotes de l’armée de l’air américains pendant la seconde guerre mondiale, et notamment la fameuse combinaison ANS-31, mais sa coupe, ses finitions et son allure générale trahissent la qualité du travail du créateur Nicolas Ghesquière, directeur artistique des collections femme de la maison. Son prix aussi sans doute, mais ne gâchons pas tout.

4. ÉTOFFE DES HÉROS

Autour de la taille, Clara Berry ne porte pas de ceinture, ce serait trop simple. Mais plutôt un chatoyant foulard de chez Vuitton. De façon subtile, il évoque l’allure de l’iconique Fred Astaire. Homme élégant mais soucieux de son confort, celui-ci avait en effet l’habitude, au faîte de sa gloire, de remplacer ses ceintures par des cravates, puis par des foulards, lui offrant à la fois maintien et souplesse lors de numéros de danse très exigeants d’un point de vue physique. Au regard de l’intensité mise par Clara Berry dans ses poses, on suppose que la démarche est ici la même.

5. FILTRE INSTAGRAM

Clara Berry fume. Mais, rassurez-vous, sa cigarette s’inscrit dans le panorama. Elle lui offre une bonne excuse pour ne pas porter le masque et une occasion idéale, pour nous, de rappeler qu’il fut un temps, pas si lointain, où la rumeur courait que les fumeurs étaient moins sujets à contracter le Covid-19. Depuis, cela a été démenti. En Espagne, la possibilité que la fumée de cigarette puisse favoriser la transmission du virus a même poussé les autorités, fin août, à interdire de fumer à moins de deux mètres des autres personnes. Qu’en conclure ? Que Clara Berry est inabordable, bien sûr.

Er ward Ber thelot/Getty Images

1. À CONTRETEMPS

NESPRESSO France SAS - SIREN 382 597 821 - RCS PARIS, 27 rue du Colonel Pierre Avia, 75015 Paris.

W H O E L S E ?*

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

* Qui d’autre ? ** Quoi d’autre ?

Nos capsules sont en aluminium 100 % recyclable. Nous nous engageons à vous simplifier le recyclage. Et qui d’autre que vous pour nous aider à les recycler ? N E S P R E S S O AG IT P O U R LE R EC YC L AG E . Vos solutions de tri sur Nespresso.com/agit

**

LA SEMAINE

CELA EN RASSURERA CERTAINS.

Les plus belles histoires commencent parfois par un rendez-vous manqué. Entré par la petite porte, celle des invitations, en 2003 à Roland-Garros (Le Monde du 9 mai 2003), le joueur espagnol déclare forfait avant même le début du tournoi : « Rafael Nadal, 16 ans, la nouvelle coqueluche espagnole sur terre battue, s’est blessé au coude lors d’un entraînement et sera absent à Roland-Garros », annonce le quotidien le 27 mai 2003. Mais les Français apprendront vite à connaître ce gaucher : un an plus tard, en Coupe Davis, l’Espagnol les prive de finale. « En majorquin, son nom signifie Noël et c’est un vrai cadeau qu’il a offert à l’Espagne. Du haut de ses 18 ans, Rafael Nadal a qualifié son pays », écrit JeanJacques Larrochelle, le 28 septembre 2004, des étoiles dans les yeux : « Étonnant personnage que ce solide gaillard à l’allure gitane et au regard de feu, qui fait tout avec sa main droite, sauf jouer au tennis. » De quoi se faire remarquer : « Le numéro un mondial suisse Roger Federer, qu’il a battu en avril au tournoi de Miami, prédit que Rafael Nadal finira par occuper sa place. » En attendant que la prophétie se réalise, le voilà donc qui décroche, à seulement « 18 ans et 187 jours », la Coupe Davis pour son pays, un record. « Rafael Nadal est un phénomène de précocité, souligne Élise Vincent le 7 décembre 2004. En 2001, il était entré dans le club restreint des joueurs ayant gagné un match professionnel avant l’âge de 15 ans. En 2003, il était devenu le deuxième plus jeune membre du top 100 au classement ATP – après l’Américain Michael Chang – et aussi le deuxième plus jeune à atteindre le troisième tour de Wimbledon. » Il va falloir s’habituer aux superlatifs. En 2005, premier Roland-Garros, première victoire : « Seul le Suédois Mats Wilander avant lui avait emporté Roland-Garros à sa première participation », s’enthousiasme Jean-Jacques Larrochelle, qui décrit, le 7 juin 2005, un joueur tout-puissant : « Rafael Nadal capable d’une volée du coin de l’œil et dos à la balle, Rafael Nadal capable, étiré comme un chat, de transformer un retour délicat en incisif point gagnant, Rafael Nadal et ses amortis

masqués… Le phénomène à la tenue de plagiste (…) sait tout faire. » Record de victoires consécutives sur terre battue (Le Monde du 31 mai 2006), premier à enchaîner RolandGarros et Wimbledon après Björn Borg (Le Monde du 8 juillet 2008)… L’histoire semble à ce point écrite d’avance que les rares fois où il trébuche, la terre (battue) semble se dérober sous les pieds des commentateurs : « Ce qui paraissait impensable autrement que comme une vague hypothèse de travail, de celles que l’on évoque sans y croire, pour étendre le champ des possibles, est arrivé. Rafael Nadal a perdu (6-2, 6-7, 6-4, 7-6), dimanche 31 mai, à Roland-Garros », écrit Pierre Jaxel-Truer, le 2 juin 2009. La victoire de Robin Söderling en huitièmes de finale est d’autant plus incroyable que « Rafael Nadal, à Roland-Garros, était jusqu’alors rien moins qu’invincible. En quatre participations, il avait toujours gagné. Il y avait lui et les autres. Une foule d’autres, plus ou moins indistincts, qui semblaient irrémédiablement voués au rôle de perdants magnifiques pour les meilleurs, mais plus sûrement de chair à canon face au maître du pilonnage, l’homme au lift surpuissant, celui qui broie toute envie naissante de révolte ». Le journaliste conclut : « Le tournoi est subitement devenu ouvert. C’est vertigineux, tant on en avait perdu l’habitude. » Car, s’il y a bien un reproche fait à Rafael Nadal, c’est celui d’avoir tué le(s) match(s), au moins sur terre battue. Même le roi Federer s’avérera souvent impuissant face à sa force de frappe. Seul son propre physique se mettra parfois en travers de son chemin, comme en 2012 lorsque son genou le tient éloigné des cours durant sept mois. Loin de susciter la compassion, cette absence sème le doute. Certains prétendent que « Nadal aurait pu esquiver volontairement les JO et la rigueur de leurs contrôles antidopage » (Le Monde du 13 avril 2013). Une accusation reprise en 2016 par une Roselyne Bachelot reconvertie en chroniqueuse sur D8. Elle n’en est pas moins ex-ministre des sports, Nadal ne laisse pas passer : elle sera condamnée pour diffamation en novembre 2017. Est-ce la preuve que ses ennuis de santé étaient tout sauf feints ? En 2014, terrassé

par la douleur, Nadal déclare forfait alors qu’il concourt pour un dixième sacre à Roland-Garros. L’histoire est bien écrite, veulent croire ses admirateurs : il célébrera son dixième titre en 2015, dix ans tout juste après le premier. C’est cette fois compter sans Novak Djokovic, qui le sort en quarts devant un court central sous le choc. « Après la sidération provoquée par la rareté de l’événement (sur 72 matchs disputés à Roland-Garros, le phénomène en a perdu deux), une ovation a raccompagné le vaincu pour l’ensemble de son œuvre, comme quand un artiste quitte la scène, écrit Bruno Lesprit le 5 juin 2015. Djokovic l’applaudissait, comme pour rendre les honneurs à un souverain déchu. Les triomphes inévitables de Nadal agaçaient. La rupture de cette routine n’a pourtant pas tardé à engendrer le spleen. D’un coup, le tournoi perdait ses repères et plongeait dans l’inconnu. » L’intermède durera deux ans. En 2017, le compteur à records s’emballe à nouveau : « Conquérir dix fois le même tournoi du Grand Chelem, aucun joueur de l’ère moderne ne l’avait réussi. Rafael Nadal est seulement le deuxième de l’histoire à y parvenir, après Margaret Court », écrit Élisabeth Pineau le 13 juin 2017. Et qu’on ne vienne pas lui parler de monotonie : « Le joueur qui pilonnait l’adversaire jusqu’à ce que faute s’ensuive et galopait comme un dératé après chaque balle prend désormais le temps d’analyser. Les interminables rallyes ont laissé place à des schémas de jeu réduits. Lui, le défenseur-né, est aussi devenu un des meilleurs volleyeurs du circuit », affirme la journaliste, le 9 juin 2018, alors que le champion s’apprête à décrocher son onzième titre à Roland-Garros. Ce dimanche 11 octobre, Élisabeth Pineau a assisté au treizième couronnement du roi Nadal : « Comme à son habitude, le monarque s’agenouille sur sa terre promise mais, pour la première fois, les larmes des douze sacres précédents ont laissé place aux rires d’un gamin. » Un gosse indestructible de 34 ans.

Texte Agnès GAUTHERON

RAFAEL NADAL LE 9 MAI 2003, LA PREMIÈRE FOIS QUE “LE MONDE” A ÉCRIT

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

56

Photocollage d’après Ar flex. Ar form. B&B Italia. BoConcept. Cassina. Ethnicraft. Flexform. Fritz Hansen. Habitat. Ligne Roset. Maison du Monde. Madura. Selenc y. Sera x. Knoll. RBC. Vitra.

LE MAGAZINE

RUÉE SUR LE CANAPÉ. C’est le roi du salon. Et la star du moment. Car le confinement a rendu ce meuble encore plus essentiel

qu’auparavant dans un secteur de la maison incroyablement florissant. Un espace privilégié où l’on vient lire, paresser, discuter, travailler, dormir, manger… Une belle revanche pour celui qui joua longtemps les seconds rôles derrière la chaise, objet culte de l’histoire du design. Dans une époque pleine de troubles et d’incertitudes, ce sont les sofas des années 1970, confortables et accueillants, qui ont actuellement la faveur du public. Et qui répondent à une nouvelle éthique de consommation renforcée par la crise sanitaire mondiale. Texte Marion VIGNAL — Photocollage Camille DURAND

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

57

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Ours polaire, du designer Jean Royère.

Her vé Lewandowski/Cour tesy Galerie Jacques Lacoste. Jean Royère, Adagp, Paris, 2020

ICHEL ROSET N’EN REVIENT TOUJOURS PAS. Depuis le coup de sifflet du 11 mai, date de la fin du confinement, l’éditeur de meubles français a vu les clients se précipiter dans ses magasins. Depuis, son carnet de commandes ne cesse de se remplir, augmentant les délais d’attente pour la réception d’un modèle bien au-delà des huit semaines de rigueur. Dans ses ateliers de Briord, près de Lyon, la main-d’œuvre artisanale commence même à manquer, au point que le chef d’entreprise réfléchit au développement d’une formation professionnelle consacrée à ses créations. Même constat au Bon Marché, à Paris, où la responsable du département maison loisir, Florence Delage, lance : «Ce que nos clients n’ont pas dépensé en voyages ou en loisirs se répercute sur des investissements pour améliorer leurs équipements.» Il y a encore quelques mois, au printemps, on pensait le monde du design exsangue. Sa capitale européenne, Milan, était un épicentre de l’épidémie. Son Salon international du meuble, prévu en avril, était annulé. Partout, les showrooms et boutiques fermaient, des milliers d’entreprises se retrouvaient à l’arrêt, des artisans au chômage technique et des créateurs confinés… Quelques mois plus tard, le secteur de la maison ne semble pourtant pas figurer au rang des industries les plus touchées par la crise sanitaire qui, après avoir provoqué le naufrage de millions de personnes, épuisées ou désœuvrées, sur leurs canapés, maintient encore de nombreux télétravailleurs chez eux. Le marché du meuble pourrait même en sortir plutôt gagnant. De Roche Bobois au site de vente de mobilier vintage Selency, les grands acteurs du mobilier et de la décoration affichent des chiffres optimistes, pour certains même des records de ventes et des croissances à plus de 100 % depuis le mois de juin. Mais il est un meuble qui connaît un succès tout particulier au sein de ces enseignes : le canapé. Gilbert Kann, curateur en mobilier des arts décoratifs des xxe et xxie siècles, a l’impression que « les gens ont redécouvert avec le

LE M AG A ZINE

confinement qu’ils avaient un salon. Parce qu’ils passent plus de temps chez eux, ils sont pris d’une envie de soigner leurs intérieurs à la manière des Scandinaves ou des Flamands, pour qui la maison a toujours été un lieu de vie et de réconfort.» Ce chineur professionnel s’amuse d’enregistrer depuis quelques mois de plus en plus de demandes de clients désireux de parcourir les puces avec lui en quête de pièces singulières. Le choix d’une banquette en tracasse beaucoup. D’après les professionnels, l’achat d’un sofa se renouvelle environ tous les dix ans. Et ce pour une valeur de 5 000 euros en moyenne pour les modèles haut de gamme. De quoi faire hésiter tant de potentiels acheteurs qui hésitent de longues heures dans les magasins, s’asseyant sur un modèle, puis un autre, s’interrogeant sur la bonne teinte du tissu à choisir. Certains vendeurs voient des clients hésiter pendant six mois avant de se décider. Mais, surtout, le choix en dit long sur l’époque. « Il y a encore quelques années, les consommateurs privilégiaient le style, désormais, et encore plus depuis le confinement, ils ne font plus aucun compromis sur le confort », assure Alix Libeau, directeur artistique de l’enseigne multimarque Silvera. Tous plébiscitent le rembourrage maximal, la profondeur des assises, la souplesse des mousses, la technicité et l’élasticité des textiles, le ras du sol, les dimensions accueillantes. Emblématiques de ce désir de rondeur et de générosité, les modèles des années 1970 figurent en ce moment parmi les stars du marché, du vintage comme du contemporain. L’éditeur italien B&B Italia vient ainsi de rééditer le modèle dessiné par Mario Bellini il y a tout juste cinquante ans, le Camaleonda, « un pixel géant au confort visuel rassurant », décrit Alix Libeau. Cette banquette modulable composée d’un gros coussin carré peut être assemblée et multipliée à volonté, en fonction du paysage domestique. Son nom, néologisme formé avec les mots «caméléon » et « onde », évoque la capacité d’adaptation à l’environnement et la douceur de la vague : tout ce que veut notre époque, grosse d’incertitudes, qui exige flexibilité et réconfort. Chez Ligne Roset, le Togo créé par Michel Ducaroy en 1973 sur l’idée d’un tube de dentifrice replié, continue de trôner en tête des ventes. Plus de 1,3 million d’exemplaires se sont vendus depuis sa création. « Il a traversé toutes les générations, toutes les modes, toutes les crises », s’étonne encore Michel Roset. Et séduit autant en neuf qu’en occasion. Le site de vente Selency l’affiche ainsi comme son best-seller depuis deux ans. Motivé par des choix esthétiques, économiques ou écologiques, le marché de l’occasion se voit renforcé par les enjeux de la crise sanitaire mondiale. « Le critère éco­ responsable apparaît désormais parmi l’une des premières motivations d’achat dans l’étude que nous avons réalisée en juillet auprès des clients », remarque Charlotte Cadé, cofondatrice et directrice de Selency. Si le cuir vintage, joliment vieilli, séduit les jeunes, l’habillage en cuir neuf a, en revanche, largement cédé le pas sur le textile. «Une tendance portée par la grande diversité actuelle des tissus, mais aussi pour un autre rapport à la consommation de matières d’origine animale », estime Nicolas Roche, chez Roche Bobois. L’éditeur, qui fête ses 60 ans cette année, estime vendre deux fois moins de cuir aujourd’hui que dans les années 1980. Si le canapé confortable est la star du moment, il ne l’a pas toujours été dans l’histoire du design. Pire, il a même été le parent pauvre d’un autre meuble, sur lequel s’est concentrée toute l’attention : la chaise. Celle-ci est présente dans les musées, les ouvrages de design et d’arts décoratifs comparent les versions imaginées par les créateurs… Elle est même considérée comme un rite de passage pour ces derniers, qui sentent comme une injonction à en créer une, afin de rester dans l’histoire de leur discipline. Le canapé, lui, se voit souvent réduit à des problématiques de confort et de fonctionnalité. « Il est pourtant plus intéressant à travailler qu’une chaise, estime le designer Erwan Bouroullec, car il exige une réflexion plus poussée sur le corps, ses mouvements et les postures possibles.» À l’instar d’une pièce de mode, le choix d’un sofa ne révèle pas seulement un rapport au confort ou à l’esthétique, mais aussi une éthique de consommation, une manière de penser. En affichant un canapé seventies dans son salon, on ne fait pas qu’inciter ses invités à s’asseoir au ras du sol et à allonger leurs jambes, on affiche un esprit d’ouverture, en phase avec une époque de transformation sociétale qui a inspiré aux designers des assises libres, le plus souvent rembourrées de mousse, dégagées de toute raideur et d’obligation de maintien. «Avant les années 1970, on avait le choix entre être assis ou couché, il n’y

avait pas de position intermédiaire », résume Michel Roset. Inspirés par les nouvelles possibilités de la mousse polyuréthane et des tissus en Nylon, les designers français Michel Ducaroy, Pierre Paulin, Olivier Mourgue ou Bernard Govin, auteur du divan-plateforme Asmara récemment réédité par Ligne Roset, et italiens, tels que Cini Boeri, disparue en septembre et avantgardiste de cette tendance avec son canapé-couette Strips pour Arflex, ont créé une nouvelle catégorie d’assises souples et modulables, décomplexée et désembourgeoisée qui a participé à créer un nouveau climat domestique. « Pendant longtemps, le canapé n’a pas évolué, explique Erwan Bouroullec. Les banquettes étaient plus ou moins des hybridations de fauteuils, comme les canapés de conversation au xviiie siècle. Avec l’introduction de nouvelles matières et mousses, dans un contexte de libération sexuelle, est arrivée une nouvelle génération de canapés qui libèrent le corps et l’autorisent à des pos­ tures non conventionnelles.» Le modèle Ploum des Bouroullec, édité par Roset en 2011, s’inscrit dans cette lignée. « C’est un enfant du canapé Togo, reconnaît Erwan, avec un dossier haut de façon à pouvoir reposer sa tête. Nous voulions que le corps entier soit porté par la structure, un peu comme lorsqu’on se retrouve allongé dans des herbes hautes. Le Ploum vous enve­ loppe et en même temps vous donne une grande liberté de mouvement. C’est une forme libre dans laquelle on ne peut pas totalement maîtriser sa posture, ce qui envoie un grand signe de confiance aux autres.» Oui, le canapé parle. Il exprime une manière d’être et de recevoir, il influe sur nos comportements. Pensé initialement pour l’usage domestique, le modèle Alcove conçu en 2006 par Ronan et Erwan Bouroullec pour le fabricant de mobilier de bureau Vitra a révolutionné l’espace de travail en même temps qu’il a inauguré une nouvelle typologie : les canapés à bords hauts, désormais présents partout sur le marché. L’Alcove s’est imposé dans les open spaces. D’autant que le concept même de bureau a radicalement changé sous l’impulsion des modèles des start-up de la Silicon Valley et du développement du coworking, décloisonnant les espaces et mixant l’univers résidentiel au professionnel. Aujourd’hui, n’importe quel nouveau bureau a des canapés où se lover pendant les pauses ou discuter pour des réunions informelles. «À la fin d’une conférence que je donnais en Suisse, raconte Erwan Bouroullec, des architectes sont venus me confier qu’ils avaient installé plusieurs Alcove dans un commissariat et que ces derniers étaient devenus des espaces privilégiés de débriefing pour les personnes vic­ times d’une agression. Cela m’a conforté dans l’idée que le travail minutieux et invisible que nous avions fait sur la qualité du textile et le confort de la structure conférait à cet objet une forme de citoyenneté.» Le canapé impose ses codes. Dans la maison, son arrivée coïncide souvent avec un changement de vie, un nouvel appartement, l’arrivée d’un enfant et se redéfinit en fonction des nouvelles étapes, des séparations, des déménagements… Ainsi de Marie et Julien, couple d’architectes trentenaires, devenus jeunes parents juste avant le confinement, qui ne voulaient surtout pas d’« un canapé bourgeois classique » pour leur nouvel appartement bruxellois. À force de longues recherches, d’abord sur Internet puis en magasin, ils ont finalement choisi les modules de Francesco Binfaré pour Edra, On the Rocks : une combinaison de polygones qui se compose comme un puzzle géant et autorise tous les scénarios. Une incarnation de la liberté et du mouvement dans laquelle le couple confie «s’être enfin reconnu». «Un canapé ne trompe jamais », affirme Karl Fournier, architecte fondateur de Studio KO. Il indique aussitôt la tonalité d’une pièce et d’un mode de vie.» Au fil de ses chantiers internationaux de luxueuses résidences privées, Karl Fournier en est venu à établir une théorie du canapé au sein des couples. Selon lui, l’épouse a tendance à transférer son identité dans ce meuble à haute valeur sociale, en en faisant un symbole de son pouvoir. « Le divan devient l’expression d’un choix personnel et prend un caractère crucial, observe-t-il. Pour certaines femmes, c’est même le dernier bastion de l’affir­ mation de soi.» Le sofa serait-il devenu aussi identitaire que le choix d’une voiture le fut pendant longtemps pour de nombreux ménages ? Une chose est sûre : à l’heure où les engins mécaniques commencent à disparaître de la liste des biens à acquérir pour asseoir son statut social, le canapé, lui, semble prendre de plus en plus de valeur et d’espace. Au point de trôner souvent au centre de la pièce. Publiée dans la presse américaine, la photo de l’appartement parisien du duo de Studio KO, Karl Fournier et Olivier Marty, avec (suite page 63)

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

59

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Photocollage d’après Ar flex. Ar form. B&B Italia.BoConcept. Cassina. Ethnicraft. Flexform. Fritz Hansen. Habitat. Ligne Roset. Maison du Monde. Madura. Selenc y. Sera x. Knoll. RBC. Vitra

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

LE M AG A ZINE

61

LE M AG A ZINE

CONÇU À LA DEMANDE, L’OURS POLAIRE DE JEAN ROYÈRE N’EXISTERAIT AUJOURD’HUI QU’EN 200 EXEMPLAIRES ENVIRON DANS LE MONDE. LES COLLECTIONNEURS LES PLUS FORTUNÉS SONT PRÊTS À DÉPENSER 600 000 EUROS POUR OBTENIR L’UN D’EUX. SOIT LE PRIX D’UNE ŒUVRE D’ART D’EXCEPTION.

(suite de la page 59) au centre, le modèle vintage DS 600 signé de Sede, demi-cercle de boudins en cuir marron patiné, a contribué à asseoir dans l’univers de la décoration cette tendance de banquette familiale, extralarge. Les tailles XXL sont aussi l’apanage des modèles signés par l’architecte d’intérieur Pierre Yovanovitch. Ce dernier propose désormais une collection de meubles à la commande, dont les pièces emblématiques ne sont autres que de puissants canapés de plus de quatre mètres de longueur d’assises et aux formes variées. De quoi installer une bonne dizaine de personnes confortablement dans un salon. Véritables objets sculpturaux posés au centre du salon, ses canapés en chêne tronçonné, en demicercle ou en zigzag, permettent aussi aux convives « de se regarder sans être assis en rang d’oignons ». « Les banquettes droites, face à face, donnent un côté très bourgeois et statique à un salon, explique Pierre Yovanovitch, alors qu’un canapé doit faire chanter l’architecture et signe la convivialité d’une pièce. Cela crée une dynamique.» L’époque veut de la légèreté et du mouvement. Le canapé devient de plus en plus un espace multifonctionnel où l’on vient lire, discuter, jouer, travailler, manger, dormir, contempler… Malgré leurs lignes élégantes, les structures raides en métal ou en bois des années 1950 qui incitaient à une posture assise contrôlée sont reléguées dans les entrées et les salles d’attente. À la maison, les nouvelles générations assument sans complexe leur désir de se vautrer et de se rassembler. Constance Gennari, fondatrice de la marque et du site The Socialite Family, qui portraitise des familles dans leurs intérieurs, ne voit plus aucune banquette danoise ou daybed façon Charlotte Perriand, trop rigides, dans les salons de ses contemporains, mais des néo-Paulin à foison, des banquettes aux allures de plateforme extralarges et une pléiade de « haricots », ces modèles courbes inspirés de l’iconique Serpentine de Vladimir Kagan et du mythique Ours polaire de Jean Royère, deux créations-phares qui ont ouvert la voie d’une nouvelle esthétique sinueuse aux déclinaisons multiples. Le galeriste Jacques Lacoste, qui présente le mobilier de Jean Royère depuis deux décennies, n’a encore jamais vu la cote de l’Ours polaire s’affaisser. « Le prix a doublé en vingt ans et la demande ne cesse d’augmenter, raconte le marchand. Je reçois actuellement des demandes d’Ours polaire tous les quinze jours quand je n’arrive à obtenir qu’une pièce par an. » Conçu à la demande pour les clients du décorateur des années 1950, le canapé aux lignes arrondies

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

62

De gauche à droite et de haut en bas, Maralunga, de Vico Magistretti ; Asmara, de Bernard Govin ; Togo, de Michel Ducaroy ; Marshmallow, de George Nelson ; Camaleonda, de Mario Bellini ; Alcove, de Ronan et Erwan Bouroullec.

n’existerait aujourd’hui qu’en 200 exemplaires environ dans le monde. Les collectionneurs les plus fortunés sont prêts à dépenser 600 000 euros pour obtenir l’un d’eux. Soit le prix d’une œuvre d’art d’exception. Et pourtant, Jacques Lacoste relate que, « à la fin des années 1970, Jean Royère a effectué une donation d’une partie de ses créations au Musée des arts décoratifs qui a failli être refusée, car la mode était alors au modernisme ». Royère en aurait été très blessé. L’histoire lui aura rendu justice. Désormais, son canapé, pensé comme un gros chat faisant le dos rond devant la cheminée, est devenu l’emblème du luxe chaleureux.

ROYÈRE

fut précurseur d’une forme, mais aussi d’une matière. Jacques Lacoste pointe qu’il fut le premier à recouvrir ses assises de velours mohair à poils longs. Un tissu épais, soyeux et réconfortant désormais devenu un standard du mobilier haut de gamme. Car le revêtement d’un canapé peut radicalement changer son look. Le Mah Jong de Roche Bobois, best-seller de la marque, a fait de sa modularité son succès. Cet assemblage de poufs et de coussins se réinvente depuis sa création, en 1971, au fil des tissus qui l’habille, des rayures de Sonia Rykiel aux fleurs japonisantes de feu Kenzo Takada, dernier styliste en date invité à relooker le modèle. Le marché du canapé n’échappe pas aux effets de mode. Après des années de nuances de gris, le blanc ivoire s’affiche comme la nouvelle coqueluche des consommateurs. À entendre les professionnels, même les familles avec enfants céderaient à cette envie de blancheur immaculée sur leurs banquettes. Une tendance portée par le succès du tissu « bouclette », devenu un gage de chic imbattable. Ce mélange de lin et de laine épaisse, très prisé dans les années 1950 et réapparu il y a quelques années chez les décorateurs influents, recouvre aujourd’hui les assises vintage de tous les stands de foires ou des puces. On le retrouve également, cet automne, dans les nouveautés du catalogue d’AM-PM, beaucoup plus accessible financièrement, sur un modèle deux places à la structure arrondie. Blanc, évidemment. Comme si, puissants collectionneurs, connaisseurs affûtés, jeunes couples qui démarrent, tout le monde ne rêvait que d’une chose en ces temps troublés : s’allonger dans un cocon nuageux et ne plus en sortir.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Photocollage d’après B&B Italia. Cassina. Ligne Roset. Vitra

1

2

3

4

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

(1 et 4) Vue d’une allée du marché Paul-Bert depuis l’étage de Maisonjaune Studio. (2) Maisonjaune Studio et sa collection d’objets des années 1950. (3) La devanture de La Boutique de Sophie à l’entrée du marché Paul-Bert.

LE M AG A ZINE

POUR LUI, C’EST « IMP EN-

SABLE ». Passer à Paris sans visiter les

puces, Hamish Bowles n’y songe même pas. Le quinquagénaire anglais, très proche collaborateur d’Anna Wintour au sein de l’édition américaine de Vogue, vient plusieurs fois par an en France, notamment pour les diverses fashion weeks. Cet habitué du Ritz trouve toujours un moment pour s’engouffrer dans un taxi direction le 110, rue des Rosiers, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), au marché Paul-Bert-Serpette. Dans ce qui est le «plus grand marché d’antiquités au monde», il passe de stand en stand, remarque un tabouret ou un livre rare, lorgne une tenue haute couture qui viendrait enrichir sa collection, parmi les plus beaux ensembles de mode, et dont certaines tenues ont été prêtées pour l’exposition Chanel au Musée Galliera. D’habitude, malgré ses costumes de tartan et ses tenues multicolores, Hamish Bowles passe inaperçu parmi le flot de clients venus du monde entier qui se pressent chaque fin de semaine dans les travées. Mais, en ce maussade dimanche de fin septembre, de passage en France, attablé au Café La Crème, il est bien l’un des

seuls à parler anglais. C’est que Paris a été vidé de ses touristes par la crise sanitaire. Et donc les puces, cinquième site touristique de France, avec 5 millions de visiteurs par an, de nombre de ses acheteurs. En temps ordinaires, la moitié d’entre eux sont des étrangers, dont 60 % d’Américains. Aussi, la période est très morose. Quelques badauds parisiens se baladent, certains une chaise dans les bras, d’autres poursuivant leurs enfants à vélo. Quant à Ma Cocotte, le restaurant dessiné par Philippe Starck, qui attirait les foules midi et soir à l’entrée du marché, il est fermé depuis près d’un an. Car, en réalité, le début des difficultés, et de la désertion américaine, remonte à plus de dix ans. Dans la foulée de la crise des subprimes, puis des attentats de 2015, les touristes nordaméricains sont moins venus. Les mouvements sociaux de l’hiver dernier, puis les mesures de restriction liées à l’épidémie ont achevé de fragiliser cet écosystème. La venue de Hamish Bowles ravit certains marchands, qui rêvent de voir revenir les Anglo-Saxons. Ainsi de la décoratrice américaine, Kelly Wearstler, une habituée des lieux, qui vient plusieurs fois par an, râtisse les allées, prend de tout pour ses clients californiens. Et se fait envoyer des conteneurs remplis de marchandises – 400 000 euros lors de son dernier voyage… Seule éclaircie pour le moment, à la fin du confinement, un acheteur également américain a fait atterrir son jet au Bourget, au mépris des précautions alors en cours, et a débarqué, stupéfiant les locaux. « Au-dessus d’un certain prix, on ne travaille qu’avec les étrangers, marchands et décorateurs américains. Ils nous font vivre. Sans eux, ça ne vaut pas le coup d’être ici », explique l’antiquaire Maxime Hardy. Un jugement confirmé par Frédéric Sire, chineur invétéré et fin observateur des puces : « Je viens ici pour me balader, car les tarifs sont inabordables.» Ce dimanche matin de septembre, Hamish Bowles a disparu sur un stand quand on croise Amin Jaffer, ancien directeur international du département des arts asiatiques chez Christie’s et conservateur de la collection Al-Thani, appartenant à un cousin de l’émir du Qatar. Ce Londonien se réjouit des poignées de porte qu’il vient de dénicher : «Je préfère largeTexte Marie GODFRAIN ment Paul-Bert-Serpette à Portobello, Photos Benjamin SCHMUCK son équivalent londonien, qui est

PAUL-BERT-SERPETTE, SHOW DE PUCES.

Chaque fin de semaine, c’est le rendez-vous des galeristes, des amateurs et des grands collectionneurs de meubles. Le marché Paul-Bert - Serpette, au cœur des puces de Saint-Ouen fait et défait les tendances de la décoration. Mais l’équilibre de cet écosystème, qui repose sur une riche clientèle étrangère, est brutalement remis en cause par la crise sanitaire. Précipitant une bataille des anciens et des modernes, gouaille de titi contre développement de l’e-commerce. devenu trop touristique. Situé en plein Londres, à quelques pas de Kensington Gardens, il draine surtout des curieux tandis que les puces parisiennes, elles, se méritent…» De fait, Paul-Bert - Serpette constitue le centre névralgique des puces de Clignancourt. Le cœur d’un « oignon » dont les couches extérieures seraient les biffins de la p o r t e d e C l i g n a n co u r t ( q u i revendent le fruit de leurs trouvailles dans les poubelles parisiennes), puis les marchés Vernaison (plus dans un esprit vide-greniers), Biron (spécialisé dans l’ancien, à la fois chic et kitsch), mais aussi Antica, Cambo, L’Entrepôt, Jules Vallès, Malassis, Dauphine… où un public assez jeune vient plutôt dénicher des vinyles, des livres et des meubles modernistes. Au milieu de cet écosystème, se trouve PaulBert - Serpette, soit 350 marchands installés dans un ancien garage av e c u n e p a r t i e i n t é r i e u r e (Serpette), cernée par une ribambelle de stands extérieurs (PaulBert). Fondé en 1946 par Louis Poré, qui voulait concurrencer les marchés voisins, il est devenu, au fil des années, le plus chic. Ici, on trouve (suite page 68)

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

65

Mobile en bois laqué Frederik Smits (Hollande, 2018) trouvé à la galerie Portuondode Horacio et Julia Portuondo. Page de droite, (1) Dorothée Simonet de la galerie Simonet Paris du marché Serpette.(2) Roger Beys de la maison Beys, antiquaire de la rue des Rosiers. (3) Nicole Maumy, 81 ans, l’une des doyennes des Puces. (4) Arnaud Dollinger, propriétaire d’Objets d’Affection.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

66

Benjamin Schmuck pour M Le magazine du Monde

LE M AG A ZINE

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

1 2

3 4

(suite de la page 65) d’anciennes armes, des chaises Napoléon III, des statuettes égyptiennes ou des colliers de perle. Et chaque marchand a sa spécialité : on vient sur tel stand pour trouver de l’argenterie, sur tel autre pour des objets Lalique, sur celui qui a le mobilier moderniste le plus recherché… Et il est très rare de voir des marchands mélanger des époques radicalement différentes. D’autant que chaque catégorie de clients a ses préférences. Les marchands savent que les acheteurs venus des pays du Golfe adorent le bois doré, les pampilles et, plus généralement, le xviiie siècle français. Un goût que partagent les Américains. Les Chinois de moins de 40 ans, en plus des bagages vintage d’Hermès ou Louis Vuitton, raffolent du design italien des années 1970. Le marché forme un ensemble sans équivalent dans le monde de l’objet ancien, un lieu emblématique, qui voit tous les bouleversements, notamment économiques, s’y répercuter. « Nous sommes ici en plein cœur du mobilier des Arts décoratifs. Les vendeurs ont l’habitude de se lever à quatre heures du matin pour écumer des déballages dans toute la France et pour dénicher des pépites, défend Gilbert

Kann, curateur en mobilier des Arts décoratifs des xxe et xxie siècles et client fidèle. Ici, on traverse toutes les périodes… Ces gens sont essentiels à l’équilibre de ce qu’est aujourd’hui le design. » Ni le marché de la place du Jeu-de-Balle, à Bruxelles, immortalisé par Hergé, ni Camden ou Portobello, à Londres, ne représentent un centre aussi influent. C’est ici qu’en temps normal se pressent décorateurs, acheteurs, grands collectionneurs… C’est le grenier du monde, là où les tendances démarrent, là où ont été redécouverts, il y a quelques années, des meubles des débuts de la carrière de Philippe Starck, quand il avait dessiné le célèbre café Costes, ou encore les canapés modulables des années 1970 de l’Italien Mario Bellini. Car nombreux sont les décorateurs à fréquenter les travées du marché, à venir y acheter des meubles et des objets qui meubleront les intérieurs de leurs clients. Par rapport à des pièces neuves, ces tables, assises ou rangements possèdent un supplément d’âme qui donne son caractère à un appartement. Et quand l’intérieur en question se retrouve dans un magazine ou partagé sur Instagram, l’aura de cette

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

LES JEUNES MARCHANDS L’ONT COMPRIS : IL FAUT GARDER L’ADRESSE COMME UNE PRESTIGIEUSE VITRINE, POUR BRILLER SUR LE NET. ILS VENDENT DE PLUS EN PLUS À TRAVERS LES RÉSEAUX SOCIAUX, SUR DES SITES DE VENTE DÉDIÉS (SELENCY, 1STDIBS OU EBAY…). IRONIQUEMENT, DEUX ANS APRÈS LA FRONDE CONTRE LA NUMÉRISATION DU MARCHÉ, C’EST CELLE-CI QUI PERMET AUJOURD’HUI DE SURVIVRE.

pièce explose et se transforme en tendance. Et ce qui ne se vend pas ici est souvent, de fait, jugé ringard ailleurs. « Paul-Bert - Serpette a toujours été un marqueur de mode, où par exemple les clients du salon Maison&Objet viennent s’inspirer en marge de l’événement, raconte Éric Allart, ancien vendeur devenu décorateur. On peut y trouver un fauteuil de Paul Evans à 60 000 euros, mais le xviiie y voisine aussi avec l’indus’. Il y a ici une culture de l’objet qui reste unique. » Frédéric Sire explique s’y rendre « pour découvrir ce qui se fait et, surtout, pour apprendre ». La plupart des galeristes parisiens spécialisés dans le mobilier sont issus de ce sérail. Ils viennent généralement s’y fournir le vendredi, la matinée étant plutôt réservée aux professionnels. « J’ai tout appris làbas, il n’y a rien de mieux pour démarrer », avoue Alexandre Guillemain, qui, après neuf ans à Serpette, s’est installé rue de Seine, à deux pas de la place de l’Odéon (Paris 6 e), le Graal des antiquaires. Comme ce galeriste quadragénaire, ils sont nombreux à avoir fait leurs armes aux puces avant d’ouvrir au centre de Paris : François Laffanour, Yves Gastou et, chez les plus jeunes, Alexandre Goult ou Guilhem Faget, de la galerie Meubles et Lumières, qui ont affûté leur expertise pendant dix ans aux puces avant d’ouvrir Rive gauche. Tandis que d’autres conservent leur stand tout en ayant une adresse au cœur de Paris, à l’instar de Laurence Vauclair ou de Joëlle Juhen-Gilibert et Delphine Sterckx, de la galerie Déjà Vu. Paul-Bert - Serpette détonne aussi par son aspect pittoresque, ses ballons de rouge bus en fin de matinée, ses histoires de faux qui circulent, ses brouilles entre marchands, son côté gouailleur et parisien. « J’ai découvert ici un univers à part, avec ses codes », raconte Alcidia Vulbeau, du restaurant Bonne Aventure, situé face aux puces. « Lorsque j’ai ouvert mon établissement, les marchands ont lancé des pièces par terre pour me souhaiter bonne fortune, racontet-elle. Ils ont une mythologie et un langage propres. Les puces forment un décor de cinéma où se joue un spectacle, qui diffère chaque weekend, avec sa galerie de personnages.» « C’est comme un village avec ses jalousies, ses amitiés… et ses trésors », appuie le vendeur Frédéric Simonet. On murmure même que le criminel

Jacques Mesrine, qui logeait tout près d’ici, porte de Clignancourt, aurait acheté ses armes auprès d’un marchand censé vendre uniquement des modèles démilitarisés. Si l’ambiance peut être tendue, c’est surtout le vendredi matin quand, avant l’ouverture au public, les marchands déballent ce qu’ils ont acheté dans les brocantes et les salles de vente aux quatre coins de France et parfois plus loin en Europe… Ils se revendent leurs trouvailles « au cul du camion ». Chacun achète en fonction de son domaine d’expertise. Il arrive parfois qu’un pucier trouve une pièce pour un collègue. Il l’achète et la lui cédera quelques heures plus tard... Certains prétendent que c’est là que se font les meilleures marges. « Vers sept heures du matin, on se retrouve devant le marché Vallès, on va boire un café, à ce moment-là, on s’achète des pièces entre nous en négociant âprement les prix », révèle Nicole Maumy, 82 ans, une figure du marché. Certains vendent à bon prix, d’autres n’hésitent pas à arnaquer leurs congénères… Les ventes peuvent parfois mal se terminer et provoquer des brouilles définitives. Certains conservent des souvenirs mémorables de coups de poing échangés entre marchands en plein hiver, sur la glace. Du bout des lèvres, la directrice, Stéphanie Duplaix, confie avoir parfois l’impression de se transformer en principale de collège.

LE

marché est aussi un lieu de fronde contre ses propriétaires successifs. En 2005, le duc de Westminster, par l’intermédiaire de son groupe Grosvenor, acquiert Paul-Bert - Serpette. Il tente rapidement d’augmenter les loyers, mais les impayés se multiplient et, en 2014, Jean-Cyrille Boutmy (patron de Studyrama, spécialiste de l’orientation scolaire) rachète le marché. Mais, là encore, les relations avec certains vendeurs s’enveniment, notamment à l’automne 2018, quand il propose aux marchands de mettre leurs objets en vente en ligne par l’intermédiaire d’une maison de vente indépendante. Le monde du meuble ancien est, plus encore que d’autres secteurs, très rétif au commerce numérique. À l’époque,

Benjamin Schmuck pour M Le magazine du Monde. Tableau abstrait du peintre hollandais Jasper Krabbé, céramique blanche de David Whitehead, table à manger de Charlotte Perriand et buffet années 1950 en orme massif français.

LE M AG A ZINE

une antiquaire s’insurgeait dans les colonnes du Monde : « Si nous passons notre temps à vendre aux enchères, pourquoi continuons-nous à payer des loyers de plus en plus exorbitants pour tenir des stands trois jours par semaine ? » Au fond, si la crise actuelle pose d’innombrables questions, elle a le mérite de mettre en lumière des rivalités qui se jouent au sein de Paul-Bert - Serpette et qui dépassent des histoires de comptes non réglés. Depuis quelques années, c’est une guerre qui se joue entre les anciens et les modernes, ceux qui privilégient la vieille école et les autres, qui veulent réinventer le marché. Entre les deux camps, la différence est visible de tous les visiteurs. Nicole Maumy, qui joue à la belote avec trois autres vendeurs devant son stand où elle écoule différents objets en verre et cristal explique : « Mon espace est un fouillis, tandis que les jeunes, eux, préfèrent des espaces avec trois bricoles dedans. » Les anciens, avec leur profusion d’objets, peuvent vendre plus. Les jeunes préfèrent miser sur une sélection plus pointue et des stands dépouillés dans l’air du temps. Et se retrouvent obligés de faire une bonne vente pour s’en sortir… Et en ces temps de désertion des étrangers, la directrice des lieux, Stéphanie Duplaix, glisse un conseil : « Ils vont devoir essayer de pratiquer des prix moins élevés, faire évoluer leur offre vers le milieu de gamme pour toucher une clientèle parisienne. Cela peut se faire avec la céramique, par exemple. Ils ont besoin de flux…» Paul-Bert - Serpette a beau être connu de tous, il faut être compétitif. « L’époque où les antiquaires préféraient continuer leur partie de cartes plutôt que de s’occuper des clients est révolue, explique le curateur Gilbert Kann. L’ambiance s’est améliorée. On trouve désormais plein de jeunes qui ont fait des études ou d’autres boulots avant. Ils ont une approche commerciale et communicationnelle très agréable et ont fait au préalable un véritable travail de documentation sur les pièces qu’ils vendent. » Force est de constater que, malgré les difficultés économiques, de nouveaux marchands – et notamment de nombreuses femmes, longtemps absentes – continuent de s’installer ici. Parmi eux, Édouard Cechman. Petit-fils et fils de pucier, cet étudiant en master de maths a ouvert, mi-août, son

stand, où il propose du Lalique, des arts de la table Hermès et du mobilier Knoll. Malgré le contexte, il ne regrette pas son choix. «Après m’être posé au marché Biron, j’ai voulu m’installer ici, car je profite d’une clientèle plus chic, raconte le jeune homme. Mais, en parallèle, je travaille beaucoup sur Internet, via le site de Serpette, mais aussi d’autres plateformes… Cela marchait si fort durant le confinement que je me suis demandé si cela valait la peine d’ouvrir mon stand. Heureusement, j’ai pu négocier mon loyer.» Malgré les conditions parfois spartiates et un environnement populaire, les loyers et les charges demeurent élevés. « Les prix pratiqués sont les mêmes que sur les belles avenues parisiennes », soufflent certains marchands. Alors, pour éviter les rideaux baissés, Jean-Cyrille Boutmy a offert quatre mois de loyer en 2020, voire plus pour certains qui ont accumulé des dettes. Résultat : pour le moment, aucun n’a fermé ses portes… Et même les plus récemment installés, à l’image d’Édouard Cechman, n’envisagent pas de quitter les puces. « Si je ne compte que sur les ventes sur place, je ne paye pas mon loyer, mais cela nous appuie, nous légitime », justifie Maxime Hardy. Les jeunes marchands l’ont compris : il faut garder l’adresse comme une prestigieuse vitrine, pour briller sur le Net. Ils vendent de plus en plus à travers les réseaux sociaux, sur des sites de vente dédiés (Selency, 1stdibs ou eBay…). Ironiquement, deux ans après la fronde contre la numérisation du marché, c’est elle qui permet aujourd’hui de survivre. Amaury Chaumet, PDG du groupe ESI, qui transporte de nombreuses marchandises dans le monde entier, constate une « explosion des achats en ligne ». Pendant le confinement, la direction a d’ailleurs multiplié les formations aux réseaux sociaux. « Moi qui ai longtemps été réfractaire à tout ça, aujourd’hui, je trouve ça génial de pouvoir transmettre ma passion et mes trouvailles sur mon compte Instagram», confesse Laurence Vauclair. En réalité, le métier doit se réinventer, jurent les plus jeunes. Au stand Maisonjaune, dont l’étage jouit d’une vue imprenable sur le marché, Gauthier, vendeur, est catégorique : « Il faut sortir du stand, faire des salons, des collaborations avec des marchands d’art contemporain.

Sur le stand de la galerie Pheromones (marché Paul-Bert).

Par exemple, nous prêtons du mobilier pour des boutiques ou nos chauffeuses pour un shooting du couturier Jacquemus. Nous décorons des restaurants mais, surtout, nous vendons désormais du mobilier neuf.» Ils sont de plus en plus nombreux à se lancer dans l’édition de nouvelles pièces qu’ils vendent aux côtés de leurs antiquités. C’est le cas de Laurence Vauclair, qui vient de lancer Arthemon Creation, des appliques, des miroirs, des suspensions en rotin neufs, mais dans le style de l’ancien devenu hors de prix. « Certains jeunes vendent du neuf mais ne le disent pas toujours aux clients, regrette Alexandre Guillemain, pointant une démarche qui est légalement dans une zone grise. Pour moi, la beauté de ce métier, c’est de dénicher l’objet rare, pas de vendre à tout prix.» Mais, si le marché PaulBert - Serpette est agité de soubresauts, ça se bouscule aussi à ses alentours . Les projets immobiliers se multiplient autour des puces. L’ancien site de l’usine des piles Wonder, qui a longtemps abrité la boutique Habitat vintage et

quelques stands de puciers, un espace historique, a été détruit pour devenir un ensemble immobilier : le Village des Rosiers est un programme de 500 logements, qui sera bientôt inauguré, avec des prix poussant jusqu’à 10 000 euros le mètre carré. Des tours d’habitation encercleront-elles les villages que sont les marchés des puces ? À PaulBert - Serpette, Jean-Cyrille Boutmy se veut rassurant. « Je suis propriétaire du foncier. Et je tiens à le préserver. J’ai même acquis un terrain mitoyen pour y stocker les réserves. En parallèle, je souhaite continuer à rénover l’écrin, comme je le fais depuis mon rachat. En prime, toutes les puces sont classées zone de protection de patrimoine architectural, urbain et paysager depuis 2001. » Mais, si d’autres marchés sont vendus, si le paysage des environs change complètement, l’écosystème dans son ensemble pourrait ne plus avoir la même aura. Si l’« oignon » se flétrit, son cœur, qu’est PaulBert - Serpette, pourrait perdre de sa superbe. Pourvu que Hamish Bowles ne renonce pas à ses escapades du côté de Saint-Ouen.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

69

LE M AG A ZINE

IL FAIT UN FROID GLACIAL, CE JEUDI 14 MARS 2019, À OSLO. Le ciel est du même blanc sale que la neige entassée sur les trottoirs. Un peu avant 13 heures, plusieurs véhicules de police s’engagent dans le quartier résidentiel de Røa, à l’ouest de la capitale norvégienne. Ils se garent devant une grande villa blanche, protégée par une haie de thuyas. Les voisins ne s’étonnent pas : depuis trois mois et demi, son propriétaire, le ministre de la justice et de l’immigration, Tor Mikkel Wara (Parti du progrès, FrP), est la cible de menaces. Quatre jours plus tôt, sa voiture a été incendiée, en pleine nuit, juste devant son domicile. Mais, ce jeudi, l’étrange manège des policiers intrigue les riverains. Des enquêteurs sortent de la maison avec de grosses boîtes en plastique transparent, qu’ils chargent dans une camionnette. Elles contiennent une imprimante, des ordinateurs, des écrans… Au même moment, une conférence de presse est annoncée à 16 heures, au quartier général de Politiets Sikkerhetstjeneste (PST), les services de renseignement norvégiens. Va-t-on enfin découvrir qui terrorise le ministre et sa famille ? L’affaire tient en haleine la Norvège depuis des mois. L’opinion publique a déjà sa petite idée sur l’identité des coupables. Les soupçons, alimentés par une partie de la classe politique et des médias du royaume, se concentrent

Laila Anita Bertheussen risque jusqu’à seize ans de prison pour avoir menacé son compagnon, ainsi qu’un autre couple, les Tybring-Gjedde – Christian et son épouse, Ingvil Smines, qui est alors la ministre de la sécurité publique. Tous les trois appartiennent au Parti du progrès (Fremskrittspartiet, FrP), une formation de droite populiste. Créé en 1973, ce parti anti-immigration a codirigé le pays entre septembre 2013 et janvier 2020. La compagne du ministre est également accusée d’avoir tenté d’incriminer les artistes derrière la pièce Ways of Seeing. Peu de Norvégiens l’ont vue. Mais tous en ont entendu parler. La dramaturge et comédienne à l’origine du projet, Pia Maria Roll, 50 ans, est connue pour son théâtre subversif et engagé, qui lui a déjà valu des tentatives d’intimidation. Boucles blondes et regard malicieux, elle assure, depuis son salon à Oslo, que « la provocation gratuite » ne l’intéresse pas. Si elle cherche la controverse, c’est « pour faire apparaître les antagonismes au sein de la société et susciter le débat ». Avec Ways of Seeing, la dramaturge voulait creuser le thème de la surveillance. Elle a contacté Ketil Lund, ancien juge à la Cour suprême. Entre 1994 et 1996, ce juriste norvégien a présidé la commission d’enquête parlementaire chargée d’évaluer les méthodes des services de renseignement norvégiens après la seconde guerre mondiale. Ses conclusions, très

QUELQUE CHOSE DE POURRI AU ROYAUME DE NORVÈGE.

Texte Anne-Françoise HIVERT Illustration Najeebah AL-GHADBAN

sur trois artistes ainsi que sur la directrice d’une scène culturelle d’Oslo. Si elles ne sont pas accusées d’être les instigatrices des menaces, on leur reproche d’avoir violé la vie privée du ministre populiste, dans une pièce de théâtre, Ways of Seeing, et d’en avoir fait une cible. Coup de théâtre : devant les caméras, la patronne de PST, Marie Benedicte Bjørnland, annonce l’arrestation de la compagne du ministre, Laila Anita Bertheussen. Cette femme au foyer alors âgée de 54 ans, mère de deux enfants, partage la vie de Tor Mikkel Wara depuis 1994. Elle est officiellement inculpée le 28 mars 2019. Son compagnon démissionne dans la foulée. Un an et demi plus tard, le procès de cette femme frêle au visage sévère s’est ouvert, le 8 septembre, devant le tribunal d’Oslo. Prévu pour durer dix semaines, il se tient dans la salle d’audience 250, réservée aux dossiers les plus médiatiques. « C’est l’une des plus bizarres de l’histoire politicojudiciaire norvégienne », commente Harald Stanghelle, journaliste au quotidien Aftenposten. Sur son site Internet, la chaîne de télé publique NRK relate les débats quasiment minute par minute. Les Norvégiens les suivent dans un mélange de fascination et de consternation. Car, au-delà de l’aspect souvent comique de l’affaire, le procès révèle aussi ce que la pièce dénonçait : l’influence de l’extrême droite en Norvège et les menaces qu’elle fait peser sur la liberté d’expression.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

70

controversées, ont révélé que le PST avait eu recours à une surveillance illégale contre de nombreux individus, notamment des militants socialistes et communistes. Ces dernières années, le magistrat a dénoncé « le lien entre la surveillance accrue de la société, justifiée par la menace de l’islam radical, et la montée de l’islamophobie », qui, explique-t-il, « nourrit un sentiment de défiance au sein de la communauté musulmane et complique l’intégration ». Pia Maria Roll décide d’en faire le sujet de sa pièce, présentée sous la forme d’une enquête. Ketil Lund accepte de monter sur scène, « parce que je suis un peu vaniteux », souffle l’octogénaire. L’homme de loi y joue son propre rôle, comme les deux artistes qui ont coécrit la pièce avec Pia Maria Roll. La Parisienne Hanan Benammar, 31 ans, d’origine algérienne, vit en Norvège depuis 2011. Sara Baban, née en 1978 au Kurdistan irakien, est arrivée dans le royaume scandinave comme réfugiée à 15 ans, après sept ans passés dans des camps en Iran et au Pakistan. Elles apportent leur point de vue d’immigrées sur la société norvégienne. Leur expérience du racisme et de l’islamophobie au quotidien. La pièce est intitulée Ways of Seeing, en référence à une série télé diffusée sur la BBC, en 1971, qui interrogeait l’image et son pouvoir. La première a lieu le 21 novembre 2018, au Black Box Teater, une scène indépendante

D’après des photos de Cornelius Poppe/NTB Scanpix/AFP ; AFP ; Cornelius Poppe/NTB Scanpix/AFP

“Ways of Seeing” est une pièce de théâtre coup de poing qui, en pointant plusieurs ministres, mettait en scène la puissance de l’extrême droite en Norvège. Jouée pour la première fois le 21 novembre 2018, elle a été accusée d’avoir encouragé une campagne d’intimidation contre ces personnalités populistes. Mais, derrière les lettres de menaces, croix gammée et voiture incendiée, se cacherait en réalité la discrète compagne du ministre de la justice. Son procès tient en haleine tout le pays.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

LE M AG A ZINE

d’Oslo, installée dans une ancienne chocolaterie. Financé par l’État et la municipalité, le théâtre ne produit aucune pièce, mais en programme une soixantaine par an. Le soir de la première, les 155 fauteuils ne sont pas tous occupés. Sur scène, Hanan parle de ses origines, de son père qui a milité au FLN en Algérie, de son adolescence dans un pays où le Front national progresse à chaque élection. Elle parle aussi de la Norvège, où elle est arrivée cinq mois avant que l’extrémiste Anders Behring Breivik – qui a été membre du FrP – tue 77 personnes et en blesse 151, le 22 juillet 2011, dans deux attaques terroristes, à Oslo et sur l’île d’Utøya. Elle propose au public de les suivre, elle et Sara, dans leurs pérégrinations à travers la capitale norvégienne. Elles veulent démasquer « les réseaux ayant tout à gagner de la progression du racisme dans la société ». Sur un écran, la façade d’une première maison apparaît. Elle appartient au ministre de la justice, Tor Mikkel Wara. Puis une autre lui succède : celle de Christian Tybring-Gjedde – c’est, en fait, son ancien domicile. Tous les deux sont membres du FrP. Élu député en 1989, Tor Mikkel Wara a arrêté la politique en 1993 jusqu’à son bref retour au ministère de la justice, en avril 2018. Entre-temps, il a travaillé comme communicant, passant notamment huit ans en tant que partenaire chez First House, la principale société de lobbying norvégienne, point de chute de nombreux ex-parlementaires et ministres. Il y a d’ailleurs retrouvé sa place en 2019 après avoir quitté le gouvernement. Christian Tybring-Gjedde, lui, siège au Parlement depuis 2005. Il appartient à l’aile la plus radicale de son parti. Pro-Poutine, islamophobe, apôtre de la théorie du « grand remplacement », il a nominé, en 2018 et de nouveau pour 2021, Donald Trump pour le prix Nobel de la paix – un privilège découlant de ses fonctions de député. Il est marié à Ingvil Smines TybringGjedde. Secrétaire d’État à l’industrie pétrolière lorsque la pièce débute, en 2018, elle sera nommée quelques mois plus tard ministre de la sécurité publique ; un poste qu’elle occupera jusqu’à janvier 2020, quand le FrP quitte la coalition gouvernementale pour protester contre le rapatriement en Norvège d’une femme de djihadiste.

DEVANT

les juges, le 17 septembre, Tor Mikkel Wara a estimé la pièce « ridicule » et « misérable ». Il a affirmé croire en l’innocence de sa compagne, tout en reconnaissant qu’il ne pouvait « être complètement catégorique ». Ingvil Smines Tybring-Gjedde, elle, a prétendu avoir eu des soupçons très tôt concernant Laila Anita Bertheussen. Elle l’a même accablée, mettant en cause sa santé mentale. Sur la scène du Black Box Teater, Hanan et Sara montrent aussi la maison de Kent Andersen, un idéologue de l’extrême droite norvégienne, qui signe régulièrement des articles sur les sites islamophobes Document.no et Rights.no. Elles tentent de trouver – en vain – le domicile de Rita Karlsen et de sa compagne, Hege Storhaug. Toutes deux chapeautent la fondation Human Rights Service. Fondée en 2001 sous prétexte de défendre les droits des jeunes musulmanes, elle est devenue le think tank du FrP et l’éditeur de Rights.no, mais reste financée par l’État norvégien. Les comédiennes exposent aussi la façade de la villa de Helge Lurås, ancien militaire, spécialiste des questions de sécurité et rédacteur en chef du site Resett, proche de la mouvance identitaire. Elles traquent les riches investisseurs – des milliardaires norvégiens connus du grand public – qui financent ces médias et soutiennent le FrP. Puis elles se rendent au domicile de responsables de l’armée, questionnant l’engagement du royaume dans les conflits au Moyen-Orient. Elles finissent devant la demeure de Jens Stoltenberg, ancien premier ministre travailliste et actuel secrétaire général de l’OTAN. Dans la mise en scène, on les voit passer des journées entières cachées dans les buissons, la peur au ventre. « En fait, on était quatre, et on a filmé, en plein jour, dans la rue. Tout le monde pouvait nous voir», précise Hanan. Devant le domicile de Jens Stoltenberg, des agents du PST s’approchent : « Ils nous ont demandé ce qu’on faisait là, on leur a expliqué que c’était pour une pièce de théâtre. Ils sont repartis.» Sur scène, Sara Baban interroge Ketil Lund : ont-elles fait quelque chose d’illégal ? Aucunement, assure-t-il. « Nous savions que ce serait controversé, admet Pia Maria Roll. Ce sont les

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

72

maisons de certains des gens les plus riches en Norvège et les élites exigent toujours un certain respect de leur propre vie privée. Parce que la provocation était tellement évidente, nous l’avons fait de facon subtile, en filmant de loin, jamais à travers les fenêtres et sans montrer personne.» Mais la dramaturge le reconnaît : « C’était un appât et il a fonctionné. » Le 22 novembre 2018, le journaliste Per Christian Selmer-Anderssen est dans la salle. Le lendemain, il publie une critique dans le grand journal Aftenposten. Le texte est intitulé « Quand des artistes de gauche se cachent dans la haie de thuya », une référence aux sapins plantés devant la maison de Tor Mikkel Wara. Il y raconte comment les actrices filment en cachette, sans autorisation – « snickfilme ». La critique est plutôt positive. Per Christian SelmerAnderssen qualifie la pièce de « fascinante et dérangeante » à la fois. Le jour suivant, il découvre avec stupeur que son article a été repris sur le site Rights.no. Rita Karlsen, directrice de Human Rights Service, s’insurge qu’une telle création ait pu être financée par le contribuable. Le journaliste est accusé de complaisance avec les autrices. « C’est la première fois qu’un truc pareil m’arrivait, raconte-t-il. J’ai compris rapidement que cela allait prendre de l’ampleur. Le pire, c’est que les gens qui mentionnaient ma critique n’avaient pas l’air de faire la différence entre la fiction, qui était le sujet de mon article, et la réalité.» Le soir même, dans la salle du Black Box Teater, une femme aux cheveux courts filme une partie de la représentation. « Il lui a été demandé plusieurs fois d’arrêter, mais elle a refusé, et, quand elle est enfin sortie de la salle, elle n’a pas voulu effacer les images », explique Anne-Cécile SibuéBirkeland, la directrice du Black Box Teater. Des spectateurs reconnaissent Laila Anita Bertheussen, la femme du ministre de la justice et de l’immigration. Les jours qui suivent, des vidéos du spectacle apparaissent sur les sites d’extrême droite. Le 25 novembre, Christian Tybring-Gjedde publie un message sur sa page Facebook. Le théâtre, écrit-il, « légitime la haine des Norvégiens, via une pièce absurde financée par l’État». Le député s’insurge : « Ceux qui défendent la Norvège et mettent en garde contre le fascisme de l’islam sont forcés au silence, au prétexte de la liberté artistique. Ceci est le remerciement auquel la Norvège a le droit pour accueillir les gens qui fuient.» Il termine en mentionnant la page Facebook de l’actrice Sara Baban, qui « pose avec une mitraillette dans le dos ». En réalité, il s’agit du portrait d’une combattante du Rojava, la région autonome autoproclamée du Kurdistan syrien, où Sara Baban a fait un séjour qu’elle évoque sur scène. Peu importe. Immédiatement, la boîte mail et les comptes de la jeune femme sur les réseaux sociaux sont inondés d’insultes et de menaces. « J’étais présentée comme une terroriste islamiste, un danger pour la société. C’est la tactique du FrP, qui joue sur la peur pour gagner du pouvoir. » Elle reçoit des appels téléphoniques anonymes au milieu de la nuit : « Ils me disaient qu’ils connaissaient mon adresse, que j’allais être déportée.» Sara Baban n’est pas la seule à subir le harcèlement de trolls. Après avoir assisté à la pièce, l’évêque luthérienne d’Oslo, Kari Veiteberg, l’a recommandée à ses amis sur son compte Facebook. Défenseuse d’une politique généreuse de l’asile, dans un pays qui ne cesse de restreindre les conditions d’accueil, elle est habituée à la polémique. « Mais je n’ai jamais connu quelque chose de semblable. C’était très intimidant. Le hashtag “Pas mon évêque” circulait sur les réseaux sociaux. J’ai pensé fermer tous mes comptes.» Parmi les internautes les plus actifs, une certaine « Anita Berg ». Au deuxième jour de son procès, Laila Anita Bertheussen a reconnu que c’était elle qui se cachait derrière ce profil Facebook, qu’elle utilisait « pour faire ce que la femme d’un ministre ne peut pas faire ». Ways of Seeing se joue jusqu’au 30 novembre. Le lendemain, c’est sous son vrai nom que Bertheussen signe une tribune, dans le journal VG (Verdens Gang), avec sa photo. Dans ce long texte intitulé « Ils appellent ça de l’art, moi, j’appelle ça une invasion de ma vie privée », elle se livre, confie souffrir de « troubles musculo-squelettiques ». Elle s’y présente comme une mère et une épouse, dont l’anonymat et l’intimité ont été violés par des individus qui « filment la fenêtre de [sa] chambre, à l’intérieur de laquelle [elle se] trouve », et qui traitent son mari de « raciste et de nazi ». Cette publication marque un tournant, estime Anne-Cécile SibuéBirkeland : « Je rencontrais des gens qui ont l’habitude de nous soutenir et comprennent la différence entre fiction et réalité, mais qui trouvaient

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

LE M AG A ZINE

que la pièce était allée trop loin, sans même l’avoir vue.» Les artistes tentent de corriger l’interprétation médiatique qui s’impose alors. En vain. « Le timing de cette tribune n’était pas un hasard, note Sara Baban. Elle savait qu’elle pouvait écrire ce qu’elle voulait, nous aurions beaucoup de mal à nous défendre, puisque la pièce n’était plus à l’affiche.» Devant le tribunal d’Oslo, Laila Anita Bertheussen a reconnu qu’elle n’avait pas agi seule. Six personnes l’ont aidée à rédiger son texte, parmi lesquelles Rita Karlsen, de la fondation Human Rights Service, ainsi qu’Ingvil Smines Tybring-Gjedde. Elles communiquent alors par l’intermédiaire d’un groupe Messenger (la messagerie de Facebook), dont l’existence a été révélée durant le procès. Le site d’information Filter Nyheter a publié le contenu des échanges. On y découvre la présence de plusieurs figures du FrP. Ce groupe de « filles qui aiment s’amuser », comme l’a qualifié Laila Anita Bertheussen, discute de la meilleure stratégie pour discréditer les autrices, le théâtre et même l’évêque d’Oslo… Ses membres complotent afin d’orienter en leur faveur la couverture de l’affaire par les médias. Parmi les sujets abordés : l’interview d’Hanan Benammar dans le journal Morgenbladet, le 30 novembre 2018, dans laquelle elle réfute l’idée qu’un spectateur, après avoir vu la pièce, « se rende dans une des maisons pour y causer des problèmes ». Stupeur : le 6 décembre, la police est appelée au domicile du ministre de la justice. Pendant la nuit, une croix gammée a été peinte en rouge sur un mur de la maison et le mot « rasisit »

Le système de sécurité de la maison indique que la porte d’entrée a été ouverte et refermée à plusieurs reprises, juste avant que le véhicule prenne feu. La perquisition va confirmer leurs soupçons : ils découvrent, entre autres éléments, un bidon d’essence dans la cuisine, un carnet de timbres correspondant à ceux utilisés pour envoyer les lettres de menaces et l’imprimante avec laquelle les missives auraient été éditées. Pour l’équipe de Ways of Seeing, c’est le soulagement. «Le plus effrayant a été la combinaison des menaces, anonymes et violentes, avec la position de la presse en général qui a accepté le récit imposé par l’extrême droite, sans le vérifier ni le remettre en cause », témoigne Pia Maria Roll. Le journaliste Per Christian Selmer-Anderssen admet : « On aurait dû réagir plus tôt pour défendre la liberté artistique, même si ce n’était pas forcément confortable pour nous.» Harald Stanghelle, éditorialiste politique du journal Aftenposten, rejette la critique : «C’était quand même le ministre de la justice qui était attaqué.» Selon Jon Wessel-Aas, avocat des artistes, les réactions contre Ways of Seeing montrent que « les menaces contre la liberté d’expression, dans le cas de l’art engagé, émanent avant tout d’un discours public, alimenté par des politiques, y compris au gouvernement ». Le risque, craint-il, est que l’affaire ait un « effet dissuasif ». Le 13 mars, la veille de l’arrestation de Laila Anita Bertheussen, la première ministre conservatrice Erna Solberg a accusé le théâtre et les artistes de « rendre difficile » l’engagement en politique. Priée de s’excuser depuis, elle s’y est toujours refusée.

“LE PLUS EFFRAYANT A ÉTÉ LA COMBINAISON DES MENACES, ANONYMES ET VIOLENTES, AVEC LA POSITION DE LA PRESSE EN GÉNÉRAL QUI A ACCEPTÉ LE RÉCIT IMPOSÉ PAR L’EXTRÊME DROITE, SANS LE VÉRIFIER NI LE REMETTRE EN CAUSE.” PIA MARIA ROLL , AUTRICE DE L A PIÈCE “ WAYS OF SEEING”

– « raciste » mal orthographié – écrit sur la façade et la voiture du couple. Ce n’est que le premier d’une longue série d’incidents qui vont s’échelonner pendant trois mois et demi. Tor Mikkel Wara et sa compagne, ainsi que les Tybring-Gjedde, reçoivent plusieurs lettres de menaces, réalisées à partir de mots découpés dans l’entretien de l’hebdomadaire Morgenbladet. Une poubelle est incendiée près de la demeure du ministre. Un coktail Molotov est retrouvé à côté de son véhicule, qui finira brûlé le 10 mars. Pendant cette période, le théâtre et les artistes font face à une pression extrême. Le 12 décembre 2018, les élus FrP du conseil municipal d’Oslo exigent la suspension des subventions au Black Box Teater. Les autres partis s’y opposent. À la sortie cette réunion, Peter N. Myhre, membre FrP du comité des finances, tempête contre un vote qui signifierait que «commettre des actes de terreur contre les politiciens norvégiens est autorisé». Le 17 décembre, Tor Mikkel Wara accuse l’établissement culturel de « faillite morale » dans une chronique publiée dans Aftenposten. Laila Anita Bertheussen contacte des organisateurs de festivals, pour les dissuader de programmer Ways of Seeing. Elle assiste à chaque intervention publique des comédiennes et porte plainte pour atteinte à la vie privée. Elle est déboutée, ce qui n’empêche pas le parquet, le 14 février, de relancer l’enquête – qui sera finalement enterrée après l’arrestation de Laila Anita Bertheussen, le 14 mars. Ce sont les circonstances autour de l’incendie de la voiture du couple Wara-Bertheussen, quatre jours plus tôt, qui ont mis les enquêteurs sur sa piste. La caméra de surveillance, donnant sur la rue, avait été désactivée.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

74

« Le FrP se targue de défendre la liberté d’expression, mais pas celle de tout le monde », observe Hanan Benammar. « La tactique de l’extrême droite, en Norvège comme ailleurs, a toujours été de réagir agressivement à la critique », souligne Pia Maria Roll. L’anthropologue Sindre Bangstad, spécialiste de l’extrême droite et du racisme, critique « la complaisance d’une partie de la classe politique norvégienne et des médias » à l’égard du FrP. Il regrette aussi l’absence d’introspection après les attaques d’Oslo et d’Utøya. Selon lui, on est passé un peu vite sur le fait que Breivik a été membre du Parti du progrès, qu’il a été actif sur certains des sites dénoncés par Ways of Seeing ou qu’il a repris, dans son manifeste, quasiment mot pour mot, une tribune écrite par Christian Tybring-Gjedde. «Au sein de la société norvégienne, le récit prédominant concernant Breivik et ses actes terroristes est de dire qu’il n’était pas l’un d’entre nous, qu’il souffrait de troubles psychologiques et que nous n’avons pas besoin d’en faire un miroir de nous-mêmes », constate l’anthropologue. « Comme dans une famille où il est arrivé quelque chose de terrible, ne pas en parler peut-être extrêmement destructeur », déplore Pia Maria Roll. L’avocat Jon Wessel-Aas se réjouit tout de même que l’État de droit ait correctement fonctionné : « Quand les enquêteurs ont découvert des indices contre la femme du ministre de la justice, ils n’ont pas hésité à l’arrêter et à l’inculper. » L’ironie, dit-il, est que le procès est en train de révéler exactement ce que la pièce voulait dénoncer. Comme le second acte de Ways of Seeing.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

LE M AG A ZINE

D A N S L A Q U AT R I È M E S A L L E D E

« Matisse, comme un roman », qui débute le 21 octobre au Centre Pompidou, à Paris, Aurélie Verdier, sa commissaire, a accroché un seul tableau, daté de 1911, Intérieur aux aubergines, éclairé d’une chaude lumière. L’œuvre a fait le trajet depuis Grenoble, où elle est exposée aux Musée des beaux-arts. Pendant quelques mois, elle sera donc parisienne. Une évidence pour Aurélie Verdier, qui voit en elle « la toile la plus importante de Matisse conservée dans les collections publiques françaises ». À première vue, pourtant, rien de spectaculaire. Le tableau aux tons mats n’a pas les couleurs hardies de la célèbre Blouse roumaine (1940), un portrait stylisé de femme sur fond rouge, dominé par une chemise brodée à larges manches, également montré dans l’exposition. Il n’a pas davantage le format extraordinaire de La Danse de Paris (1932), triptyque de nus féminins dont les corps schématisés annoncent ses papiers découpés tardifs, abrité au Musée d’art moderne de la Ville de Paris. D’ailleurs, est-ce une nature morte ou un paysage ? Impossible à dire. Le critique d’art Robert Rey, qui l’avait vu dans l’atelier de Matisse, était pourtant reparti tout étourdi par une peinture capable de « se refermer sans effort, sur vous, comme des bras ». La toile aurait en effet pu avoir été peinte sous acide, tant le sol, les murs, le miroir, la fenêtre se confondent par un jeu d’àplats et de motifs floraux quasi psychédéliques. Pour le poète Dominique Fourcade, qui s’en fit le minutieux exégète dans son essai « Rêver à trois aubergines » (Critique, mai 1974), voici l’œuvre la plus « radicalement décorative » de Matisse. Plus d’un siècle après sa création, cette œuvre, qui piège le regard en éliminant tout ordre de lecture, garde son mystère. Pourquoi « la toile la plus importante de Matisse conservée en France » est-elle si peu connue du grand public ? Alors que les historiens d’art croient avoir documenté avec précision chaque geste du grand maître, le parcours de cette œuvre en fait un cas quasiment unique, une toile qui résume à elle seule la passion des collectionneurs étrangers pour le peintre et L’EXPOSITION

son rapport complexe avec les musées français, Intérieur aux aubergines étant le premier tableau d’importance rentré dans les collections publiques hexagonales – en 1922, à Grenoble donc. Les musées français ont d’ailleurs depuis rattrapé le coche, notamment le Centre Pompidou, qui ne possède pas moins de 223 œuvres du peintre. Plus généralement, Matisse est une star mondiale, collectionné partout dans le monde, dont les rétrospectives attirent les foules : 900 000 visiteurs au MoMA, à New York, en 1993 ; 562 622 visiteurs à la Tate, à Londres, en 2014 ; 495 000 à Beaubourg, en 2012. L’exposition Chtchoukine à la Fondation Louis Vuitton en 2016-2017, qui avait accueilli 1,2 million de visiteurs, présentait de nombreuses toiles du Français. Lorsque Henri Matisse exécute Intérieur aux aubergines, entre septembre et octobre 1911, il a 42 ans. Le peintre est déjà une légende, un phare de la modernité, sa barbe blonde et ses grosses lunettes lui donnant un air professoral. Maître à penser et franc-tireur, malgré lui. Six ans plus tôt, au Salon d’automne, sa Femme au chapeau a fait scandale eu égard aux tonalités franches qui inspirent le terme « fauve » au critique Louis Vauxcelles. La bonne société d’alors raille Matisse et ses à-plats de couleur pure. On le croit fou, pis, charlatan. Matisse, pourtant, est un calme. Il n’a pas un tempérament de meneur, encore moins d’agitateur. Tout le contraire de son tumultueux rival, Pablo Picasso. Depuis des années, ces deux-là s’observent et se flairent, se défient de tableau en tableau. Entre eux se joue une partie d’échecs qui aura pour arbitre les Stein, leurs plus fidèles promoteurs pendant deux décennies. Cette fratrie d’intellectuels bohèmes de la Côte ouest américaine installés à Paris a gardé « la candeur et l’enthousiasme du Nouveau Monde », relève Cécile Debray, directrice du Musée de l’Orangerie et commissaire de l’exposition « L’aventure des Stein » au Grand Palais en 2013. Le cadet, Leo, est le premier à poser ses malles, en 1902, rue de Fleurus, près de Montparnasse. Sa sœur, Gertrude, le rejoint en 1903 et tient un salon où converge l’intelligentsia de l’époque, Apollinaire, Cocteau, Hemingway ou Picabia. Un an plus tard, leur frère aîné, Michael, qui a quitté la direction de la compagnie familiale de tramways, emménage avec son épouse, Sarah, dans le même quartier, au 58, rue Madame. Dans le paysage parisien, les Stein sont atypiques. Ils n’ont pas l’argent de leurs compatriotes qui, depuis la fin du xixe siècle, viennent s’étourdir dans la Ville Lumière. Ils portent des pantalons de velours et des sandales à la grecque. Vivant des revenus locatifs de leurs biens immobiliers à San Francisco, ils sont près de leurs sous. Front dégarni et fine moustache, Michael veille sur les cordons de la bourse, mais c’est Leo, lui-même peintre, qui donne le tempo artistique. Convaincu alors que Matisse est, comme il

L’étonnant parcours “Intérieur” d’un Matisse. Texte Roxana AZIMI Illustration Jean-Michel TIXIER

C’EST LE TABLEAU MÉCONNU D’UN PEINTRE CÉLÈBRE DANS LE MONDE ENTIER. POURTANT, POUR LES SPÉCIALISTES, IL A UNE IMPORTANCE CAPITALE. PREMIÈRE TOILE D’HENRI MATISSE ENTRÉE DANS LES COLLECTIONS PUBLIQUES HEXAGONALES, “INTÉRIEUR AUX AUBERGINES” ILLUSTRE AUSSI LA PASSION DES GRANDS COLLECTIONNEURS DU xxe SIÈCLE POUR L’ARTISTE, AUQUEL LE CENTRE POMPIDOU, À PARIS, CONSACRE UNE EXPOSITION À PARTIR DU 21 OCTOBRE.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

77

l’affirme, « le plus important et fondamentalement le plus vital des jeunes peintres », il achète sans hésiter sa Femme au chapeau pour la somme modique de 450 francs. L’année suivante, il récidive avec Le Bonheur de vivre, « le plus grand succès d’hilarité » dans la carrière de Matisse, décrira la marchande d’art Berthe Weill. Michael et Sarah, convaincus par l’enthousiasme de leur frère, optent pour l’audacieux portrait aux deux noms Madame Matisse et La Raie verte (1905). Mais Leo prend peu à peu ses distances avec Matisse, dont il n’apprécie pas la pente décorative. L’Intérieur aux aubergines, de toute évidence, aurait été bien trop ornemental pour lui plaire. Quant à Gertrude, elle ne jure plus que par Picasso, qui, en 1905, avait réalisé son fameux portrait. Michael et Sarah, en revanche, prennent le parti du Français. Ils goûtent, comme lui, les estampes japonaises et l’art oriental. Ils partagent aussi le civet de lièvre à la table des Matisse, l’accompagnent en Italie, passent ensemble l’été 1909 sur la côte varoise. Sarah écoute le peintre, le guide, le commente, le soutient. « Matisse accorde une vertu thérapeutique à son art et Sarah partage cette conviction », observe Claudine Grammont, directrice du Musée Matisse de Nice. C’est elle qui l’exhorte à ouvrir sa brève académie en 1908. Elle qui, allongée sur son divan, convertit ses amis à la cause matissienne. Bientôt, à Paris, il n’y aura pas meilleur endroit pour voir les œuvres de Matisse que rue Madame, dans l’ancien temple protestant traversé de colonnes et décoré de meubles Renaissance italiens, où Sarah et Michael tiennent salon le samedi à 18 heures. L’enthousiasme des Stein est si contagieux qu’il se répand dans toute l’Amérique, mais aussi ailleurs en Europe. De passage à Paris en 1906, Sergueï Chtchoukine, un négociant en tissus russe, est tombé en arrêt devant ses toiles. Il visitera par la suite les Stein, « auxquels il va se référer, se confronter, se mesurer », écrit Anne Baldassari dans le catalogue de l’exposition de la collection Chtchoukine en 2016-2017 à la Fondation Louis Vuitton. Le nouvel acheteur russe a un palais à décorer et un budget illimité. Un autre Russe, l’homme d’affaires Ivan Morozov, entre aussi dans la danse, suivi par des collectionneurs allemands. « Bientôt, on ne verra plus vos tableaux qu’à Moscou, se désole, en 1911, Georgette Agutte, amie de longue date de Matisse et épouse du député socialiste Marcel Sembat. Combien sont déjà là-bas, et de plus beaux qu’en France, qu’aucun artiste n’a vus ? » Comme les Sembat, Sarah et Michael Stein ne pourront bientôt plus suivre la flambée des prix. Intérieurs aux aubergines compte parmi leurs derniers achats. Ce tableau a été ébauché en septembre 1911 à Collioure, village vigneron fascinant, entre mer et

montagne, découvert à l’été 1905 en compagnie d’André Derain. Matisse y met la touche finale un mois plus tard, dans son atelier d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), juste avant un voyage à Moscou. Pour ce tableau, Matisse pratique non pas la peinture à l’huile, mais la technique de la détrempe, un mélange de pigments et de matières naturelles exigeant une grande rapidité d’exécution et n’autorisant pas les repentirs. Les couleurs sont de fait aussi mates que les fresques des primitifs italiens qui l’ont tant inspiré. Le peintre lui ajoute une bordure en semis de fleurs tout aussi décorative. Intérieur aux aubergines se situe dans la suite des « Intérieurs symphoniques » commencés cette année-là, L’Atelier rose et La Famille du peintre, achetés par Chtchoukine au printemps 1911, et précède de peu l’incandescent Atelier rouge. « Des quatre “Intérieurs symphoniques”, celui aux aubergines est sans doute le plus déroutant, commente Cécile Debray, avec son décor proliférant de clématites et sa composition totalement afocale. » « Nulle différence entre le dedans et le dehors », écrit Dominique Fourcade, parlant d’un Matisse « ivre d’ornementation ». Lorsque, en janvier 1912, les Stein l’installent sur l’un des murs de leur salon, ils doivent déplacer d’autres œuvres et changer du tout au tout leur accrochage. À l’époque, ils ont pris racine à Paris et, comme beaucoup d’Américains d’Europe, ils ne semblent pas croire à l’imminence d’un conflit mondial. Pour preuve, ils acceptent, en 1914, de prêter 19 œuvres, notamment des grands formats, pour une exposition chez le marchand d’art Fritz Gurlitt à Berlin. Au déclenchement de la guerre, ils consentent encore à laisser les œuvres sur place. Fatale erreur… En 1917, l’Amérique se porte aux secours des Britanniques et des Français, et les Prussiens confisquent leurs tableaux. Les Stein ne les reverront plus. Mais ils ont conservé l’Intérieur aux aubergines, à Paris. En novembre de la même année, toutefois, Matisse leur rachète le tableau. « Au prix

En 1922, le directeur du Musée des beaux-arts de Grenoble propose d’acheter “Intérieur aux aubergines” (1911) pour une somme symbolique. En acceptant le don d’un tableau qu’aucun autre musée ne prenait au sérieux, explique-t-il au peintre, il pourrait être suspecté d’avoir reçu un pot-de-vin. Matisse, amusé, consent à le vendre pour 2 francs. 2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

78

Don de Madame Amélie Matisse et Mademoiselle Marguerite Matisse, 1922/Succession H. Matisse/photo de J.-L. Lacroix/Ville de Grenoble/Musée de Grenoble

LE M AG A ZINE

remisant tout ce qu’il considérait comme des « navets » et en achetant les artistes de son temps. Quadra corpulent au visage poupin, lui-même artiste, il ne jure que par les peintres que ses confrères honnissent. Sa singularité lui vaut, en 1921, de recevoir, de Picasso lui-même, le don de sa Femme lisant. L’année suivant l’acquisition par Grenoble de son petit Allée d’arbres dans le bois de Clamart (1917), Matisse offre donc Intérieur aux aubergines, mais allégé de la bordure florale. Entre Pierre Andry-Farcy et Matisse, l’accord ne manque pas de sel, selon le récit rapporté, en mai 1947, par Les Lettres françaises. Le conservateur propose en effet d’acheter l’œuvre pour une somme symbolique. En acceptant le don d’un tableau qu’aucun autre musée ne prenait au sérieux, explique-t-il au peintre, il pourrait être suspecté d’avoir reçu un pot-de-vin. Matisse, amusé, consent à le vendre pour 2 francs symboliques, tout en suggérant d’incruster la menue monnaie dans le mur, à la manière des fresques décoratives. Un « conseil » qu’Andry-Farcy ne suivra pas. Le poète Dominique Fourcade a son idée sur le choix de Matisse : si le peintre a offert ce tableau plutôt que d’autres non moins importants qu’il avait encore en sa possession, comme Les Demoiselles à la rivière, de 1916, ou le très énigmatique Portefenêtre à Collioure (1914), c’est que les « Aubergines » sont, somme toute, moins abstraites, donc plus accessibles. Ainsi Matisse auraitil craint « d’effaroucher son public » et « d’accroître l’incompréhension et les malentendus autour de son œuvre ». Malentendu dont témoigne encore la presse de l’époque lorsque, en 1923, le « don » fut installé au musée de Grenoble. « Sur une toile de dimensions énormes, trois aubergines voltigent – nous n’inventons rien ! – le long d’un tapis rose près de deux petites poires vertes », raille Maurice Feuillet dans Le Figaro artistique en novembre 1923. « Trois aubergines sur des radis – projet de papier peint pour salon de réception de fous par M. Matisse », se déchaîne La République de l’Isère. Oublié des expositions Matisse – excepté celle, magistrale, de 1993 au Centre Pompidou – ainsi que des grands ouvrages, ce grand tableau ne s’est imposé qu’en 1974, à la faveur du texte de Dominique Fourcade. « Sa fragilité matérielle, s’ajoutant à une sorte d’oubli induit par l’excentrement [en Isère], a fait qu’elle n’a pratiquement pas été montrée en dehors de sa ville d’adoption », rappelle l’historien de l’art Rémi Labrusse le Musée des beaux-arts de Grenoble fait excep- dans le catalogue de « Matisse, comme un roman ». Dernière tion, grâce à son directeur, Pierre Andry-Farcy. occasion sans doute de revoir, hors de Grenoble, le mystérieux Matisse a dû savoir qu’à son arrivée, en 1919, à la talisman des matissiens. tête du musée, ce conservateur fort peu conser- « MATISSE, COMME UN ROMAN », DU 21 OCTOBRE AU 22 FÉVRIER 2021, vateur avait scandalisé les notables locaux en CENTRE POMPIDOU, PARIS 4 . CENTREPOMPIDOU.FR

d’origine », indique-t-il dans sa correspondance, référence implicite à sa cote ascendante. Les Stein n’ont rien fait savoir du motif de cette vente. Préparant alors un retour précipité aux États-Unis – qui finalement n’aura lieu que dixhuit ans plus tard –, auraient-ils considéré la taille de l’œuvre et sa fragilité ? S’en seraient-ils lassés ? S’agissait-il de faire plaisir à Matisse lui-même qui, en le récupérant, exprimait ainsi un attachement particulier à ce tableau – la trace d’un seul autre rachat est restée sur les registres des archives Matisse. Le peintre projetait-il de revendre Intérieur aux aubergines à Chtchoukine, son fidèle collectionneur, dont on sait qu’il avait acquis La Famille du peintre en 1911 pour 10 000 francs ? Peu probable, car la fortune du Russe – et la collection – venaient d’être confisquées et nationalisées par les bolcheviques. Difficile aussi d’imaginer preneur en France : dans ces années-là, la France boude son travail. À l’exception du député socialiste Marcel Sembat et de sa femme, Georgette Agutte, qui le collectionnent de longue date. L’État, en 1922, s’est fait violence pour acheter une pièce, choisissant l’Odalisque à la culotte rouge (1921), représentative de sa série la plus commerciale. L’avantgarde n’est pas à la mode.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

SEUL

e

LE PORTFOLIO

Valentine Schlegel vers 1955 , avec une pièce en faïence et émail, façonnée au colombin. En bas, une œuvre de 1955, façonnée au colombin, en faïence et émail.

Ses cheminées en plâtre font un tabac sur Instagram. Quant à ses objets et ses sculptures en terre, les collectionneurs se les arrachent. Pionnière dans son art comme dans ses choix de vie, la céramiste Valentine Schlegel connaît, à 95 ans, une notoriété qu’elle n’a jamais recherchée. À partir du 7 novembre, la galerie Nathalie Obadia, à Paris, expose des photos de cette femme libre et de ses œuvres, prises par son amie la cinéaste agnès varda.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Texte Sabine MAIDA Photos Agnès VARDA

Succession Agnès Varda, ar tiste Valentine Schlegel/Adagp, Paris, 2020

VALENTINE SCHLEGEL, LA CÉRAMIQUE DES FLUIDES.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

81

REFUSER LA CON SÉCRATION, POUR UN ARTISTE, C’EST UN P EU

Valentine Schlegel n’a jamais voulu être célèbre, pas plus qu’elle n’a cherché à être considérée comme une artiste. « Je n’ai pas essayé de faire une œuvre, écrit-elle en 1978. Il fallait vivre et survivre avec ce que j’avais – un corps solide.» La nécessité plus que l’ambition, donc. Et cette façon de se laisser porter au gré du vent, des opportunités, de la vie, comme un pointu au large de Sète, où elle est née en 1925. Elle a beau ne jamais avoir cherché la célébrité, voici que, à 95 ans, elle connaît son moment. Les connaisseurs citent ses créations, vases et sculptures de terre, notamment réalisées entre les années 1940 à 1970, qui trouvent un écho dans le goût de l’époque actuelle pour la céramique. Certains modèles peuvent atteindre 80 000 euros. Quant aux photos de ses céramiques et de ses cheminées blanc de craie, parfois tirées de la monographie Je dors, je travaille, elles circulent allègrement sur Instagram. Les designers s’en inspirent, les collectionneurs en raffolent, comme le couturier belge Raf Simons, qui s’était même inspiré des cheminées pour la scénographie d’un défilé Dior haute couture en 2014. Et la styliste Emma François a puisé dans cet esprit troglodyte du Sud pour l’aménagement de sa boutique Sessùn Alma, ouverte à Marseille en 2019 : « Les formes libres, hypersensuelles, la frontière ténue entre art et fonctionnalité, l’impact du mode de vie sur la création… tout cela m’a parlé.» Valentine Schlegel est aussi une personnalité comme l’époque les aime, douée et affranchie, comme tant d’autres femmes artistes longtemps en retrait. À l’image d’Agnès Varda. «Elles se sont connues à l’adolescence, pendant l’Occupation, précise Rosalie Varda, fille de la cinéaste. Le bateau des Varda était amarré devant la maison des Schlegel, et ma mère est devenue très amie avec Valentine et ses deux sœurs.» En 1954, Valentine supervise la direction artistique de La Pointe courte, le premier film d’Agnès Varda, tourné dans le quartier des pêcheurs sétois. Pendant des années, la réalisatrice va photographier Valentine Schlegel à l’ouvrage, à Sète et dans les ateliers qu’elle occupe autour de Montparnasse, à Paris, formant le corpus d’images présentées à la galerie Nathalie Obadia. Après ses études aux Beaux-Arts, elle s’empare de la céramique, un «artisanat d’ouvrier », comme elle l’appréhende. De 1945 aux années 1980, Valentine Schlegel, insatiable, va fabriquer de la vaisselle et des vases en argile émaillé, tournés ou montés au colombin (une technique ancestrale qui permet d’ériger un objet à partir d’un boudin de terre). « La poterie contemporaine ne me plaisait pas. Les plus beaux pots étaient peints sur des tableaux, par Braque par exemple, avec une liberté nouvelle. J’ai pensé que c’était aux sculpteurs

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

DEVENIR FUNAMBULE ET S’INTERDIRE DE TOMBER.

d’inventer des pots», dira-t-elle plus tard. Elle crée d’abord des objets du quotidien, d’inspiration méditerranéenne : saladiers, pichets ou gargoulettes (cruche tenue par une grosse ficelle, ancêtre de la gourde). Viendront plus tard les contenants aux formes féminines ou bulbeuses, souvent suggestives, tels la bouteille escargot ou le vase tulipe qui évoquent des organes sexuels. Valentine Schlegel modèle la terre argileuse avec la même fringale qu’en peignant les costumes et les décors des premières éditions du Festival d’Avignon — fondé par Jean Vilar, l’époux de sa sœur aînée, Andrée — pendant plusieurs étés. Là aussi, son style ne passe pas inaperçu. À 20 ans, Valentine la robuste, qui aime la mer et la terre, s’habille comme un marin ou un gardian des plaines camarguaises, selon les jours. Elle porte des cheveux courts, fume des cigarettes P4 – un genre de Gauloises pour les fauchés – et elle est homosexuelle. Installée à Paris pour vivre libre, elle partage pendant des années un atelier avec une amie des Beaux-Arts ou avec sa sœur Andrée. Sa vie d’alors est faite d’allers-retours entre Paris et Sète. Elle dort dans la maisonnette familiale de la Corniche, redécorée et flanquée d’un atelier, en lieu et place de l’écurie. À Paris, elle recréera la même ambiance dans sa maison du 14e arrondissement, entre un hamac et une fresque de « poissons sages », imaginée à partir de sa collection de couteaux. Parallèlement, les autres femmes céramistes de sa génération, comme Élisabeth Joulia, Jacqueline Lerat ou Suzanne Ramié, travaillent dans les villages historiques de potiers, La Borne et Vallauris. « Ce sont les femmes qui ont inventé la céramique du xxe siècle. Longtemps, elles ont été des petites mains, elles ne pouvaient pas signer leurs œuvres… Il est arrivé qu’elles fabriquent des pièces et que les hommes en revendiquent la paternité», affirme Antoine Candau, auteur d’une biographie sur Mithé Espelt, céramiste méconnue et amie de Valentine depuis les Beaux-Arts. Pourtant, les céramistes passés à la postérité de l’art sont surtout des hommes, Georges Jouve, Pol Chambost, André Borderie, Jacques Blin, Roger Capron ou Robert Picault.

VALENTINE

Schlegel, qui ne vit pas de sa production artistique, se résout à donner des cours de modelage à des jeunes aux Arts décoratifs. Et finit par délaisser l’argile pour le plâtre des cheminées. Elle construit la toute première à la fin des années 1950 parce qu’elle ne trouve pas de support satisfaisant pour installer l’un de ses vases. Elle déclinera le concept pendant plus de quarante ans. Comme elle l’explique en 1980, dans l’hebdomadaire Des femmes en mouvements – fondé par des membres du Mouvement de libération des femmes –, ses modelages de plâtre blanc autour de l’âtre symbolisent le gonflement des voiles des bateaux qui la

LE PORTFOLIO

Succession Agnès Varda, ar tiste Valentine Schlegel/Adagp, Paris, 2020

fascinent depuis l’enfance. Ces sculptures domestiques rencontrent un succès fou. Les clients, nombreux (dont les vieilles connaissances du Théâtre d’Avignon, Jeanne Moreau et Gérard Philippe), y mettent le prix. Garnie de tablettes et d’une banquette, la cheminée selon Schlegel devient un îlot de pureté et d’extravagance dans les espaces bourgeois où elle fait la «maçonne» en combinaison et casquette, épaulée d’assistants – jusqu’à ses 77 ans. Son neveu Blaise Fournier (le fils de Suzanne, cadette des trois filles Schlegel), qui a travaillé, étudiant, sur plusieurs chantiers, dont celui chez Jeanne Moreau, se souvient qu’il fallait « trois bonnes semaines, la maîtrise du plâtre armé et une sacrée énergie pour venir à bout d’une cheminée ». Valentine Schlegel a refusé d’être une artiste de salon, mais elle aura passé la majeure partie de sa carrière à habiller des living-rooms. En 2013, la plasticienne Hélène Bertin décide de documenter cette œuvre unique, dispersée entre Paris et la Méditerranée. Elle dépoussière les maquettes miniatures de cheminées entreposées dans la cave de Valentine et piste les propriétaires, en suivant les notes de son principal assistant, Frédéric Sichel-Dulong. «Ce fut long, épuisant, difficile, mais je suis heureuse d’avoir pu faire ce travail de sensibilisation. Beaucoup de gens n’étaient pas les commanditaires de leur cheminée, ils ne savaient rien de son histoire. Trois mois après le début de mon périple, j’ai débarqué chez un couple qui venait de détruire la sienne.» Après plus de cinquante ans, cet univers fait fantasmer l’intelligentsia du design. La table en terre de l’architecte François Champsaur, les cheminées organiques du Californien Ronan Gregory évoquent l’univers de Valentine Schlegel. Une visionnaire ? Hélène Bertin s’avoue bluffée par « sa faculté à avoir su créer des formes intemporelles, sans piocher dans la grammaire visuelle de son époque». Pour Antoine Candau, elle est d’abord « une fille de Sète qui a fabriqué des objets, sans se poser de questions». Blaise Fournier insiste sur la créativité instinctive de sa tante : « Elle aimait découvrir de nouvelles techniques et anoblir les matériaux. Elle a sculpté des couverts en bois, brodé du tissu… Avec le cuir, elle n’a pas seulement fait des sacs et des sandales : elle a aussi sculpté des portes incroyables.» L’une de ces portes était visible au centre d’art contemporain de Brétigny-sur-Orge, dans l’exposition « Cette femme pourrait dormir sur l’eau », que lui a consacrée Hélène Bertin en 2017. À l’été 2019, un second volet («Tu m’accompagneras à la plage? ») a suivi, au centre régional d’art contemporain de Sète, forcément. «Je voulais ramener Valentine dans l’histoire de l’art», dit Bertin. Après une vie de quasi-anonymat très bien géré, la consécration avait enfin frappé en 2004. Le galeriste Pierre Staudenmeyer publie alors une anthologie de la céramique d’après-guerre, dans laquelle figure Valentine Schlegel. Il organise dans la foulée une exposition de ses œuvres produites entre 1950

et 1958, principalement des pièces conservées par l’artiste elle-même. Il en existe peu, tout est vendu et sa cote flambe. Aujourd’hui, Valentine Schlegel a égaré ses souvenirs, comme ses vasessculptures éparpillés chez les collectionneurs et ses cheminées, cailloux blancs polis semés sur son parcours. Elle ne connaît pas ses héritières, ces jeunes céramistes qui modèlent une œuvre dédiée à la puissance féminine : Elsa Sahal, Maloles Antignac… Le 5 novembre, alors qu’aura lieu le vernissage de l’exposition des photos d’Agnès Varda, Valentine Schlegel sera sûrement à sa fenêtre, pour regarder passer un chat ou une étoile filante, ignorant qu’on la célèbre quelque part. La consécration n’a pas toujours le dernier mot. « VALENTINE SCHLEGEL PAR AGNÈS VARDA », GALERIE NATHALIE OBADIA, 3, RUE DU CLOÎTRE-SAINT-MERRI, PARIS 4 e. DU 5 AU 30 NOVEMBRE. NATHALIEOBADIA.COM « JE DORS, JE TRAVAILLE », ÉDITION FUTURE ET LE CAC BRÉTIGNY, 2017, AVEC LA CONTRIBUTION D’HÉLÈNE BERTIN, 224 P., 35 €.

De haut en bas, un vase de la céramiste chez Agnès Varda, rue Daguerre, à Paris, dans les années 1950 (en haut). Dans son atelier rue Bezout, à Paris, vers 1955.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

83

Vers 1945, dans son atelier de la rue Vavin, à Paris.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Bouteilles et pichets en faïence lisse tournée émaillée (engobe d’Andrée Vilar), 1958.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Succession Agnès Varda, ar tiste Valentine Schlegel/Adagp, Paris, 2020

LE PORTFOLIO

85

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Succession Agnès Varda, ar tiste Valentine Schlegel/Adagp, Paris, 2020

Pièce façonnée au colombin, en faïence et émail, 1955. Vase des années 1950 (page de droite).

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

LE PORTFOLIO

87

De haut en bas, rue Bezout, à Paris, vers 1959 (vaisselle en faïence émaillée, saladier en faïence chamottée, émail bleu métallisé ; sur le mur, collection de couteaux). Banc et tablette, Paris, 1959.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Succession Agnès Varda, ar tiste Valentine Schlegel/Adagp, Paris, 2020

Page de droite, Rosalie Varda, bébé, en 1960, devant une cheminée de Valentine Schlegel chez Agnès Varda.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

LE PORTFOLIO

89

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

À droite, de haut en bas. Tapis Cordélie, dessin Escalator, cordelette de coton brodé, HERMÈS. Fauteuil Echoes, en polypropylène tressé et acier, design Christophe Pillet, FLEXFORM.

LE GOÛT

La vie des AUTRES.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

UN IM M EUBLE ET AUTANT D’HISTOIRES. QUATRE APPARTEM ENTS, QUATRE STYLES M IS EN SCÈNE POUR UNE SÉRIE AUX FRONTIÈRES DU RÉEL : ESTHÈTE JAPONISANT, COUPLE DE RETRAITÉS, ARTISTE CÉLIBATAIRE ET JEUNE FAM ILLE. UNE APPROCHE SOCIOLOGIQUE DU DESIGN.

Conception et réalisation Charlotte DE LA GRANDIÈRE Photos Julien T. HAMON

CHEZ UN ESTHÈTE JAPONISANT Chemise, PAUL

HARNDEN CHEZ LECLAIREUR.

En bas, fauteuil Armchair (vue plan), en chêne et lin,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

HAOS.

De haut en bas, lampe n o 15.020, en noyer et acétate de cellulose, design Douglas Mont, RISPAL. Console Arca 88,1, en travertin, design RDAI, NOMA . Assiettes Buto, en porcelaine de limoges, SOCIETY

LIMONTA CHEZ ADELE SHAW. Verre ombré, THE CONRAN SHOP.

Chaise Équilibre, en chêne naturel, galette en cuir, design Jasper Morrison, HERMÈS. Tapis Henge, laine de mouton tibétain, fibres d’ortie brute, en collaboration avec Van Caster,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

STUDIO DANIEL COSTA.

Lit de jour et coussin en laine de yack et fibres d’ortie brute, en collaboration avec Van Caster,

STUDIO DANIEL COSTA.

Plaid Klim Throw, en laine jacquard, SOCIETY LIMONTA CHEZ ADELE SHAW.

Lampe Puffball, en fibre de verre et aluminium, design Faye Toogood, MATTERMADE, CHEZ BOON.

Banc Civil Bench, en teck naturel et paille de Vienne, collection Hommage à Pierre Jeanneret,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

CASSINA.

Suspension Light Object 018, en laiton poli, design Naama Hofman ; chaise Una Chair, en bois et cuir, design Estudio Persona, BOON. Table Oak Torsion Square, en chêne, ETHNICRAFT.

Vase et coupe Earth, en papier mâché, design Marie Michielssen, et théière Collage, en fonte, design Utilise Objects,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

SERAX.

De haut en bas, bouteilles Cocotte AFS 011 et AFS 042, en grès et émail, design Catherine Dix, AMÉLIE

MAISON D’ART.

Coupe Silk, en céramique, design Zoë Powell, BOON. Sur la table basse, poêle à manche, en chêne, design Netherton Foundry, et torchons en lin, CÔTÉ BASTIDE CHEZ THE CONRAN SHOP.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Bol à thé Collage, design Utilise. Objects, SERAX.

Banc Civil Bench, en teck naturel et paille de Vienne, collection hommage à Pierre Jeanneret, CASSINA.

Bol et coupe Rosa Moranda, en grès, SOCIETY

LIMONTA CHEZ ADELE SHAW.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Brosses en chêne et fibre de coco, design Poppy Lowman, BOON.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

CHEZ UN COUPLE DE RETRAITÉS

Fauteuil Walter, en frêne teinté, design Vincent Van Duysen, MOLTENI.

Console 816 Pa’ 1947, en frêne teinté et détails en laiton, design Ico Parisi, CASSINA.

Cafetière, en laiton argenté, plateau en noyer, collection Phi, design Normal Studio,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

PUIFORCAT.

Commode, en métal époxy, USM. Lampe de table Rowe, pied en céramique, design Britta Herrmann pour Mani, THE

CONRAN SHOP.

Cadre Orwell, en cuir, GIORGIO

ARMANI.

Verre Long Island, en cristal fin taillé à la main,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

REFLECTIONS COPENHAGEN.

En haut, de gauche à droite, console Sisters, en placage de noyer et structure en métal, design Patricia Urquiola, COEDITION.

Lampe Oblique QI, en aluminium, LED, design Vincent Van Duysen, FLOS. Service Les Oiseaux de la forêt, en faïence, design Estelle Rebottaro, FAÏENCERIE DE GIEN. Beurrier

Little Big House, en céramique, design Erwin Wurm,

WE DO NOT WORK ALONE.

En bas, de droite à gauche, applique Japanese Wall Light, en chêne, aluminium et papier japonais ; lampadaire Floor Lamp, en bronze, HAOS. Fauteuil Maralunga, en velours Kvadrat, design Vico Magistretti, CASSINA.

Tapis Isola, en laine de NouvelleZélande, inspiré des dessins de Joe Colombo ; tapis Valparaise, en laine de Nouvelle-Zélande et soie, design René Gruau, AMINI. Chaises C-Chair, en chêne et en noyer, design Marcel Gascoin,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

THE CONRAN SHOP.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Nappe Peony, en abaca, et serviettes unies, SOCIETY LIMONTA CHEZ ADELE SHAW.

Carafe Pakora, en verre borosilicate soufflé, CFOC. Verres à pied en cristal, coffret Galerie des Reines, SAINTLOUIS. Service de table Les Filets Kaki, en faïence, FAÏENCERIE DE GIEN. Couverts

Carved, en acier, design Yonoh Creative Studio, BOLIA. À droite, fauteuil Mole, en cuir et imbuia, design Sergio Rodrigue, LINBRASIL CHEZ TRIODE. Table

d’appoint Torii, en marbre et structure en aluminium, design Nendo,

MINOTTI CHEZ SILVERA. Vase

Popotin, en céramique, design Anissa Kermiche, THE

CONRAN SHOP.

Presse-papier Sub Rosa, en cristal,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

SAINT-LOUIS.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

CHEZ UN ARTISTE CÉLIBATAIRE

De droite à gauche, bureau en chêne massif et aluminium laqué, design Bodil Kjær, KARAKTER.

Tabouret Monolog, en frêne massif teinté, design Pieter Maes,

LIGNE ROSET.

Vase Hip Hop, en céramique émaillée, design Virginie Vallette Viallard, ROCHE BOBOIS.

Plat Pixis, en faïence émaillée, FAÏENCERIE DE CHAROLLES.

Assiette Glad You Made it, en faïence émaillée, design Mathieu Frossard, BOON. Vase Septembre, en bois et métal, design Cristina Celestino,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

MAISON MATISSE.

En haut, à gauche, cuisinière Mini-kitchen, en Corian et iroko, design Joe Colombo, BOFFI. Poêle Choc, design De Buyer, THE CONRAN SHOP.

En bas, à gauche, plat Pixis, en faïence émaillée, FAÏENCERIE DE CHAROLLES.

Assiette Glad You Made it, en faïence émaillée, design Mathieu Frossard, BOON. Vase Septembre, en bois et métal, design Cristina Celestino,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

MAISON MATISSE.

Portant Oona, en fer, design PJ Mares, SERAX. Veste en cuir doré, PAUL

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

HARNDEN CHEZ LECLAIREUR.

Cuisinière Minikitchen, en Corian et iroko, design Joe Colombo, BOFFI. Poêle Choc, design De Buyer, THE CONRAN SHOP. Lampe

Lari, en verre soufflé et aluminium, design Angelo Mangiarotti, KARAKTER.

Lampe Materica, en marbre de Carrare, acier et borosilicate, design Leonardo Talarico, LIVING

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

DIVANI CHEZ MYDESIGN.

Canapé Matic, en cuir Venezia, piètement en aluminium, design Piero Lissoni, KNOLL. Suspension G13 AM, en acier multiperforé, design Pierre Guariche, LIGNE

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

ROSET.

CHEZ UN JEUNE COUPLE AVEC ENFANTS Jardinière Long Pot, en grès émaillé, design Inga Sempé,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

CINNA.

Bibliothèque Monument, en frêne et marbre, design Mathieu Girard et Gauthier Pouillart, LA CHANCE.

Étagère du haut, service de table Edge, en grès, design Granstudio, BOLIA.

Service de table Ombra, design Laboratorio Castello, THE

CONRAN SHOP.

Étagère du milieu, verres à pied Sferico, en verre, design Joe Colombo, KARAKTER.

Sculpture Maison 1, en terre cuite, pièce unique, design Nadine de Garam, AMÉLIE MAISON D’ART.

En bas, au centre, table Ayana, en teck naturel et pierre serpentine, design Naoto Fukasawa, B&B ITALIA.

Derbys Édouard, en cuir de veau, J.M. WESTON.

Bottines Alder, en cuir, JOHN LOBB. Doudou lange Lapin Milo, en coton bio, design Liewood, SMALLABLE.

Lampe Earth, en papier mâché, design Marie Michielssen, SERAX.

Sur la console, machine à café Creatista, en acier inoxydable brossé,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

NESPRESSO.

Table Ayana, en teck naturel et pierre serpentine, design Naoto Fukasawa,

B&B ITALIA.

Tabouret Side table n o 2, en polyuréthane et bois, KARAKTER. Chaise d’enfant en hêtre massif, MAISON COMBELLE CHEZ BONTON.

Au fond, canapé Confident, en tissu mohair,

PIERRE AUGUSTIN ROSE.

Table basse Hippodrome, en chêne et cuir à bride, design Normal Studio ; tapis Cordélie dessin Escalator, cordelette de coton brodé,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

HERMÈS.

Canapé Confident, en tissu mohair,

PIERRE AUGUSTIN ROSE.

Panier en métal, design Korbo, et torchons, THE CONRAN SHOP.

Table basse Hippodrome, en chêne et cuir à bride, design Normal Studio, HERMÈS.

Planche à découper en bois,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

THE CONRAN SHOP.

Fauteuil Rivulet, en Inox, frêne et cuir, design Junpei & Iori Tamaki, LIVING

DIVANI CHEZ MY DESIGN. Applique

Gamma, en laiton et cylindres opalins, design Sylvain Willenz, CVL. Lampe Earth, en papier mâché, design Marie Michielssen,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

SERAX.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Assistantes de la styliste : Anna Talec, Maude Blanchard. Assistant du photographe : Xavier Pruvot. Décor : Studio Photolux. Remerciements : D.K, R.M et Lipsi.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

1 - Louis Vuitton.

LE GOÛT

Paris HORS NORMES.

FANTASQUE, INVENTIVE, ACTUELLE, LA PARIS FASHION WEEK N’A RIEN LAISSÉ AU HASARD. ET LA PANDÉM IE N’A EN RIEN LIM ITÉ LES ESPRITS. BIEN AU CONTRAIRE. DÉFILÉS PHYSIQUES SUR LA SEINE ET PRODUCTIONS ÉCLECTIQUES – DU CLIP AU MAKING OF –, GRANDS NOMS ET NOUVEAUX VENUS ONT COURONNÉ À NOUVEAU LA VILLE LUM IÈRE CAPITALE DE LA CRÉATION.

Textes Sophie ABRIAT, Valentin PÉREZ et Caroline ROUSSEAU

1 - LES DÉFILÉS NE SE DÉFILENT PAS

Organiser un vrai défilé pour retrouver la chaleur et l’effervescence du monde d’avant et maintenir Paris au rang de ville phare de la mode ? Plus facile à dire qu’à faire… Certains ont dû ruser pour être à la hauteur du défi. AMI avait imaginé, pour présenter sa collection homme et femme, sophistiquée et désinvolte (grands manteaux, chapeaux de pluie, vestes courtes, robes drapées, mailles pour les soirs d’été), un show sur le quai de Sully à la nuit tombée. Le rendez-vous était important pour son créateur, Alexandre Mattiussi : c’était la première fois qu’il inscrivait sa marque dans le prestigieux calendrier officiel de la mode féminine. Mais, à vingt-huit heures du coup d’envoi, la Préfecture de

1 - AMI.

Alessandro Garofalo. Chanel.Armando Grillo

1 - Chanel.

police a décrété qu’aucun invité, même à saine distance, ne pourrait y assister. Pas question pour autant d’annuler les festivités quand on mobilise 800 collaborateurs : AMI ne s’est pas démonté et a trouvé l’une des dernières péniches à louer, en cette Nuit blanche parisienne, pour y faire monter les convives. Autour d’un cocktail, ils ont ainsi découvert la collection depuis la Seine, aidés par des écrans qui retransmettaient le passage des mannequins sur le quai. C’est ce qui s’appelle avoir le sens de la débrouille. Et réussir à créer l’événement quand plus rien ne semble possible. Les équipes de Chanel et de Vuitton ont dû aussi avoir quelques sueurs froides. Trente-six heures avant leurs défilés, programmés comme d’habitude le dernier jour de la fashion week de Paris, le gouvernement annonçait que la capitale était placée en « zone d’alerte maximale ». Les deux maisons ont tout de même maintenu leurs rendez-vous. Bruno Pavlovsky, président des activités mode de Chanel, étant un fervent défenseur du défilé physique depuis le début de la pandémie, la griffe aux 2C a tout fait pour maintenir les hauts standards qui font la qualité de ses shows. Sous la verrière du Grand Palais, elle a réussi à se constituer un étincelant premier rang pour venir voir une collection résolument cinégénique. Marion Cotillard, Vanessa Paradis, LilyRose Depp, Isabelle Adjani ou Maïwenn étaient là. Pas les Américaines Kristen Stewart, Sofia Coppola ou Margot Robbie. Qu’importe : Chanel les a malgré tout photographiées là où elles se trouvaient, comme si elles avaient posé pour le photocall parisien. Une fois mises en ligne sur les réseaux sociaux, les images donnaient l’illusion d’un groupe glamour, international et uni. De son côté, Louis Vuitton a choisi la Samaritaine pour défiler. Un cadeau, car l’ancien grand magasin, propriété de la maison mère, LVMH, rouvrira seulement en 2021 après quinze ans de travaux. Chacun a pris place face aux fresques rénovées et aux murs vert pomme. Entre deux sièges, à l’endroit qu’auraient dû occuper des journalistes et des acheteurs retenus à l’étranger, la maison avait placé une petite caméra panoramique sur un pied. À distance, derrière leurs écrans, les « absents » pouvaient déplacer le curseur et jouir d’une vue à 360 degrés depuis le poste qui leur avait été attribué. Avec, en bonus, des images incrustatées sur les murs verts (à l’instar des cartes météo à la télévision), indécelables pour les invités sur place. Fascinant. Au passage des modèles, les « téléspectateurs » ont ainsi pu avoir l’impression de tourner la tête pour découvrir le dos des tenues. Et ils n’ont pas été déçus. Nicolas Ghesquière a livré un fantastique été 2021. Au-delà de l’intention d’abolir les genres et de proposer des silhouettes mixtes à base de grands trenchs colorés, de blousons d’esprit tailleur, de beaux pantalons fluides ceinturés ou de tee-shirts pop transpirait une vitalité créative bienfaisante. L’énergie du trait, la précision de la main, la force des accessoires, la beauté des mannequins sont apparues comme un cri à la face de la crise : Vuitton est un géant du luxe. Et Paris, la capitale de la création. V. Pe. et Ca. Ro.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

117

LE GOÛT

2 - Kenzo. 2 - Issey Miyake.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

118

Kenzo mais d’une tout autre manière : il a présenté des vêtements cocons, comme des panoplies d’apiculteur, avec moustiquaire intégrée, qui isolent, protègent et maintiennent la distance, en transparence. Son néostreetwear poétique trouve, en ces temps incertains, matière à prouver son inventivité technique (avec des vêtements qui se transforment en fonction des situations) et sa sensibilité chromatique. Il avait aussi posé, sur les tabourets des invités, un petit pot de miel de Montmartre/Goutte-d’Or, un foulard coloré conçu pour cacher son masque (tels des cow-boys dans la poussière) et un journal, qui rappellent les plaisirs simples d’une vie, même chamboulée. S. At et Ca. Ro.

2 - Gauchère. 2 - Dior.

Kenzo. Issey Miyake. Olivier Claisse. Ludwig Bonnet/Java. Pixelformula/Sipa. Balenciaga. Catwalk Imager y

2 – MYSTIQUES CONTRE PRAGMATIQUES

Inévitablement, l’épidémie a laissé des traces sur les collections imaginées pendant le confinement. Et lorsque l’incertitude fait tout vaciller, certains ont tendance à verser dans le mysticisme. Pour calmer nos hantises, Acne Studios a imaginé une présentation aux accents surnaturels : dans la Galerie courbe du Grand Palais, Jonny Johansson a convié ses invités à célébrer un lever de lune fictif, censé « capturer l’énergie du crépuscule ». Pour l’occasion, le designer a collaboré avec l’artiste américain Ben Quinn qui, connu pour ses inspirations ésotériques, a réalisé un imprimé psychédélique rehaussé de sequins. Même esprit chez Gauchère, qui a glissé dans l’enveloppe d’invitation de la sauge blanche purificatrice à faire brûler et organisé, pendant son défilé, une « cérémonie de décompression ». Un moment de lâcher-prise, comme on dit, concocté par l’artiste John James également énergéticienne. Ce qui n’a pas empêché l’assistance de garder les idées claires quant à la maîtrise « tailleur » et à la justesse des pièces de la créatrice Marie-Christine Statz, pleines de promesses. Autres moyens et autre ambiance chez Dior mais tout aussi habitée : Maria Grazia Chiuri a réuni douze chanteuses lyriques de l’ensemble vocal Sequenza 9.3, dirigé par Catherine Simonpietri, pour entonner un vocero, chant funèbre corse, dans un décor de cathédrale reconstitué. À l’inverse, plus terre à terre, d’autres designers ont privilégié la voie du pragmatisme. Issey Miyake, sous la houlette du designer Satoshi Kondo, a imaginé une collection légère et aussi compacte que possible pour tenir dans une seule et même (grande) boîte. Impossible de ne pas y voir un clin d’œil à Marie Kondo et à notre passion pour le rangement pendant le confinement… On peut nouer, rouler, plier, empiler, superposer les vêtements et même glisser son téléphone dans un filet coloré porté en bandoulière. Filet qui sert d’ordinaire à emballer le jambon au Japon. Le contexte sanitaire actuel a lui aussi inspiré Felipe Oliveira Baptista chez

3 – AU-DELÀ DU RÉEL

Quand Balenciaga a annoncé un défilé «digital», on a cru que le sacro-saint dimanche de la Paris Fashion Week n’aurait pas la saveur habituelle… Les shows de Demna Gvasalia pour la griffe du groupe Kering sont des marqueurs forts. Ce sont des expériences, car ils mobilisent les sens et l’imagination. En 2018, lors du « défilé du tunnel », une vidéo immersive plongeait le public à l’intérieur d’un ordinateur. En 2019, il embarquait l’assistance dans un vaisseau ressemblant à un Parlement européen glaçant… En février, il noyait les premiers rangs dans l’eau et faisait marcher les mannequins dans une mer de pétrole sous un ciel d’écrans… Forcément, quand on parvient à produire ces effets dans la réalité, en version numérique on cherche à saisir le réel. Cette saison, le film de Walter Stern montre des hommes et des femmes au style nonchalant, « couture/sportswear », « pantoufles/ grand soir », dans lequel Gvasalia excelle. Ils marchent très vite dans les rues de Paris la nuit, sans masques, mais le générique énumère toutes les précautions prises. Ils avancent sur une version remixée de Sunglasses At Night, de Corey Hart. Ils renvoient au temps où l’on sortait visage découvert, mais aussi aux années 1980 et aux clips qu’on regardait en boucle. On le fera avec celui-là aussi. Pour essayer de suivre ces mannequins et l’esprit véloces d’un créateur décidément hors normes. Ca. Ro.

5 - Paco Rabanne.

5 – GUEULES D’ATMOSPHÈRE

4 – FESTIVAL DU FILM

Avec 45 productions en ligne, le format vidéo fut cette saison majoritaire à Paris, obligeant parfois les spectateurs à devenir davantage critique de films que de mode… Parmi les éclectiques propositions (making of, collage d’inspirations, mini-narrations…), la palme revient à Marine Serre, dont les combinaisons et les grands manteaux noirs se découvraient dans un clip apocalyptique figurant un angoissant monde d’après, des corps asexués et des expériences à la Frankenstein. Un court-métrage que certains ont pu savourer sur le grand écran du cinéma parisien Max Linder. V. Pé. 3 - Balenciaga.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

4 - Marine Serre.

Dix-sept marques seulement sur un total de 83 ont défilé physiquement cette saison à Paris. Et nombre d’acteurs subissent de plein fouet la crise, comme les mannequins, qui, avec leur statut juridique particulier, ne bénéficient quasiment d’aucune aide pour combler le manque à gagner. Dans les agences, la situation est également tendue. « Les missions sont moins nombreuses, certes, mais plus complexes, assurément », tient à préciser Cyril Brulé, directeur de l’Agence Viva Model Management. En pleine pandémie, faire venir un mannequin de l’étranger pour défiler sur le sol français est devenu un parcours du combattant. « Entre les problèmes de frontières à passer, les castings annulés, les laboratoires à trouver pour les tests PCR et les résultats qui n’arrivent pas… Nous sommes devenus des administratifs qui gérons des problèmes », résume Patrick Simon, agent chez Elite Model Management Paris. Les tops américaines et asiatiques ont fait une saison blanche. Prudentes, les supermodèles – Kendall Jenner, Kaia Gerber, Bella Hadid – ne se sont pas déplacées (malgré l’option « jet privé » ). Quant aux Européennes vivant à l’étranger, notamment aux États-Unis, elles ont anticipé la situation, en rejoignant cet été leur pays natal. Fin août, quand Paris bascule en « rouge » pour certains pays, les mannequins sont invités à se rendre dans la capitale en transitant par Lille, alors classée zone de faible circulation du virus. « En réalité, il y a toujours une solution, il faut regarder quelles frontières sont ouvertes et les pays d’origine des mannequins, quitte à leur faire faire plusieurs escales… Mais, éthiquement, on a l’impression de faire passer des clandestins », confie un agent parisien qui préfère rester anonyme. Qui dit moins de modèles disponibles sur place dit moins d’exclusivités possibles (mannequin réservé par une seule marque). C’est donc la surenchère. « Sur ces exclusivités, les prix peuvent vite monter, mais cela ne contrebalance pas la nette diminution du nombre d’événements », précise Oliver Ress, directeur de casting. Lorsque les marques basculent en format vidéo, elles ne font appel qu’à un nombre limité de mannequins, loin des 70 réservations effectuées pour un défilé physique. Par ailleurs, en ce moment, il est très difficile de faire émerger des nouveaux visages, comme c’est la coutume. «Avec les restrictions sanitaires, les castings “ouverts”, où l’on présente des mannequins encore inconnus, ont pour la plupart été annulés », explique Patrick Simon. Mais on a quand même repéré les Françaises Cyrielle Lalande et Jade NGuyen sur plusieurs podiums. Sans parler des actrices et écrivaines qui semblent avoir la cote. On a ainsi pu voir Christa Theret (photo) et Constance Debré défiler chez Paco Rabanne ou Pauline Klein chez Chloé. S. At

LE GOÛT

6 – HAUT ET COURT

Trônant à la « une » des journaux et au cœur d’empoignades sur les chaînes d’info en continu, le crop top hystérise le débat français depuis que des lycéennes engagées contre le sexisme revendiquent la liberté de se vêtir comme elles le souhaitent, dans le sillage du mouvement #14septembre. « Ce n’est pas normal qu’en 2020 on demande aux filles de s’habiller moins court pour les protéger du regard des garçons », s’indignait, le 4 octobre sur France 5, Clara Vandaele, 16 ans, lycéenne à Boulogne-sur-Mer, d’où est partie cette mobilisation adolescente. Au même moment, à la fashion week, dans l’un de ces savoureux hasards où s’entrechoquent les réflexions de la rue et les fantasmes des podiums, les crop tops étaient partout. À épaules bouffantes chez Isabel Marant, à dos nu chez Miu Miu, à manches longues et drapés chez Balmain, aux tons orangés chez Acne Studios, aux lignes architecturées chez Vuitton, en version asymétrique chez Y/Project… Ajoutez à cela des brassières de ville chez Dior, Hermès et Koché, des soutiens-gorge apparents chez Rokh, des jeux de dentelles et de rembourrage pour souligner autant qu’augmenter la poitrine chez Paco Rabanne : c’est à croire que les créateurs se moquent bien de la « tenue républicaine » prônée par le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer. « Au lieu d’affronter les urgences sanitaires, sociales, on discute de manière un peu routinière, avec un petit côté de déjà-vu, sur la façon dont doivent s’habiller des jeunes filles. C’est fou », s’agaçait de son côté l’historienne Christine Bard dans les colonnes du Monde daté 6 octobre. La veille, histoire de mettre tout le monde d’accord, AMI proposait une alternative lors de son défilé : le crop top décliné au masculin, en maille marine, grise ou violette. V. Pé.

6 - Louis Vuitton.

6 - Isabel Marant. 6 - Chanel 6 - Balmain. 6 - Véronique Leroy.

À la fashion week, dans l’un de ces savoureux hasards où s’entrechoquent les réflexions de la rue et les fantasmes des podiums, les crop tops étaient partout. 6 - Koché.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

120

6 - Hermès.

Isabel Marant. Alessandro Garofalo. Chanel. Giovanni Mocchetti/BFA. Laetitia Hotte/ Véronique Leroy Manuel Braun. Gaspar Ruiz Lindberg. Chloé. Cris Fragku. Filippo Fior. Paul Schmidt. Florence Brochoire/Signatures

7 – ÉLOGE DU BEAU

Cette saison, trois femmes ont marqué la fashion week par leurs propositions à la fois fortes en style, pérennes et sincèrement pensées pour d’autres femmes. Nadège Vanhee-Cybulski donne un petit coup de cravache mode à la maison Hermès : body dos nu en fine maille qui colle au corps pour mieux le redessiner, sabots des villes (signés Pierre Hardy) déclinés dans une palette de cuirs insensée, combi-pantalon impeccable comme un tailleur et sexy comme un décolleté. Natacha RamsayLevi, elle, trouve aussi le juste équilibre chez Chloé, dosant parfaitement les codes maison et un propos plus personnel, pointu, « edgy », comme disent les Américains. Le résultat, rock et tendre, rend les filles irrésistibles. Enfin, Gabriela Hearst, qui défilait pour la première fois à Paris, mérite bien le prix 2020 du meilleur designer américain de mode féminine : élégance et charme de cette collection tant dans les coupes, les couleurs, les matières que dans l’éthique – l’écoresponsabilité est un pilier de la marque lancée en 2015. Ca. Ro.

7 - Chloé.

7 - Gabriela Hearst. 7 - Hermès.

8 – INTIMES CONFECTIONS

Il n’y a pas que les défilés et les films dans la Paris Fashion Week au temps du coronavirus. Il y a aussi des présentations plus intimistes qui permettent d’aller au plus près du vêtement, de la légèreté des tissus, d’un tressage de cuir ou de perforations au laser, de superpositions de popelines et de constructions habiles illustrant le savoir-faire des maisons et le génie des créateurs. Comme chez Loewe, où les robes théâtrales, un peu hispanisantes, de Jonathan Anderson éblouissent. Ou chez Alaïa, où la nouvelle collection comme les rééditions restent fidèles au talent du maître. Ca. Ro.

8 - Loewe. 8 - Alaïa. 9 - Kenzo Takada.

9 – UNE FLEUR POUR KENZO

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

On ne sait pas si la mode lui a manqué ces vingt et une dernières années (il l’avait quittée en 1999), mais Kenzo Takada a manqué et manquera à la mode. Fidèle à Paris, où il avait bâti son succès et sa réputation de styliste joyeux, ce roi de la fête, aussi attaché à la beauté des fleurs qu’à la liberté des femmes, a quitté ses amis, ses fans et la vie, le dimanche 4 octobre. En pleine fashion week, quatre jours après le défilé de la marque qui

porte toujours son nom et au show de laquelle il avait assisté en février, soutenant, par sa seule présence, le nouveau directeur artistique, Felipe Oliveira Baptista. Emporté par le Covid-19, à 81 ans, Takada laisse le souvenir d’un temps où la mode souriait, où les gens dansaient serrés, où aucune nuit ne finissait et où les hommes qui s’aimaient mouraient d’une autre épidémie, le sida. Comme son compagnon et bras droit, l’architecte Xavier de Castella, décédé en 1990 à l’âge de 38 ans, et qu’il est – qui sait ? – parti rejoindre. Ca. Ro.

LE GOÛT

Luke Edward Hall, dans sa maison (également page de droite, en haut à gauche) en Angleterre, le 1er octobre. Il signe les intérieurs de L’Hôtel Les Deux Gares à Paris (page de droite, en haut à droite et en bas).

Luke Edward Hall, POÈTE décoratif. ARTISTE, DESIGNER ET CHRONIQUEUR, CE JEUNE ANGLAIS DÉTONNE DANS L’UNIVERS DE L’ARCHITECTURE D’INTÉRIEUR. SON STYLE SINGULIER ET EXCENTRIQUE PUISE AUTANT À L’ANTIQUITÉ QU’AU BOUILLONNEMENT DE L’ENTRE-DEUX-GUERRES. CE SURDOUÉ FAIT SENSATION EN SIGNANT L’HÔTEL LES DEUX GARES, À PARIS.

Texte Litza GEORGOPOULOS — Photos Guen FIORE

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

122

Benoit Linero 2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

COSTUME VERT ET CHEMISE VIOLETTE À JABOT, lunettes rondes et cheveux en bataille, le jeune homme a débarqué de l’Eurostar, voyageur anglais échappé d’un film de Wes Anderson, son réalisateur préféré. C’est à un premier rendez-vous de travail à Paris que se rendait le designer Luke Edward Hall. « J’ai rencontré Luke l’été 2019, se souvient Adrien Gloaguen, fondateur du groupe hôtelier Touriste. L’agent d’architectes, de designers et de décorateurs Julien Desselle m’avait soufflé son nom. Je cherche toujours de nouveaux talents, avec un vrai univers, afin de ne pas céder à la facilité de la redite dans mes établissements. L’hôtel étant proche de la gare du Nord, c’était amusant de bosser avec un Britannique. S’il paraît foufou, il est hypercarré dans le travail. Il a expliqué qu’il livrerait sa vision de Paris, dans une version assez clichée. À la réception des premiers croquis, quand j’ai vu 18 couleurs par chambre et pas un seul mur blanc, c’était déroutant, mais je lui ai fait confiance.» Fier, avec ses stores rayés vert sapin/bleu dragée, le vieil hôtel de gare aux 40 chambres à la vue spleenétique plongeant sur les voies de chemin de fer en est tout requinqué. D’un coup de baguette magique, Luke a planté le décor rutilant, et fait valser les couleurs puissantes, les imprimés qui clashent, les motifs graphiques. Il a un sacré don pour les alliances de teintes vives, acides, et de tons clairs. Son choix de désuets sanitaires pastel n’est pas si culotté. Il a bien dédramatisé la salle de fitness avec un damier rouge et blanc au sol et de grosses fleurs en all-over sur les murs. Et l’ensemble reste lisible. Raffiné, sans lourdeur. En face, dans le bistrot très parisien, le magnifique plafond écaille de tortue, peint par l’artiste du trompe-l’œil Pauline Leyravaud, a bluffé les nouveaux clients qui ont cru l’endroit resté dans son jus. Perdu ! Le coquet café remplace un banal bar moderne. Fortiche, le British explique toujours partir d’une histoire pour concrétiser ses projets. « Pour cet hôtel, précise-t-il, j’ai imaginé que l’immeuble appartenait

à un collectionneur parisien globe-trotteur qui a décidé d’ouvrir sa maison. L’hôtel étant situé entre deux gares, j’avais en tête que ce soit une sorte de refuge coloré pour voyageurs.» Il explique s’être inspiré du mobilier français, du style Empire en particulier, notamment pour la conception des armoires et des tables de chevet dans les chambres. Il a trouvé de vieilles affiches d’expositions parisiennes et chiné des pièces vintage, principalement pour le rez-de-chaussée. Celles-ci viennent de partout – eBay, les boutiques qu’il aime en Angleterre et les marchés aux puces de Paris. Des reproductions de ses œuvres ornent les murs des chambres, et ceux d’une amie illustratrice, les corridors. Il a souligné de traits noirs le grand miroir blanc du foyer. Et la sole au citron dessinée sur les abat-jour est un clin d’œil au menu du restaurant La Méditerranée, fréquenté le jour de la signature du contrat.

“J’ai vu une photo de lui assis à sa table de travail, les murs couverts de croquis, de petits mots. Je voyais un monde se dessiner. Tout était ravissant, un fouillis absolument génial, des chaussures jetées, des paquets ouverts. L’ensemble était tellement anglais, avec ce côté féminin en plus, ça m’a fait fondre totalement.” Marie-France Cohen, fondatrice de Bonpoint et de Démodé

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

124

Ces partis pris stylistiques et chromatiques détonnent dans le consensus ambiant. La vision singulière de Luke Edward Hall, 31 ans, convoque plutôt l’esprit flamboyant des grands décorateurs du début du xxe siècle, apôtres de l’anti-minimal : les Anglais John Fowler et Oliver Messel, l’Américaine Dorothy Draper qui signa l’ouvrage Decorating Is Fun!, la Française Madeleine Castaing, surnommée « la Magicienne »… Ce penchant pour le mélange d’influences, tissus, motifs, le designer le doit à l’architecte d’intérieur anglais Ben Pentreath, chez qui il se forme avant de monter son studio en 2015. Sans cette rencontre, et bien qu’il ait toujours aimé les antiquités et la décoration – en 2011, il fondait avec des amis un site de vente d’objets vintage Fox & Flyte, dont la devise («célébrons un moment de noblesse suprême et de plaisir extraordinaire ») est tirée de The Savoy Cocktail Book publié en 1930 –, il n’aurait jamais songé à travailler dans ce domaine. Il quitte à 18 ans sa ville natale de Basingstoke pour Londres la magnétique, à quatre-vingts kilomètres de là, et devient stagiaire chez JW Anderson et le styliste Nicola Formichetti, avant d’intégrer l’école Central Saint Martins pour un cursus en mode masculine. « Je me souviens de Luke Edward Hall en particulier pour ses belles illustrations, se remémore Christopher New, son professeur. Je pense qu’il était plus intéressé par la conception et l’illustration que par la construction des vêtements, donc je n’ai pas été vraiment surpris que son cheminement de carrière se concentre davantage sur l’impression et la couleur, la décoration, les objets et le textile.» Fan de la première heure, Marie-France Cohen, fondatrice de Bonpoint, du concept store Merci et de la marque de décoration Démodé, partage cette quête du beau. « Le petit Luke, c’est mon plaisir. Il y a six-sept ans, j’ai vu une photo de lui dans un magazine. Je suis tombée amoureuse de ce type, tellement mignon, assis à sa table de travail avec son air triste, un gilet improbable, les murs

Guen Fiore pour M Le magazine du Monde

Détails de la maison de Luke Edward Hall, dans le Gloucestershire.

LE GOÛT

couverts de croquis, de petits mots. Je voyais un monde se dessiner. Tout était ravissant, un fouillis absolument génial, des chaussures jetées, des paquets ouverts. L’ensemble était tellement anglais, avec ce côté féminin en plus, ça m’a fait fondre totalement », s’enthousiasme-t-elle. Depuis lors, l’élégante grande dame n’a eu de cesse de suivre le garçon. « J’ai vu quand il a acheté sa première maison dans les Costwolds, l’endroit le plus joli du monde, avec son copain (le décorateur Duncan Campbell). Comment il l’a décorée sans prétention, mais tellement gonflé, avec ces couleurs invraisemblables.» Chez Luke Edward Hall, tout processus créatif démarre crayons en main. Il préfère dessiner les gens. Sortis de son imagination ou inspirés de personnalités du passé et de personnages de romans. Il cite en littérature Le Maître des illusions, de Donna Tartt, Soleils brillants de la jeunesse, de Denton Welch, Au temps du roi Édouard, de Vita Sackville-West, et convoque les figures tutélaires du photographe Cecil Beaton, du mondain Stephen Tennant, du peintre Christopher Wood ou de l’auteur Evelyn Waugh… Luke Edward Hall évoque ce vague à l’âme très anglais qu’il dit partager parfois, tristesse nostalgique latente, belle toutefois, comme les derniers jours dorés de l’été avant que l’automne ne s’installe. Enfant terrible d’un Cocteau, Luke Edward Hall peint des fresques. Sur les murs de la boutique Lanvin de NYC. Ou ceux de la buanderie de Flamingo Estate, l’hallucinante hacienda de Richard Christiansen, son ami, esthète, à Los Angeles. À l’image des peintres Vanessa Bell et Duncan Grant du groupe Bloomsbury (début du xxe siècle), qui vivaient de bohème et d’amours libres dans une effervescence artistique et intellectuelle, peignaient sur leurs armoires, les têtes de lit, dessinaient des tapis, Luke Edward Hall adore briser les barrières entre mode, décoration, beaux-arts. Ses gimmicks – éphèbes, colonnes grecques, amphores, lyres, chevaux ailés –, ont orné les blasons d’un vestiaire acidulé pour la marque preppy Rowing Blazers. Et sont brodés en écussons sur les Prince Albert Slippers de Stubbs & Wootton aux tons bijoux, ces chaussures d’intérieur de gentleman qu’il porte lui-même. Hydra, la Riviera, la Californie… Ses voyages personnels le conduisent sur les lieux légendaires de l’esthétique dandy. Son imagination s’en régale. Il clame sa passion pour la ville de Positano, en Italie, sur des assiettes et des tee-shirts pour l’hôtel Le Sirenuse de la ville de la côte amalfitaine. Rejoue le mythe de Neptune pour l’illustre manufacture de porcelaine Richard Ginori. Et puis, à l’ancienne, mais qui s’en étonnerait, il tient une rubrique de conseils en décoration intérieure dans l’édition du week-end du Financial Times. Généreuse, très documentée. Et spirituelle. Tout comme ses illustrations de l’ouvrage Bon mots de l’iconique Diana Vreeland. Le flegme britannique du trentenaire dissimule une créativité de chaque instant. Une hyperactivité que laisse entrevoir le beau livre Greco Disco, compilation (déjà) de son travail. Et que confirme l’illustratrice Fee Greening, qui a rencontré Luke pendant leurs études à Central Saint Martins. « C’est une force de la nature. Il peut intégrer plus de choses dans une journée que n’importe qui, le tout avec un calme olympien. Il créera deux tableaux d’une élégance déchirante, passera à Paris pour une réunion et reviendra pour vous préparer un dîner avec un dessert digne d’un chef, sans se plaindre. » La jeune femme le compare à un hobbit, heureux d’être dans sa maison confortable, entouré des objets qu’il a collectés, griffonnant, et dégustant quelque chose de délicieux. « Mais comme tous les hobbits, il aime faire la fête avec ses amis. Tout est excuse pour porter quelque chose de chic », s’amuse Fee Greening, qui pense que l’esthétique puissante et authentique de Luke transparaît dans tout ce qu’il fait. « Vous pouvez toujours dire à un kilomètre si Luke est derrière quelque chose. » À la fin de l’année, Luke Edward Hall sera derrière une collection capsule de vêtements pour homme et femme avec la marque Gant. Et une exposition de ses dessins et aquarelles en janvier prochain à Athènes, chez The Breeder Gallery.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

HOTELDEUXGARES.COM

16.10.2020 – 22.08.2021

LE GOÛT

Assise GRAPHIQUE. LIBREMENT INSPIRÉ

ARMANI/CASA EST ALLÉ PIOCHER LES MOTIFS DE SON NOUVEAU FAUTEUIL DANS L’ART ABSTRAIT, HOM MAGE À LA MÉCÈNE PEGGY GUGGENHEIM.

lampes et dormeuses où l’on retrouve les jeux de géométrie et les juxtapositions d’à-plats de couleurs typiques de cette avant-garde. C’est le cas pour Peggy, un fauteuil doré dont l’assise est habillée d’un tissu aux motifs triangulaires. La muse de cette assise s’appelle Peggy Guggenheim (photo, en 1950 à Venise), mécène et galeriste qui collectionna pléthore d’œuvres d’artistes comme Kandinsky ou Malevitch, pour se retrouver à la tête de l’une des plus grandes collections d’art du xxe siècle

ÉLÉMENT DE LANGAGE

en partie exposée aujourd’hui dans la cité italienne. Personnage fantasque, on retrouve dans l’imprimé de ce fauteuil sa passion pour les formes graphiques, qu’elle porta en étendard jusque sur la monture de ses lunettes, sur les tenues sophistiquées qu’elle appréciait ou les mobiles de Calder dont elle parsemait ses intérieurs. Marie GODFRAIN FAUTEUIL PEGGY. ARMANI/CASA. À PARTIR DE 5 240 EUROS. ARMANI.COM.

L’extrusion.

Qu’ont en commun les coquillettes, les encadrements de porte en PVC et le vase Nuage des frères Bouroullec ? Tous sont fabriqués grâce à l’extrusion. Ce terme désigne une technique déposée en 1797 par le Britannique Joseph Bramah pour obtenir des tubes à partir de bouts de métal. L’idée : faire passer la matière par un orifice étalonné, une « matrice » offrant à la sortie la mise en forme voulue, longue, plate ou plus complexe. La matière ainsi extrudée peut ensuite être découpée à volonté. Ce procédé révolutionnaire, qui s’applique à l’acier comme au plastique, au caoutchouc ou à la pâte de blé pour les coquillettes, donc, permet de créer des pièces creuses avec une précision implacable. Aujourd’hui, l’extrusion fait la joie des designers industriels, de Tom Dixon (pour sa collection Mass) à Konstantin Grcic, Marie GODFRAIN en passant par Thomas Heatherwick.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

126

Armani Casa. David Seymour/Magnum Photos

POUR DÉVELOPPER Armani/Casa, son enseigne de meubles et d’objets qu’il a lancée il y a vingt ans, Giorgio Armani puise son inspiration dans les années 1930 en général et le style Art nouveau en particulier. Formes structurées et lignes courbes, mélange de rigueur et de douceur, irriguent ses collections. Cette saison, le couturier est allé puiser ses références à la même époque, mais plus exactement dans l’art abstrait. Il a dessiné une série de tables, commodes,

20€

VENCE Coussin en lin

VENCE Coussin. Enveloppe 100% lin. Garnissage 100% polyester. Coloris : blanc ventoux, vert cèdre, beige nèfle, bleu figuerolles, vert olivier, beige roucas, gris calabrun. 45x45cm 17€. 40x60cm 20€ dont Éco-participation 0,06€

Collection Automne-Hiver 2020

Cahier d’inspirations N° 10 - En magasin ou à commander sur alinea.com

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Une collection qui invite le végétal à l’intérieur. Un décor doux et harmonieux pour retrouver l’essentiel.

LE GOÛT

FÉTICHE

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

128

British BREAKFAST.

Alors que l’époque n’en finit plus de se passionner pour l’explosion de couleurs et de formes asymétriques du mouvement Memphis, né au début des années 1980 en Italie, certains de ses membres poursuivent leur œuvre paisiblement, en solitaire. Parmi eux, le Britannique George Sowden, qui a débarqué à Milan en 1971 afin de collaborer avec Adriano Olivetti, l’as des machines à écrire, avant de dessiner des centaines de pièces en tout genre, aux rayons électronique, domestique ou mobilier. Depuis ses débuts, le designer aime engager les objets du quotidien dans des expérimentations formelles et chromatiques, sans une once de frilosité. Ces dernières années, il a mis sa patte aux accents pop au service de l’éditeur danois Hay. Une collaboration donnant lieu, cet automne, à une collection de petit électroménager, dont ce grille-pain qui réussit l’exploit d’allier l’ergonomie à des courbes et des teintes régressives. Marie GODFRAIN — Photo Joaquin LAGUINGE

Stylisme Laëtitia Leporcq. Scénographie Valérie Weill

Grille-pain Sowden, de George Sowden, Hay, 89 €. hay.dk

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

De haut en bas, dans le sens des aiguilles d’une montre : Collection Blu Ponti, décor n o 5, de Gio Ponti, Ceramica Francesco De Maio chez Carrément victoire, 300 € le m 2. carrement-victoire.com Motif Bossa de Mini labo, Maison Bahya, 144 € le m 2. maison-bahya.com Motif Goa, Popham Design, 141,60 € le m². pophamdesign.com Motif Flowery Booty, Karla Sutra, prix sur demande. karlasutra.com

Coupes aux CARRÉS.

Porté par le succès du vintage, le carrelage – en terre cuite ou en ciment – s’invite de plus en plus souvent sur le sol et les murs des intérieurs contemporains. Terrain de jeu sans limites pour les créateurs, il offre la possibilité d’imprimer des motifs en créant de multiples combinaisons de rendus. C’est dans cet esprit que Gio Ponti (1891-1979), maître de l’architecture et du design italiens, s’est emparé au début des années 1960 de ce revêtement populaire. Il a mis au point pour le mythique Parco dei Principi, hôtel sur la côte amalfitaine, une série de trente carreaux bleus dont il a épuisé les possibilités de juxtapositions graphiques (une collection aujourd’hui rééditée par Ceramica Francesco De Maio). L’artiste Karla Sutra a utilisé la même technique de terre cuite émaillée pour en faire le support de ses dessins plus… figuratifs, voire franchement érotiques. Plus sages, les éditeurs Popham Design et Maison Bahya ont puisé dans le répertoire des motifs traditionnels du carreau de ciment – qui ont essaimé dans l’Europe entière dès la moitié du xixe siècle –, réinventés dans des teintes naturelles et chaleureuses. Marie GODFRAIN — Photo Joaquin LAGUINGE

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

130

Stylisme Laëtitia Leporcq Scénographie Valérie Weill

VARIATIONS

Nicolas Louis/A.P.C.

LE GOÛT

Dans les années 1970, Odette Touitou fabrique de splendides patchworks inspirés par l’artisanat amish. Formée par Sophie Campbell — reine de la culture craft américaine —, elle a les honneurs d’un article dans l’International Herald Tribune, en 1977. Trente ans plus tard, son fils Jean, fondateur de la griffe A.P.C., collabore avec Jessica Ogden, créatrice britannique qui réinvente l’art du patchwork. Ensemble, ils taillent des quilts dans des tissus extraits d’anciennes collections, cousus sur de la ouatine. Cette démonstration chic du « rien ne se perd, tout se transforme » se poursuit, jusqu’à faire l’objet d’une exposition en janvier dernier. Pour la série Round 18, tout est parti d’une photo du tandem réuni autour d’une commande pour les magasins Anthropologie. La vision des quilts juxtaposés inspire à Jessica Ogden l’idée d’associer les techniques pour obtenir un mix de motifs sur une même pièce. Au lieu de ses croquis préparatoires, elle réalise des peintures pour travailler les assemblages dans les chutes de tissu. « Ce Round 18 est paradoxal en ce qu’il introduit de l’aléatoire poétique dans une figure imposée », résume Jean Touitou. Sabine MAIDA

QUILTS ou double. LE SENS DU DÉTAIL

A.P.C. QUILTS/ROUND 18, A.P.C., COUSSINS ET PLAIDS DE 135 € À 640 €. APC.FR

CITE DE L’AUTOMOBILE | MULHOUSE

POP LAMBORGHINI 9 JUILLET 2020 > 10 JANVIER 2021

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

En partenariat avec

L’ultra-moderne solitude de JEAN CLARACQ.

À 29 ANS, CE MILLÉNIAL EST LA NOUVELLE COQUELUCHE DE LA PEINTURE FRANÇAISE. DANS SES TABLEAUX, JEAN CLARACQ MONTRE UNE JEUNESSE À LA FOIS CONNECTÉE ET ISOLÉE, OÙ L’ENNUI LE DISPUTE À LA MÉLANCOLIE. CETTE VISION POÉTIQUE DU SPLEEN CONTEMPORAIN EST ACTUELLEMENT EXPOSÉE À LA FONDATION LOUIS VUITTON.

Jean Claracq devant une de ses toiles, dans son atelier, à Paris, le 5 octobre.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

132

LE GOÛT

Texte Roxana AZIMI Photo Manuel OBADIA-WILLS

J E A N C L A R ACQ , 2 9 A N S ,

démine les clichés autour des milléniaux. On les dit ignorants du passé, fanatiques de la table rase ? Le jeune peintre, qui expose à la Fondation Louis Vuitton, à Paris, s’abreuve volontiers auprès de ses aînés, qu’ils s’appellent David Hockney, Jeff Wall, Gerhard Richter ou Jan Van Eyck. La génération Y serait celle des zappeurs impatients ? Claracq est lent. À peine délivre-t-il une dizaine de tableaux par an. La composition prend des mois, l’exécution, au bas mot trois semaines. « Ma temporalité n’est pas celle du monde de l’art, admet-il de son léger accent du Sud-Ouest. Mais je veux laisser les tableaux décanter, sans forcer les choses, pour qu’elles se révèlent doucement. » La bénédiction des Fondations Vuitton et Kadist, de la créatrice de mode et collectionneuse Agnès B., n’y ont

rien changé, Claracq veut donner du temps au temps. Comme les maîtres flamands qui l’ont tant fasciné, le diplômé des Beaux-Arts de Paris polit ses compositions sur panneau de bois, multiplie les images dans l’image, fignole à la loupe les détails souvent invisibles à l’œil nu. Ainsi d’un livre illustré posé sur une table de petit déjeuner ou des dos des bouquins rangés dans une bibliothèque. Tout est minutieusement peint, léché, calculé au millimètre près, jusqu’au flou presque trop soigné pour être vraiment réaliste. D’aussi loin qu’il s’en souvienne, Claracq s’est passionné pour les images. Celles des livres d’histoire en noir et blanc des années 1950 que possédait son grand-père comme celles des jeux vidéo de son enfance. Dans son ordinateur, il a méthodiquement stocké des dizaines de milliers de photos,

glanées aux confins d’Internet, beaucoup sur Instagram, mais aussi dans les livres d’histoire de l’art de la bibliothèque Forney qu’il compulse religieusement. Ce vaste répertoire, il le retisse dans des compositions complexes, où, par magie, une fleur provenant d’un tableau de Fra Angelico est accolée à un Abribus tiré d’un blog de politique locale. Aux grands gestes spectaculaires, Claracq préfère la modestie des miniaturistes, réduisant le monde au format d’un écran de smartphone, l’échelle du visage plutôt que des corps. Pensifs et apathiques, connectés mais solitaires, les garçons qu’il peint vivent leur vie par écran interposé, celui d’un ordinateur ou d’un téléphone, guignent le hors-champ pour éviter de se regarder les uns les autres. Une allégorie du spleen contemporain qui, depuis l’épreuve du confinement, a pris

une résonance nouvelle. Le peintre n’a d’ailleurs pas bien vécu l’isolement forcé. Impossible pour lui de lire ou de travailler. Pas le cœur à « jouir de ce calme non naturel ». Cette période laissera probablement quelques traces dans sa peinture. « Je suis en train de peindre des jeunes dans une boîte de nuit, mais on dirait qu’ils sont tout seuls », sourit-il. Il travaille aussi à un tableau inspiré des ruines du peintre Hubert Robert et du tombeau du roi Darius, « un mausolée de notre civilisation ». Il prépare une exposition à la galerie Sultana pour début 2021 mais préfère ne pas se fixer de date – « les agendas ne ressemblent plus à rien ». Qu’importe, d’ailleurs, Jean Claracq a le temps pour lui. « OPEN SPACE #7 JEAN CLARACQ », JUSQU’AU 3 JANVIER 2021, FONDATION LOUIS VUITTON, PARIS 16 e. FONDATIONLOUISVUITTON.FR

1ER AOÛT > 30 NOV. 2020 - ENTRÉE LIBRE *

MUSÉE DES ARTS ASIATIQUES

www.arts-asiatiques.com

MUSÉE DU DÉPARTEMENT DES ALPES-MARITIMES 2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

405, promenade des Anglais - 06200 NICE

* PORT DU MASQUE OBLIGATOIRE

LE GOÛT

L’exposition « Réserve, ouvre-toi ! », au Musée de Pont-Aven.

Texte Roxana AZIMI

D’OÙ ÇA SORT ?

Les RÉSERVES exposées.

EXHUMER DES ŒUVRES JAMAIS

enfouies dans les réserves ? Telle est la curieuse invitation lancée au printemps par le Musée de Pont-Aven. Pendant le confinement, les internautes ont pu ainsi piocher en ligne une trentaine d’œuvres sur les 2 000 stockées. Cette opération joyeusement participative a donné lieu à l’exposition « Réserve, ouvre-toi ! », qui s’ouvre le 17 octobre. On s’accorde à penser que 80 % à 90 % des collections publiques dorment dans les sous-sols des musées. Un chiffre qui, fatalement, nourrit tous les fantasmes. « Le public a toujours en tête le cliché de la caverne d’Ali Baba », concède Sophie Kervran, directrice du Musée de Pont-Aven. Foin de malle aux trésors, la partie immergée de l’iceberg regorge plus souvent d’obscurs amateurs, d’humbles suiveurs, de copies et même de faux. Entre 2017 et 2018, l’artiste Alexandre Périgot a ainsi extrait des œuvres anonymes des fonds de plusieurs institutions en région pour son exposition itinérante «Mon nom est personne». Manière pour lui de questionner l’inconscient des musées ainsi que les notions de chef-d’œuvre ou de célébrité. Rendre visible l’invisible des collections : l’idée en revient à Georges Henri Rivière, MONTRÉES,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

134

fondateur du Musée national des arts et traditions populaires à Paris, qui, dès 1972, a ouvert une galerie d’études pour sensibiliser le public à la conservation. La formule a fait des petits. Depuis son inauguration, en 2006, le Musée du quai Branly-Jacques Chirac exhibe une Tour des instruments, haute de 24 mètres, où sont entreposés quelque 10000 instruments de musique. Celle-ci ne se visite pas, mais une application donne des éléments d’information sur les objets conservés. Gadget de scénographe? Outil d’attractivité plutôt. Le MuCEM l’a bien compris, en ouvrant, au sein de ses réserves, un espace de 800 mètres carrés baptisé «appartement témoin», accessible par petits groupes sur demande. L’objectif étant, selon Marie-Charlotte Calafat, conservatrice au musée marseillais, «de donner une dynamique à la collection pour la faire vivre autrement que par le biais d’une exposition». Le Louvre-Lens, aussi, a retenu la leçon de Georges Henri Rivière. Quoique dépourvue de collection propre, l’antenne nordiste du Louvre en donne l’illusion depuis 2012 avec ses Coulisses, « vraie fausse » réserve abritant un millier d’œuvres venant de Paris. En semaine, les visiteurs ont juste une vue plongeante à partir d’une immense baie

vitrée sur les racks. Le week-end, ils peuvent y descendre par petits groupes pour discuter avec les restaurateurs. « On veut montrer que le musée appartient à tout le monde, qu’on souhaite partager toujours plus, y compris les espaces qui a priori ne sont pas faits pour la visite », avance Marie Lavandier, directrice du Louvre-Lens. Et cette démarche interactive plaît ! Quoique confidentiel, l’appartement témoin du MuCEM accueille en moyenne 4 000 visiteurs par an. « Dès qu’on poste sur les réseaux sociaux des images des restaurateurs qui s’activent en réserve, les gens adorent ! », abonde Sophie Kervran, qui relève un « goût pour la fabrique du musée » et ses métiers moins connus. Un appétit que le Boijmans Van Beuningen, à Rotterdam, compte flatter de manière magistrale. Le prestigieux musée, qui abrite sept siècles d’art, ouvrira à l’automne 2021 son « Dépôt », un bol miroitant géant conçu par l’architecte Winy Maas, où les visiteurs pourront découvrir à loisir les 150 000 objets du musée habituellement en réserve. Une première. « RÉSERVE, OUVRE-TOI ! », DU 17 OCTOBRE AU 3 JANVIER 2021, MUSEEPONTAVEN.FR ; APPARTEMENT TÉMOIN, MUCEM.ORG ; ESPACE COULISSES, LOUVRELENS.FR

Musée de Pont-Aven

LES M USÉES NE LAISSENT PLUS LEURS FONDS DORM IR DANS LEURS SOUS-SOLS : ILS CONSACRENT DE PLUS EN PLUS D’EXPOSITIONS À CES ŒUVRES AUPARAVANT INVISIBLES. UNE DÉMARCHE PLÉBISCITÉE PAR LE PUBLIC.

EXPOSITION

KINSHASA CHRONIQUES

Palais de Chaillot Trocadéro – Paris 16e citedelarchitecture.fr #ExpoKinshasa

14.10.2020 11.01.2021

Une exposition en co-production avec

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

© KONGO ASTRONAUTS. Sans titre e – série « After Schengen », 2019. Courtesy de l’artiste & d’Axis Gallery, New York

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

LE GOÛT

L’ESPRIT DU LIEU

L’INOXYDABLE usine Degrenne.

EN 1967, LE SPÉCIALISTE DES COUVERTS EN INOX GUY DEGRENNE FAIT CONSTRUIRE UN CENTRE DE PRODUCTION À VIRE, DANS LE CALVADOS. AUJOURD’HUI, 40 OUVRIERS TRAVAILLENT TOUJOURS DANS CE BÂTIM ENT D’INSPIRATION MODERNISTE CLASSÉ, QUI MÊLE STYLE INDUSTRIEL ET DÉCORATION DES ANNÉES 1970.

Texte Marie GODFRAIN Photos Marion BERRIN “À C H AQ U E FO I S Q U E J E R E N T R E I C I , j’ai l’impression que je vais croiser Mylène Demongeot ou Jean-Paul Belmondo.» Frédéric Lefebvre ne travaille pas sur un plateau de cinéma, il est responsable de production chez Degrenne, entreprise normande d’arts de la table fondée en 1948. Escalier en marbre jauni, cactus et autres plantes tropicales dans des bacs Riviera, moquette beige élimée, banque d’accueil en similicuir marron, fauteuils vintage en cuir blond et Plexiglas fumé signés Boris Tabacoff… Depuis la création du siège, situé à Vire (Calvados), la décoration est restée inchangée, malgré des reventes successives de l’usine. Un charme incroyable se dégage de cet espace figé dans le temps, redevenu – à son insu – furieusement à la mode. Après avoir emprunté l’escalier de marbre bordé d’une balustrade en acier, on accède à la banque d’accueil, à la salle du conseil d’administration et au bureau de Guy Degrenne, le fondateur de l’entreprise, dont le nom a été égrené dans les années 1980 dans une série de publicités qui ont marqué plusieurs générations. « Nous envisageons de transformer son bureau en petit musée, car notre site est très fréquenté. De plus en plus régulièrement, des groupes viennent visiter l’usine », se réjouit Géraldine Hottier-Fayon, la présidente de Degrenne. Des visiteurs qui viennent accessoirement profiter des tarifs attractifs du magasin d’usine… Derrière une porte discrète se trouve l’immense plateau où se réunissent les créatifs, l’administration et la

direction. Fini le style seventies ! À la faveur des rachats, plusieurs rénovations se sont succédé au fil du temps. C’est pourtant empli d’optimisme et d’idées neuves que Guy Degrenne fonde l’entreprise qui porte son nom après-guerre. Il mise alors sur les qualités d’un matériau prometteur, l’Inox, qui surclasse l’étain, traditionnellement utilisé par son père ferronnier. Au moment où il s’apprête à réaliser les moules de ses premières séries de couverts, les moyens à sa disposition dans cette période sont limités. Selon la légende, le jeune Normand va alors découper au chalumeau le blindage des chars américains abandonnés sur les plages du Débarquement… Il reprend ensuite la forge de Sourdeval, dans une vallée de la Manche. Les ateliers ne pouvant être agrandis, l’entrepreneur se décide à faire construire, en 1967, une usine à Vire. La commune dispose de l’une des premières zones industrielles où s’installera plus tard, entre autres, une unité de la marque de fromage industriel Cœur de Lion. Guy Degrenne sollicite André Masure pour bâtir cette usine typiquement moderniste. L’architecte caennais parsème la façade de quelques fantaisies, tel un jeu de moucharabieh en acier, près de l’entrée des camions. L’aménagement des bureaux est confié à l’architecte d’intérieur Masmondet, chargé d’habiller l’ensemble dans les codes de l’époque, ce fameux esprit des années 1970 qui fait fantasmer tant de décorateurs aujourd’hui. Plus de cinquante ans après, gravir cet

Page de gauche (de g. à dr. et de haut en bas), détails des moules de couverts Guy Degrenne, la banque d’accueil, un fauteuil en cuir et Plexiglas de Boris Tabacoff et l’escalier en marbre avec balustrade en acier. Ci-dessus, l’entrée du bâtiment, orné des insignes Guy Degrenne.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

137

LE GOÛT

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

138

en faisant notamment appel à Philippe Starck pour élaborer sa collection de vaisselle L’Économe. « Il nous reste encore à assainir et à moderniser le site de production, plaide Géraldine Hottier-Fayon. Nous souhaitons améliorer la performance industrielle de l’usine, tout en conservant son image artisanale historique, d’autant plus qu’elle a été classée Entreprise du patrimoine vivant.» Quant au bâtiment, il fait désormais partie de l’identité architecturale de Vire.

À gauche, présentoir des moules classés par gabarit. Au centre, une ouvrière répare un moule de cuillère. À droite, manches de couteaux sur la chaîne de production.

Autour de l’usine NANIWA Originaire d’Osaka, Kazuko Thibaut vient d’ouvrir, dans le centre de Vire, son restaurant de sushis. Une adresse de poche où déguster california rolls, makis, sashimi, chirashi, soupes du moment et, surtout, les desserts : panacotta au sésame noir, chou au matcha ou cheesecake au yusu. 20, RUE DESLONGRAIS, VIRE.

PAUL DANJOU Vire est célèbre pour son andouille, succulente. Le charcutier Paul Danjou, véritable institution locale, fabrique à la main cette spécialité normande depuis 1897. 5, RUE ANDRÉ-HALBOUT, VIRE.

LE VIADUC DE LA SOULEUVRE Construit entre 1887 et 1889 selon des plans de Gustave Eiffel, pour permettre à la ligne Caen-Vire de franchir la vallée de la Souleuvre, le viaduc a été abîmé pendant la seconde guerre mondiale puis dynamité en 1970. Depuis, les cinq piles dressées au milieu des gorges de la Souleuvre accueillent les amateurs de luge sur rails, d’accrobranche et de saut à l’élastique. LA FERRIÈRE-HARANG, SOULEUVRE-EN-BOCAGE.

Marion Berrin pour M Le magazine du Monde

escalier en marbre et s’asseoir dans l’un de ces fauteuils en cuir et Plexiglas revient à s’immerger dans tout un pan de l’histoire du design des sièges sociaux. En 1998, l’entreprise commande au sculpteur Arman un immense totem qui habille désormais l’entrée du parking. Avec ses quatre mètres de haut, la Matricielle est une accumulation de bobines de cuillères en acier réalisées par les ouvriers de l’usine. Car, s’il est connu pour fabriquer des couteaux, cuillères, fourchettes et plats, Degrenne est avant tout spécialisé dans l’emboutissage d’acier, avec un savoir-faire très pointu dans la production de pièces en Inox. Peu de sites fabriquent encore du milieu de gamme qualitatif en France. Ici, 400 personnes – ils étaient 4000 à la grande époque – réalisent entre 20 et 57 opérations par objet : découpage, emboutissage, polissage, jusqu’au lavage. Le tout, dans une usine avec un toit en forme de shed qui s’adapte aux contraintes du xxie siècle. Les ouvriers de Degrenne travaillent régulièrement pour d’autres industriels. Ils fabriquent, par exemple, les bols des célèbres robots Thermomix de Vorwerk. Le fabricant allemand, devenu le principal client de Degrenne, est même entré l’an dernier dans le capital de l’entreprise aux côtés de la holding Diversita qui appartient à Philippe Spruch, fondateur de LaCie, le spécialiste du disque dur. Ces derniers temps, 20 000 bols Thermomix sortent chaque semaine de l’usine… En slalomant entre les divers postes, on reconnaît aussi des formes de couverts emblématiques. Plusieurs marques de luxe ont en effet confié à Degrenne la réalisation de leurs collections d’arts de la table. Certes, depuis qu’elle a été revendue (la première fois, en 1987, au groupe Table de France), la maison normande a été freinée dans sa créativité, son catalogue ayant toujours cherché sa place entre tradition et modernité. Depuis quelques années, l’entreprise tente donc de se renouveler

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Ionna Vautrin avec son best-seller, la lampe Binic. En bas, des figurines de la série Smala, réalisées à partir de chutes de bois, réalisées pour l’atelier Emmaüs. Le nouveau refuge de la designer en Haute-Normandie, signé de l’architecte Jean-Baptiste Barache.

DES NOUVELLES DE…

Ionna VAUTRIN, designer.

Texte Marie GODFRAIN

NE PAS SE FIER À SON AIR BONHOMME

ET AUX ÉCLATS DE RIRE qui ponctuent ses phrases.

Ionna Vautrin est une bosseuse acharnée, une designer passionnée d’industrie, capable de développer des projets au long cours avec la SNCF ou de passer des mois sur un appel d’offres pour l’aménagement d’un musée. Mais, ces derniers mois, la jeune quadra a changé de braquet. Après une succession de projets qui n’ont finalement pas vu le jour, elle a ressenti un grand vertige puis un blocage complet. Impossible de réfléchir, de créer, de dessiner… « Je ne trouvais plus de sens à ce métier où l’on travaille dans le vide, où l’on dépense du temps, de l’énergie, de la créativité, où l’on mobilise des équipes pour des projets qui aboutissent rarement.» Pourtant, Ionna Vautrin est un talent confirmé. Elle a amorcé sa carrière en 2010 en réalisant une lampe pour l’éditeur italien Foscarini devenue un best-seller (la Binic) et, l’an passé, elle a signé une collection d’objets et de vêtements remarquée pour Monoprix. Mais, comme pour la plupart de

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

140

ses consœurs et confrères, ses dessins s’entassent de plus en plus souvent sur ses étagères, sans suite. « Le quasi-burn-out dont j’ai été victime l’année dernière est survenu dans une période de ma vie où je réfléchissais déjà à fuir ce mouvement perpétuel, explique-t-elle. L’année précédente, j’avais commencé par faire l’acquisition d’une résidence secondaire, une maison d’architecte en bois cachée dans la campagne normande. L’intérieur est plutôt atypique, avec des lits clos en guise de chambres. C’est une vraie maison de copains, mais plutôt monacale, d’où se dégage une douce sérénité, avec son jardin planté de pommiers.» Ce premier pas enclenche une série de réflexions amplifiées par la période du confinement, que Ionna Vautrin a vécu dans son appartement parisien. « Cet enfermement m’a permis de faire le point sur mes envies et les valeurs que je voulais défendre, avoue-t-elle aujourd’hui. J’ai refusé de collaborer avec une entreprise avec qui j’aurais adoré travailler quelques années plus tôt, un spécialiste du mobilier en plastique rotomoulé, mais

Ionna Vautrin. Michel Tran Ngoc/Architecture Jean-Baptiste Barache. Atelier Emmaüs

CONNUE POUR SES COLLABORATIONS AVEC CAM PER, MONOPRIX OU L’ÉDITEUR FOSCARINI, LA DESIGNER FRANÇAISE, QUI VA S’INSTALLER EN NORMANDIE, S’EST M ISE À LA CÉRAM IQUE ET SOUHAITE DÉSORMAIS SE CONSACRER À DES PROJETS QUI ONT DU SENS. CE NOUVEAU CHEM IN DE VIE S’EST CONCRÉTISÉ PENDANT LE CONFINEM ENT.

LE GOÛT

“Avec la céramique, j’apprends à apprécier la beauté de l’imperfection alors que j’étais baignée dans la rectitude qu’impliquent le dessin sur ordinateur et le rendu 3D. Elle m’offre un véritable espace de liberté et un lâcher-prise que l’industrie ne permet pas. À l’avenir, j’aimerais faire cohabiter les deux.”

qui s’abîme très vite. Aujourd’hui, je ne veux travailler que sur de belles pièces, quitte à ne rien produire du tout ! Savoir que l’on participe à la destruction de la planète pour dessiner trois carafes en forme de canard fabriquées à l’autre bout du monde, ce n’est plus mon truc.» Ces derniers mois, elle a préféré s’investir avec l’atelier Emmaüs, qui revalorise les déchets de l’industrie et forme des personnes en difficulté à la menuiserie. « On est très loin du “greenwashing” [cette pratique de communication vise à donner une image écologique à une entreprise ou à un produit qui ne l’est pas réellement]… En m’engageant dans ce projet et en dessinant ces petits objets, je me suis véritablement sentie utile.» Ces réflexions et rencontres n’ont fait que renforcer la volonté de Ionna Vautrin de prendre racine dans sa région d’adoption, aux confins de la Seine-Maritime et de la Picardie. Un nouveau déménagement pour celle qui s’est installée à Paris à la fin de ses études à l’école de design Nantes-Atlantique, avant une expérience chez

Camper en Espagne et une autre à Milan au sein du studio du légendaire George Sowden. En attendant cette prochaine étape, elle naviguera jusqu’à la fin de l’année scolaire entre son refuge normand et son atelier-appartement parisien. Des allers-retours rendus indispensables par la formation de céramiste qu’elle a entamée à Montreuil, en banlieue parisienne. « Enfant, j’ai beaucoup modelé la terre et j’avais envie de me replonger dans cette technique. Cela change la façon dont je pratique mon métier. La céramique m’offre un véritable espace de liberté et un lâcherprise que l’industrie ne permet pas. À l’avenir, j’aimerais faire cohabiter les deux », ambitionne cette spécialiste du grand écart qui, la même année (2017), a dessiné une lampe pour les TGV et publié un livre de dessins livrant sa vision très personnelle du Kama-sutra. « Depuis le début de cette formation dans la céramique, j’apprends à apprécier la beauté de l’imperfection alors que j’étais baignée dans la rectitude qu’impliquent le dessin sur ordinateur et le

rendu 3D. Je prends aussi beaucoup de plaisir à utiliser le tour de potier, un outil très apaisant, presque méditatif. Cette expérience est aussi l’occasion de rencontrer des gens de tous horizons. Je réalise que, quel que soit l’âge ou l’origine des participants, nous avons tous cette volonté de travailler à notre rythme. Et de ne plus passer nos journées devant un ordinateur.» Dans l’avenir, Ionna Vautrin envisage d’installer un atelier de céramique chez elle, en Normandie, pour développer sa pratique. Elle réfléchit à ouvrir une table d’hôtes — une suite logique pour cette fille de grossistes en produits bio qui a suivi une formation en cuisine et commencé à cultiver son potager. Mais, loin de se poser en donneuse de leçons, Ionna Vautrin se projette dans cette vie plus en phase avec ses aspirations avec une bonne dose de malice. Elle se voit même comme une sorcière des temps modernes : « Je vis seule avec mon chat noir dans une maison perdue dans la campagne et ma Kangoo rouge est immatriculée 666… »

Dernier mois !

La couleur au jour le jour

04.07 — 15.11 2020

#normandie impressionniste imp

Expositions impressionnistes Art contemporain Photographie Spectacles Découvertes…

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Barbara Kasten, Collision 4T (détail), 2016, impression numérique Fujiflex /Fujiflex digital print, 160×121,9 cm, Courtesy the artist, Bortolami, New York and Thomas Dane Gallery © Barbara Kasten

1

CIRCUIT COURT

Saint-Étienne en pleines FORMES.

C'EST DANS SA FAM EUSE MANUFACTURE D’ARM ES ET DE CYCLES DU XIX e SIÈCLE, HAUT LIEU DE SON HISTOIRE OUVRIÈRE, QUE LE CHEF-LIEU DE LA LOIRE ACCUEILLE AUJOURD'HUI LA CITÉ DU DESIGN. ET SE RÉINVENTE GRÂCE À UNE APPROCHE DÉMOCRATIQUE DE LA DISCIPLINE.

1 – BANCS D’ESSAI DANS LA VILLE

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Il y a les bancs en bois multicolores de la Cité du design, le banc Kyoto au look japonisant de la place Jean-Jaurès, les petits plots jaunes façon « champignons » de l’avenue Grüner, le bancserpent à recharge USB de la place Fourneyron… À Saint-Étienne, les bancs publics servent à s’asseoir, mais pas seulement. Ils remettent aussi la poésie au cœur de la rue. Tous les deux ans depuis 2013, à l’occasion de la Biennale internationale du design, la préfecture de la Loire lance un appel à projets auprès de designers d’ici et d’ailleurs pour concevoir des bancs pas comme

les autres. Les habitants votent en ligne pour leurs préférés, proposés à l’essai en grandeur nature dans les différents quartiers. Une soixantaine de prototypes ont ainsi déjà été mis en service. « L’idée est partie d’un constat : les catalogues de mobilier urbain à notre disposition ne se renouvelaient guère, explique Nathalie Arnould, designer manager à Saint-Étienne Métropole. Il fallait bousculer tout cela ! Dès qu’un projet est retenu, nous mettons son créateur en contact avec des entreprises locales, qui se chargent de la réalisation des prototypes. » Une manière originale d’interroger les quelque

Texte Pascale DESCLOS Photos Christian GOUPI

400 000 habitants de l’aire urbaine sur leur façon de « se poser » dans la ville, mais aussi de dynamiser la créativité des entreprises régionales. L’usage faisant loi, certains de ces « bancs d’essai » ont été édités en série et commercialisés, comme le modèle Eclosia, designé par Christian Ghion et fabriqué par la Tôlerie forézienne. Métallurgie, menuiserie, plasturgie… Dans la ville aux mille brevets, les savoir-faire boudés après la crise industrielle des années 1970 ne demandent qu’à s’exprimer. « LE TOUR EN VILLE », PARCOURS + MAP. SAINT-ETIENNE-HORS-CADRE.FR

LE GOÛT

2 – CITÉ LE CORBUSIER À FIRMINY

À douze minutes en train de la gare de Saint-ÉtienneChâteaucreux, le site Le Corbusier, à Firminy, dessine un lieu de vie à part, à découvrir au fil d’un parcours guidé. Ici, dans les années 1960, le pionnier de l’architecture moderniste a conçu une unité d’habitation accessible aux revenus modestes et des bâtiments communautaires toujours en usage : maison de la culture (photo), école, église, stade, piscine. On y retrouve tous ses codes architecturaux : façades «ouvertes» en béton sur pilotis, jeux de couleurs primaires, toitures-terrasses… 17 € LE PASS LE CORBUSIER (ENTRÉE + 2 VISITES GUIDÉES). SITELECORBUSIER.COM

3 – HÔTEL “COMPLET” À SAINT-ÉTIENNE-CHÂTEAUCREUX

2

Au cœur du quartier réhabilité de Saint-ÉtienneChâteaucreux, aux immeubles habillés de métal rouge, le Novotel quatre étoiles inauguré en 2019 est devenu un lieu de rendez-vous et un hub convivial pour tous. Décoré de mobilier en bois clair, de poufs en feutre, le lobby décloisonné et connecté conçu par le designer Thierry d’Istra accueille un restaurant buffet, un bar, des espaces de coworking. Aux étages, 77 chambres douillettes. Et de la terrasse, vue imprenable sur la place de la gare, son hall en brique rétro, ses tramways nouvelle génération, son arbre multicolore… À PARTIR DE 97 € LA DOUBLE EN B & B. ALL.ACCOR.COM

4 – OBJETS DU QUOTIDIEN AU MAMC

3

4

Façade quadrillée de céramique noire, en hommage au passé minier de la ville, le Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole accueillera, dès décembre prochain, l’exposition « Déjà-Vu. Le design dans notre quotidien ». Objectif : explorer la notion de design domestique à travers 300 œuvres issues des collections initiées entre 1947 et 1966 par le conservateur Maurice Allemand, tels le tabouret en plastique Tam Tam, le stylo Bic ou le grille tout-pain Seb. Le voyage débutera dans la région stéphanoise après la seconde guerre mondiale, avant d’interroger les processus de création et nos usages quotidiens, période de confinement incluse. MUSÉE D’ART MODERNE ET CONTEMPORAIN DE SAINT-ÉTIENNE MÉTROPOLE, RUE FERNAND-LÉGER, 42270 SAINT-PRIEST-EN-JAREZ. MAMC. SAINT-ETIENNE.FR

5 – CANTIN E GASTRONOMIQUE À LA CITÉ DU DESIGN

Arcades en pierre, poutrelles, verrières… Réhabilitée depuis sa fermeture, en 1980, la Manufacture française d’armes et cycles de Saint-Étienne, qui vendait fusils de chasse, bicyclettes et articles ménagers par correspondance, est devenue la Cité du design. Dans son décor du xixe siècle ont poussé l’École d’art et de design, des Fablab ouverts au public et la Fabuleuse Cantine. Ce restaurant solidaire, créatif et partagé rachète à bas coût des invendus alimentaires provenant de producteurs locaux et de magasins bio. Chaque jour, l’équipe du chef Boris Fontimpe y propose un menu gastronomique à petit prix, sur place ou à emporter. FORMULE VÉGÉTARIENNE À 10 €, À AGRÉMENTER DE POISSONS, VIANDES OU DESSERTS (+ 4 À 6 €). LAFABULEUSECANTINE.FR

Y ALLER

5

EN TRAIN, À 50 MINUTES DE LYON ET 3 H 15 DE PARIS GARE DE LYON. OUI.SNCF RENS. : OFFICE DU TOURISME DE SAINT-ÉTIENNE. SAINT-ETIENNE-HORS-CADRE.FR

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

143

LE GOÛT

2

1

À L’ORIGINE

Fortes TÊTES.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

TOUTES LES TENDANCES ONT UNE HISTOIRE. QU’ELLE SOIT GRANDE OU PETITE, “M” S’AM USE À LA RACONTER À SA FAÇON. CETTE SEMAINE, LE SWEAT À CAPUCHE.

3

L A N C É PA R L A M A R Q U E C H A M P I O N ,

le sweat à capuche fait son entrée sur les terrains de sport des facultés américaines au cours des années 1930. Idéale pour maintenir le corps au chaud et éponger la sueur, sa maille molletonnée équipe aussi bien les sportifs du banc de touche que les ouvriers des entrepôts de la Côte est. Conçu pour absorber la transpiration, aussi fringant qu’un débardeur aux yeux de la bonne société, il est encore très loin de devenir le basique qu’il est aujourd’hui. Et c’est Muhammad Ali, grand champion et relais décisif dans la conquête menée par les citoyens noirs durant les années 1960, qui le sort de l’anonymat en le

(1) Sweat à capuche en coton imprimé, The Kooples, 178 €. thekooples.co (2) Sweat à capuche New Original, en coton durable, Levi’s, 69 €. levi.com (3) Sweat à capuche en coton imprimé, Saint Laurent par Anthony Vaccarello, 790 €. ysl.com

6

(4) Sweat à capuche en velours côtelé et laine, Dolce & Gabbana, prix sur demande. dolcegabbana.com (5) Sweat à capuche Dendigo, en molleton, Hugo, 139,95 €. hugoboss.com (6) Sweat à capuche Monogram Pastel, en velours jacquard, Louis Vuitton, 1 300 €. fr.louisvuitton.com

4

(7) Sweat à capuche Arrow Wifi, en jersey de coton, Balenciaga, 750 €. balenciaga.com

Canapé Tufty Time, BeBi Italia. bebitalia.com

5

portant noué très serré à l’entraînement. Rocky Balboa n’a rien inventé, mais le boxeur inter­ prété par Sylvester Stallone contribue, dans les années qui suivent la sortie du film, en 1976, à renverser la perception qui entoure les vête­ ments de sport. Les années 1980 sont d’ailleurs celles au cours desquelles l’idéologie néolibérale valorisera les corps et les poussera à se dépasser, à souffrir, à se mouiller. En marge des salles de sport pour cadres dynamiques, dans les quartiers laissés à l’aban­ don, se développe un nouveau mode d’expres­ sion dans lequel le sweat occupe un rôle crucial. La nuit, dans l’anonymat que permet sa capuche,

7

les graffeurs descendent dans le métro et couvrent de fresques les murs et infrastructures souterraines de la ville de New York. La révo­ lution hip­hop ne fait que commencer et, déjà, son image comme sa légitimité déchaînent l’Amérique raciste. En 2012, alors qu’il est considéré comme un vêtement certes à la mode, mais d’une grande banalité, revêtu par toute la société, des jeunes skateurs aux nouveaux tycoons de l’économie numérique dont il est l’emblème, il défraie la chronique. Trayvon Martin, un Afro­Américain de 17 ans, est abattu à bout portant par un riverain au motif que sa capuche autant que sa

présence dans un quartier résidentiel le font passer pour un dangereux criminel. Portant les valeurs de l’effort et du travail du Nouveau Monde quand il est sur le dos des dominants, le sweat devient une menace à l’ordre public quand il est arboré par des minorités. Mais on touche là aux clichés, voire aux œillères, dont l’histoire étonnante nous renvoie à Chrétien de Troyes. Texte Gonzague DUPLEIX Photos Joan BRAUN Stylisme Laëtitia LEPORCQ Assistante Carla BOTTARI

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

145

LE GOÛT

L’ADRESSE

Le Chateaubriand 129, avenue Parmentier, Paris 11e. Tél. : 01-43-57-45-95. lechateaubriand.net L’INCONTOURNABLE

Ce jour-là, les moules en nage de maïs blanc. LE GESTE VERTUEUX

Depuis peu, il existe un menu à 45 € (en plus de celui à 75 €). L’ADDITION

Entre 55 € et 100 €, si l’on prend du vin.

LA SUGGESTION DE LA CHEFFE

Brillant CHATEAUBRIAND.

COUP DE POUCE, SOUTIEN EN TEM PS DE CRISE… CHAQUE SEMAINE, UN CHEF PARTAGE SON ADM IRATION POUR UNE AUTRE TABLE. DELPHINE ZAM PETTI, QUI OFFICIE CHEZ ALINE, À PARIS, DANS LE 11 e, DÉCLARE SA FLAM M E À LA BISTRONOM IE CRÉATIVE D’IÑAKI AIZPITARTE, CHEF INSPIRÉ DU CHATEAUBRIAND, DANS LE MÊM E ARRONDISSEM ENT.

L’HISTOIRE D’AMOUR DURE DEPUIS SI

que l’on pourrait parler d’éternité. Lorsque Delphine Zampetti, derrière le comptoir traiteur de Chez Aline, parle d’Iñaki Aizpitarte, ses yeux brillent. « Le premier resto qui me vient à l’esprit est Le Chateaubriand, celui de mon compagnon. Il a une liberté et une forme d’insolence qui m’ont beaucoup appris. On a beaucoup d’admiration l’un pour l’autre.» Alors que le travail de Delphine pourrait s’apparenter à une sorte de retour aux sources, celui d’Iñaki a souvent été référencé comme précurseur. Dès l’ouverture du Chateaubriand, en 2006, il est reconnu comme l’un des porte-étendard de la bistronomie. Pourtant, Iñaki Aizpitarte n’est pas du genre militaire. Plutôt libre penseur, il s’octroie le droit de vivre la cuisine et de l’exprimer comme elle lui vient depuis plus de quinze ans. Cette constance dans l’imprévisible lui donne aujourd’hui des airs de vieux sage. La porte du Chateaubriand s’ouvre donc sur un chapitre de la cuisine parisienne que l’on croit connaître par cœur. LONGTEMPS

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

146

Le comptoir, sur la gauche, où ont attendu tant de passionnés de cuisine, les globes à la lumière jaunie, l’ardoise immense sur laquelle les noms des vignerons nature s’enchaînent, la porte des toilettes collée à la cuisine qui donne l’occasion de voir le chef travailler en attendant son tour… Rien ne semble avoir changé. Les tables sont peut-être plus espacées, l’ambiance plus calme. Il est encore un peu tôt. La petite gougère est là, rassurante, coiffée de pavot, déposée sur la table pile au moment où une envie de pain se faisait sentir (juste après la première gorgée de vin d’Arbois). Le verre de marbre si lourd contient une marinade rose de ceviche de mulet, coup de fouet citronné qui ouvre le palais avant la dégustation des huit plats à venir. De ce long voyage au pays des habitudes bousculées, il faut retenir la suavité des moules Morisseau dans une nage de maïs blanc, qui fait illico penser au Baratin de Raquel Carena, échalote et rhubarbe en brunoise. L’huile de tournesol, qui semble torréfiée, balance une lumière de coucher de soleil sur le tableau. Les fleurs ont la tête lourde, penchée vers la terre, prête à larguer leurs graines. Dans un registre plus automnal, un consommé de céleri-rave aux oignons caramélisés héberge une raviole de coing dont l’acidité râpeuse clashe avec l’amertume d’une huile de café. La tension redescend grâce au saint-pierre simplement accompagné de fenouil confit, cru, en nage, sauvage… et une huile de garrigue, où le thym et le romarin transportent, cette fois, en plein cœur de l’été. L’oscillation saisonnière est palpable d’un plat à l’autre jusqu’à trouver l’équilibre dans une glace au lait ribot, huile de figuier, qui nous laisse les yeux humides, déjà brillants de souvenirs, bons et mauvais, vécus et à venir, mais, quoi qu’il arrive, toujours déconcertants.

Christophe Caudroy

Texte Marie ALINE

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Enventechezvotre marchanddejournaux etsurboutique.telerama.fr

Malgré son allure de clerc de notaire (une profession qu’il embrassa vraiment au début de sa carrière), malgré le handicap qui le paralysa dans ses dernières années, Henri Matisse (1869-1954) se pose comme le dernier géant de la modernité. Les peintres américains ne s’y sont pas trompés, conquis par l’invention des gouaches découpées. Mais les écrivains, poètes et romanciers, font eux aussi une place de choix à ce démiurge. À l’occasion de l’exposition « Matisse, comme un roman », annoncée pour l’automne au Centre Pompidou, Télérama republie les essais de Michel Butor, J.M.G. Le Clézio et Charles Juliet consacrés à l’ancien peintre fauviste, ainsi que des témoignages plus intimes. Quatre-vingt-quatre pages magnifiquement illustrées.

LE GOÛT

TRAITEMENT DE SAVEUR

Le rayon VERT.

MATHILDE BIGNON A COFONDÉ LE CAFÉ-FLEURISTE DÉSIRÉE, À PARIS. ELLE Y MÊLE DES VÉGÉTAUX CULTIVÉS EN CIRCUIT COURT ET DES PLATS MAISON À TENDANCE VÉGÉTARIENNE. À L’INSTAR DE CE GÂTEAU VERT-VERT, INSPIRÉ PAR LA PEINTURE IM PRESIONNISTE DE CLAUDE MONET.

sa maison, il y avait des fleurs du jardin. Audrey et moi nous sommes rencontrées quand on travaillait chez Metro, enseigne de revente pour la restauration, comme acheteuses de fromages. Notre mission était de sourcer des fromages AOC pour fournir les chefs. C’était passionnant, jusqu’au jour où la nécessité de dégager des bénéfices pour les actionnaires a pris le pas sur la quête de qualité. Nous avons pris le large et nous sommes tournées vers les fleurs. Parce que les fleurs, cela évoque la vie, la mobilité, la fragilité. Regarder une fleur, la voir évoluer, se flétrir, trouver la beauté à chaque stade de la vie, cela apaise le rapport au temps. Et sollicite tous les sens, comme la cuisine d’ailleurs. Mais nous ne voulions pas faire n’importe quelles fleurs. Beaucoup ignorent que seulement 15 % des fleurs vendues en France sont cultivées sur le territoire et que la plupart ont en général fait le tour du globe après avoir été inondées de pesticides. Cela n’a aucun sens. Nous voulions que nos fleurs Texte Camille LABRO soient locales, écoresponsables, issues de circuits Photos Julie BALAGUÉ courts et d’agriculture sans chimie. Nous voulions aussi créer des lieux de vie, où l’on puisse J’AI GRAN DI AVEC LA PÂTISSERIE ET LES FLEURS. Mes partager un bon plat, un thé ou un joli gâteau parents m’ayant eue très jeunes, mes grands-parents se sont beau- vert, dans un cadre simple, bon et beau. coup occupés de moi. Ma grand-mère paternelle, originaire du DÉSIRÉE : PÂTISSER, CULTIVER, FLEURIR, Morbihan et passée par le Maroc, a toujours aimé innover en cui- DE MATHILDE BIGNON, AUDREY VENANT ET MASAMI LAVAULT, ÉDITIONS TANA, 192 P., 28 € (À PARAÎTRE LE sine, explorant toutes sortes de recettes bretonnes, anglaises ou 22 OCTOBRE). 5, RUE DE LA FOLIE MÉRICOURT, PARIS 11 . nord-africaines. Le vert-vert est l’un de ses gâteaux favoris, une DESIREEFLEURS.FR composition subtile et surprenante inventée par le peintre Claude Monet et sa femme, Alice, à Giverny, qui a ensuite été retranscrite par l’écrivaine Colette et qui ne nous plaisait pas trop, enfants – à cause des épinards et du kirsch. Mais qui avait tout pour plaire à ma grand-mère, sérieuse, cultivée et esthète qu’elle était. J’ai mis longtemps à apprécier ce gâteau, mais j’ai fini par le réclamer à tous mes anniversaires. Côté grands-parents maternels, Dacquois installés à Toulon, c’était autre chose : Bonne-Maman n’avait le droit d’entrer dans la cuisine qu’entre les repas, car mon grand-père, militaire, dirigeait les fourneaux avec autorité et exclusivité. Mais l’après-midi, elle confectionnait des pâtisseries très gourmandes. C’est ainsi qu’elle transmettait son affection : avec du chocolat, des bugnes, des trucs frits et sucrés. Chacune de mes grands-mères, dans son style, a inspiré un bon tiers de notre livre. Le dernier tiers, ce sont des recettes que mon associée, Audrey Venant, a héritées de sa mère. Celle-ci vient encore régulièrement lui apporter du riz au lait à la boutique. Et puis il y a les fleurs, qui, comme la cuisine, ont coloré ma vie. Ma grand-mère paternelle a toujours été passionnée de botanique et de jardinage. Quant à Bonne-Maman, son jardin était rempli de fleurs même si elle disait ne pas avoir la main verte. Toute petite, je faisais des bouquets avec elle, et dans toutes les pièces de e

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

148

LE VERT-VERT DE MATHILDE BIGNON POUR 8 À 10 PERSONNES Préparation 1 h 30 ; repos 1 heure ; cuisson : 30 min. 3 belles poignées d’épinards frais. Pour la génoise : 5 œufs, 180 g de sucre, 80 g de farine, 80 g de fécule de maïs, 75 g de beurre salé ramolli, 60 g de poudre de pistache, beurre pour le moule (moule à manqué de 20 cm de diamètre). Pour la crème à la pistache : 100 g de beurre doux, 100 g de pistaches non salées, 3 c. à s. de kirsch, 60 g de sucre glace, 2 œufs + 2 jaunes, 2 c. à s. de fécule de maïs, 10 cl de lait. Pour le décor : 200 g de pâte d’amande verte, pétales de rose frais (ou cristallisés), pistaches entières. LA PRÉPARATION Laver soigneusement les épinards puis les ébouillanter (ou cuire à la vapeur) 2 min. Les plonger dans de l’eau glacée pour préserver la couleur. Égoutter, mixer, puis presser la purée dans une gaze fine au-dessus d’un bol pour récupérer un maximum de jus vert (il servira de colorant naturel). Préparer la génoise : au bainmarie sur feu doux, fouetter les œufs avec le sucre jusqu’à ce que le mélange ait doublé de volume (10-15 min selon la température). Hors du feu, ajouter, sans cesser de battre, la farine, la fécule de maïs et la poudre de pistaches, puis le beurre salé en cubes. Battre jusqu’à obtenir une pâte homogène. Verser dans le moule beurré et enfourner à 170 °C pour 20 à 30 min. Crème pistache : mixer les pistaches avec le kirsch, 2 c. à s. du jus d’épinards et 50 g de beurre doux ramolli jusqu’à obtenir une pâte. Réserver. Dans une casserole à feu très doux, faire épaissir le lait en le remuant avec les œufs et les jaunes, le sucre glace et la fécule de maïs. Hors du feu, incorporer le restant de beurre puis la pâte à la pistache en fouettant : le mélange doit être homogène. Réserver au frais pendant au moins 1 heure. Couper la génoise refroidie en 2 disques. Sur un plat de service, déposer un disque et le garnir de crème en réservant 4 bonnes cuillerées. Poser délicatement le second disque par-dessus et napper du restant de crème. Étaler la pâte d’amande verte sur 1 mm d’épaisseur. Y tailler un disque de la taille du moule et le déposer sur le dessus du gâteau. Avec le reste de pâte d’amande, former un long boudin et l’étaler au rouleau pour former une bande de l’épaisseur du gâteau. Le disposer sur le pourtour de la génoise, puis le souder au disque du dessus. Décorer le vert-vert de pétales de roses et/ou de pistaches entières.

PRODUIT INTÉRIEUR BRUT

Un POTIMARRON, deux possibilités.

Texte Camille LABRO — Illustration Patrick PLEUTIN

Dans la famille des cucurbitacées à l’incroyable diversité génétique, il ne faut pas confondre la Cucurbita pepo, ou courge, espèce à laquelle appartiennent les courgettes, citrouilles, pâtissons et autres coloquintes ornementales, et la Cucurbita maxima, qui regroupe les différentes sortes de potirons. Ceux-ci peuvent être de différentes couleurs (bleu, gris, blanc, rouge, orange, vert foncé), de formes rondes plus ou moins aplaties et à la chair plus tendre et savoureuse. Ce qui permet de distinguer les potirons des citrouilles, c’est surtout le pédoncule : tendre, spongieux et évasé chez les premiers ; dur et anguleux pour les secondes. Originaire (comme tous ses congénères) des zones andines d’Amérique du Sud, le potimarron, kabocha ou potiron doux d’Hokkaido, a été introduit au Japon par les conquistadors l’ayant rapporté du Mexique, mais n’est arrivé en Europe qu’à la fin des années 1950. Rebaptisé « potimarron » à cause de son goût de châtaigne, il a une chair particulièrement crémeuse et peu aqueuse, de plus en plus riche en vitamine A, acides aminés et oligoéléments avec le temps.

AU FOUR Versatile et goûteux, le potimarron s’accommode de mille façons : en potage, en tarte, en gratin… Rôti au four sur la peau avec un filet d’huile d’olive puis mixé finement, il constitue une merveilleuse base de soupe qui peut s’agrémenter d’épices (cumin, cannelle, tonka), herbes fraîches, lard grillé, crème crue ou croûtons. Dans son dernier livre, Le Végétal, William Ledeuil le sert en fines tranches rôties accompagnées d’un bouillon laiteux à la citronnelle, au parmesan et aux écorces de citron. À CRU Ce que l’on sait moins, c’est que les courges peuvent être délicieuses crues. À condition de les peler, car la peau, qui se mange très bien cuite, est gênante crue. Tranché en lamelles à la mandoline, le potimarron peut se préparer comme un carpaccio ou un ceviche, généreusement arrosé de jus de citron, sel et piment. Râpé, assaisonné d’une vinaigrette à la moutarde, ou de sauce soja, huile de noisette, vinaigre de riz, oignon rouge et noisettes torréfiées, le potimarron fait une somptueuse salade.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

®

Texte Stefania DI PETRILLO Photo Jonathan FRANTINI ÉCOLOGIQUEMENT VÔTRE

Le BOCAL en verre. L’HISTOIRE DE WECK, système de conservation sous verre mondialement connu, débute en Allemagne au début du xxe siècle, quand Johann Weck fonde avec son associé l’entreprise qui porte son nom. Fraises, asperges, saucisses, soupe de légumes… leurs bocaux peuvent conserver toutes sortes d’aliments. Composée d’une multitude de formes et de contenances allant de 35 millilitres à 3 litres, la gamme fonctionne sur un même principe : un réceptacle associé à un couvercle rond et plat (le tout en verre), entre lesquels s’interpose un joint en caoutchouc alimentaire. Une fois cadenassée par deux pinces en Inox, la verrine peut être portée à ébullition avec son contenu. Les germes et bactéries sont alors anéantis par la chaleur. Grâce à la surpression entraînée par la vapeur à l’intérieur du verre puis le refroidissement, les aliments sont mis sous vide, prêts à être entreposés et consommés tout au long de l’année. Ces bocaux s’utilisent aussi pour la cuisine au bain-marie ou la conservation d’aliments au réfrigérateur. Voire peuvent être servis à table, grâce à un design qui colle avec un certain goût de l’authenticité.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

150

MATÉRIAU

Verre pressé en partie issu du recyclage. BÉNÉFICE VERT

Le verre est la matière recommandée pour la conservation et le contact alimentaire. Un bocal en verre peut être réutilisé à l’infini et recyclé à 100 %. PRIX

Variable selon les formes et les tailles (weck.de et greenweez.com).

LE GOÛT

“UN MAUVAIS FILS”, gestion de crises.

SUR TOUS VOS ÉCRANS

SA N S D O U T E PA R C E Q U’I L AVA I T F I L M É L E U R S CA D R E S

grands bénéficiaires des présidences Pompidou et Giscard d’Estaing tout au long des années 1970 (Les Choses de la vie, César et Rosalie ou Vincent, François, Paul et les autres), Claude Sautet comprenait qu’il arrivait au bout d’un cycle. Au début des années 1980, le réalisateur français avait besoin de se confronter, après Yves Montand, Michel Piccoli, Sami Frey ou Romy Schneider, à une nouvelle génération d’acteurs. Le scénario d’Un mauvais fils, qu’il venait d’écrire, l’y prédisposait. Le héros, de retour des États-Unis, où il a passé cinq ans en détention pour trafic de drogue, retrouve son père, contremaître de chantier, et se heurte à un mur d’incompréhension. Négligé lors de sa sortie, Un mauvais fils apparaissait comme un Sautet contre-nature, où le metteur en scène substituait à la bourgeoisie un prolétariat qu’il avait encore rarement mis en scène. Les choses s’avèrent pourtant bien plus subtiles, comme si, derrière l’opulence d’une époque, Un mauvais fils révélait ceux qui en ont été les perdants, à un moment où la France, refermant le cycle des « trente glorieuses », se trouve confrontée au chômage de masse et à ce que l’on appelle alors « la crise ». Un mauvais fils ne serait pas un si grand film sans son acteur principal, Patrick Dewaere, le nouveau visage le plus décisif du cinéma français de l’époque avec Gérard Depardieu. Sautet souhaitait d’abord ce dernier dans le rôle du fils rebelle, mais il émanait de Depardieu une solidité qui ne cadrait pas avec le personnage. La vulnérabilité naturelle de Dewaere, la rage qu’il pouvait manifester à l’écran – flagrante dans Série noire (1979), d’Alain Corneau –, cette facilité à incarner son propre malaise en font l’acteur idéal. Il y a aussi, au-delà du physique, une façon de parler qui le distingue. Une capacité à employer des mots simples, justes. Lorsque Dewaere regarde cette ancienne toxicomane en phase de réinsertion, interprétée par Brigitte Fossey, et lui dit : « Je vous écoute parler. J’aime vous écouter parler », il se révèle l’acteur le plus intelligent du cinéma français, pas seulement le plus fou. Rien ne semble plus éloigné de l’homme Sautet que ce personnage incarné par Dewaere. Tout les éloigne : leur vécu, leur âge, leur origine sociale. Mais, par la fragilité qu’affichait ce comédien exceptionnel, le réalisateur français semble avoir trouvé un double inattendu, celui qui aura le mieux incarné ces hommes en cristal qu’affectionnait le réalisateur des Choses de la vie, sans doute parce qu’il était de la même étoffe qu’eux. Samuel BLUMENFELD SUP ÉRIEURS,

PICASSO BAIGNEUSES ET BAIGNEURS EXPOSITION - 15 JUIL. 2020 › 3 JANV. 2021

1980 StudioCanal France 2 Cinéma/CN2 Productions

UN MAUVAIS FILS (1980), DE CLAUDE SAUTET, EST ÉDITÉ EN BLU-RAY PAR STUDIOCANAL.

Patrick Dewaere, le fils honni, et Brigitte Fossey, sa petite amie ancienne toxico.

RÉSERVEZ VOS BILLETS EN LIGNE institutions

mécène

partenaire

partenaires média

L’exposition est organisée en collaboration avec le Musée national Picasso-Paris

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Pablo Picasso, Joueurs de ballon sur la plage, Dinard 15 août 1928. Huile sur toile. Paris, Musée National Picasso-Paris. © Succession Picasso 2020. Photo © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / René-Gabriel Ojéda. Graphisme : Perluette & BeauFixe.

HYÈRES,écrin mode automnal. LE FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA MODE, DE LA PHOTOGRAPHIE ET DES ACCESSOIRES DE MODE, PRÉVU INITIALEM ENT AU PRINTEM PS, SE TIENT JUSQU’AU 18 OCTOBRE DANS LE VAR. SI SA JAUGE A ÉTÉ LARGEM ENT RÉDUITE POUR DES RAISONS SANITAIRES, L’ÉVÉNEM ENT N’A RIEN RENIÉ DE SES AM BITIONS ARTISTIQUES.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Dossier coordonné par Caroline ROUSSEAU

DOSSIER

Page de gauche, une création de Céline Shen, une des finalistes du concours mode 2020. Ci-contre, vue de la Villa Noailles.

CELA AURAIT DÛ ÊTRE L’UN DES GRANDS

culturels et bon enfant du printemps : le Festival de mode et de photographie de Hyères l’est depuis trentecinq ans. Mais son édition 2020 a dû être repoussée en octobre, du 15 au 18, pour les raisons que tout le monde connaît. En contact quasi quotidien avec la préfecture du Var, Jean-Pierre Blanc, fondateur du Festival, avait bon espoir, le 1er octobre, que tout se déroule comme prévu. Et surtout qu’il ait lieu. Même avec une jauge d’accueil réduite de 50 %, l’absence du public hyérois traditionnel, des concerts en tout petit comité, la présentation de collections des dix finalistes projetée sur écran dans la Villa Noailles pour les professionnels accrédités ou encore la réservation obligatoire pour l’ensemble des événements (inauguration, défilés, remise des prix, ateliers, performances…). « Les seules questions qu’on me pose concernent les mesures sanitaires, regrette-t-il. Le plus gros défi, c’est de mobiliser les gens. On sent une peur générale, de la mollesse aussi et un manque d’enthousiasme, mais, heureusement, on peut compter sur un noyau dur de journalistes et d’étudiants.» Côté organisation et contenu, très peu de choses ont été abandonnées en cours de route. Même s’il est difficile de savoir comment cela va se dérouler devant 200 personnes au lieu de 1 000… « On a essayé de faire tout ce qui était possible, poursuit Jean-Pierre Blanc, et de maintenir une qualité de programmation. Il était impensable d’offrir aux jeunes qui concourent un Festival au rabais. » Il devrait y avoir, en ouverture, un spectacle de danse du Ballet national de Marseille et de (La)Horde à la Villa Noailles. Et le dimanche de la clôture, un hommage «live», devant une poignée d’invités, à Christophe. Le chanteur, décédé en

Cécile Bor toletti. Olivier Amsellem

REN DEZ-VOUS ARTISTIQUES,

avril, avait donné un concert mémorable, piano installé à côté de la piscine de la Villa romaine, pour les 30 ans du Festival. Cette année marque aussi le cinquantième anniversaire de la mort de Marie-Laure de Noailles. L’écrivain et photographe François-Marie Banier, qui l’a bien connue, a retrouvé des clichés, pris en 1969 et en 1970, et toute une correspondance amicale, intime et drôle, dans laquelle la mécène commence ses lettres ou télégrammes par « Alors, frérot, … ». « Quand Marie-Laure est morte, j’avais 6 ans, raconte Blanc. Je connais d’elle des portraits officiels. Sur ces clichés, c’est la première fois que je la voyais sourire et rire. Comme si elle était en vie pour la première fois depuis cinquante ans.» Grand partenaire depuis 2014, Chanel a renforcé son soutien au Festival en créant, en 2019, un prix dédié aux Métiers d’art de la mode. Rebaptisé cette année « Prix 19M des Métiers d’art de Chanel», il fait référence au nouveau site – 19M – conçu par la griffe pour accueillir, en 2021, porte d’Aubervilliers, à Paris, onze maisons d’art ainsi qu’un lieu d’échanges et de dialogues sur 1200 m2. «Ce prix s’inscrit dans la continuité de l’engagement constant de la maison pour la préservation et le développement des savoir-faire historiques de la mode, au service de la création», précise-t-on rue Cambon. Il récompense la meilleure collaboration entre les dix créateurs en compétition et dix des maisons appartenant aux Métiers d’art de Chanel. Autre nouveauté cette année, aux côtés du fidèle Prix Chloé, le Prix Hermès des accessoires de mode sera décerné au candidat sélectionné pour la création d’un bijou en cuir. Ca. Ro. TOUTES LES EXPOSITIONS SONT ACCESSIBLES AU PUBLIC JUSQU’AU 29 NOVEMBRE.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

153

FINALISTES envers et contre tout.

LA PROMOTION 2020 DES FINALISTES DU FESTIVAL DE MODE DE HYÈRES A CONNU UNE ANNÉE PLEINE DE REBONDISSEM ENTS. POUR BEAUCOUP, LE REPORT DE LA 35e ÉDITION A PERM IS D’AFFINER LES PROPOSITIONS ARTISTIQUES ET DE RENFORCER LES COLLABORATIONS.

Texte Valentin PÉREZ

CE 22 JANVIER, ILS ÉTAIENT DISPERSÉS

mais tous dans le même état de nervosité. Attendant de savoir si, oui ou non, ils seraient retenus pour le concours mode, parmi les finalistes de la 35e édition du Festival de Hyères. « Un événement dont on me disait sans cesse depuis mon arrivée en France qu’il pouvait créer des liens entre art et mode avec une puissante énergie », raconte la Polonaise Katarzyna Cichy, 28 ans. Elle était sur son vélo dans une rue de Paris, douchée par une averse, quand la nouvelle est tombée : « J’ai plané.» Au même moment, l’Italien Andrea Grossi assistait à une exposition près de Bologne ; le Belge Tom Van der Borght traînait, anxieux, dans son appartement de Gand ; Emma Bruschi, originaire de Marseille, avait choisi un bar si bruyant qu’elle a peiné à entendre son nom dans le live Instagram qui fit office de révélation. Sans parler du Lillois Xavier Brisoux, l’aîné du groupe (42 ans) : « Je n’avais pas Instagram à cette époque. N’ayant UN PEU PARTOUT EN EUROPE,

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

154

pas reçu de coup de fil, je noyais mon chagrin dans une tablette de chocolat.» Jusqu’à ce que le téléphone sonne enfin quelques minutes plus tard et qu’on lui apprenne qu’il était sélectionné. Cette même soirée, la Chine annonçait le confinement de la métropole de Wuhan, où «un virus mortel» avait fait 17 victimes : personne n’imaginait alors qu’il chamboulerait la planète et rendrait impossible la tenue, du 23 au 27 avril, du Festival. En février, lorsqu’ils se rencontrent tous à Paris en compagnie des dix finalistes du Grand Prix accessoires de mode Swarovski, tout paraît encore sous contrôle. « On était naïfs », sourit Emma Bruschi. Durant trois jours, comme il est de coutume, les finalistes s’apprivoisent et rencontrent les mécènes du Festival. Ils font un tour chez le géant du luxe Kering ; visitent les ateliers et archives de Chloé, pour qui ils doivent créer chacun un look fidèle au style de la maison en espérant remporter le Prix Chloé (20 000 euros) ; font de même dans les Métiers d’art de Chanel (20 000 euros là aussi,

pour celui ou celle qui aura le mieux collaboré avec la maison artisanale qui lui sera proposée). Leur mission principale reste néanmoins de bâtir une collection de sept silhouettes soumise au jury. « Un défi qui, si tu ne veux pas finir en craquage nerveux, exige une solide discipline », rappelle Maximilian Rittler, 30 ans, Autrichien installé à Anvers. Pour se fournir en tissus et en matières premières, les finalistes se rendent au salon Première Vision et sur ses stands partenaires. C’est là qu’Andrea Grossi déniche divers cuirs recyclés qui constituent la base de sa collection ludique, avec inspiration mangas et motifs Dragon Ball Z. «J’ai tellement l’habitude d’acheter dans les magasins de seconde main qu’à Première Vision j’ai tout choisi très vite», se souvient le Belge Tom Van der Borght. S’y approvisionner n’a rien d’obligatoire. Maximilian Rittler, adepte du « surcyclage», a, par exemple, préféré travailler à partir de chutes de tissu et de canettes de bière pour sa collection qui habille des rockeurs trash en sortie de scène. «Avec moi, tout le monde a sa chance, dit-il, nobles étoffes comme mauvais synthétiques.» Accaparés par leurs projets, ils ont la tête ailleurs lorsque, au beau milieu de leur séjour parisien, l’Organisation mondiale de la santé assène que le coronavirus constitue « une très grave menace ». Les choses se corsent… Les finalistes commencent à collaborer avec les Métiers d’art de Chanel. Katarzyna Cichy, dont la collection s’inspire de Jeanne Barret, une exploratrice androgyne du xviiie siècle, fait la connaissance des équipes de l’orfèvre Goossens. «Ils m’ont montré comment élaborer des formes en cire, comment ils modelaient les métaux. Au final, j’ai réalisé sept bijoux que j’ai d’abord sculptés en céramique, prototypes qu’ils ont ensuite transformés en laiton doré. » L’Italien Andrea Grossi, 24 ans, est l’un des premiers à être confiné. Il multiplie les réunions Zoom avec le gantier Causse pour trois paires en cuir : « Ils ont fait ce que j’avais demandé, à la couture près. Je n’avais jamais vu une telle précision!» Le 17 mars sonne définitivement la fin des illusions. La France entame deux mois de confinement, obligeant le Festival à annoncer son report à l’automne. Tous les candidats décrivent les mêmes émotions successives. « D’abord, la tristesse, le sentiment d’être stoppé net alors que nous étions tous en voie de création, dans une énergie effervescente, résume Xavier Brisoux, qui proposera à Hyères des pièces sculpturales façonnées avec la maison Paloma. Puis, avec un peu de distance, la prise de conscience que c’était une chance d’avoir plus de temps pour finir nos collections.» Lui a profité du confinement pour entrer en contact avec de nouveaux collaborateurs : la maison Fabre, à laquelle il a commandé trois paires de gants, et toute une flopée d’illustrateurs de comics qu’il admire (David Finch, Adam Pollina, Frank Quitely…), qui ont accepté de lui envoyer des dessins pour parfaire son livret de présentation. «J’étais intimidé comme un gosse.» Dans ces journées d’isolement et d’inquiétude, Tom Van der Borght, lui, a eu envie de « mettre à jour » son projet en collaboration avec l’atelier Montex. À ses tenues queer, bricolées et bariolées,

Jalis2019. Cécile Bor toletti

DOSSIER

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Alix Marnat

faites de tubes en plastique, de cordes d’alpinisme, de câbles ou d’élastiques, il a « ajouté des couches, des broderies, de la laine, pour donner davantage l’impression d’un habit-cocon, une protection dont on a envie depuis le printemps ». Tout ce temps du confinement, les dix finalistes sont restés en contact sur WhatsApp, blaguant sur leur maudit sort de créateurs empêchés, s’échangeant des images ou des références qui les nourrissaient, souhaitant à tel ou telle son anniversaire. « On s’est soutenus les uns les autres, assure Katarzyna Cichy. Nos retrouvailles en seront peutêtre encore plus puissantes.» Celles-ci ont finalement eu lieu le 6 octobre à Hyères. Si chacun avait fait acheminer ses vêtements bien emballés dans des cartons, restait encore à choisir leurs mannequins, à répéter, à roder le discours qu’ils tiendront, entre le 15 et le 18 octobre, devant les jurés… « Ce qui m’effraie le plus est mon anglais parfois fragile », avoue Andrea Grossi. « J’ai la chance que ma famille soit à Marseille et puisse venir jusqu’à Hyères, mais cela m’attriste que les conditions de voyage compliquées fassent que certains ne pourront pas être entourés de leurs proches », regrette Emma

Bruschi, qui tentera sa chance avec son vestiaire et ses bijoux concoctés avec Lemarié et inspirés du monde agricole, mêlant cuir, paille, crochet et broderies. Dans ce festival qui célèbre les noces de la mode et de l’art, beaucoup se disent impressionnés par le président du jury, Jonathan Anderson, directeur artistique de Loewe et de sa propre marque, convaincu de longue date par cette hybridation et défenseur d’un artisanat de haute facture. Ils avouent aussi être intimidés par le juré Tim Blanks, le critique britannique à l’encyclopédique culture de mode qu’on ne berne pas aisément… « Cela fait maintenant presque un an que j’ai en tête la collection que je veux défendre à Hyères ! Il est temps de la montrer pour passer à autre chose, en espérant que le Festival soit une occasion pour se faire une place dans cette industrie difficile à pénétrer», espère Maximilian Rittler, qui aimerait bientôt s’installer à Paris. « Il faut croire aux opportunités plus qu’aux limitations. Une crise apporte toujours des discussions plus profondes, veut aussi positiver Tom Van der Borght. Et on se souviendra peut-être qu’on aura su faire preuve de persévérance, nous qui resterons pour toujours la promotion corona du festival.»

Au moment du confinement, les candidats décrivent les mêmes émotions successives. “D’abord, la tristesse, le sentiment d’être stoppé net alors que nous étions tous dans une énergie effervescente. Puis, avec un peu de distance, la prise de conscience que c’était une chance d’avoir plus de temps pour finir nos collections.” Xavier Brisoux

Page de gauche, les travaux d’Emma Bruschi (à gauche) et de Tom Van der Borght. Ci-dessous, un gant d’Andrea Grossi, réalisé dans l’atelier Causse.

DANS LA MODE, finalistes et lauréats du Festival de Hyères essaiment ici et là. Certains défendent aujourd’hui leur propre marque, comme Marine Serre. D’autres ont rejoint des griffes de prêt-à-porter ou de couture jusqu’à obtenir parfois le poste suprême, tel Anthony Vaccarello, qui préside aux destinées du style Saint Laurent, ou Felipe Oliveira Baptista, aux manettes de la création chez Kenzo. Depuis deux ans, l’Allemande Regina Weber, finaliste de la trente-troisième édition, en 2018, s’est fait une place chez le façonnier Paloma. Pourtant, seulement quelques mois avant d’y arriver, « je n’en connaissais rien », avoue-t-elle avec franchise. Il faut dire que, contrairement à d’autres maisons d’artisanat rachetées par Chanel, comme le plumassier Lemarié, le brodeur Lesage ou le chapelier Maison Michel, Paloma, qui emploie 36 salariés, est plus confidentielle et sans véritable spécialité. « On me demande souvent “Mais vous faites quoi chez Paloma ?”, s’amuse-t-elle. En vérité, notre singularité tient moins à une activité

précise qu’à la finesse du travail, poussée à son maximum. On est un atelier de couture généraliste, qui peut intervenir sur des détails mais capable aussi de réaliser une pièce, du dessin à la production s’il le faut. Chez nous cohabitent pour cela des départements modélisme, textile, mais aussi fabrication, car on peut faire de la confection grâce à des partenaires espagnols.» Regina Weber est responsable de création et développement textile. Avec une double mission. S’assurer que les commandes des clients – Chanel, bien sûr, mais aussi des maisons de couture ou de prêt-à-porter de luxe concurrentes – soient parfaitement exécutées, qu’il s’agisse d’une broderie, d’un smock, d’un embellissement, d’un point aux dénominations poétiques (le « jour échelle » ou le « entre vous et moi »). Mais aussi faire des propositions : « Je réfléchis sans cesse à de nouvelles techniques, les suggère aux brodeuses puis les adapte et les affine en fonction de leurs retours », avant de les proposer aux commanditaires.

Regina WEBER, le fin du fil.

FINALISTE À HYÈRES EN 2018, L’ALLEMANDE A TROUVÉ SA PLACE CHEZ PALOMA. UN FAÇONNIER CAPABLE DE CONCEVOIR UNE PIÈCE DANS SON INTÉGRALITÉ, DU DESSIN À LA FABRICATION. TOUT EN FINESSE.

Texte Valentin PÉREZ

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

156

C’est chez Vladimir Karaleev, créateur contemporain bulgare basé à Berlin qui aime jouer avec les tissus et dessiner une garde-robe sophistiquée, qu’à l’âge de 20 ans, Regina Weber s’est pour la première fois rapprochée du textile. «Il a été mon maître et j’ai très vite eu des responsabilités dans sa petite structure.» Elle se cherche ensuite dans une école d’art berlinoise, touche au cuir, à la céramique, travaille le bois, part un an découvrir la culture japonaise en grande admiratrice de Rei Kawakubo et de Yohji Yamamoto. Mais, en 2018, c’est avec des fleurs séchées qu’elle débarque au Festival de Hyères. Elle les a figées dans du silicone sur des manteaux sensibles comme des herbiers. « Une réflexion sur la nature qui fane, le temps qui passe, et qui symbolisait aussi la fin d’un cycle pour moi, car je savais que, pour travailler dans la mode, rester à Berlin n’était pas indiqué.» Destination ? Paris. Elle est en train de faire ses classes dans le studio de Paco Rabanne, à l’angle de la rue Montaigne, lorsque, un jour de janvier 2019, un e-mail de Cristina Pazos, directrice générale de Paloma (partie à la retraite depuis), suggère une rencontre. « On a parlé des heures, comme lors d’un coup de foudre, se souvient Weber. J’ai vu immédiatement les points communs entre cette petite maison inconnue et mon approche : la détermination, la recherche textile, l’esthétique douce et joyeuse, l’envie de prendre son temps pour bien travailler. Je me suis sentie un peu comme chez moi.» Signe que sa recherche textile paye, ce printemps, une de ses suggestions a été plébiscitée par Virginie Viard. La directrice artistique de Chanel a commandé à Paloma une broderie pour la bouffante robe de mariée de sa dernière collection haute couture. « Dix mètres d’organza de soie découpés en 250 pétales smockés et rebrodés sur le devant de la robe», décrit Regina Weber avec une fierté contenue. « Souvent, dans la mode, par manque de temps ou de moyens, toute idée se retrouve simplifiée, schématisée, facilitée. Chez Paloma, au contraire, on peut pousser une idée jusqu’au bout.» Un luxe.

Emile Kirsch. Alix Marnat

DOSSIER

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Réalisation d’une pièce faite d’accumulation de tubulaires par Paloma pour le finaliste Xavier Brisoux.

DOSSIER

MÊME EN CETTE AN N ÉE SINGULIÈRE,

les présidents des différents jurys auront droit à un espace où leurs travaux seront exposés. Les visiteurs reconnaîtront assurément les noms du créateur britannique Jonathan Anderson pour le concours mode ou de l’Italien Paolo Roversi côté photographie. Le patronyme d’Hubert Barrère, du jury accessoires de mode, en revanche, est surtout connu des initiés. Artisan grand luxe de l’ombre, il assure depuis 2011 la direction artistique du brodeur Lesage. «J’ai voulu profiter de cette exposition pour revenir à deux passions, la culture antique et le corset, avec des bustes d’Athéna sur lesquels on pourra voir des corsets aux broderies illusionnistes», raconte Barrère, rencontré début octobre dans les locaux parisiens de Chanel, maison mère des Métiers d’art. Cheveux blonds aux mèches peroxydées, pull rose, lunettes teintées, doigts et poignets bijoutés : son look d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celui du fonctionnaire qu’il fut. À la fin des années 1980, ce Nantais né dans une famille bon teint de militaires – « fallait se gratter pour rigoler ! » – avait fait son droit et travaillait au bureau de l’individualisation des peines au ministère de la justice. « Je continuais pourtant à

dessiner, comme quand je griffonnais, enfant, des collections imaginaires sur mes cahiers de classe. Un jour, Élisabeth Badinter est tombée sur mes dessins au bureau : “Mais Hubert, qu’est-ce que vous dessinez bien!”» À deux pas de la place Vendôme, rue Saint-Roch, il ose montrer ses esquisses à l’École de la chambre syndicale de la couture parisienne, y entre, contracte un emprunt étudiant, demande une disponibilité du ministère. Il n’y retournera jamais. Formé chez le brodeur Vermont, ce passionné de voyages (Papouasie, Sumatra, Komodo, Florès, Amazonie…) devient corsetier dans les années 1990, pour Emanuel Ungaro, Jean Paul Gaultier, John Galliano chez Dior ou Alexander McQueen chez Givenchy. « J’ai essayé, malgré sa rigidité, de faire du corset un instrument de liberté et de confort. » Mais la broderie le rattrape en 1997, lorsque Hurel, fournisseur officiel de Chanel depuis 1921, l’embauche comme directeur artistique. Il rencontre alors Karl Lagerfeld, avec qui il travaillera jusqu’à sa mort, en 2019, et avec lequel il partage un goût pour les traits d’esprit. Quinze ans plus tard, François Lesage, qui aimait à dire qu’« un défilé de haute couture sans broderie est comme un 14-Juillet sans feux d’artifice », le débauche. Le contrat stipule qu’il débutera le 1er décembre 2011. Ce jour-là, à 4 heures du matin, le brodeur, malade depuis des mois, succombe. Barrère est prévenu à 7 heures, fait ses premiers pas dans l’atelier à 9 h 30. Il se souvient : « Les derniers mots de Lesage furent “tout est en ordre”, alors que moi j’étais tout sauf serein, désorienté au milieu de brodeuses en pleurs.» Mais, depuis lors, le successeur s’échine à porter le flambeau auprès des 300 employés de Lesage, dont 80 à Paris. « Je me sens responsable, dit aujourd’hui Hubert Barrère. Le métier n’a pas tellement changé depuis le Moyen Âge, si ce n’est l’invention, au début du XIXe siècle, du point de Lunéville, qui permet d’aller plus vite au crochet. Pour tout le reste, ce geste manuel est à protéger et à promouvoir. Peu à peu, la broderie avait été oubliée, dévalorisée. Elle revient depuis dix ans et j’en suis heureux, car elle est à mon sens une trace de notre patrimoine et de notre humanité. »

PRÉSIDENT DU JURY DANS LA CATÉGORIE ACCESSOIRES, LE DIRECTEUR ARTISTIQUE DE LESAGE DÉFEND UN ARTISANAT INTEM POREL ET VIVANT.

Texte Valentin PÉREZ

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

158

Jean-Philippe Raibaud

Hubert BARRÈRE, la clé du brodeur.

De la suite dans les IDÉES primées. COM M E LE VEUT LA TRADITION, LES LAURÉATS DE L’ÉDITION PRÉCÉDENTE REVIENNENT À HYÈRES POUR PRÉSENTER LEURS NOUVELLES COLLECTIONS.

Texte Sophie ABRIAT

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Alix Marnat

De gauche à droite, les travaux de Róisín Pierce, Christoph Rumpf et Noelia Morales. LE FESTIVAL DE HYÈRES accorde toujours une place de choix aux gagnants de l’édition précédente. Une manière de mettre un peu plus en avant les talents émergents et de conforter leur prix. C’est aussi l’occasion de les voir évoluer. Et, même si pour cette édition 2020 les conditions ne sont pas favorables aux déplacements, les vainqueurs ont tous prévu de faire le déplacement. L’Irlandaise Róisín Pierce, gagnante du Prix des Métiers d’art de Chanel (inauguré en 2019 et rebaptisé cette année Prix 19M des Métiers d’art de Chanel) et du Prix du public, a réservé son billet depuis Dublin, et l’Autrichien Christoph Rumpf, lauréat du Grand Prix du jury Première Vision, est arrivé de Vienne. Quant à l’Espagnole Noelia Morales, qui a remporté le Grand Prix accessoires de mode Swarovski, elle a fait la route depuis Barcelone. Tous les trois présentent leurs derniers projets dans le gymnase de la Villa Noailles, dans le cadre d’une exposition organisée par le scénographe Samuel Bégis qui se poursuivra jusqu’au 29 novembre 2020. Et tant mieux, car cette promotion n’est pas passée inaperçue. Noelia Morales avait fait grand bruit l’an dernier. L’Espagnole de 47 ans avait séduit le jury avec des pièces de lingerie qui méritent véritablement le nom de parure. Conçues pour des femmes qui ont subi une mastectomie à la suite d’un cancer, elles se déclinent sous forme de cache-œil, en dentelle, brodés ou parés de

cristaux et saisissent davantage par leur beauté que par leur finalité. Pour cette 35e édition du festival, elle revient avec une nouvelle collection étoffée, mais qui garde le cap, en collaboration avec plusieurs maisons d’art de Chanel, notamment le chapelier Maison Michel et le brodeur Montex. Elle présente une ceinture corset, un col volumineux en plumes ou encore un couvrechef entre turban, perruque et chapeau, pour les femmes qui dans la maladie « ne veulent par perdre leur féminité ». « J’espère bien faire parler un peu avec cette collection et la promouvoir aussi en Espagne avec un lancement à Barcelone. Ainsi, je pourrai capitaliser sur tout ce que le prix m’a permis de réaliser », explique la créatrice. Autre sensation 2019, Róisín Pierce. La designer avait imaginé une collection entièrement blanche pour que l’œil se focalise presque uniquement sur son travail artisanal : des superpositions aériennes de broderie anglaise ou de dentelle au crochet, de smocks et de broderie plus traditionnelle. Pendant le confinement, Róisín a eu tout le loisir de perfectionner sa technique et de confectionner des pièces spéciales, toujours plus exigeantes en matière de savoir-faire, explorant notamment la découpe zéro déchet. Elle aussi a collaboré avec les Métiers d’art de Chanel. « Comme je travaille seulement sur ma marque, j’ai la liberté de rester fidèle à ma philosophie de création et de prendre le temps d’expérimenter. Ce n’est pas toujours

rose et, financièrement, c’est compliqué, mais ça vaut le coup », souligne-t-elle. Elle présentera également prochainement à Londres sa collection à travers une installation et un film créé par le photographe Andrew Nuding. En plus d’organiser un défilé pendant ce festival, le lauréat du Grand Prix du jury Première Vision, Christoph Rumpf, sera membre du jury mode. Une lourde charge et une expérience française de plus pour celui qui déjà, lors du dîner exceptionnel réunissant des créateurs organisé à l’Élysée en février, s’émerveillait devant les asperges fondantes servies en entrée ! « Ce que j’ai retenu de ma participation au Festival, c’est qu’on n’est pas là pour juger mais pour soutenir, c’est comme cela que j’aborde mon rôle de juré. Mais je vous avoue que ça me fait tout drôle d’être aux côtés de Jonathan Anderson qui préside ce jury », s’amuse-t-il. Il dévoilera seize looks conçus à la campagne pendant le confinement, upcyclés comme l’an passé. « Dans les mois prochains, je voudrais venir m’installer à Paris, comme c’était prévu avant l’épidémie. J’aimerais développer ma propre marque, mais, bien sûr, je suis inquiet quant à la crise économique. En même temps, ça force à ralentir. Moi-même, j’ai dû m’arrêter et ça m’a permis d’y voir plus clair pour concevoir un projet plus modeste », explique-t-il. S’ils souhaitent tous voir leurs divers projets aboutir, le confinement leur a appris une chose, la patience.

JEUX

Mots croisés 1

2

3

Sudoku

GRILLE N O 474

Philippe DUPUIS

4

5

6

7

Yan GEORGET 8

9

10

11

12

13

14

N O 474 - TRÈS DIFFICILE SOLUTION DE LA GRILLE PRÉCÉDENTE

15

I II III Compléter toute la grille avec des chiffres allant de 1 à 9. Chacun ne doit être utilisé qu’une seule fois par ligne, par colonne et par carré de neuf cases.

IV V VI VII VIII IX X XI XII XIII XIV XV HORIZONTALEMENT I Finira par user les hommes et les ressources. II Apportèrent éclat et vivacité. Profil chantourné. III Romains. Sont toujours à manier avec précaution. La première à sortir du chaos. IV Joliment arrondi. Personnel. Dévissât sans retenue. V Grande impressionniste. Produite par les glandes surrénales. Cité d’Abraham. VI Partie de la pièce. Ont leurs habitudes au bistrot. Démonstratif. VII Sur la portée. Point d’arrêt pour Ludwig. Fond de bouteille. VIII Mit de côté. Porta un mauvais coup. Divinement protégé. IX Fond de cheminée. Point. Difficiles à atteindre. X Introduite discrètement. XI Fouillé à fond. Couvre de honte. XII Introduit des conditions. Le feu aux organes. Jaunes dans les prés. Personnel. XIII Prépare sa sortie. Unité bulgare. Possessif. Bas de gamme. XIV Folâtre (s’). Finit son cours à Gravelines. Vaut de l’or. Maintient en place. XV Travaillent en prose, mais s’intéressent aux vers. VERTICALEMENT 1 Leurs relations avec le mal sont des plus ambiguës. 2 Ira toujours dans le même sens. Sorte de haricot en Afrique. 3 Sur la rive. Moins facile que la critique. Parfum d’étoiles. Frétille en Méditerranée. 4 Éphémère empereur romain, tué par ses soldats. Famille florentine, rivale des Médicis. 5 Grand d’Espagne. Mauvais moment pour une bonne conduite. 6 Spécialiste dans son domaine. On peut se noyer en nageant dedans. Traîne dans les arbres. 7 Apaisante. Encadrent le front. Grande nappe. 8 Revêtement posé à l’envers. Dame du métier. 9 Sorti de la boîte. Fut économique mais gros pollueur. Renvoie vers les grappes. 10 Simplifie la représentation. De l’eau sur des feuilles. Dans tout. 11 Grande réunion. Pauvre et souvent misérable. Son terrain est toujours accidenté. 12 Salis la ville. Correctement. Grand chez les lourds. 13 Hameau antillais. Couvre la racine des dents. En lice. 14 Cours de Russie. Personne. Chargée de senteurs marines. 15 Évitent de se mêler des affaires des autres.

Solution de la grille no 473 HORIZONTALEMENT I Ornière. Golfeur. II Bourru. Pot. Acné. III Lumières. Étroit. IV Îles. Avisées. Or. V Gare. Léto. Ciano. VI Adossent. Ph. VII Têt. Est. Canular. VIII Osait. Colorado. IX Totalité. Étej (Jeté). X Rai. Étire. Et. Ré. XI Écourtée. Oder. XII . Ment. Édulcorait. XIII Er. Ill. RER. Ente. XIV Néflier. Val. Cou. XV Télétravailleur. VERTICALEMENT 1 Obligatoirement. 2 Roulades. Acérée. 3 Numérotation. Fl. 4 Irisés. Io. Utile. 5 Ère. Setter. Lit. 6 Rurales. Atteler. 7 Évent. Lied. Râ. 8 Psitt. Cireur. 9 Go. SO. Côte. Leva. 10 Ôtée. Pâle. Ocrai. 11 Techno. Edo. Ll. 12 Farsi. Uretère. 13 Eco. Aplat. Rance. 14 Union. Ader. Itou. 15 Rétroprojecteur.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

160

Bridge

N O 474

FÉDÉRATION FRANÇAISE DE BRIDGE

Publicité

RENDEL Créée en 2017 par une famille d’opticiens lunetiers officiant auparavant dans le luxe, RENDEL est une marque française de lunettes solaires et optiques pour homme et femme basée à Paris. Sa boutique est située au coeur du Marais, 25 rue des Rosiers dans le 4ème arrondissement. La marque puise son inspiration du mouvement pop des années 70 à nos jours. Forte d’un héritage indéniable, Rendel s’attache à sourcer les meilleurs matériaux à un prix juste apposés sur des coupes simples mais jamais simplistes. Le résultat : des montures à l’esthétique intemporelle destinées à toute la famille ainsi qu’à une communauté plus que jamais cosmopolite.

www.rendelparis.com

Commerciale

GLORIA LA MAISON ARTHUS BERTRAND entretient depuis 200 ans un précieux savoir-faire dans la fabrication d’objets chargés d’âme tels que médailles, épées et décorations. Gloria est une collection inspirée de leur pièce la plus emblématique, la Croix de la Légion d’honneur. Elle réinterprète avec créativité et audace ce symbole d’honneur et de distinction, pour devenir un bijou féminin tout en conservant son caractère fort et spécifique. Bracelet Gloria Héritage à partir de 550€

fr.arthusbertrand.com

BOSS PARFUMS BOSS Parfums présente sa nouvelle Eau de Parfum BOSS Bottled et s’inscrit dans son époque avec modernité. Le flacon emblématique BOSS Bottled contient un parfum de couleur grise avec des nuances de châtaigne chaudes, faisant écho aux tonalités profondément masculines de l’Eau de Parfum. Un capuchon en or brossé ajoute une touche de finition raffinée. Offrant un puissant équilibre entre force et sophistication, cette composition noble a été créée pour des hommes motivés et ambitieux prêts à relever tous les défis qui se présentent à eux.

www.hugoboss.com/fr/boss-parfumes-homme

CERRUTI

MARIE DAÂGE

Innovation et créativité, des valeurs encore plus profondes lors de cette saison Automne-Hiver 2021. Pour répondre aux exigences d’un style sophistiqué, LANIFICIO F.LLI CERRUTI DAL 1881 propose cette saison d’extrêmes interprétations des tissus jacquards. Dessins et couleurs révèlent une créativité explosive dans un subtil travail de tissage. Tissées à navette ou jersey, les laines fines sont interprétées en un look genderless pour assurer une grande flexibilité de style doublée d’un confort absolu.

Pour ses 30 ans, MARIE DAÂGE, la célèbre maison de porcelaine peinte à main levée ouvre un nouveau flagship à Paris, 12 rue de Tournon au cœur de Saint-Germain-des-Prés. Le lieu se veut unique à Paris, entièrement dédié à la créativité et aux Arts de la table. L’adresse comprends un studio où Marie co-crée des services de porcelaine avec décorateurs et passionnés d ’ a r t d e v i v re à l a recherche de l’accord parfait pour leurs tables

www.lanificiocerruti.com

www.mariedaage. com/fr

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Page réalisée par Mpublicité 01 57 28 39 27

LE GOÛT

RETROUVEZ LE PODCAST “LE GOÛT DE M” SUR LEMONDE.FR ET SUR TOUTES LES PLATEFORMES.

Dans l’album photo de… Piero LISSONI. LE DESIGNER ITALIEN, QUI VIENT DE DÉVOILER UNE NOUVELLE COLLECTION DE CANAPÉS, A FAIT SA QUATRIÈM E ANNÉE D’ÉTUDES D’ARCHITECTURE À BERGAM E. EN PARESSANT DANS LES CAFÉS DE CETTE VILLE, IL A APPRIS À S’IM PRÉGNER DE SON ENVIRONNEM ENT POUR NOURRIR SA CRÉATION.

“PEN DANT MES ÉTUDES AU POLITECNICO, l’école d’architecture milanaise, j’ai été envoyé à Bergame en quatrième année pour prendre des mesures et faire des croquis de la bibliothèque civique Angelo Mai, dans la Città Alta, le quartier historique. Je me rendais chaque matin en train depuis Milan dans cette bibliothèque célèbre pour ses incunables et ses livres rares. J’avais trouvé, sur la place où se trouvait la bibliothèque, une terrasse de café qui est rapidement devenue mon QG. J’arrivais toujours en avance pour pouvoir y rester un bon quart d’heure et dégustais un cappuccino avec une pâtisserie avant de démarrer ma journée de travail. Je me souviens encore du goût de leurs succulentes brioches… Je passais ensuite la journée à la bibliothèque, entouré de milliers de livres dans un cadre classique majestueux qui m’a beaucoup

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

162

marqué. En fin d’après-midi, je m’arrêtais à nouveau sur la place pour boire des cocktails avec mes amis : une activité typiquement étudiante ! Il m’arrivait alors de sortir mon carnet de croquis et de dessiner les façades qui me faisaient face. Sur cette place, des palazzi Renaissance voisinent avec des bâtiments gothiques et d’autres édifices du xviiie siècle. C’est une juxtaposition étrange, mais très belle, avec en arrière-plan une vallée sur laquelle j’avais une vue imprenable. Cette période, où j’ai véritablement appris à dessiner, a été très formatrice pour moi. D’abord parce que Bergame est une ville chargée d’histoire, mais aussi parce que c’était une époque charnière, à mi-chemin entre les études et la vie professionnelle. Le temps passé dans ce café a aussi fait partie de mon éducation, car j’ai pris le temps de m’imprégner de mon environnement. Une habitude que je n’ai jamais perdue… Dès que j’ai du temps, je m’échappe de Milan pour partir à Bergame. Je vais visiter un musée et je grimpe humer l’air de la Città Alta. Je peux dire que je suis resté fidèle à l’étudiant que j’étais, assez paresseux, toujours en retard et rêveur… J’aime flâner, profiter de la dolce vita. Ces moments me paraissent indispensables pour nettoyer mon esprit, me pénétrer des belles choses et ne pas être contaminé par une approche trop rationnelle. Dans mon travail de designer, j’essaie d’apporter une touche artistique, nourrie par ces heures passées à observer et copier les sculptures, colonnes et autres éléments d’architecture ancienne.” Propos recueillis par Marie GODFRAIN CANAPÉ MATIC DE PIERO LISSONI, KNOLL. KNOLL.COM

Piero Lissoni

NOUVEL INVITÉ : WOODKID.

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain

Josefa Ntjam, Mélas de Saturne, 2020. Crédit photo: Josefa Ntjam & Sean Hart

23 OCT

JOURNÉE GRATUITE

PARTENAIRE DE L’EXPOSITION

PARTENAIRES ANNUELS

PARTENAIRES MÉDIA

EXPOSITION

ANTICORPS

23/10/2020 - 03/01/2021

ANTICORPS-PALAISDETOKYO.COM

2020-10-16T15:46:20+02:00

2020-10-16T14:02:47c:Figaro;u:vdebernede;

Jour:

Autre

un

Demain