Data Loading...

Figaro du 27/05/2022 Flipbook PDF

Figaro du 27/05/2022


126 Views
61 Downloads
FLIP PDF 6.04MB

DOWNLOAD FLIP

REPORT DMCA

3,20 €

vendredi 27 mai 2022 le figaro - N° 24 187 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement

Derbière édition

lefigaro.fr « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais

voyage

reportage

vins, golfs, hôtels... les trésors cachés de la toscane Pages 24 et 25

Dette, urbanisme, circulation, saleté...

législatives

Le RN à la conquête de l’Ouest PAGE 4

Rien ne va plus dans le Paris d’Anne Hidalgo

moyen-orient Israël élimine un chef des Gardiens iraniens PAGE 5

mobilité

Paris pense à un « passe stationnement » pour les deux-roues

le parcours d’obstacles des réfugiés ukrainiens en russie Pages 6 et 7

De retour dans la capitale après sa déroute à la présidentielle, la maire est plus contestée que jamais jusque dans sa majorité. Les projets fous succèdent aux polémiques, au grand dam des Parisiens.

PAGE 8

Les controverses s’enchaînent mais rien ne semble entamer la détermination d’Anne Hidalgo à poursuivre sa politique

Corse

En attendant les négociations, l’île se divise sur la question de l’autonomie

faut de propreté exaspèrent de plus en plus de Parisiens. Si Anne Hidalgo tient pour le moment sa majorité disparate

à Paris : grands projets contestés sur des lieux emblématiques de la capitale, circulation réduite au profit du vélo et dé-

malgré les tensions, certains comptent sur le verdict des législatives pour délier les langues et bousculer les équilibres

è Périphérique vert, forêts urbaines… ces projets irréalisables qui attisent la colère des parisiens è surendettement : les finances de la capitale sur la sellette è les autres pommes de discorde pages 2, 3 et l’éditorial

Boris Johnson mobilise 15 milliards pour soutenir le pouvoir d’achat des Britanniques

PAGE 9

biologie

L’évolution des espèces animales est plus rapide qu’attendu PAGE 10

conjoncture

Guerre, crises et inflation plombent le Forum de Davos

n

n

FIGARO OUI FIGARO NON

Réponses à la question de jeudi : Face aux républicains, Joe Biden peut-il renforcer le contrôle des armes aux États-Unis ?

OUI 35 %

NON 65 %

TOTAL DE VOTANTS : 116 813

Votez aujourd’hui sur lefigaro.fr Faut-il rendre le stationnement payant pour les deux-roues ?

3’:HIKKLA=]UXWUU:?a@p@m@h@a";

M 00108 - 527 - F: 3,20 E 2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:16:50c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

PAGE 20

Leif Carlsson - Elena Chernyshova

éditorial par Vincent Trémolet de Villers [email protected]

S

Paris déconstruit

andrine Rousseau rêve d’un monde d’« hommes déconstruits », Anne Hidalgo travaille avec une constance et une détermination impressionnantes à déconstruire la plus belle ville du monde. Ce n’est pas une mince affaire de s’attaquer à ce que des siècles d’intelligence de l’urbanisme et de génie de l’architecture ont patiemment façonné. Pas un trottoir ne doit être épargné. Chaque place, chaque ruelle doit être désorientée par des blocs de plastique rouge et blanc, des plots jaunes plus ou moins tordus, des marquages au sol auxquels plus personne ne comprend rien. La trottinette passe au culot, le cycliste ne se pose plus de questions, l’automobiliste est sous anxiolytiques et le piéton de plus en plus tétanisé à l’idée de mettre un pied dehors. C’est un désordre fluide, comme le sont, nous dit-on, les nouvelles mobilités, des contrariétés inclusives, puisque plus personne n’y échappe, une confusion sans aucune discrimination. Nos amis les rongeurs, notamment les rats, trop souvent victimes de nos stéréotypes anthropocentrés, peuvent enfin s’ébattre du Champ-de-Mars aux Buttes-Chaumont en passant par les Grands Boulevards. Ils donnent, au milieu des bouteilles en plastique et

des Vélib’ invalides - roues crevées, guidons tordus -, une magnifique leçon de vivre-ensemble. Maintenant qu’Anne Hidalgo est dégagée de ses obligations présidentielles, elle souhaite remettre l’ouvrage sur le métier. Avec des ambitions pharaoniques : le périphérique transformé en prairie, les Champs-Élysées en plus belle avenue végétale de la planète, le Trocadéro en sousbois : la tour Eiffel, qui en a vu d’autres, n’en revient toujours pas. Les Parisiens non plus, qui voient leur ville se transformer, s’abîmer, se salir à vue d’œil. Les banlieusards et les provinciaux, n’en parlons pas, puisque de péages en blocages, ils sont gentiment invités à ne pas déranger, avec leur diesel polluant et leurs enfants bruyants, la vie tranquille de la capitale socialiste. Les touristes, en prenant garde de ne pas se faire dérober leur smartphone, continuent de contempler le chef-d’œuvre absolu qui, malgré tout, se déploie sous leurs yeux. Le songe d’Anne Hidalgo a tourné au cauchemar. Vivement que sonne le réveil… ■

C A N A P ÉS

VENTES PRIVÉES JUSQU’AU 20 JUIN 2022

Le songe d’Anne Hidalgo a tourné au cauchemar

AND : 3,90 € - BEL : 3,30 € - CH : 4,20 FS - D : 3,80 € - ESP : 3,90 € - GR : 3,40 € - DOM : 3,60 € - LUX : 3,30 € - PORT.CONT : 4,00 € - MAR : 25 DH - TUN : 8,00 DT

ISSN 0182.5852

Sur présentation de cette annonce, bénéficiez d’offres privilèges sur les plus grandes marques françaises et européennes :

Bretz, Duvivier, Fama, Leolux, Neology, Ralph M, Steiner, Stressless®... ©

Canapés et fauteuils Paris 15 • 7j/7 • M° Javel ou Charles Michels 63 rue de la Convention, 01 45 77 80 40 147 rue Saint-Charles, 01 45 75 02 81 Canapés, literie, mobilier sur 3000 m2 : toutes nos adresses sur www.topper.fr

C

@

Autre

Alors que de nouvelles révélations confirment l’ampleur de la coercition exercée par Pékin dans cette province chinoise, la haute-commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, y effectue une rare visite étroitement encadrée. PAGE 5

-

PAGES 13 à 15

un

Xinjiang : la répression chinoise contre les Ouïgours sous l’œil de l’ONU

Rishi Sunak, ministre des Finances, a détaillé jeudi un nouveau paquet d’aides de 15 milliards de livres pour soulager les ménages défavorisés frappés par les hausses de prix. Ce plan sera financé en partie par une taxe exceptionnelle sur le secteur de l’énergie. La hausse des prix est si forte que plusieurs millions de Britanniques se priveraient de nourriture, selon une étude récente.

n

n

Demain

Xinjiang Police Files

champs libres

PAGE 18

Menaces hybrides : la nouvelle guerre mondiale Un entretien avec Olivier Piton La tribune du Cercle droit et débat public et celle de Christian Saint-Étienne Le bloc-notes d’Ivan Rioufol

politiques au Conseil de Paris. Parallèlement, la relation se détériore avec l’État, au point de devenir problématique.

vendredi 27 mai 2022 le figaro

l'événement François BOUCHON/Le Figaro

2

Anne Hidalgo est comme un lapin pris dans les phares de la présidentielle, repliée sur elle-même, sans aucune remise en cause de son échec

Paris : Anne Hidalgo dans la tourmente La présidentielle finie, la maire a repris les rênes de la ville, où les polémiques ne cessent d’éclater.

»

Geoffroy Boulard, maire LR du 17e arrondissement

Vncent Jarousseau/Hans Lucas

Sophie de Ravinel £@S2RVNL

Élisabeth Borne connaît très bien Paris. Elle est une X-Pont, une mécanique cérébrale, et, face à elle, la maire de Paris va devoir préparer ses dossiers et muscler ses arguments

»

Bernard Pignerol , conseiller d’état, proche de jean-luc mélenchon

LES POLÉMIQUES s’enchaînent dans la capitale, où Anne Hidalgo s’est réinstallée après la présidentielle. À chaque jour la sienne… Sur la transformation du périphérique en « ceinture verte » ; sur les objectifs manqués en matière de changement climatique ; sur la tour Triangle, objet d’une enquête judiciaire ; sur Adidas qui impose son nom à la salle de sport et de spectacle prévue pour les JO de 2024, porte de la Chapelle ; sur un centre de soin pour toxicomanes ; sur la circulation, la piétonnisation, la végétalisation, les arbres… « Hidalgo n’en finit plus de se planter », ironise Le Canard enchaîné, pour le plus grand plaisir amer de ses nombreux opposants. Ces vagues secouent Anne Hidalgo, à peine remise d’une présidentielle à l’issue violente : 1,75 % en France et 2,17 % à Paris. Au sein de l’Hôtel de Ville, c’est la drôle de guerre. « Tout le monde est un peu en toupie, sans savoir ce qui va se passer, explique un adjoint. Des changements dans le cabinet de la maire sont attendus mais pour le moment, c’est calme plat et silence radio. » Certains imaginent que le verdict des législatives déliera les langues, bousculera les équilibres politiques. D’autres en doutent. Un cadre socialiste est impressionné : « Anne repart comme en l’an 40, comme si rien ne s’était passé, sans la moindre remise en cause, zéro. C’est comme pendant la prési­ dentielle, lorsqu’elle dénonçait “les sondages menteurs”, jurant qu’elle aurait 15 %. C’est surréaliste mais c’est une force, ajoute-t-il. Reste à voir combien de temps elle va t­ enir… »

Tensions avec l’État

La ville a besoin de ressources financières pour sa politique, mais annoncer une ceinture verte et la financer par une muraille de bureaux en béton qui ne cesse d’être construite, cela n’a pas de sens, cela retire des emplois à la banlieue

»

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:16:50c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

A

Émile Meunier, Conseiller EELV de Paris, élu du 18e arrondissement

Si Anne Hidalgo tient pour le moment sa majorité disparate malgré les tensions, la relation se détériore visiblement avec l’État, jusqu’à devenir problématique. Exemple parmi d’autres, il y a quelques jours, la Préfecture de police, dirigée par ­Didier Lallement, a quasi humilié la maire et ses adjoints sur leur proposition de nouvel aménagement des Champs-Élysées. Après la présentation en grande pompe par la mairie, l’État, qui a son mot à dire sur la circulation de grands axes proches de lieux stratégiques, s’est contenté de quelques mots cinglants sur Twitter : « Le préfet de police a pris connaissance des propositions de la ville de Paris d’aménagement des Champs-Élysées, voie dont la compétence relève de l’État. Il les examinera avec attention. » Deux jours plus tard, Le Parisien a rendu publique une lettre sèche du même préfet, informant la maire du refus de l’État d’un autre projet de restriction de la circulation dans le secteur de la tour Eiffel, pourtant adopté au Conseil de Paris. Réaction très agacée de David Belliard, l’adjoint écologiste à la transformation de l’espace public et aux mobilités : « Entre la réduction de la place de voiture et la lutte contre la pollution,

la Préfecture de police choisit une nouvelle fois de se battre pour préserver le tout voiture ! » Assurant que « la préfecture a validé tout ce que nous lui avons soumis, absolument toutes les étapes auxquelles elle a été associée », Belliard a dénoncé « un revirement ». À Paris, l’opposition s’inquiète des conséquences de ces tensions pour les habitants. « Anne Hidalgo est comme un lapin pris dans les phares de la présidentielle, repliée sur elle-même, sans aucune remise en cause de son échec, qui n’est pas seulement lié aux autres comme elle l’affirme, mais bien à son action à Paris et à l’image qu’elle renvoie au niveau national », analyse le maire LR du 17e arrondissement, Geoffroy Boulard. Selon lui, le préfet ­Lallement - âgé de 66 ans et qui pourrait être bientôt remplacé, une partie de son cabinet étant sur le départ - est vu par l’exécutif parisien « comme un commissaire politique ». Ce maire, comme d’autres dans la capitale, craint le durcissement. Particulièrement en prévision des Jeux olympiques de 2024.

Anne Hidalgo lors de la 19e édition de la Conférence des villes, à l’hôtel de ville de Paris, en septembre 2019. Christophe Morin/IP3

Anne Hidalgo en a fait l’emblème de ses deux mandatures et compte en tirer profit pour son image et celle de sa ville. Mais Emmanuel Macron n’est pas en reste : il commence à tirer la couverture à lui. Amélie Oudéa-Castéra, proche du chef de l’État et sa camarade de promo de l’ENA, vient d’être nommée ministre des Sports de plein exercice, avec ajout de la mention : « des Jeux olympiques et paralympiques ».

Les amis de Delanoë Beaucoup aussi, dans les exécutifs parisiens, s’interrogent sur les relations à venir entre Anne Hidalgo et la nouvelle chef du gouvernement, Élisabeth Borne. Si les liens avec son prédécesseur Jean Castex, étaient assez fluides, l’affaire s’annonce plus complexe avec celle qui fut directrice de l’urbanisme lors de la seconde mandature de Bertrand Delanoë. Anne Hidalgo, qui fut adjointe à l’urbanisme, a d’ailleurs travaillé avec elle. Mais la maire de Paris entretient des relations exécrables avec son prédécesseur. Pas

seulement parce qu’il soutient Emmanuel Macron depuis 2017. ­ Aussi parce qu’elle sait son mépris, ses critiques sur sa gestion de Paris. Une proche d’Élisabeth Borne rassure. « Élisabeth ne fait pas partie du clan Delanoë. Elle était dans l’administration de la ville, pas dans son cabinet. Contrairement à ce qui a pu être raconté, elle ne participe pas aux réunions annuelles des proches de l’ancien maire socialiste. D’ailleurs, c’est Anne qui a remis sa Légion d’honneur à Élisabeth… » Les relations de la maire de Paris, en revanche, sont très mauvaises avec Aurélien Rousseau, directeur de cabinet d’Élisabeth Borne et, lui, membre du groupe des amis de Bertrand Delanoë, comme quelques proches du chef de l’État : Anne de Bayser, Nicolas Revel ou la nouvelle ministre de la Culture, ­ Rama Abdul Malak, ex-conseillère ­culture du premier maire socialiste de Paris. Collaborateur de Bertrand ­Delanoë durant des années, aujourd’hui camarade de route de JeanLuc Mélenchon, Bernard Pignerol raconte : « Anne Hidalgo, dont les

Périphérique vert, forêts urbaines… ces projets irréalisa Éric de La Chesnais £@plumedeschamps

« CATASTROPHE écologique », « ineptie », « sacrifices »… Nombreux sont les contempteurs des projets « fous » défendus par Anne Hidalgo et ses adjoints, pour améliorer le cadre de vie des Parisiens et attirer davantage de touristes. Séduisants sur le papier, - les plans présentés par les architectes laissent apparaître beaucoup de vert là où le gris prédominait dans cette ville dense et minéralisée -, ils s’avèrent irréalisables. En y regardant de plus près, les contraintes physiques de ces lieux obligent l’exécutif à revoir à la baisse ses ambitions, entraînant finalement déception, colère et frustration chez des Parisiens qui n’attendent qu’une chose : un embellissement de la Ville Lumière. L’exemple le plus flagrant est le verdissement de la capitale, avec notamment la plantation de 500 000 arbres (bois de Boulogne et de Vincennes inclus), dont 5 forêts urbaines, pendant la mandature actuelle. Non seulement à date, cet objectif n’est pas atteint (moins de 25 % des arbres ont été plantés), mais en plus, un peu partout, des arbres sont coupés en catimini, malgré les chartes et engagements passés. C’est le cas, par exemple, autour du chantier de la très controversée tour Triangle, dans le 15e arrondissement, en bordure du parc des expositions de la porte de Versailles. Ce bâtiment de 180 mètres de haut sera visible de nombreux points historiques,

Une vue aérienne du projet d’aménagement entre la place du Trocadéro et le Champ-de-Mars. HANDOUT/AFP

dont la place de la Concorde. Il coupera la vue et limitera la luminosité de nombreux riverains du périphérique, alors que la mairie de Paris veut rendre cet axe plus vert. Mais Anne Hidalgo ne semble pas à un paradoxe près. « Ce projet est une catastrophe écologique, reconnaît Philippe Goujon, maire du 15e. Malgré la charte signée avec la ville de Paris, qui indique que les chantiers doivent s’adapter aux arbres et non l’inverse, plus d’une vingtaine d’arbres ont été coupés, au petit matin. Cela va à l’encontre des engagements écologiques de cette majorité municipale. » Le premier adjoint de Paris se défend. « Malgré ce que l’on dit, nous suivons de très près l’évolution des arbres à Paris, affirme Emmanuel Grégoire. On

abat 3 000 arbres par an, dont 90 % pour des raisons phytosanitaires. Pour les 10 % qui restent, nous n’avons pas le choix et respectons les obligations liées à la Sécurité routière ou incendie. Nous systématisons aussi la surcompensation : aux abords de la tour Triangle, nous replanterons 70 arbres à l­’issue du chantier. »

Réduction des voies de circulation

Les 15 000 tonnes de béton nécessaires pour construire cet édifice viendront sans doute du site de Lafarge, situé au port de Javel Bas, au niveau du pont Mirabeau, à seulement 3 kilomètres de la porte de Versailles. Un site qui va être agrandi, alors qu’il se situe en pleine voie piétonne et cycliste,

le figaro

vendredi 27 mai 2022

l'événement

3

Surendettement : les finances de la capitale sur la sellette et les dépenses de fonction­ nement, ce qui est pointé du doigt. En effet, depuis 2016, la ville de Paris joue à un jeu dangereux pour éviter de se retrouver dans le rouge en imposant aux bailleurs sociaux de lui avancer en une année, les loyers qu’ils doivent percevoir sur plusieurs années. Instaurée sous François Hollande et censée être exceptionnelle, cette dérogation dite des « loyers capitalisés » a ainsi permis à Anne Hidalgo d’équi­ librer le budget de façon arti­ ficielle et sans efforts financiers.

Manon Malhère £@ManonMalhere

DE RETOUR à la mairie de Paris après plusieurs mois de cam­ pagne présidentielle, Anne ­Hidalgo n’a toujours pas l’intention de s’attaquer au suren­ dettement de la capitale, pourtant de moins en moins soutenable. Les chiffres ne mentent pas. Depuis son arrivée à la tête de la capitale, la dette n’a cessé de progresser, passant de 3,7 milliards d’euros en 2013 à 7,2 milliards d’euros fin 2021, ce qui représente près de 75 % Pas question de réduire du budget annuel de la v ­ille le train de vie ­(dépenses de fonctionnement et d’investissement). La mairie, qui est la seule à opérer En février dernier, la chambre de la sorte en France, a ainsi régionale d’Île-de-France de la empoché plus de 1,2 milliard ­ Cour des comptes a d’ailleurs d’euros de recettes de fonc­ averti sur cette situation particutionnement entre 2016 et 2021 lièrement critique dans un grâce à cette manœuvre très rapport qui a fait ­ contestée. Et, en fin beaucoup de bruit. d’année dernière, en Depuis plusieurs pleine campagne années, la ville de ­ ­présidentielle, Bercy a ­Paris investit au-delà à nouveau donné son de ses moyens avec feu vert pour pour­ des dépenses de foncsuivre la pratique tionnement - dont cette année sur des ­ celles de ­ personnelmontants toutefois qui flambent. « La plus faibles qu’ini­ soutenabilité de la traMontant de la dette tialement réclamés, de la ville jectoire d’investisseavertissant que ce sefin 2021 ment de la ville doit rait la dernière fois. être sécurisée par une « Nous ne lâcherons restauration r­apide et pas, insiste Rachida robuste de ses marges de Dati. Ils sont pris à la gorge. » Semanœuvre financières. À cette fin, lon l’élue LR, au premier trimeset sauf à augmenter les taux d’imtre, l’administration de Paris a position, la réalisation d’efforts de déjà demandé un gel de 15 % des gestion substantiels est indis­ dépenses de fonctionnement pensable », a averti la chambre soit quelque 1,25 milliard d’euros régionale de la Cour des comptes. – ainsi que d’une partie des investissements en ­ raison de déDérogation contestée penses déjà trop ­élevées par rapport aux recettes. De quoi donner un peu plus de Toutefois, pour renflouer les grain à moudre aux oppositions, caisses de la ville, il n’est dont le groupe Changer Paris visiblement pas question de ­ présidé par la maire LR du 7e arréduire le train de vie de la ­ rondissement, Rachida Dati, qui capitale. La maire de Paris ­ demande régulièrement au préfet compte au contraire jouer sur ­ de placer Paris sous tutelle le levier fiscal avec, notamment, ­budgétaire de l’État. Une procéla création du stationnement dure très encadrée, notamment payant pour les deux-roues en possible lorsque le budget n’est septembre p ­ rochain. ■ pas à l’équilibre entre les recettes

«

Nommé ensuite à l’agence régio­nale de santé de l’Île-de-France, Aurélien Rousseau a entretenu des relations tendues avec Anne ­Hidalgo durant la crise du Covid. Cette dernière dénonçant volontiers à haute voix « les bureaucrates de l’ARS ». Ces cicatrices sont vives. S’il ignore la qualité de leur relation, Bernard Pignerol ajoute ­ qu’Anne Hidalgo aura fort à faire avec Élisabeth Borne. « Elle connaît très bien Paris. Elle est une X-Pont, une mécanique cérébrale et face à elle, la maire va devoir préparer ses dossiers et muscler ses arguments… » De quoi faire porter une pression supplémentaire sur Anne Hidalgo et sur son entourage, sur

Parmi les nombreux points de tension, figurent le périphérique ou les Champs-Élysées. Conseiller EELV de Paris, élu du 18e et passionné par le fond des dossiers, Émile Meunier résume la situation en quelques mots : « Paris a besoin d’argent, ce besoin guide toutes les décisions. » « La ville a besoin de ressources financières pour sa politique mais annoncer une ceinture verte et la financer par une muraille de bureaux en béton qui ne cesse d’être construite, cela n’a pas de sens, cela retire des emplois à la banlieue. Comme le fait de faire payer une étude d’aménagement des Champs-Élysées par Vuitton et consorts… » Le conseiller de Paris interroge : « Vous trouvez normal qu’ils fassent de la plus belle avenue du monde un showroom privé pour leurs produits de luxe, aux frais de la collectivité ? Ce n’est pas notre vision de la ville… » Réponse laconique du bureau d’Emmanuel Grégoire : « David Belliard était présent avec nous lors de la présentation de nos projets de transformation des Champs-Élysées. » ■

bles qui attisent la colère des Parisiens

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:16:50c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

sur un axe de promenade défendu haut et fort par Hidalgo : les voies sur berge. « Nous assumons de maintenir des capacités industrielles en cœur d’agglomération plutôt que de les reléguer en banlieue, poursuit le politique. C’est vertueux sur le plan écologique, d’autant que l’avitaillement se fait par voie fluviale. Nous avons écouté les opposants et le projet final est moins imposant que ce que nous avions prévu au départ. » Reste que la cohabitation entre les vélos et les camions-toupies va être ­dangereuse. Question esthétique, les silos à béton et les camions vont obstruer la perspective de la tour Eiffel pour les touristes qui débarquent, un peu en amont, des grands bateaux de croisière ­fluviaux. Autre promesse de l’exécutif parisien : la création de cinq grandes forêts urbaines. Un ­ concept défendu en France par le paysagiste Michel Desvigne, inspiré par la méthode Miyawaki, du nom du botaniste japonais. Il préconise la plantation de miniforêts ultra-denses, 3 arbres au mètre carré, pour contraster avec des espaces très minéralisés et ­apporter de la fraîcheur l’été. Seul un projet semble bien avancé. « La place de Catalogne est la seule ­forêt urbaine qui doit voir le jour d’ici peu, indique Emmanuel ­Grégoire. Le projet de l’arrière de la place de l’Opéra est écarté car les sous-sols sont déjà bien encombrés par les réseaux. Celui de l’Hôtel de Ville est en instruction à ­cause des fontaines sur les côtés. Les autres font l’objet d’instructions techniques. Nous communiquerons quand nous s­ erons prêts. » L’exécutif parisien veut par

ailleurs planter 70 000 arbres le long du périphérique e ­ ntre 2024 et 2030, sur les talus ou les espaces non utilisés au bord des échangeurs. Cet aménagement s’accompagne d’une réduction des voies de circulation, de 4 à 3, d’ici 2030. « Cela retirera de la circulation 80 000 véhicules », selon l’adjoint en charge des transports de la ville de Paris, David Belliard. Mais quelle alternative leur sera proposée ? Selon la région Île-de-France, « 80 % des usagers du périphérique sont nonparisiens et 40 % des trajets sur cette rocade sont pour aller de banlieue à banlieue ». Le trafic risque donc d’être encore densifié. « Le périphérique vert est une ineptie, souligne Geoffroy Boulard, maire du 17e. Cela va créer l’embolie de la circulation dans des quartiers et des communes déjà fortement congestionnés. »

« Un sujet compliqué » C’est encore ce manque de réalisme qui a fait changer la tournure d’un autre grand projet. Celui de l’aménagement de la perspective allant de la place du Trocadéro à l’École miliaire en passant audessus de la Seine. Il prévoyait la mise en place, de chaque côté du pont d’Iéna, d’une douzaine d’arbres. C’était oublier qu’il est difficile de planter sur une telle structure… Finalement, des bacs avec des arbustes seront installés. « Ils vont devenir des poubelles. En outre, la quasi-piétonnisation du pont va entraîner des reports de circulation vers des petites rues avec des écoles, relève Elke Germain-Thomas, présidente de l’association Passy-Seine, opposée à ce projet. Les riverains n’ont

pas été écoutés malgré leurs 6 000 contributions à l’enquête publique. On demande à être associés à la gouvernance de ce projet. » De l’autre côté du pont d’Iéna, c’est également la stupéfaction. « L’aménagement du Champ-deMars, contrairement à ce qui a été annoncé par l’Hôtel de Ville, ne va pas créer des espaces verts mais en détruire, dénonce Jean d’IzarnyGargas président des Amis du Champ-de-Mars. Des arbres, dont un remarquable, vont être sacrifiés pour laisser place à des bâtiments recouverts d’herbe, en guise de verdissement. On remet aussi en cause la nature historique de ce site. » En effet, sur un espace ­arboré classé, au pied de la Dame de fer, il est prévu la construction d’une bagagerie, de boutiques de souvenirs, d’espaces de restauration et de bureaux pour la société d’exploitation de la tour Eiffel (Sete). Face au tollé, la mairie a fait marche arrière. « C’est un sujet compliqué, avoue Emmanuel ­Grégoire. 43 arbres devaient être coupés dont un arbre centenaire qui m’avait échappé. Nous allons revoir la copie pour les garder. Le projet OnE consiste à remplacer les Algeco peu esthétiques par des constructions intégrées dans l’environnement, dans une zone apaisée de promenades. » Un discours qui a du mal à passer. « Anne ­Hidalgo veut réinventer Paris mais ce n’est pas le baron Haussmann, elle a en charge un joyau du patrimoine mondial, constate Pierre Liscia, conseiller régional francilien de droite et lanceur d’alerte. Elle doit le préserver, l’entretenir, pour le léguer à d’autres géné­ rations avec tout son éclat. » ■

la chambre régionale d’Île-de-France de la Cour des comptes

7,2

»

milliards d’euros

Les autres pommes de discorde OUTRE les grands projets médiatisés, d’autres réalisations, moins grandioses, suscitent l’opposition des riverains et du préfet de p ­ olice de Paris.

centre uUn pour toxicomanes dans le 16e

La mairie de Paris ne respecte pas ses engagements. Elle s’était engagée à trouver une solution durable pour les migrants dans un immeuble en dur !

»

francis szpiner, maire lr du 16e

Un centre de soins pour accom­pagner les toxicomanes doit ouvrir dans les prochains mois dans le 16e arrondissement. Dotée de 35 lits, cette structure de ­« stabilisation » serait située dans l’ancien hôpital ChardonLagache, dans un quartier jusquelà épargné par le trafic de drogue, à proximité du collège-lycée Jean-Baptiste Say, de l’église d’Auteuil, et de l’hôpital SaintePérine, qui accueille des per­ sonnes âgées. Une « très bonne nouvelle » pour Anne Souyris, l’adjointe à la maire Anne Hidalgo chargée de la santé publique. Les riverains, eux, sont remontés et ont lancé une pétition.

Algeco provisoires uDes pour accueillir les migrants à

la lisière du bois de Boulogne

À la lisière du bois de Boulogne, le provisoire dure ! Les Algeco ­jaunes ou rouges installés en 2016 pour accueillir des réfugiés prennent ­ racine. L’exécutif ­parisien vient de renouveler leur concession. « La mairie ne respecte pas ses engagements, assure Francis Szpiner, le maire du ­ 16e arrondissement. Ce centre ne devait rester en place que trois ans, puis a déjà été reconduit une fois. La mairie s’était engagée à trouver une solution durable pour les migrants, dans un immeuble en ­ dur ! »

Malgré les confinements, utoujours de l’insécurité

Certes, avec la pandémie, les vols et violences ont baissé à Paris entre 2019 et 2021, selon les ­ ­chiffres de la préfecture de police du 31 janvier dernier. « Les ­atteintes aux biens baissent de 22 % et celles relatives aux violences contre les personnes de 3 % par rapport à 2019 », écrit la préfec­ture de police. Mais avec 8 825 faits recensés en 2021, les violences faites aux femmes ont augmenté de 25 % sur le même temps dans la capitale. Les infractions liées aux stupéfiants, ont, de leur côté, explosé en deux ans, avec 41,4 % de cas en plus, pour 44 836 faits constatés.

tensions uLes avec la Préfecture de police

L’heure n’est pas à l’accalmie entre le préfet de police, Didier ­ Lallement, et la maire de Paris. Il lui a fait part, le 13 mai, de son « opposition » au projet contesté de réaménagement entre le Trocadéro et la tour Eiffel, qui ­ dans sa version actuelle causerait « d’importantes restrictions de ­circulation ». Ces mêmes réserves ont été émises sur la piéton­ nisation d’une partie de la place de l’Étoile et la création d’une voie de covoiturage sur le périphérique. Déjà l’été dernier, le préfet de police dénonçait Anne Hidalgo ­ dans sa gestion des toxicomanes dans le 19e. « Comme je l’avais moi-même signalé à la maire de ­ Paris, cette extrême difficulté était prévisible à la suite de votre décision de fermer unilatéralement l’accès du jardin d’Éole aux consommateurs de crack. » ■ E. L. C.

A

« Les bureaucrates de l’ARS »

son premier adjoint Emmanuel Grégoire en particulier. Aussi pudique sur ses sentiments que déterminé à devenir un jour maire de Paris, l’adjoint est plus ou moins en rupture avec la maire depuis février 2021, lorsqu’il avait annoncé un confinement de Paris et de la zone dense, dénoncé ensuite par sa supérieure. Il ne laisse rien paraître, concentré sur sa tâche. Au sein de l’Hôtel de Ville, une adjointe assure qu’« Anne Hidalgo lui a laissé des rênes courtes pendant sa campagne présidentielle, conservant un œil sur toutes les décisions urgentes, reportant les autres… » Le maire d’une ville limitrophe évoque de son côté un premier adjoint « assuré, très au fait de ses dossiers, ouvert au dialogue ». Quoi qu’il en soit, Hidalgo et Grégoire savent devoir rester unis face aux attaques internes à leur majorité. Les écologistes, comme les communistes, sont tenus, avec les socialistes, par de subtiles répartitions de postes aux enjeux politiques et financiers. Mais l’équilibre reste fragile. Les écologistes sont aux aguets.

Sébastien SORIANO/Le Figaro

convictions sont faibles et peu étayées, est très sectaire. Alors quand Aurélien Rousseau a décidé de quitter Paris en 2015 pour rejoindre le cabinet de Manuel Valls auprès de Véronique Bédague, autre proche de l’ancien maire de Paris, elle l’a jugée pour haute trahison… »

La soutenabilité de la trajectoire d’investissement de la ville doit être sécurisée par une restauration rapide et robuste de ses marges de manœuvre financières

vendredi 27 mai 2022 le figaro

4

Politique

Le Rassemblement national à la conquête de l’Ouest Charles Sapin £@csapin

Envoyé spécial à Blaye (Gironde)

Législatives Les deux pieds dans ses 24 hectares de vignes, Bruno Gravino caresse ses fines moustaches grises. Il hésite avant de se lancer. Pour, bientôt, ne plus s’arrêter : « Il y a cinq ans en­core, on ramait. Mais on pouvait vivre. Tout cela est terminé. On vend à perte ! On est à la peine ! » La faute, selon lui, à la concurrence déloyale venant ­d’Espagne, qui ne respecte pas les mêmes normes environnementales que la France, avec la bénédiction de l’Union européenne. La faute aux taxes sur les produits phytosanitaires, qui ne cessent d’augmenter, jusqu’à un tiers du prix au kilo. À la facture en carburant de son tracteur, aussi, qui a plus que doublé ces derniers mois. Et le prix de l’immobilier, qui a plus que triplé en une dizaine d’années. Sans qu’aucun responsable politique semble s’en soucier. « On est plus qu’oubliés, on est abandonnés. On ne nous entend pas », lâche ce viticulteur d’une soixantaine d’années, dont le rouge fini par monter aux joues. Alors, oui, ce « socialo », comme il se présente, votera Rassemblement national lors des prochaines élections législatives. « Il y a encore dix ans, je vous aurais dit que c’était impossible. Je suis d’une famille d’immigrés, de dockers. On était tous à la CGT », livre celui qui est également maire de la petite commune de Saint-Trojan, 350 habitants, en Gironde. Dans ce département viticole, ancré de longue date à gauche, le cas est loin d’être isolé. Le parti de Marine Le Pen signe d’élection en élection une lente mais continue progression autour de l’estuaire de la Gironde. Jusqu’à avoir atteint, lors de la dernière présiden­tielle, un point de bascule dans le Blayais et le Médoc. Dans la 11e circonscription, celle de Blaye et de Coutras, la candidate du RN a rassemblé 58 % des voix contre Emmanuel Macron. Il y a cinq ans, le chef de l’État la devançait encore de 4 points. Sur les 88 communes que compte le territoire, seules 5 ont placé Emmanuel Macron en tête. Et

encore, il s’en est fallu d’une voix pour la dernière. « On ne va pas se mentir : ces résultats ont été une douche froide. 11 000 voix d’écart sur l’ensemble de la circonscription, ce n’est pas rien », lâche la députée sortante de La République en marche, Véronique Hammerer. « Mais il y a une part de contestation importante. Les gens ici ne se sentent pas écoutés, pas considérés. Mais ce n’est pas vrai ! Le gouvernement a un vrai bilan en matière de pouvoir d’achat. Il faut aussi parler de ce qui va bien », tente la macroniste, « confiante » quant à sa réélection. Malgré les 18 % recueillis ici par JeanLuc Mélenchon au premier tour de la présidentielle, son candidat pour les législatives, Mathieu Caillaud, est grevé par les positions antinucléaire de sa formation politique. Alors que plus de 2 000 emplois dépendent de la centrale qui se trouve dans la circonscription.

Encouragements et messages de soutien

Sur le marché de Blaye, à l’ombre de l’imposante citadelle Vauban, c’est un tout autre air qui se murmure. Les bras chargés de tracts, entourée de sa suppléante et d’une demi-douzaine de militants, la candidate Rassemblement nationale, Edwige Diaz, collectionne les encouragements et les messages de soutien venant tant de la part des ­commerçants que des badauds. « J’en veux pas, de votre tract, lâche un retraité, les yeux rieurs. Je le connais par cœur, je vote déjà pour vous. » L’homme confie un peu plus loin : « J’ai été socialiste pendant pas mal d’années. Mais j’en ai marre, du laxisme, du gaspillage d’argent public et de leur politique entre copains. » Derrière son stand d’acras et de spécialités mauriciennes, Sabrina interpelle : « Il faut faire quelque chose, Edwige. Comment on fait, avec la bouteille d’huile à 6 euros ? Quand on ne travaille pas, on ne s’en sort pas. Mais quand on travaille, on ne s’en sort pas non plus. C’est pas normal. » L’élue régionale RN cajole : « Ne vous inquiétez pas, on arrive ! » Quelques habitants continuent, bien sûr, de faire la moue à la vue des tee-

shirts bleu marine des militants RN. « Ces gens sont racistes, mentent et disent n’importe quoi. Il ne faut pas oublier d’où ils viennent », fustige, après avoir esquivé les tracts tendus, Virginie Guéné, 45 ans, professeur de français. Rien à voir, cependant, avec l’hostilité qu’a pu connaître Henri-Pierre Lauga, 70 ans, déjà militant dans le département du temps de Jean-Marie Le Pen : « On nous regardait mal, on nous agressait verbalement. Aujourd’hui, les gens s’arrêtent et discutent. Même ceux qui ne sont pas d’accord avec nous. » Outre la paupérisation, d’importants problèmes de mobilité et le recul des services publics dans ce territoire qui a été l’un des foyers des « gilets jaunes », cette acceptation nouvelle du Rassemblement national est le résultat d’un patient ancrage. Depuis six ans, Edwige Diaz n’a pas raté un marché champêtre ou une commémoration de sa circonscription. Quitte à en enchaîner jusqu’à six par jour les 11 novembre. Même le maire communiste de Blaye, Denis Baldès, qui refusait, il y a encore quelques années, de serrer la main de la candidate ou de lui réserver sa place protocolaire aux cérémonies, finit par la considérer en élue comme les autres. Comme à chaque marché depuis six ans, Edwige Diaz échange son numéro de téléphone avec ceux qui souhaitent participer aux prochaines actions militantes et réunions publiques. Ce mercredi, l’élue régionale enregistre

1 A 2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:16:50c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

en moins d’une heure quatre coordonnées supplémentaires à son fichier, dépassant désormais les 1 000 numéros de téléphone. « La montée du RN est inexorable ici. C’est un mini-HéninBeaumont », se satisfait la prétendante à la députation. Une allusion au fief électoral du Pas-de-Calais de Marine Le Pen. Cette dernière ne s’y est d’ailleurs pas trompée. Percevant sa progression sur ce territoire où sa formation aspire peu à peu les anciens électeurs du Parti socialiste et qui pourrait bien lui donner, en juin, ses premiers députés sur la côte atlantique, la

candidate malheureuse à la présidentielle s’est déplacée quatre fois en Gironde depuis 2020. Trois fois rien que dans la circonscription du Blayais. Mercredi prochain, ce sera au tour du président par intérim du Rassemblement national, Jordan Bardella, d’y animer une réunion publique en soutien à sa candidate aux législatives. L’occasion de découvrir, après les Hauts-de-France, la région ProvenceAlpes-Côte d’Azur et le Grand Est, ce qui pourrait se révéler, ces prochaines années, les nouvelles terres du parti à la flamme. ■

Le gouvernement ne convainc pas Notre sondage Odoxa Backbone Consulting révèle l’insatisfaction des Français. dinah cohen £@DinahCohen

exécutif Ce sont des débuts que l’on pourrait qualifier de laborieux. Encore ambigu sur les grands chantiers à venir, qu’ils concernent le pouvoir d’achat ou les retraites, et déjà secoué par l’affaire Damien Abad, l’exécutif entame ce second quinquennat dans la douleur. Et les Français s’en rendent compte. Selon notre sondage Odoxa Backbone Consulting réalisé pour Le Figaro, eux-mêmes ne sont pas convaincus par l’affiche proposée par Emmanuel Macron. Ils s’en disent même majoritairement insatisfaits (58 %). Le problème se pose dès le départ : la nomination d’Élisabeth Borne, annoncée après plusieurs semaines de tergiversations, n’a pas eu d’effet marquant dans l’opinion. Ses quelques jours passés à Matignon n’ont pas non plus suffi à susciter un enthousiasme quelconque. Aujourd’hui, seuls 51 % des Français se disent satisfaits des premiers pas de la chef de gouvernement. Les plus mécontents de cette première ministre figurent parmi les sympathisants Insoumis (61 %), ceux du Rassemblement national (72 %) et de Reconquête ! (74%).

Le Maire et Attal bien perçus

Demain

« La montée du RN est inexorable ici. C’est un mini-HéninBeaumont », explique Edwige Diaz, candidate RN, dans la circonscription de Blaye et de Coutras, en Gironde.

Les citoyens ne se réjouissent pas davantage des ministres qui composent la nouvelle équipe. Dans celle-ci, aucun des visages désignés n’imprime véritablement. À deux exceptions près : Bruno Le Maire (Économie) et Gabriel Attal (Comptes publics). Reconduit après cinq ans en fonction, l’indéboulonnable de Bercy est davantage apprécié que ses collègues. Son maintien est même perçu par 43 % des citoyens comme étant une « bonne décision », contre 27 % estimant le contraire. Le benjamin de la macronie se distingue lui aussi avec 33 % de jugements positifs contre 29 % négatifs. Quant aux autres, ils suscitent soit du rejet, soit une indifférence due à leur manque de notoriété. C’est notamment le cas de Pap Ndiaye (Éducation nationale), Sébastien

Lecornu (Armées), Amélie de Mont­ chalin (Transition écologique), Stanislas Guerini (Fonction publique) et Damien Abad (Solidarités), désignés comme d’« illustres inconnus » par l’immense majorité des Français. Le dernier, ancien président de groupe des Républicains à l’Assemblée nationale, pâtit toutefois des accusations de viol récemment remontées à la surface. Avec 32 % de citoyens voyant en sa nomination une « mauvaise décision », il enregistre le plus fort niveau d’impopularité. Plus gênant encore, les Français remettent en doute la capacité de ce gouvernement à faire face aux dossiers. Ils sont ainsi 53 % à ne pas penser que ce

casting est « bien équilibré quant au profil de ses membres », et 62 % à considérer qu’il ne s’agit pas de ministres solides et compétents pour répondre aux enjeux économiques (61 %) et sociaux (63 %). Dans le même ordre de grandeur, les citoyens pensent que ce remaniement n’est pas le signe que le président veut imprimer un renouvellement, ni même qu’il prési­dera autrement que lors des cinq dernières années. Reste à savoir si ces considérations auront un effet sur les élections législatives à venir. Selon notre étude, ce sont en tout cas 56 % des sondés qui ne pensent pas que l’exécutif mérite de disposer d’une majorité à l’Assemblée nationale. ■

QUESTION : Élisabeth Borne a été nommée première ministre par Emmanuel Macron le 16 mai dernier.

Comment jugez-vous ses premiers pas à Matignon et ses premières annonces en tant que première ministre ? Pour le moment, diriez-vous que c’est… ? 1 % (NSP)

Insatisfaisant : 48 %

18 %

Tout à fait insatisfaisant

9%

42 % Plutôt insatisfaisant

30 %

Satisfaisant : 51 %

Tout à fait satisfaisant

Plutôt satisfaisant

57% des Français se disaient satisfaits de la nomination d’Élisabeth Borne comme première ministre 2 jours après sa désignation*

* Sondage Odoxa – Backbone Consulting pour le Figaro, publié le 18 mai 2022

QUESTION : Globalement, êtes-vous satisfait(e) de la composition de ce nouveau gouvernement ?

Très satisfait(e)

4%

Satisfait(e) : 40 %

36 %

Plutôt satisfait(e) Plutôt insatisfait(e)

36 % 23 %

Très insatisfait(e) NSP

1%

Insatisfait(e) : 59 %

Étude réalisée par Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro. Enquête réalisée auprès d’un échantillon de Français interrogés par internet les 24 et 25 mai 2022. Échantillon de 1 005 Français représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, niveau de diplôme et profession de l’interviewé après stratification par région et catégorie d’agglomération. Auprès de l’ensemble des Français, la marge d’erreur s’établit, selon le score visé, entre 1,4 et 3,1 points.

Jean-Maurice Chacun/PHOTOPQR/SUD OUEST/MAXPPP

Dans la 11e circonscription de Gironde, Edwige Diaz pourrait l’emporter après la percée de Marine Le Pen dans ce territoire.

le figaro

International

vendredi 27 mai 2022

5

Xinjiang : la « visite Potemkine » de l’ONU La haute-commissaire aux Droits de l’homme y effectue un séjour encadré de près.

Une province « pacifiée » Bachelet a eu droit à un deuxième « cadeau » dès le second jour de son périple : Plus de cinq mille photos de détenus, parfois âgés à peine de 15 ans, regardant l’objectif droit dans les yeux, le regard parfois effrayé. Ces clichés font partie des documents internes en provenance des ordinateurs de la police dans les comtés de Konasheher et Tekes, remis à la BBC et à plusieurs médias internationaux, par un mystérieux lanceur d’alerte, au début de l’année. D’autres photos montrent des gardes lourdement armés surveillant des cellules dans des « centres de formation professionnelle », tels qu’ils sont baptisés par les autorités. Comme à Shufu, au sud de Kashgar, où 3722 « étudiants » sont surveillés par 366 policiers postés aux portes des quatre bâtiments, dont 25 sont armés de fusils. Le complexe est entouré de murs barbelés et surveillé par quatre miradors, où sont postés fusils-mitrailleurs et snipers. Ces « dossiers de la police du Xinjiang » dévoilent un discours musclé du ministre de la sécurité publique Zhao Kezhi datant

Israël élimine un chef des gardiens iraniens Le colonel Khodayari participait aux opérations extérieures des gardiens de la révolution. Thierry Oberlé £@ThierryOBERLE Correspondant à Jérusalem

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:16:50c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

Moyen-Orient Le colonel iranien Hassan Sayad Khodayari, 50 ans, a été tué dimanche devant son domicile, dans une rue d’un quartier résidentiel de Téhéran. Il circulait en voiture lorsque deux hommes armés à moto se sont approchés de son véhicule et ont ouvert le feu. Les médias d’État ont publié des photos de la scène de crime, montrant un homme effondré sur le volant d’une Kia. Un assassinat ciblé imputé par l’Iran à Israël. Mardi, les funérailles du haut gradé du corps des gardiens de la révolution ont pris un relief particulier en raison de la présence des commandants de cette organisation et de la Force al-Qods, les services spéciaux de Téhéran responsables des opérations secrètes hors du territoire iranien. Des milliers de personnes ont envahi les rues autour du cimetière en scandant « mort à Israël ! » et en appelant à la vengeance. « Nous ferons en sorte que l’ennemi le regrette et aucune de ses actions maléfiques ne restera sans réponse », a déclaré le général Hossein Salami, le chef des gardiens de la révolution. Israël n’a pas officiellement réagi, mais ce jeudi le New York Times a révélé que les autorités israéliennes ont informé les responsables américains qu’elles étaient bien à l’origine du meurtre. Les Israéliens auraient indiqué à leur allié que l’opération était un avertissement pour que Téhéran mette fin aux actions d’un groupe au sein de la Force al-Qods baptisé « Unité 840 ». Il serait chargé d’attaques terroristes et de rapts de personnalités civiles ou militaires israéliennes. Le colonel Khodayari aurait été impliqué au cours des deux dernières années dans des tentatives d’attentats au Moyen-Orient ainsi qu’en Colombie, au Kenya, en Éthiopie, aux Émirats arabes unis et à Chypre. L’enquête du New York Times précise, selon des sources anonymes iraniennes, que cet ancien conseiller du général Qassem

Xinjiang Police Files

Asie Michelle Bachelet a eu droit à un cadeau de bienvenue dès son atterrissage en Chine. Un ouvrage de Xi Jinping sur « le respect des droits de l’homme » remis en main propre par Wang Yi, le ministre des Affaires étrangères, venu l’accueillir à Canton, lundi. Chaque pays doit « suivre sa propre voie » en la matière a martelé le président le plus autoritaire depuis Mao lors d’un entretien par vidéo avec la haute- commissaire aux Droits de l’homme de l’ONU qui mène une rare visite dans le Xinjiang cette semaine, alors que de nouvelles révélations viennent corroborer l’ampleur de la répression orchestrée par le régime communiste dans cette province du grand ouest chinois. La seconde puissance mondiale veut imposer sa propre version de l’histoire à la face du monde à l’occasion de cette visite sans précédent depuis 2005, alors qu’une fuite de documents de la police chinoise confirme l’internement forcé de plus de 1 million de Ouïgours, au nom de la lutte contre « l’extrémisme » ces dernières années. Il s’agit du « mensonge du siècle » assène Pékin, face aux accusations de « génocide » lancées par les États-Unis, en plein bras de fer stratégique entre les deux puissances rivales. Le régime espère que cette visite de la délégation onusienne, étroitement isolée dans une « bulle sanitaire » au nom de la menace du Covid, permettra de mettre un terme « à la désinformation à l’encontre de la Chine ». Une « tournée Potemkine » étroitement cornaquée par les autorités qui offrira un blanc-

seing à Pékin, redoute les chancelleries occidentales, et quarante parlementaires, de dix-huit pays, dans une tribune. La plupart des ambassades européennes ont décliné les invitations répétées de Pékin à se rendre dans le Xinjiang, ces dernières années, n’ayant pas obtenu les garanties de liberté de mouvement indispensables pour vérifier la situation sur le terrain. Washington a dénoncé « le silence inquiétant » de l’ancienne présidente du Chili face aux « atrocités » commises dans le Xinjiang, alors qu’elle a repoussé sine die la publication d’un rapport sur le sujet.

Soleimani, le patron des opérations militaires extérieures tué par une frappe américaine à Bagdad en janvier 2020, était un expert en logistique et jouait un rôle crucial dans le transport de technologie pour drones et missiles vers les combattants iraniens en Syrie et vers la milice du Hezbollah au Liban.

Guerre de l’ombre Ce nouvel épisode de la guerre de l’ombre que se livrent les deux pays depuis des années sur terre, mais aussi en mer, dans les airs ou dans le cyberespace, intervient alors que les négociations pour relancer l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien piétinent. L’un des points de divergence porte sur la désignation des gardiens de la révolution comme un groupe terroriste par les États-Unis. L’Iran exige la suppression de ce classement mais Joe Biden s’y refuse. Israël a l’habitude d’assassiner des scientifiques ou des cibles nucléaires à l’intérieur de l’Iran via des commandos. En 2020, il a ainsi éliminé le principal chercheur nucléaire et vice-ministre de la Défense du pays, Mohsen Fakhrizadeh, sur une route, à l’aide d’un canon robotisé télécommandé par intelligence artificielle sans doute depuis l’État hébreu. Cette fois, le meurtre semble lié à d’autres considérations. Rocambolesque à en croire les médias israéliens, le plan ciblant le colonel Khodayari remonterait à juillet 2021. C’est à cette époque que des agents du Mossad auraient enlevé puis relâché un tueur à gage iranien travaillant pour lui. Selon le réputé analyste israélien Yossi Melman, il aurait avoué un complot visant à éliminer un diplomate israélien, un journaliste français et un général américain. Une affaire rendue publique début mai par la chaîne d’information persane Iran International, basée à Londres et parrainée par l’Arabie saoudite. La fuite était destinée à faire comprendre à l’Iran qu’Israël a la capacité de pénétrer en profondeur dans les cercles de sécurité iraniens. ■

L’un des documents issus de la police fournis à Michelle Bachelet, la haute-commissaire aux Droits de l’homme, montre des gardes fortement armés surveillant des cellules dans des « centres de formation professionnelle », dans la région du Xinjiang. du 15 juin 2018, confirmant les estimations d’un internement de 1 à 2 millions de personnes au pic de la campagne « frapper dur », lancée en 2014 par Xi, après des attentats à Kunming. La venue de Bachelet coïncide avec une nouvelle étape dans la remise au pas de la province rétive, longtemps marche lointaine de l’Empire Qing, et qui fut le théâtre d’émeutes en 2009. Après avoir mené une campagne de rééducation et d’internement à grande échelle, culminant en 2018-2019, le régime semble avoir démantelé nombre de centres d’internement pour désormais mettre l’accent sur le développement économique, à grand renfort de propagande. « Les Chinois ont poussé en faveur de cette visite, non sans trahir leur paranoïa. Ils se sentent plus confiants et jugent que la situation est désormais “présentable”, car le plus gros du travail répressif a été accompli », explique Raffaello Pantucci, chercheur à la Nanyang Technological University, à Singapour. Après plus de cinq ans de lutte « féroce » et « sans merci » contre les « sépa-

ratistes » et « terroristes » décrétée par Xi, Pékin rouvre la province « pacifiée » aux regards extérieurs, pour en faire une vitrine du développement du socialisme « aux caractéristiques chinoises ». La nomination en décembre de Ma Xingrui comme nouveau chef du Parti local en provenance du prospère Guangdong, remplaçant le redoutable Chen Quanguo, qui avait étrenné ses rudes méthodes au Tibet, signale ce changement de pied, alors que la croissance patine dans ce grand ouest, maillon clé de la « nouvelle route de la soie » du timonier Xi. Bachelet est attendue au tournant, alors qu’elle doit s’exprimer à l’issue de son périple qui la mène à Urumqi, et qui se termine le 28 mai. Sa « crédibilité est en jeu » juge Human Rights Watch. La France a demandé « un accès véritable et sans entraves » pour l’envoyé de l’ONU, par la voix de Catherine Colonna, nouvelle ministre des Affaires étrangères, lors d’un premier entretien avec Wang Yi, faisant état de « très graves violations des droits de l’homme » au

Xinjiang ». La position timorée de l’émissaire reflète l’influence grandissante de la Chine dans l’enceinte onusienne, où elle rallie de nombreux alliés du « sud » pour neutraliser les critiques occidentales, comme au Conseil des droits de l’homme à Genève. Pékin espère que la visite de l’ONU permettra de désamorcer les accusations des communautés ouïgoures en exil, relayées par les États-Unis et l’UE, qui rattrapent désormais les entreprises internationales se fournissant en coton du Xinjiang. Après la mise au pas de Hongkong, et les menaces à l’égard de Taiwan, la reprise en main musclée dans cette province est devenue un point d’achoppement clé face aux démocraties, mais la Chine ne compte pas faire de concession sur ce dossier de « politique intérieure ». « Les nouvelles révélations ne changeront pas leur comportement sur le terrain », juge Pantucci. Un rapport tiède de l’ONU permettrait néanmoins au régime autoritaire d’émousser les attaques sur le front de la communication extérieure. ■

Voguer. Échanger. Rêver

OFFRE LECTEUR

-20 %*

ou supplément cabine individuelle OFFERT avec le code FIG03

Croisière du 3 au 15 août 2022

De l’Islande au Groenland Entre volcans d’Islande et glaciers du Groenland, le feu et la glace en une même croisière ! A bord d’un yacht d’expédition conçu pour 180 passagers .

FIG03

*Offre non rétroactive valable jusqu’au 30/06/22 non cumulable avec d’autres réductions sauf avantage fidélité. 20% ou supplément cabine individuelle offert.

RÉSERVEZ VOTRE CROISIÈRE AU 01 83 96 85 03 OU SUR WWW.RIVAGESDUMONDE.FR

A

Correspondant en Asie

RCS Paris B 438 679 664 – 150 000 euros - Atout France IM 075 100 099 – Crédit GettyImages

Sébastien Falletti £@fallettiseb

vendredi 27 mai 2022 le figaro

6

La guerre en Ukraine

La nouvelle vie amère des réfugiés ukrainiens en Russie

Des centaines de milliers de personnes fuyant la guerre reçoivent un accueil inégal selon les régions. Alain Barluet £@abarluet Envoyé spécial a Toula

« ICI, nous dormons dans un lit blanc comme neige. Et comme le silence est étrange après toutes ces explosions. Marioupol a été détruite comme Stalingrad » : Sergueï Klimovitch, 78 ans, n’en revient pas encore de sa nouvelle vie, dans un centre de vacances réquisitionné près de Toula, à deux heures et demie de train au sud de Moscou. Avec soixante-dix autres réfugiés venus d’Ukraine, il vit désormais dans ce « point d’hébergement provisoire », l’un des seize ouverts dans la province de Toula. Ils accueillent au total environ deux mille personnes. Quelques-uns parmi les centaines de milliers d’Ukrainiens venus de l’est du pays - leur nombre exact n’est pas connu, certaines sources parlent de 800 000 personnes. Leur avenir n’est pas moins incertain, ni leur souffrance moins grande, que ceux des réfugiés, cinq fois plus nombreux, à avoir rejoint l’Europe de l’Ouest. La situation de ces rescapés de la guerre varie surtout considérablement selon les régions et selon la manière dont ils ont gagné Russie, pris en charge collectivement ou arrivés individuellement. Ancien capitaine de la marine russe, Sergueï Klimovitch vivait avec son épouse, Natalia Mikhaïlovna, au septième étage

d’un immeuble qui en comptait neuf, avenue Azovstal, tout près de l’usine du même nom, épicentre des combats durant plusieurs semaines. C’est dire s’il en a vu ! « On tirait depuis l’usine et contre l’usine. Et tout ça volait au-dessus de nous », raconte le vieil homme. Dès que cela a commencé, sa femme est descendue à la cave. Elle y passera trois semaines, dans le froid (il faisait jusqu’à moins neuf degrés), les doigts gelés, sans eau, sans électricité. Lui enfile aussitôt son vieil uniforme de la marine et décide de rester dans son appartement - « C’est ma maison. Je ne me cacherai de personne », clame-t-il. Infatigable, il fait des allers-retours avec le sous-sol, et malgré le danger va au ravitaillement : beaucoup de pâtes et l’eau, qu’il faut aller chercher à deux kilomètres et que l’on conserve dans la baignoire…

Volontariat et dons Un jour, un obus a frappé l’immeuble de plein fouet. « Notre voisine du dernier étage, Maria Timofeevna a été tuée. On l’a descendue dans la cour, on l’a enterré là et on a mis une croix », se souvient le mieux marin. Jusqu’au jour où un soldat avec un brassard blanc - c’est-à-dire pro-russe - est monté à l’étage et lui a dit de partir. Avec son épouse, ils ont marché jusqu’à la mer au point de rassemblement où les attendaient des autobus. Ils ont alors rejoint Taganrog, dans le sud de la

Russie. Un train - « treize wagons, juste pour les gens de Marioupol » les a ensuite conduits à Voronej, Koursk et enfin Toula, où des volontaires se sont occupés d’eux. Toutes leurs affaires, leurs rêves, un petit bateau acheté à l’époque soviétique, la tombe de leur fils mort l’an dernier, sont restés làbas. Restent, pour Sergueï Klimovitch, ses souvenirs intacts, notamment ses années de service à Cuba, qu’il raconte abondamment - et l’amour de la pêche : se procurer une canne a été l’un de ses premiers souhaits en débarquant ici… « Les réfugiés sont arrivés en deux vagues, d’abord ceux venant de Donetsk et Louhansk (les deux « républiques » pro-russes du Donbass, NDLR), puis ceux de Marioupol », explique Andreï Tcherezov, un jeune spécialiste de ­« high-tech » qui, depuis deux mois, consacre une bonne partie de son temps à aider les personnes venues d’Ukraine. Surtout des femmes avec enfants mais aussi des personnes plus âgées. Les hommes, nette-

Sergueï Klimovitch et son épouse Natalia Mikhailovna, réfugiés de Marioupol, vivent désormais dans un centre d’hébergement provisoire près de Toula, en Russie. Elena Chernyshova

La Géorgie s’éloigne de l’Union européenne pour revenir dans l’orbite de Moscou Isabelle Lasserre £@ilasserre

AlORS que les combats font toujours rage dans le Donbass, la guerre russe sur les anciennes terres de l’Union soviétique se poursuit par d’autres moyens. L’ancien ennemi public numéro un de Vladimir Poutine, Mikhaïl Saakachvili, qui à l’issue de la révolution des roses en 2004 avait ancré son pays, la Géorgie, à la famille démocratique occidentale grâce à des réformes imposées à marche forcée, se meurt doucement en prison à 54 ans. Selon ses proches, l’exprésident charismatique et proeuropéen de cette petite république caucasienne pourrait ne pas survivre longtemps aux mauvais traitements dont il est victime.

de la faim uGrèves Condamné en son absence pen-

dant un procès politique à neuf ans de prison pour « abus de pouvoir »,

Micha Saakachvili avait été arrêté à son retour en Géorgie le 1er octobre 2021, après huit années passées en exil, notamment en Ukraine, pays dont il a acquis la nationalité quand il a été nommé gouverneur d’Odessa en 2015. Depuis, le prisonnier politique le plus célèbre de la région avec Alexeï Navalny, a été très affaibli par plusieurs grèves de la faim et des mauvais traitements. « Ces dernières semaines, son état de santé s’est beaucoup dégradé. Il ne peut plus ni bouger ni parler ni s’alimenter », alerte la députée ukrainienne Lisa Yasko. Le gouvernement géorgien, qui veut à tout prix l’éloigner de la vie politique, refuse qu’il soit transféré dans un hôpital à l’étranger. La présidente Salomé Zourabichvili, ancienne diplomate française, a refusé de le gracier. Dans l’ombre, c’est toujours l’ancien président Bidzina Ivanichvili, milliardaire ayant fait sa fortune en Russie et

MARINE LE PEN

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:16:50c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

A

En direct

DIMANCHE 12H-13H

resté proche du Kremlin, qui tire les ficelles de la vie politique géorgienne. « Et qui déteint les clés des les verrous de la cellule de Saakachvili, sa bête noire » commente un ancien responsable géorgien.

dans le giron uRetour de Moscou

Passée d’un État post-soviétique à une démocratie occidentale naissante dans les années 2000 sous la présidence de Saakachvili, la petite Géorgie est de nouveau ramenée dans le giron de Moscou, après une guerre éclair en 2008 et des pressions exercées par le Kremlin sur les oligarques locaux et la classe politique. Depuis le début de la guerre en Ukraine, sa « neutralité » affichée envers la Russie s’est muée en « complaisance » vis-àvis de Vladimir Poutine. « La guerre en Ukraine a été l’heure de vérité pour le pouvoir géorgien. Ensuite les pressions du Kremlin sur Ivanichvili ont contraint Tbilissi de

Benjamin SPORTOUCH Jim JARRASSÉ Amélie CARROUËR Marie-Pierre HADDAD Questions et réactions #LeGrandJury

Vladimir Poutine n’a pas besoin d’installer à Tbilissi un gouverne­ment fantoche, il l’a déjà. La Russie pourrait même décider d’envahir tout le pays, le pouvoir ne résisterait pas

»

Un ancien responsable géorgien

ment moins nombreux, viennent de Marioupol, car ceux des « républiques » sont obligatoirement mobilisés pour aller au front. Comme beaucoup de Russes, Andreï, le volontaire de Toula, a lui aussi là-bas de la famille, avec laquelle les ponts sont désormais rompus. « Beaucoup de ceux arrivés de Louhansk sont déjà repartis chez eux », affirme-t-il. Comment est-ce possible ? Les autres attendent espérant pouvoir rentrer chez eux lorsque la situation se sera calmée. Une perspective beaucoup plus improbable pour ceux de Marioupol - la ville est largement détruite. « Au total, sur mille cas dont je me suis occupé à Toula, seul un souhaitait aller à l’étranger, en Pologne, où ces réfugiés avaient de la famille », dit Andreï Tcherezov. « Selon nos estimations, 15 à 20 % des réfugiés arrivant d’Ukraine souhaitent partir en Europe, 40 % aimeraient retourner chez eux et 40 % veulent rester en Russie », indique Danil Makhit-

nisky, un jeune homme politique moscovite qui a déployé son mouvement « Société, Avenir », et ses réseaux, au service des réfugiés. Huit mille personnes, dans treize régions du pays sont passées par son organisation. À Toula, ville industrielle, ils espèrent retrouver un travail sans trop de difficultés. Trouver refuge dans le pays, la Russie, qui a lancé le 24 février « l’opération militaire spéciale », avec toutes les conséquences qui s’en sont suivies ? Pour les habitants des régions de Donetsk et Louhansk, bombardées depuis huit ans, proche de la Russie par la langue et la culture, la question ne se pose pas. « La situation a toujours été difficile pour eux », commente Danil Makhnitsky. À Marioupol, où des couloirs humanitaires ont parfois été laborieusement mis en place, certains ont pu partir à l’Ouest. « Les habitants de Marioupol ont eu très peur du bataillon Azov qui utilisait les civils comme boucliers humains », affirme Danil Makhnitsky. Il dé-

La pression territoriale russe sur ses voisins Kyiv

Limites administratives des deux oblasts du Donbass revendiqués par les séparatistes prorusses des républiques populaires de Donetsk et Louhansk de Louhansk et dont Moscou a reconnu l’indépendance le 21 février 2022

Karkhiv

(Kiev)

UKRAINE MOLDAVIE

Transnistrie Chisinau

Tiraspol

Odessa

Kherson

Donetsk

Donbass Marioupol Mer d’Azov

RUSSIE

Sébastopol

Crimée Mer Noire

Sokhoumi

Ossétie du Sud

Abkhazie

GÉORGIE Tskhinvali Tbilissi Territoire annexé par la Russie en mars 2014 Territoire contrôlé par des séparatistes ARMÉNIE AZERB. prorusses avant le 24 février Erevan TURQUIE Territoire ukrainien contrôlé Stepanakert par l’armée russe depuis le 24 février Artsakh Mission russe d'observation (Haut-Karabakh) IRAN du cessez-le-feu entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan 100 km Infographie se désolidariser de l’Ukraine, voire de critiquer ouvertement son président et son gouvernement et de ne pas appliquer les sanctions économiques contre la Russie. Au contraire, les Occidentaux craignent que la Géorgie serve de plateforme pour contourner les sanctions. Le pays le plus pro-occidental de la région glisse dangereusement dans l’orbite russe », commente Thornike Gordadze, spécialiste de l’Institut international pour les études stratégiques (IISS). Les autorités géorgiennes ont refusé de condamner l’agression de la Russie contre l’Ukraine et de se joindre aux sanctions européen-

nes, que le premier ministre Irakli Garibachvili juge « inutiles ». Elles accueillent les entreprises russes qui s’installent à Tbilissi pour contourner les sanctions européennes. Comme à Moscou, les cercles du pouvoir évitent de parler de « guerre » en Ukraine et reprennent la propagande du Kremlin. Le président Volodymyr Zelensky n’a d’ailleurs pas manqué de reprocher à la Géorgie son manque de solidarité vis-à-vis de l’Ukraine. Les mêmes méthodes répressives que celles de la Russie sont utilisées pour faire taire les voix dissidentes. Nika Gvaramia, le patron de la télévision d’oppo-

le figaro

vendredi 27 mai 2022

La guerre en Ukraine qu’il vient de réceptionner. Il connaît presque chacun des destinataires par son prénom. Pour d’autres réfugiés ukrainiens toutefois, la Russie est synonyme de galère. Partis individuellement en bus de Sieverodonestk, sous contrôle ukrainien, mais souhaitant aller en Russie, Tatiana, 50 ans et son frère Evgueni, l’électricien déjà mentionné plus haut, déchantent aujourd’hui. « Dans le bus, mon frère a dû se cacher entre les personnes âgées et les handicapés, pour éviter que les militaires ukrainiens ne l’arrêtent et ne l’envoie se battre », dit Tatiana.

7

L’Allemagne, accusée de ralentir la livraison de chars à l’Ukraine

Triste odyssée

te-t-il. Les investigations sont parfois poussées. On vérifie parfois si les réfugiés n’ont pas de traces de poudre sur les doigts. « Les autorités russes essaient d’éviter les attaques terroristes, ce n’est pas de la sélection à la Goebbels » (le responsable de la propagande nazie sous le IIIe Reich, NDLR), s’agace Andreï Tcherezov. « Le mari d’une réfugiée n’a pas été autorisé à l’accompagner à Toula. Il a servi dans l’armée ukrainienne et s’en est vanté sur les réseaux sociaux », raconte le volontaire. En Russie, l’aide aux réfugiés n’est pas centralisée ; elle a été déléguée aux régions. Et repose en large partie sur le volontariat et les dons du public. « Pour que cela marche, il faut des directeurs de centre et des “tchinovniks” (des fonctionnaires) investis et, malheureusement, c’est loin d’être le cas partout », témoigne Andreï Tcherezov. Le coffre de sa voiture déborde de vêtements, chaussures et confiseries, achetés pour les réfugiés grâce aux dons du public, et

Le char Gepard (ci-dessus) que l’Allemagne a promis de livrer à l’Ukraine en juillet est un engin de défense antiaérienne, conçu durant la guerre froide et retiré de la Bundeswehr depuis dix ans. C. Rehder /DPA/ABACA

Pierre Avril [email protected] Correspondant à Berlin

LES CHARS allemands peinent à trouver la route du front ukrainien. Un mois après avoir annoncé la livraison à Kiev de blindés Gepard de fabrication allemande et donné son feu vert à l’exportation de chars issus des stocks post-soviétiques, le gouvernement Scholz se retrouve accusé par l’opposition et son voisin polonais de ne pas honorer ses promesses. « Je crains que le chancelier ne veuille pas que l’Ukraine gagne la guerre, dans le sens où les troupes russes seraient chassées du pays », critique le porte-parole de la CDU pour les affaires étrangères du Bundestag, Roderich Kiesewetter. Épaulé par le groupe de presse Springer - propriétaire du quotidien à grand tirage Bild - le parti conservateur désormais en tête dans les sondages fait feu de tout bois contre un chef de gouvernement social-démocrate dépeint comme « hésitant » et inapte aux situations de crise. Relative à la livraison d’armes dans un pays traditionnellement pacifiste, la polémique lui est servie sur un plateau. L’annonce récente, par la ministre de la Défense, Christine Lambrecht selon laquelle 15 premiers chars Gepard, sur un volume de 50, et accompagnés de 59 000 pièces de munitions seront transférés très tard, à la mi-juillet, n’a fait que relancer les critiques sur la fiabilité de l’engin. Ce dernier est d’abord un outil de défense antiaérienne, conçu durant la guerre froide et retiré de la Bundeswehr depuis dix ans, doté d’un petit calibre et qui n’a jamais servi en situation de combat. Ses anciens conducteurs décrivent un outil difficile à manier. La formation est à la charge du fabricant KMW, qui devra faire appel à d’anciens soldats.

“ Le premier ministre géorgien, Irakli Garibachvili (ici, en mars dernier, à Batumi), a refusé de condamner l’agression de la Russie contre l’Ukraine. Radek Pietruszka/EPA-EFE

sition Mtvari a été condamné à trois ans et demi de prison. D’autres procès expéditifs ont visé des journalistes d’opposition. En quelques mois, la Géorgie a perdu trente places dans le classement mondial de la liberté de la presse pour rétrograder à la 89e place.

population uUne pro-européenne

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:16:50c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

Le tournant pris par la Géorgie depuis le début de la guerre en Ukraine est-il lié à la peur ? Certains redoutent qu’en cas d’échec en Ukraine ou d’enlisement militaire, Vladimir Poutine soit tenté de chercher une victoire ailleurs

en annexant le territoire séparatiste pro-russe d’Ossétie du Sud, pour lequel les armées russes et géorgiennes s’étaient battues en août 2008. « En Géorgie, la victoire est beaucoup plus facile à obtenir pour Vladimir Poutine. Le président russe n’a pas besoin d’installer à Tbilissi un gouvernement fantoche, il l’a déjà. La Russie pourrait même décider d’envahir tout le pays, le pouvoir ne résisterait pas », prédit un ancien responsable géorgien. À la peur s’ajoute selon lui le poids financier de Bidzina Ivanichvili, dont la fortune, dit-on, équivaut à plus d’un tiers du PIB de la Géorgie.

Alors que Tbilissi a déposé sa candidature d’adhésion à l’Union européenne en mars dernier, les membres du parti au pouvoir, Le rêve georgien, multiplient les critiques envers l’Europe. « On a l’impression qu’ils veulent saborder la candidature de Tbilissi à l’UE. Pourtant, la majorité de la population y est favorable », poursuit Thornike Gordadze, qui fut ministre chargé de l’Intégration européenne et euroatlantique à l’époque de Saakachvili. Et si l’on en croit les sondages, elle réclame aussi davantage de soutien pour l’Ukraine.

Nous ne pouvons pas fournir de matériel lourd en appuyant sur un bouton ou en claquant des doigts



Annalena Baerbock, La ministre allemande des Affaires étrangères

Dans un courrier adressé à la commission de la défense du Bundestag, la secrétaire d’État à la défense, Siemtje Möller (SPD), a elle-même reconnu que son gouvernement privilégiait une autre voie d’approvisionnement : celle des échanges circulaires. En clair, les anciens membres du pacte de Varsovie livrent à l’Ukraine des chars soviétiques type T-72 issus de leurs stocks, familiers des soldats ukrainiens. Berlin compense les pertes de ses voisins en leur distribuant des engins « made in Germany », en l’occurrence des Leopard, dotés de gros calibres et expérimentés durant la guerre en Bosnie. Mais les négociations butent sur les modèles de remplacement. Prague, qui a déjà expédié à

l’Ukraine vingt T-72, a accepté de recevoir en échange, d’ici à la fin de l’année, 14 Leopard 2 A4 mais avec l’espoir de bénéficier ultérieurement de versions plus récentes de l’engin (A7), et pour 50 unités. « Grâce à cela, je crois que notre armée sera plus forte et notre pays plus sûr », s’est félicitée la ministre tchèque de la Défense, Jana Cernochova. La Pologne, en revanche, qui a livré 250 chars T-72 à Kiev, se plaint de l’insuffisance des contreparties allemandes. « Nous avons reçu une promesse permettant de remplacer les chars transférés à l’Ukraine, mais on entend aujourd’hui que l’Allemagne ne voudra pas la tenir. C’est une profonde déception », s’est plaint à Davos le président Andrzej Duda. La ministre allemande Affaires étrangères, Annalena Baerbock (Verts), favorable à une aide militaire à l’Ukraine a défendu sa coalition : « Nous ne pouvons pas fournir de matériel lourd en appuyant sur un bouton ou en claquant des doigts. » Selon l’institut Destatis, la Bundeswehr disposerait de seulement 266 Leopard.



Nous ne faisons rien qui puisse faire entrer l’Otan dans la guerre. Poutine ne doit pas gagner sa guerre. Et j’en suis convaincu : il ne la gagnera pas



Olaf Scholz, le chancelier allemand

Pour sa part, le fabricant Rheinmetall s’était déjà proposé il y a environ deux mois de fournir 88 exemplaires de ce modèle, ainsi que des chars Marder, hérités de la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement Scholz n’a pas formellement répondu à cette offre. Pour justifier ce retard, le SPD argue aujourd’hui de l’existence au sein des alliés de l’Otan, d’un accord informel empêchant la livraison à l’Ukraine de chars de combat occidentaux. Cette mesure non officielle serait destinée à ne pas provoquer la Russie. De fait, les blindés de fabrication occidentale livrés à Kiev servent principalement aux transports de troupes. Interrogée par Le Figaro, une source au sein de l’Alliance souligne que de telles initiatives relèvent de « décisions nationales ». Pour la CDU, qui se plaint de ne pas avoir été informée au Bundestag de l’existence d’un tel accord, ces atermoiements relèveraient d’une « tactique » délibérée du gouvernement. « Il s’agit là d’une nouvelle variante dans une longue chaîne de faux-fuyants », critique le député chrétien-démocrate Johann Wadephul, soutenu dans ses positions par l’ambassadeur ukrainien à Berlin, Andrij Melnyk. « Nous ne faisons rien qui puisse faire entrer l’Otan dans la guerre », se défend Olaf Scholz, tout en ajoutant, à Davos, jeudi : « Poutine ne doit pas gagner sa guerre. Et j’en suis convaincu : il ne la gagnera pas. » ■

A

ment fermement que des réfugiés aient pu être conduits en Russie contre leur gré. Ce que réfutent également toutes les personnes réfugiées rencontrées en Russie par Le Figaro. En mars, des sources ukrainiennes ont affirmé que 20 000 personnes avaient été conduites de force depuis la région de Marioupol jusqu’en Russie. D’après lui, « en situation de guerre, il n’y aurait tout simplement pas assez de personnels pour se livrer à ce type d’opérations ». Danil Makhnitsky rejette aussi des informations faisant état de violences, voire de disparitions, dans des « camps de filtration » par lesquels passeraient les réfugiés souhaitant rejoindre la Russie. Début mars, « on m’a contrôlé, en me déshabillant pour voir si je n’avais pas de tatouages ni des traces indiquant que j’ai pu porter une arme », raconte Evguéni, un électricien de 39 ans arrivé à Moscou depuis le Donbass. « La procédure a pris quarante minutes, mais je sais que c’est plus long maintenant », ajou-

Accueillis dans l’appartement d’un ami, dans la banlieue de Moscou, ils peinent à se faire enregistrer. Obtenir le statut de réfugié leur permettrait de recevoir les 10 000 roubles (60 euros au cours actuel) promis à chacun par Vladimir Poutine. Un bien maigre pécule que tous sont loin d’avoir reçu à ce jour. Par le bouche-à-oreille, le frère et la sœur ont entendu parler de l’association moscovite animée, entre autres par Maria Makeeva. Dans un petit local débordant de cartons, vingt à trente familles viennent ici chaque jour récupérer des vêtements et des produits d’hygiène. « Beaucoup viennent à Moscou en croyant que ce sera plus facile, mais ce n’est pas le cas », reconnaît Maria Makeeva. D’autres ont eu encore moins de chance. Le site d’information Meduza raconte ainsi l’histoire d’un groupe de trois cents réfugiés à qui l’on avait fait miroiter un terrain, une aide financière substantielle et un travail, à Vladivostok, sur l’océan Pacifique, à l’autre bout du pays. Mais déjà lors du long voyage en train vers l’Extrême-Orient, les promesses ont commencé de fondre comme neige au soleil. Au lieu de Vladivostok, les réfugiés se sont retrouvés dans l’austère localité de Vrangel, près de Nakhodka, « sans aide ni travail », comme témoigne Olga, l’une des participantes de cette triste odyssée. Alexeï, natif de Marioupol, raconte lui s’être vu proposé pour seul travail dans ces parages du bout du monde un emploi de « décapiteur de poulets » pour un salaire mensuel de 35 000 roubles (580 euros). Aux dernières nouvelles, Alexeï envisage d’aller tenter sa chance… en Iakoutie. Et toujours ce même refrain, entendu mille fois : « Nous sommes fatigués de la guerre. La vie passe et nous voulons la paix. » ■

vendredi 27 mai 2022 le figaro

8

Société

Paris pense à un « passe stationnement » pour les deux-roues La ville va examiner cette proposition qui accompagnerait la fin du stationnement gratuit dans les rues, prévue pour septembre. Océane Herrero £@Heroceane

5 000 places supplémentaires pour les deux-roues motorisés promises par la mairie de Paris

Mobilité L’échéance se rapproche. À partir de septembre 2022, les deux-roues ne pourront plus stationner gratuitement à Paris. Pour accompagner cette fin de la gratuité, un projet de délibération publié par la mairie prévoit la création d’un « passe deuxroues ». Objectif : rendre le stationnement dans les parkings de sous-sol « plus attractif » pour les deux-roues, en proposant un abonnement permettant d’accéder à ces parkings privés à des tarifs plus avantageux. Concrètement, selon le texte de la délibération qui sera soumise au

conseil à partir du 31 mai, le « passe 2RM » permettra de s’abonner à un « parc de référence », que le conducteur pourra choisir, et ainsi d’accéder à un « stationnement horaire à tarif réduit ». Les autres parkings « éligibles au dispositif » seront également accessibles au conducteur avec un tarif préférentiel. La liste de ces parcs n’est pas encore connue, mais la mairie de Paris affirme en avoir identifié quatre-vingt-dix. À terme, davantage devraient faire partie du dispositif, avance-t-on encore du côté de la mairie. Les tarifs de cet abonnement varieront, comme pour les places de stationnement en surface, en fonction des « zones » sur lesquels les parkings

souterrains se situent. Ainsi, du 1er au 11e arrondissement, le prix de l’abonnement sera de 90 euros par mois pour bénéficier d’un tarif horaire de 1,20 euro. Du 12e au 20e arrondissement, l’abonnement sera facturé 70 euros, pour un tarif horaire de 80 centimes.

Un plan « inadapté » selon les motards

Cette fin de la gratuité était envisagée dès 2020, lors de la campagne des municipales. Anne Hidalgo, qui briguait un deuxième mandat à la mairie de Paris, estimait qu’il y avait « beaucoup trop de deuxroues motorisés qui se garent n’importe où, qui ne respectent pas les pistes cyclables, les trottoirs ». Cet-

te mesure a ensuite été portée par David Belliard, l’adjoint écologiste chargé des déplacements, dans le cadre d’une politique plus globale visant à réemployer l’espace dédié au stationnement de véhicules. L’adjoint a cependant garanti que les « publics prioritaires » auraient, en parallèle, accès à davantage de places de stationnement. Parmi eux, les personnes à mobilité réduite, mais aussi des professionnels, tels que les livreurs, les taxis, ou encore le personnel soignant. Le plan de la mairie a été largement critiqué par des fédérations de motards. Dans un communiqué commun paru en décembre, plusieurs d’entre elles ont dénoncé un projet « inadapté »,

pointant du doigt le faible nombre de places qui ont été ajoutées par la mairie de Paris pour les deuxroues, qui ne peuvent désormais plus se garer sur les trottoirs sous peine d’amende. La mairie de Paris a promis quelque 5 000 places supplémentaires pour les deux-roues motorisés, un chiffre bien en deçà du nombre d’usagers quotidiens de ce type de véhicule, chaque jour dans la capitale. Les fédérations de motards s’inquiètent en outre du coût de stationnement, qui va de facto créer un nouveau poste de dépense pour les conducteurs. Une exception à cette règle : les deuxroues électriques, qui pourront continuer à stationner gratuitement dans la capitale. ■

Football : 6 800 policiers pour une finale

Quelque 70 000 Anglais sont attendus à Paris pour le match entre Liverpool et Madrid en Ligue des champions. christophe cornevin £@ccornevin

Sécurité Ce sera sans nul doute la rencontre de football la plus à risques de l’année. Le duel au sommet opposant Liverpool au Real Madrid, samedi soir en finale de la Ligue des champions au Stade de France, fera figure de test grandeur nature pour les forces de l’ordre qui se préparent déjà au défi monstre des JO de 2024. L’exercice est d’autant plus délicat que le match était, à l’origine, programmé à la Gazprom Arena de Saint-Pétersbourg avant d’être déplacé en France en guise de sanction, le 24 février dernier, à l’entrée des forces russes en Ukraine. De facto, les stratèges de la préfecture de police de Paris n’ont eu que trois mois pour verrouiller, en urgence, chaque détail du dispositif, alors que des débordements de hooligans ne sont pas à exclure. Selon une dernière projection, près de 70 000 supporteurs anglais, la plupart sans billet, devraient franchir la Manche pour donner de la voix, mais aussi boire des bières, à Paris et en petite couronne. Parmi eux pourraient figurer des « éléments à risques » ayant consommé plus que de raison et prêts à en découdre. Soucieux d’assurer le « bon déroulement de la rencontre et garantir la sécurité des spectateurs et supporteurs aux abords du Stade de France », la Préfecture de police a mis en place deux fans zones bien éloignées l’une de l’autre. La première, réservée aux Anglais dému-

nis du précieux sésame leur donnant accès au stade, a été mise en place sur le cours de Vincennes, dans le 12 arrondissement à Paris. Ouvrant ses portes aux supporteurs de Liverpool dès le début de l’après-midi et jusqu’à la fin du match, cette fan zone pourra à elle seule accueillir jusqu’à 44 000 personnes. Les supporteurs de Liverpool ayant eu la chance de décrocher des billets sont, quant à eux, invités à rejoindre le Stade de France « dès que possible », le samedi. De leur côté, les groupes de supporteurs espagnols ayant un ticket

d’entrée pour la rencontre sont attendus dans un premier temps entre midi et 18 heures, dans une fan zone déployée au sein même du parc de la Légion d’honneur, à Saint-Denis.

Chasse aux « objets pyrotechniques »

Considérés comme a priori plus paisibles, les aficionados du Real Madrid sont ensuite invités à se rendre au Stade de France, où le coup d’envoi sera sifflé à 21 heures dans une enceinte de 80 000 spectateurs jouant à guichets fermés.

Des « Kopites », le sobriquet des supporteurs du Liverpool F. C. , se rendent au stade Anfield de la cité portuaire pour assister à un match du championnat anglais contre les « Loups » de Wolverhampton, le 22 mai dernier. ALEX LIVESEY/Getty Images via AFP

Les habitants de Seine-Saint-Denis qui souhaitent assister au match sur écran géant pourront, quant à eux, rejoindre à leur tour la fan zone de la Légion d’honneur à partir de 18 heures 30.« Un périmètre de protection est institué par deux arrêtés autour des deux fans zones », annonce la Préfecture de police qui prévient : « Tout rassemblement de nature revendicative est prohibé, les objets illicites ou considérés comme dangereux ne sont pas admis. » Outre bien sûr les armes et les objets tranchants, les patrouilles feront la chasse aux « arti-

cles pyrotechniques » de type feux d’artifice et fusées de détresse, mais aussi aux objets en verre. Des agents de gardiennage s’acquitteront, quant à eux, des palpations systématiques à l’entrée, sachant que les porteurs de valises ou de sacs volumineux risquent fort d’être refoulés. Dotés de détecteurs portatifs de métaux, les membres de ces forces privées ne seront en revanche pas armés. De minutieuses missions de filtrage, menées en amont, permettront d’identifier les supporteurs à risques, notamment avec l’appui de « spotters » anglais supposés avoir une fine connaissance des interdits de stades. La consommation d’alcool est prohibée « dans l’espace public, dans les établissements recevant du public ainsi que dans les débits de boissons implantés sur la commune de Saint-Denis ». Ces mesures de prohibition entrent aussi en vigueur dans les aéroports de RoissyCharles-de-Gaulle et Paris-Orly. « En revanche, précise la Préfecture de police, la consommation d’alcool sera possible à l’intérieur du Stade de France, à compter de l’ouverture des portes à 18 heures et pendant toute la rencontre. » Au total, pas moins de 6 800 policiers et militaires sont mobilisés dans le cadre de l’organisation de la finale. De manière préventive, le périmètre des Champs-Élysées n’est pas accessible aux fans espagnols et anglais jusqu’à dimanche soir. Pendant tout le week-end, Paris et sa couronne se retrouvent sous haute tension. ■

À Bourges, des élèves « concentrés » en classe dédoublée Cette mesure phare du premier quinquennat, qui concerne les classes de la grande maternelle au CE1, pourrait s’étendre jusqu’au CM2.

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:16:50c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

A

aude bariéty £@AudeBariety

éducation « En trente ans d’éducation prioritaire, c’est la première fois que je vois une mesure qui me permet d’augmenter nos résultats de manière pérenne. Et pourtant, j’en ai vu des réformes ! » Tout en gardant un œil sur la cour de récréation où s’égaillent les 128 enfants accueillis dans son établissement, Catherine Bruneau, la directrice de l’école Paul-Arnault de Bourges (Cher), ne tarit pas d’éloges sur les classes dédoublées, mesure éducative phare du premier quinquennat Macron. Dans cet établissement classé REP+ (réseau d’éducation prioritaire) des quartiers nord de Bourges, « l’école où les parents d’élèves ont le revenu médian le plus faible du département », cinq classes – deux de CP, deux de CE1, une de CE1-CE2 – sont concernées. Parmi elles, le CE1 de Maud Guillot, qui enseigne à Paul-Arnault depuis 2014. « Je n’ai pas honte de dire qu’à l’origine, je n’avais pas forcément choisi l’enseignement prioritaire. Je voulais sur-

tout me rapprocher de mon domicile », assume l’institutrice. « Mais maintenant que j’y suis, j’y reste par choix ! » Trois ans après son arrivée, le dédoublement a bouleversé son quotidien. La trentenaire a dû « tout réapprendre », en travaillant étroitement avec ses collègues du cycle 2 pour « recréer des habitudes communes ». « Nous avions un a priori très positif sur le dédoublement. Nous nous étions dit que nous allions pouvoir connaître mieux les élèves, leur apporter une aide plus précise et plus ciblée. Cet a priori se confirme maintenant que nous avons un peu de recul. Avant, nous étions vraiment en deçà des résultats départementaux et nationaux. Aujourd’hui, plus ça va, plus on recolle », assure l’enseignante, qui gère cette année une classe de seulement huit enfants. Auxquels viennent s’ajouter pour certaines activités Victoria, scolarisée en classe Ulis, destinée aux élèves en situation de handicap, et Yaroslav, récemment arrivé d’Ukraine. Des élèves quittent ou rejoignent également la

classe en fonction des matières. Estrela va ainsi en CP pour la lecture, Saker vient du CM1 pour les maths. Une souplesse rendue possible par les petits effectifs dans les classes et la bonne coordination entre les enseignants de l’établissement.

Une classe dédoublée, à Bourges (Cher), dans un établissement classé REP + (réseau d’éducation prioritaire). Tudal Legrand/Le figaro

Du cocooning au grand groupe

Maud Guillot voit tout de même une limite au dédoublement. « On s’est rendu compte qu’on essorait les élèves, puisqu’ils étaient beau-

coup moins nombreux ! Nous avons appris à varier les modalités de travail pour les laisser souffler un peu. » De fait, les enfants sont très souvent sollicités dans les séquences de travail : lecture d’un extrait de Pierre et le Loup à voix haute et à plusieurs, recherche de mots contenant le son « gn », correction de calculs au tableau… Lorsque les élèves utilisent leur ardoise, l’institutrice passe derrière chacun pour vérifier son avancement, donner un conseil, rectifier une erreur. Elle travaille également souvent en petits groupes, en fonction des difficultés des uns et des autres. Les soustractions avec retenue ont posé problème à Elif, Enes, Estrela et Saker la semaine précédente ? L’enseignante réunit les concernés autour d’une grande table ronde pour leur réexpliquer la méthode, tandis que Balkiss, Rabi, Aliza, Zaineb et Stefania se concentrent individuellement sur des exercices portant sur les multiplications. Les enfants et leurs familles semblent aussi convaincus par le

dédoublement. « Ça fait moins de bruit et on entend bien la maîtresse », déclare Balkiss. « Je trouve que c’est plus calme et que je me concentre mieux », renchérit Zaineb. « Si ça ne tenait qu’à moi, ce serait dédoublé tout le temps ! », s’exclame de son côté la mère de la fillette. Un avis partagé par plusieurs parents, mais pas par la directrice, ni par la maîtresse de CE1. « Si on maintient les élèves dans des classes très cocooning, la transition vers le collège va être dure », note Catherine Bruneau. « Déjà, aujourd’hui, nous essayons de les remettre en grand groupe de temps en temps. Dans leur scolarité, ils seront forcément confrontés aux grands groupes, donc il faut s’y préparer. » Maud Guillot, elle, estime que le CE2 pourrait devenir une « année charnière ». « Pourquoi pas des classes entières, mais avec un système qui ressemblerait à l’ancien dispositif “plus de maîtres que de classes” : un enseignant supplémentaire qui pourrait régulièrement prendre les élèves les plus fragiles à part pour les aider ? » ■

le figaro

vendredi 27 mai 2022

Société

Le 13 mars à Bastia, une femme brandit le drapeau corse sur le passage d’une manifestation nationaliste, une semaine après l’agression d’Yvan Colonna dans sa prison d’Arles.

9

PASCAL POCHARD-CASABIANCA/AFP

En attendant les négociations, les Corses se divisent sur la question de l’autonomie Si les discussions sur le statut de l’île sont à l’arrêt, les revendications des nationalistes ne font pas consensus. Bastia

nationalisme Le cycle de discussions sur l’autonomie de la Corse entre le gouvernement et les nationalistes est au point mort, mais le sujet demeure toujours aussi sensible. Après deux reports pour des raisons différentes, le ministère de l’Intérieur vient d’indiquer, auprès de l’AFP, qu’une réunion se tiendrait après les législatives, sans préciser de date. Une question qui a agité la campagne présidentielle, alors que l’île s’est embrasée après l’agression mortelle d’Yvan Colonna, en prison à Arles, le 2 mars. Un document cosigné mi-mars par Gérald Darmanin et le président autonomiste du Conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, avait précisé que le « périmètre » de ces réunions couvrirait « l’ensemble des problématiques corses », dont « l’évolution institutionnelle vers un statut d’autonomie qui reste à préciser ». Avec deux lignes rouges à ne pas franchir pour le gouvernement : la sortie de la Corse de la République et « la création de deux catégories de citoyens ».

se à Bastia, n’y va pas quatre chemins lorsqu’elle est invitée à s’exprimer sur l’ouverture prochaine des discussions. La jeune femme l’avoue même : « ce n’est pas une question qui m’intéresse plus que ça. Nous sommes une île touristique et je considère que le tourisme nous fait vivre. » Annie et Rachel, deux retraités de 75 et 68 ans, résidentes de Bastia, sont plus précises au moment d’évoquer cette revendication politique : « De mon côté j’espère que ça se fera, affirme Annie, qui vote nationaliste. Nous voulons décider de notre sort. Maintenant, je ne sais pas si ça peut régler les problèmes de l’île, alors que les nationalistes ne s’entendent déjà pas

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:16:50c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

Coût de la vie Au-delà des avis spontanés, peu sont capables de dire à quoi correspond vraiment l’autonomie. Un flou qui incite à la méfiance. « Il faudrait que l’on connaisse les

désavantages et les avantages pour les Corses d’un tel dispositif, lance Isabelle, gérante d’un débit de boissons dans le centre-ville de Bastia. Si demain, la Corse est autonome, à quoi on va avoir droit ? Surtout en ce qui concerne le coût de la vie. Il faut clarifier tout ça. » Attablés à la terrasse d’un café de cette cité portuaire, Louis et Baptiste (1), deux hommes de 25 et 26 ans, ont des positions divergentes. « Il y a de gros problèmes pour l’accès aux soins en Corse, constate Baptiste, commerçant. Je pense à l’hôpital de Bastia qui souffre d’un manque de moyens. Nous sommes dépendants dans ce domaine et dans d’autres. C’est pour

cela que je suis contre l’autonomie. Nos élus n’ont pas encore prouvé grand-chose. Avec les compétences qu’ils ont déjà, je trouve qu’ils ne proposent rien. Il n’y a pas de plan B derrière. Nous avons besoin des aides de l’État. » Face à ces paroles, Louis dont la famille baigne dans les idées nationalistes depuis plusieurs dizaines d’années, montre son désaccord : « Il y a une demande légitime de nos élus. Cela fait des dizaines d’années que nous ne sommes pas entendus sur cette question. Nous devons avoir la possibilité de prendre des décisions au niveau régional sans avoir à demander à une autorité au-dessus. » ■ (1)Les prénoms ont été modifiés

Wanda Mastor : « Ce nouveau statut permettrait à la collectivité d’adopter directement certaines lois » PROFESSEUR agrégée de droit public à l’université Toulouse Capitole et auteur d’un rapport (1) remis au président du conseil exécutif de la Collectivité de Corse, Wanda Mastor précise les contours de l’autonomie voulue par les nationalistes.

« Une politique du pire » Le soufflé est finalement retombé dans la rue, mais la tension est toujours palpable. L’île fait face à une recrudescence des attentats contre les résidences secondaires, et des rassemblements sont organisés pour soutenir plusieurs personnes interpellées ces derniers jours, dans le cadre des enquêtes ouvertes après les violences lors des manifestations de soutien à Yvan Colonna. En parallèle, la justice bloque les demandes de semi-liberté d’Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, tous deux membres du commando Érignac, condamnés à la perpétuité pour l’assassinat du préfet : « Le gouvernement chercherait à installer une politique du pire qu’il ne s’y prendrait pas autrement », a réagi Jean-Félix Acquaviva, député de Haute-Corse et cadre du mouvement autonomiste. De quoi mettre la pression sur Paris pour obtenir des perspectives sur les discussions au sujet de l’autonomie. Une thématique qui interroge avant tout les habitants de l’île, plutôt circonspects sur un sujet dont ils maîtrisent mal les contours. « L’autonomie ? Je ne vois pas l’intérêt. » Marie, 37 ans, coiffeu-

entre eux, ce qui est un premier problème à résoudre… Une chose est sûre, nous suivons cette actualité avec attention. C’est important pour nous. » Rachel, son amie, est plutôt éloignée des idées nationalistes, même si elle se dit favorable à une autonomie fiscale. « Tout dépend de ce qu’on met dans cette notion d’autonomie, dit-elle. On a vécu sans jusqu’à maintenant. Si ça ne se fait pas, on devrait s’en sortir aussi. »

La seule « autonomie

qui importe dans le débat actuel est donc l’autonomie législative, pas seulement une décentralisation poussée

»

Wanda MASTOR

LE FIGARO. - L’exécutif nationaliste revendique un statut d’autonomie de « plein droit et de plein exercice ». Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Wanda MASTOR. - L’autonomie est ici entendue comme la possibilité pour la Collectivité de Corse d’adopter ses propres lois dans certains domaines, et non comme la seule possibilité d’adapter les normes nationales aux spécificités locales. La seule autonomie qui importe dans le débat actuel est donc l’autonomie législative, pas seulement une décentralisation poussée, qui est revendiquée par la quasi-unanimité des collectivités territoriales françaises… Sans même parler des spécificités historiques, géographiques et culturelles, l’argument démocratique des urnes est incontournable : la voix des urnes a porté au pouvoir une liste qui a fait de l’autonomie, « de plein droit et de plein exercice » selon les termes du président du Conseil exécutif, Gilles Simeoni, le cœur de son programme. En France, il existe autour de la notion d’autonomie des confusions, mais aussi des interprétations « à géométrie variable ». En droit constitutionnel comparé, l’autonomie ne signifie pas autre chose que la

possibilité pour une région d’adopter ses lois directement, dans un certain nombre de domaines, sans passer par l’habilitation centrale. Il faut prendre garde, dans les discours politiques, à distinguer l’autonomie d’un autre statut qui renverrait, en réalité, à un certain degré de décentralisation. Le droit constitutionnel rappelle qu’une région est soit autonome, soit elle ne l’est pas. Donner plus de pouvoir réglementaire à la Collectivité de Corse ne signifie donc pas lui offrir l’autonomie ; c’est améliorer la décentralisation. Or, lors des dernières élections territoriales, la grande majorité des Corses a voté pour l’autonomie législative, pas pour un simple renforcement de la décentralisation. Des arguments tant historiques (la succession des statuts législatifs particuliers de la Corse) que géographiques (le fait insulaire) et démocratiques (les résultats des deux dernières élections territoriales) viennent à l’appui de l’argumentation en faveur de l’autonomie de la Corse au sein de la République qui demeurerait indivisible. Quel est le statut qui correspond le mieux à la vision des nationalistes ? L’unique « formule » qui répond aux aspirations de la majorité territoriale est donc l’autonomie législative, et qui pourrait s’inspirer de plusieurs modèles. Lors de sa dernière visite en Corse, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a

évoqué la possibilité de comparaison avec le statut de la Polynésie française. Cette collectivité d’outremer est en effet compétente dans un grand nombre de matières, à l’exception de celles expressément attribuées à l’État. Même si les « lois de pays » qu’elle peut adopter ne sont pas juridiquement des lois mais des actes administratifs, elles sont des outils dont la Corse pourrait s’inspirer. Mais le modèle qui correspond le mieux à la vision des élus nationalistes, et qui, d’un point de vue juridique, pour les raisons que j’ai développées dans mon rapport, est le plus pertinent est celui des autres îles autonomes européennes. Pour ne prendre que l’exemple du sud, la Sardaigne, la Sicile, les Baléares, les Canaries, Madère et les Açores jouissent de l’autonomie législative telle que je l’ai définie plus haut. Les pouvoirs politique et juridique dont elles disposent s’accordent naturellement avec le fait insulaire et une identité très spécifique. Toutes sont autonomes au sein d’États qui demeurent indivisibles. Est-ce que la Corse peut servir de laboratoire au mouvement général de décentralisation ? La Corse sert déjà, et peut continuer de servir de modèle, une chef de file, et entraîner dans son sillon d’autres évolutions. Les souverainistes parlent, à propos d’un éventuel nouveau statut de la Corse, de « l’ouverture de la boîte de Pandore ». Il s’agit au contraire d’une décongestion salvatrice du pouvoir

central, de prise en compte des richesses territoriales et non de leur négation. Indivisibilité n’est pas uniformité, comme le prouvent les exemples étrangers. La République française doit se nourrir de sa diversité plutôt que de continuer à la nier. La crise pandémique a par ailleurs mis particulièrement en avant le besoin, pour les territoires, de mieux agir au niveau de leur échelon plutôt que d’être toujours enfermés dans une logique verticale, qui plus est descendante. ■ Propos recueillis par A. G. (1)« Vers l’autonomie. Pour une évolution institutionnelle de la Corse » (Albiana)

zoom Un ancien président du Louvre mis en examen Ancien président-directeur du musée du Louvre, JeanLuc Martinez, a été mis en examen mercredi à Paris pour « blanchiment et complicité d’escroquerie en bande organisée » dans une enquête sur un trafic d’antiquités du Proche et Moyen-Orient. Selon Le Canard enchaîné, les enquêteurs cherchent à savoir s’il aurait « fermé les yeux » sur de faux certificats d’origine de cinq pièces d’antiquité égyptiennes acquises par le Louvre Abu Dhabi « pour plusieurs dizaines de millions d’euros ».

A

Antoine Giannini

vendredi 27 mai 2022 le figaro

10

Sciences

Le babouin jaune du Kenya fait partie des 19 espèces sélectionnées pour cette étude.

Des populations d’oiseaux et de mammifères arrivent à s’adapter aux changements en quelques générations. Biologie Pondre plus tôt au printemps pour faire coïncider la naissance des oisillons avec l’activité de plus en plus précoce des chenilles dont ils vont se nourrir. Partir en migration au bon moment. Reconstituer une population viable après une grosse épidémie… S’ils savaient, depuis Darwin, que les espèces s’adaptent à la pression de leur environnement, les scientifiques ne se doutaient pas que cette évolution survenait généralement aussi vite. Dans une étude publiée mercredi dans la revue Science, une équipe de chercheurs de l’Université nationale australienne (ANU) à Canberra montre que le rythme d’évolution adaptative, qu’ils ont estimé pour 19 populations d’oiseaux et de mammifères sauvages, a été en moyenne deux à quatre fois plus rapide ces dernières décennies que ce qui était soupçonné. « Nous avons été étonnés par ce résultat car la plupart des théories suggéraient que les processus de sélection naturelle se déroulaient sur des temps très longs, souligne Timothée Bonnet, chercheur à l’ANU et premier auteur de l’étude. On connaissait déjà des exemples d’évolutions survenus en quelques années seulement, mais ici c’est un constat à grande échelle. Cela sug-

gère que certaines espèces pourraient avoir, au moins jusqu’à un certain point, la capacité de s’adapter y compris face aux changements climatiques. » Pour arriver à cette conclusion, le scientifique français a rassemblé avec 40 autres chercheurs des données généalogiques issues du suivi de long terme de populations d’animaux dans la nature. Des campagnols dans les Alpes suisses, des babouins jaunes du Kenya, des gobemouches à collier en Suède, des écureuils au Canada… « Chaque année au printemps, nous nous rendons sur le terrain pour baguer les poussins un par un dans leurs nids », raconte Anne Charmantier, chercheuse au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier (CNRS), qui supervise deux études de ce type sur les mésanges bleues dans le sud de la France, et a participé à l’étude de Science. « Nous connaissons ainsi le pedigree de chaque individu, de sa naissance à sa mort, ainsi que toute sa descendance. » Ce travail systématique, mené depuis plus de quarante ans sur les mésanges, a vu se succéder plusieurs générations de chercheurs. « L’idée est de répondre à des questions fondamentales de biologie de l’évolution. Par exemple : quelle est la part de l’hérédité et celle du hasard dans la capacité des espèces à survivre et à se reproduire », ex-

plique l’ornithologue, qui a fourni en données l’équivalent de 150 000 heures de terrain pour l’étude de Science. Avec les autres cohortes d’animaux, Timothée Bonnet a ainsi rassemblé les informations généalogiques de 250 000 oiseaux et mammifères. Grâce à cette masse colossale de données, le chercheur en biologie évolutive a pu estimer la vitesse à laquelle la sélection naturelle pousse les espèces à s’adapter, en calculant le poids de la transmission génétique dans l’amélioration de leur capacité de reproduction et de survie. « La théorie de l’évolution repose sur de solides bases mathématiques et il est maintenant possible, en utilisant des outils très récents, de représenter les différences génétiques entre les générations de façon statistique, afin de quantifier mathématiquement à quel point une population est en train de s’adapter », explique-t-il. Pour ce faire, il a fait tourner de puissants ordinateurs durant l’équivalent de 25 000 heures.

Modifications du climat Son calcul final montre que si le hasard (se faire dévorer par un prédateur, avoir un accident) reste largement prédominant dans la survie des individus, les espèces s’améliorent aussi génétiquement en réponse aux pressions de l’environnement bien plus que ce que les chercheurs pen-

NOS SOLUTIONS POUR VOTRE SANTÉ

Conseil Bien-être Expertise

MAI JUIN JUILLET

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:16:50c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

A

2022

7,50

VOTRE NOUVEAU FIGARO SANTÉ MAGAZINE EN VENTE ACTUELLEMENT dans tous les points de ventes et sur www.figarostore.fr

saient. « En fait, au rythme observé, l’évolution adaptative serait suffisante pour expliquer une part importante des changements de morphologie, de couleur ou de comportement que l’on observe dans la nature, souligne Timothée Bonnet. De plus, cette évolution est suffisamment rapide pour changer la démographie des populations à l’échelle de quelques générations. » Peut-être un indice que les animaux sauvages sont en train d’essayer de s’adapter - avec de très fortes variations selon les espèces - à un environnement qui se dégrade rapidement. À l’occasion du suivi des campagnols dans les Alpes suisses, les chercheurs

ont par exemple constaté que les petits mammifères devenaient plus petits au fil du temps, sans doute parce que les modifications du climat les poussent à écourter leur adolescence. « Malheureusement, on sait que même si elle est rapide, l’évolution ne le sera jamais assez pour rattraper la vitesse des changements que l’homme fait peser sur l’environnement », note Anne Charmantier, qui souligne l’apport de l’étude : « Si elle éclaire une question de recherche fondamentale, ses résultats peuvent aussi nous aider à anticiper la manière dont la faune va réagir au réchauffement climatique et à l’extension des villes. » ■

L’ADN d’un mort de Pompéi décrypté Pour la première fois, une équipe est parvenue à analyser le génome d’une des victimes du Vésuve. Vincent Bordenave £@bordenavev

Génétique Ils sont restés figés pour l’éternité. Pris au piège par l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C. dans la « casa del fabbro » (la maison du forgeron) à Pompéi, ces deux malheureux comptent parmi les milliers de victimes qu’aura causé cette dramatique explosion. Leurs identités se sont envolées pour toujours, mais plus de 2000 ans après leur mort tragique, l’analyse de leur ADN permet d’en apprendre un peu plus sur ces deux individus (Scientific Reports, 26 mai 2022). L’un d’eux est un homme âgé de 35 à 40 ans qui souffrait de la tuberculose. Le second est une femme d’un peu plus de 50 ans. « C’est une véritable prouesse de réussir à prélever de l’ADN dans ces conditions, constate Céline Bon, paléogénéticienne au Muséum national d’histoire naturelle à Paris. C’est d’autant plus surprenant que les scientifiques n’ont pas eu recours à une méthode particulière. Il s’agit d’une extraction au niveau de l’os pétreux (partie du crâne derrière les oreilles, NDLR), ce qui est très classique. Seul l’ADN de l’homme est bien conservé, l’autre est plus abîmé et parcellaire. » L’ADN est très fragile, et s’il peut se conserver pendant des centaines de milliers d’années, il lui faut un environnement très favorable : très froid et très sec. Tout l’inverse de ce qu’ont connu les habitants de Pompéi. L’éruption du Vésuve a d’abord provoqué une pluie de pierre ponce et de cendre avant que ne déferlent des nuées ardentes. Ces avalanches de roches brûlantes devaient avoisiner les 400 °C, elles ont transformé tout le bois de la ville en charbon. De récents travaux (Scientific Report, mars 2021) ont d’ailleurs montré que la plupart des victimes seraient mortes en moins de vingt minutes, non pas carbonisées par ces températures extrêmes, mais asphyxiés par un nuage mortel composé de CO2, de chlorures, de particules de cendres incandescentes et de verre volcanique. C’est sans doute le cas de nos deux malheureux qui auront trouvé refuge dans la maison quand les pierres ponces ont commencé à tomber du ciel. Si beaucoup ont quitté la ville dès ce moment, il était impossible pour les futures victimes d’imaginer la suite des événements. Rappelons qu’aucun de leurs contemporains n’avait été témoin d’un tel phénomène - d’ailleurs le mot volcan n’existait pas en latin. Les comparaisons de l’ADN de l’infortuné de la « casa del fabbro » avec

Notizie degli Scavi di Antichità

Delphine Chayet £@DelChayet

Susan C Alberts

L’évolution des espèces animales est plus rapide qu’attendu

L’analyse de l’ADN extrait des squelettes retrouvés dans la « casa del fabbro » n’a pas permis de résoudre tous les mystères qui entourent ces deux corps. celui de plus de 1 000 individus anciens et 471 individus modernes, montre qu’il partageait de grandes similitudes avec les Italiens actuels et ceux qui y vivaient à l’époque impériale romaine, « avec également une petite impulsion vers le Levant et le Proche-Orient, commente Céline Bon. On est sur un profil qui n’est donc pas très surprenant pour le début de l’Empire. Rome domine alors tout le bassin méditerranéen. On retrouve donc l’influence de ce vaste monde dans le patrimoine génétique de ces habitants. Ce qui est un peu frustrant c’est qu’on ne sait pas qui sont ces deux morts. »

Séquençage génétique Étaient-ils liés l’un à l’autre ? Ont-ils atterri par hasard dans cette maison, ou bien en étaient-ils les propriétaires ? Sur les quelque 15 000 habitants que comptait la ville au moment du drame, un peu plus de 2 000 corps ont été retrouvés. « Une grande partie de la population a dû fuir l’éruption, pourquoi eux sont-ils restés ?, s’interroge Céline Bon. La société romaine était extrêmement divisée en strates. Les corps que l’on a retrouvés sont-ils ceux des esclaves qui auraient été chargés de protéger les maisons pendant que les maîtres s’étaient enfuis ? » Autant de mystères que ce simple séquençage génétique ne permettra pas de résoudre, mais qui pourront être levés si cette prouesse était reproduite à l’avenir. « L’analyse génétique de l’énorme quantité archéologique recueillie tout au long du siècle dernier à Pompéi nous aiderait à reconstituer le mode de vie de cette fascinante population de l’Empire romain », écrivent d’ailleurs les auteurs. ■

le figaro

Sport

vendredi 27 mai 2022

11

Léolia Jeanjean, sa vie est un roman Pour son premier Grand Chelem, l’ex-prodige du tennis français disputera samedi, à 26 ans, le 3e tour de Roland-Garros. de mal faire. Son niveau de jeu ne m’étonne pas. Mais ce qui est fort, c’est qu’elle arrive à faire en match ce qu’elle fait à l’entraînement. » Au RSA, il y a encore quelques mois, elle avait accumulé en simple seulement 16 500 euros en un an et demi. Après son exploit face à une Pliskova, certes loin de son meilleur niveau, la 227e dans la hiérarchie mondiale s’est assurée 125 800 € minimum de gain et une 145e place. Son invitation « destination RolandGarros », elle l’a obtenue à travers le système de méritocratie mis en place par la fédération. Évoluant sur le circuit secondaire, elle a notamment

Romain Schneider [email protected]

TENNIS « Cela fait un an et demi qu’elle prépare ce Roland-Garros. À partir du moment où elle a repris le circuit. Elle ne pensait qu’à ce tournoi. » Thomas Delgado, cofondateur de la Smash-It Académie, ne coache Léolia Jeanjean que depuis trois mois, mais donne l’impression de connaître sa joueuse depuis toujours : « Il a fallu la décontracter avant le match contre Pliskova (victoire 6-2, 6-2 contre la 8e mondiale) car elle était très tendue avec la peur

décroché son premier titre en avril à Calvi. La novice de 26 ans tentera de prolonger son rêve ce samedi face à Irina-Camelia Begu (63e) au 3e tour.

Études aux États-Unis Une étoile renaît porte d’Auteuil. Surdouée du tennis français, classée -4/6 à 12 ans, considérée comme une Richard Gasquet au féminin, l’Héraultaise avait disputé l’épreuve juniors porte d’Auteuil en 2012, avant de disparaître des radars. Trois luxations de la rotule l’ont éloignée de ses rêves de plus haut niveau. L’adolescente a décidé de partir aux États-Unis de 2014 à 2019

pour continuer à jouer au tennis et, surtout, pour y étudier. Outre-Atlantique, elle a ainsi décroché trois diplômes : une licence de sociologie, une licence de justice criminelle et un Master en finances investissement de patrimoine. « Comme dans ma vie, ça part dans tous les sens », rigole-t-elle. Tête bien faite et bonne vivante. « Sur le terrain, elle est impeccable dans l’attitude. En dehors, il y a parfois quelques écarts », confirme son coach. Coordinateur de l’activité physique au Centre national d’entraînement (et préparateur de Diane Parry, également qualifiée au 3e

tour), Paul Quétin se souvient. « Au CNE, quand elle était toute jeune, c’était un peu la chouchoute. Elle s’entraînait souvent avec les garçons. C’était une matcheuse avec beaucoup de tempérament. Et puis elle a eu son parcours de vie. On l’a retrouve une dizaine d’années plus tard. C’est une belle histoire. » Toujours licenciée au Stade Toulousain, elle assure : « Même si j’ai 26 ans, mentalement, c’est comme si j’en avais 19. J’ai toujours été accrochée à cet espoir de jouer au haut niveau. » ■ Résultats 2e tour. Messieurs : Gaston bat Cachín (Arg) 6-4, 6-2, 6-4. Femmes : Keys (E-U/ 22) bat Garcia 6-4, 7-6 (7/3).

Fenêtre sur courts à Roland-Garros

Gilles festor [email protected]

DANS le salon cossu d’un appartement situé dans les derniers étages d’un immeuble de standing boulevard d’Auteuil, une chaise trône au milieu du salon près de la terrasse. Depuis vingt ans qu’ils sont installés à Boulogne-Billancourt, pile en face du mythique stade parisien, Dominique et Bernard ont pris l’habitude de camper là, assis devant la fenêtre grande ouverte pour profiter d’une vue unique sur les courts sans avoir à débourser le moindre centime. « On est pas mal ici », s’amuse la maîtresse des lieux, amatrice de tennis, comme son époux, en dévoilant le panorama d’exception sur l’un des temples mondiaux de la petite balle jaune.

Certaines terrasses d’appartemment de l’avenue d’Auteuil permettent de profiter des matchs de 4 courts de Roland-Garros, mais aussi du brouhaha qui accompagne le tournoi parisien. Gilles Festor / Le Figaro

« En général, on s’installe sur le balcon pour profiter des matchs et de l’ambiance, en sirotant un verre », confie-t-elle. La vue ferait pâlir n’importe quel amoureux du tournoi du Grand Chelem. Au pied de leur habitation, de l’autre côté de la rue, joueurs et joueuses ferraillent sur quatre courts entourés d’allées grouillant de spectateurs. À gauche, on aperçoit le haut des tribunes du court Suzanne-Lenglen, d’où s’échappe une clameur. À droite, le majestueux court Philippe-Chatrier s’élève, avec, en arrière-plan, la dame de fer. « Avec les travaux, le Court central a gagné quelques mètres de hauteur, du coup, on aperçoit un peu moins bien la tour Eiffel mais on a quand même une jolie vue », pour-

suit la propriétaire nous recevant à l’heure du goûter. Dans l’appartement de cet immeuble où réside également l’ex-10e joueur mondial, Thierry Tulasne, regarder le tournoi est devenu un rituel printanier. Le couple de jeunes retraités jongle entre la terrasse et la télé, selon l’envie. Les courts 6,7,8 et 9 se laissent admirer, mais pour voir les rencontres sur les prestigieux Suzanne-Lenglen ou Philippe-Chatrier, cube hermétique, il faut utiliser la zappette. La terrasse offre malgré tout ce qui se fait de mieux en matière de vue aérienne dans le quartier. « Des télévisions nous ont proposé plusieurs fois de louer notre appartement mais nous avons refusé », explique-telle. Roland-Garros est un plaisir qui se savoure d’abord en famille ou avec

les amis. « Les week-ends, on invite les copains qui vont et viennent entre la télé et la terrasse. Avec les enfants aussi, ça rappelle de bons moments au retour de l’école. C’était plus frustrant lorsqu’il fallait réviser les examens et préparer les concours… »

Sessions de nuit Les salves d’applaudissements s’enchaînent en bas. « Ce n’est pas du tout désagréable, bien au contraire », réagit notre hôte dont les journées sont bercées par ce ronron. « Les fenêtres sont ouvertes quand il fait beau. Et puis on ne fait pas partie de ceux qui rouspètent. Mais certains préfèrent s’en aller pendant deux ou trois semaines à ce moment-là pour être au calme. » Car l’organisation d’un tournoi du Grand Chelem charrie son lot de

désagréments : l’avenue est fermée à la circulation pendant la compétition et le brouhaha ambiant peut désormais s’éterniser jusque très tard avec les sessions de nuit. Le match de Gilles Simon, mardi, s’est terminé sur le court Simonne-Mathieu audelà de 1 heure du matin ! « Je n’ai rien entendu, je dormais. Et puis le pire est passé », tranche-t-elle. Le pire ? Ce fut ces années de travaux durant lesquelles le stade a été rénové. Il a fallu faire front pour faire plier la Fédération française de tennis. « Les associations des résidents ont eu raison de mettre une pression constante, la FFT avait prévu des choses épouvantables au niveau des serres d’Auteuil. Quand on voit le résultat final, on se dit que ça valait le coup de tenir. » Jeu, set, et match riverains. ■

Rugby : O’Gara, le caractériel mentor de La Rochelle L’intransigeant technicien irlandais veut offrir au Stade Rochelais, samedi contre le Leinster, un premier titre en Champions Cup.

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:16:50c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

Rugby Un caractère bien trempé. Déterminé à l’extrême pour les uns, dur et cassant pour les autres. Quoi qu’on en pense, Ronan O’Gara a conduit le Stade Rochelais une deuxième fois d’affilée en finale de la Champions Cup, la prestigieuse compétition continentale. Pour offrir, en cas de victoire face à l’impressionnante province irlandaise du Leinster, un premier titre majeur au club de la caravelle depuis son éclosion au très haut niveau. La Rochelle ne part pas favorite de cette affiche au sommet. Mais le technicien rochelais « a un plan » « On a tous besoin de croire que c’est possible de gagner. Le plus intéressant, c’est l’attitude des joueurs. On respecte ce défi et on va bien se préparer pour ne pas avoir de regrets. On doit montrer notre meilleur visage et je pense que l’on est capable de le faire. » L’an dernier, par deux fois, le Stade Rochelais avait trébuché sur la dernière marche, en Coupe d’Europe puis en Top 14, à chaque fois face au Stade Toulousain. « On sait quel est notre but, insiste-t-il. Les grands joueurs ne répètent pas les mêmes fautes et savent enchaîner. » La confrontation entre Ronan O’Gara, ancienne idole du Munster

sacré champion d’Europe en 2006 et 2008, face au rival du Leinster sera scrutée de près. « Ce qu’a fait le Leinster contre Toulouse en demi-finale (succès 40-17), c’était une grande performance. Mais c’était à l’Aviva Stadium, ils jouaient chez eux. À nous de recréer des conditions similaires à Marseille pour les stresser et les mettre sous pression. » Parmi les motifs d’espoir, La Rochelle avait frappé fort l’an dernier en faisant du petit bois des Irlandais à Marcel-Deflandre (32-23) en demi-finale. Un succès fondateur pour les Maritimes, mais les Irlandais étaient privés de plusieurs joueurs majeurs, notamment l’ouvreur star Jonathan Sexton…

L’entraîneur de La Rochelle, Ronan O’Gara, le 21 mai, sur la pelouse du stade Marcel-Deflandre. XAVIER LEOTY/AFP

L’histoire personnelle de Ronan O’Gara est intimement liée à celle du demi d’ouverture du Leinster. Les deux joueurs ont longtemps été rivaux, à la fois via leurs provinces respectives, puis pour endosser le maillot floqué du numéro 10 avec le XV du Trèfle. Une relation longtemps glaciale voire haineuse. Lors de la demi-finale de 2009 entre les deux formations irlandaises, l’inimitié entre les deux joueurs avait éclaté au grand jour quand Sexton était carrément venu insulter O’Gara dans l’en-but, après un essai inscrit par le Leinster. Mais, au fil du temps, les deux hommes ont enterré la hache de guerre, appris à

se respecter quand ils ont travaillé ensemble au Racing 92 (de 2013 à 2015). Reste désormais à savoir si sous les ordres de Ronan O’Gara (qui était l’adjoint de Jono Gibbes l’an dernier avant de devenir entraîneur numéro un cette saison), les Rochelais ont franchi un cap. Ne plus trembler dans les moments cruciaux. Son rôle ? « Je ne sais pas si “libérer” les joueurs est le bon mot. Je dirais plus concentrer ou déterminer. Chaque joueur est différent, les finales aussi sont différentes », souligne-t-il. L’attitude intransigeante, voire cassante, d’O’Gara lui a valu de nombreux conflits avec ses

pairs, notamment avec Christophe Urios (UBB) ou Ugo Mola (Toulouse). Auprès de certains joueurs aussi, qui ont eu du mal à se faire à ses méthodes abruptes, sans concession. Lui qui passe généralement ses matchs et ses entraînements à vociférer au bord du terrain. Son côté à la fois froid et bouillant, entier et excessif, peut déranger. Mais il n’en a cure. Et celui qui pourrait devenir le troisième homme à remporter la Coupe d’Europe comme joueur puis entraîneur, après Leo Cullen (Leinster) et Ugo Mola, d’asséner : « Gagner en finale, ça veut dire que tu es aussi capable de te battre toimême. » Un combat permanent. ■

Rivalité avec Sexton « Nous avons revu des images de ce match, mais c’était il y a douze mois. Depuis, ils ont beaucoup progressé dans leur jeu et nous aussi. Mais, cela nous donne un peu de confiance, reconnaît l’entraîneur. La chose facile à dire, c’est d’arrêter le Leinster. Il faudra qu’on leur impose notre jeu et, après, ça va être important d’occuper et de jouer dans leur zone. Parce que, quand ils arrivent dans les 22 mètres adverses, ils sont difficiles à arrêter. Ils sont très propres dans leur structure. » Surtout avec un Sexton qui, à 37 ans en juillet, est toujours le chef d’orchestre du récital dublinois.

Finale de Challenge Cup : Toulon-Lyon pour une première L’affiche de la « petite » Coupe d’Europe, ce soir (21h, en direct sur France 4 et beIN Sports) à Marseille, met aux prises deux clubs français, le RCT et le LOU. Tous les deux en quête d’une première. Si le club varois a remporté à trois reprises la prestigieuse Champions Cup, il s’est également déjà incliné à trois reprises en finale

de Challenge Cup. Sur une dynamique incroyable (9 victoires lors de ses dix derniers matchs), Toulon part favori face au LOU. Le club lyonnais disputera en effet au Stade-Vélodrome la première finale européenne de son histoire. Un choc qui promet, à l’image du duel d’ailiers entre le Bleu Gabin Villière et la bombe fidjienne Josua Tuisova. D. R.

A

Arnaud Coudry £@ArnaudCoudry

vendredi 27 mai 2022

12 Le carnet jour LE CARNET DUdu JOUR Courriel

carnetdujour@media.figaro.fr Téléphone

01 56 52 27 27

M. Alain Bouchart, son époux, Sophie, Antoine et Charles Bouchart, ses enfants, Paul et Albane, ses petits-enfants, Mme Françoise Thierry, sa sœur, et toute sa famille ont la tristesse de vous faire part du décès de

Mme Nicole BOUCHART

mariages

née Thierry,

le 22 mai 2022.

Le docteur et Mme Pascal AUGUSTIN

La cérémonie religieuse sera célébrée en l'église Sainte-Marie-des-Batignolles, Paris (17e), le mardi 31 mai, à 14 h 30, suivie de l'inhumation au cimetière de Montmartre.

M. et Mme Jean-Claude SÉRÈS ont la joie de vous faire part du mariage de leurs enfants

Selon ses vœux, des dons sont possibles au profit de l'Association Les Jours Heureux, 45, rue de l'Assomption, 75016 Paris, où réside son fils handicapé Antoine.

Claire et Thibault qui sera célébré en l'église Saint-François-Xavier, Paris (7e), ce vendredi 27 mai 2022.

42, rue Truffaut, 75017 Paris.

deuils M. et Mme Henri Argenson, M. et Mme Jean-Baptiste Argenson, M. et Mme Marc Vanlerberghe, ses enfants,

Marie-Laure et Jean-Yves Bonsergent, Aude et Xavier Jégard, Béatrice Branthomme-Mugniery et André Coisne, Patrick et Laurence Branthomme, ses enfants,

ses neuf petits-enfants ont la douleur de vous faire part du rappel à Dieu de

Anaïs et Guillaume, Cyprien, Flore et Gwenole, Marin, Constantin et Alexandra, Cyriac et Constance, Marica, Aloys, Juliette, Baptiste, Etienne, Amaury et Marine, Armelle, ses petits-enfants,

Marie-Elisabeth ARGENSON née Parison,

le 23 mai 2022. Une messe sera célébrée le lundi 30 mai, à 10 h 30, en l'église de l'Immaculée Conception, Paris (12e).

Agathe, Octave, Pia, Malo, Achille, Alphonse, ses arrière-petits-enfants,

Le comte et la comtesse de Beaulaincourt de Marles, le comte et la comtesse Antoine de Beaulaincourt de Marles, le comte et la comtesse François-Xavier de Beaulaincourt de Marles, ses enfants, ses 10 petits-enfants et 22 arrière-petits-enfants,

La célébration religieuse aura lieu le mardi 31 mai, à 10 h 30, en l'église Saint-Germain, rue Jean-Louis-Forain, au Chesnay.

Jean-François BLANC

médecin-colonel, professeur agrégé de chirurgie du corps de santé des armées, chevalier de la Légion d'honneur, médaille d'honneur du service de santé des armées, survenu à Paris, le 23 mai 2022, à l'âge de 96 ans.

Jacques et Rosane Duboys Fresney, Chantal et Christian Chiquet, Claire Mare, Bénédicte et Emmanuel Escande, Alice Malmaison et Patrick Salmon, ses enfants, ses 11 petits-enfants et ses 3 arrière-petits-enfants vous font part du rappel à Dieu de

Jean-François rejoint son épouse Nysette, décédée le 8 juin 2019.

Mme Albert DUBOYS FRESNEY

née Nicole d'Erceville,

La cérémonie religieuse sera célébrée le samedi 28 mai, à 15 heures, en l'église de Laives (Saône-et-Loire).

le 22 mai 2022, à l'âge de 96 ans.

Une messe d'action de grâce aura lieu à Paris, au mois de septembre. La date sera communiquée ultérieurement.

La cérémonie religieuse sera célébrée en la basilique Notre-Dame d'Avesnières, à Laval (Mayenne), le mardi 31 mai, à 9 h 30.

Cet avis tient lieu de faire-part. Mme Claire Julien, son épouse, ses enfants et petits-enfants

                     

1

Le Pré Julien, ferme du Grand Viltain, 91400 Saclay. 18 bis, rue du Plateau-Saint-Antoine, 78150 Le Chesnay. Ferme de Viltain, 91400 Saclay.

Les familles Hercé et Bubbe ont la tristesse de faire part du décès de

M. Leto FEDI

M. et Mme Philippe Dezellus, M. Bruno Fouard, ses enfants, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants, Mme Jacqueline Goujon, sa belle-sœur, ses neveux et nièces

survenu au Chesnay, le 19 mai 2022, à l'âge de quatre-vingt-sept ans.

ont la tristesse de vous faire part du décès de

A

La cérémonie religieuse sera célébrée le mardi 31 mai, à 14 h 30, en l'église Saint-Martin de Jouy-en-Josas.

La cérémonie religieuse sera célébrée le lundi 30 mai, à 14 heures, en l'église Saint-Antoine-de-Padoue, au Chesnay.

née Simon,

ses petits-enfants et arrière-petits-enfants

2022-05-27T10:12:40+02:00

le 24 mai 2022, dans sa 85e année, munie du sacrement des malades.

Bois-Guillaume (Seine-Maritime).

Mme Suzanne COUTIN

Michel Blanc, Jean-Luc et Caroline Blanc, Philippe et Catherine Blanc Beauregard, Nathalie et Olivier Thoumyre, ses enfants,

2022-05-27T06:16:50c:Figaro;u:mvuillemenot;

née Françoise Senez,

le 24 mai 2022, dans sa 89e année.

ont l'immense tristesse de vous faire part du décès de

Une messe sera dite le dimanche 29 mai, à 9 h 30, en l'église Saint-Martin d'Isigny-le-Buat (Manche).

Jour:

Mme Jean-Marie DUPRÉ

La cérémonie religieuse sera célébrée en l'église d'Hargeville (Yvelines), le mardi 31 mai 2022, à 10 h 30.

France, Olivier, Christophe et Marion, ses enfants, Raphaël, Juliette, Diane, Mina, Jules, Zoé, Elisa et Benjamin, ses petits-enfants,

La cérémonie religieuse a été célébrée en l'église du Mesnil-Bœufs (Manche), dans l'intimité familiale.

Autre

ont la tristesse de vous faire part du rappel à Dieu de

ont la profonde tristesse de vous faire part du rappel à Dieu de

Versailles.

née Béatrice Piton du Gault.

un

les familles Senez, Pamart, Plasmans, Jallerat

née Brigitte Consigny,

comtesse Xavier de BEAULAINCOURT de MARLES

Demain

Bertille, Joseph, Gautier, Eliott, Zéphyr, Zacharie, Gaspard, Azylis, ses arrière-petits-enfants,

survenu le 20 mai 2022.

vous font part du rappel à Dieu le 16 mai 2022, de la

        

       

Amélie et Guillaume de Montchalin, Swann et Camille Bommier, Arthur et Lydia Bommier, Constance et Ramy Bou Dames, Adèle Bommier, Pauline Bommier, Charles des Courtils, Laurence des Courtils, Matthieu des Courtils, ses petits-enfants,

ses frères et sœurs, beaux-frères et belles-sœurs

Mme Pierre BRANTHOMME

en union avec son époux et son fils Philippe

                 

Benoît Dupré, Dominique et Bernard Bommier, Guillemette et Olivier des Courtils, ses enfants,

ont la tristesse de faire part du décès de

M. Pierre JULIEN

ancien président-directeur général de Marion Merrell-Dow France, survenu le 21 mai 2022, à Paris. La cérémonie religieuse sera célébrée en l'église Saint-François-de-Sales, 6, rue Brémontier, à Paris (17e), le lundi 30 mai 2022, à 10 h 30.

ont la tristesse de vous faire part du rappel à Dieu de

Mme Janine FOUARD le 22 mai 2022, à l'âge de 92 ans. La cérémonie religieuse sera célébrée le lundi 30 mai, à 14 h 30, en l'église Saint-André de Mont-Saint-Aignan.

Bordeaux (Gironde). M. et Mme Pierre de Galzain, Mme Jean-Louis de Galzain, M. et Mme Paul de Galzain, M. et Mme Jacques de Galzain, M. et Mme Philippe de Galzain, ses fils et belles-filles, M. et Mme Jean-Noël de Galzain, Louis et Vladimir, M. François de Galzain, Alexandre, Charles, Flore et Gaspard, M. et Mme Gabriel de Galzain, Lucie, Antoine et Joséphine, M. et Mme Charles de Galzain, Maxime et Edouard, Mme Isabelle de Galzain, Stéphane Rionnet et Alix, M. Raphaël de Galzain, Sabine Dannawi et Maxime, M. et Mme Fadh Trari, M. Ludovic de Galzain, Anouk Lopez, Louis, Mahaut et Quentin, Mlle Margaux de Galzain, M. et Mme Benoît de Galzain, Caroline et Isabela, M. Timothée de Galzain, Elsa Coustou et Thelma, Mme Garance de Galzain et Guillaume Balenbois, M. et Mme Sébastien Malaval et Valentin, Mlle Charlotte de Galzain, ses petits-enfants et arrière-petits-enfants, ont la tristesse de faire part du décès de la

comtesse Henry de GALZAIN née Marie-Madeleine de Soyres,

survenu le 20 mai 2022, à l'âge de 97 ans. La cérémonie religieuse sera célébrée en l'église Notre-Dame, à Bordeaux, ce vendredi 27 mai 2022, à 14 heures, suivie de l'inhumation dans le caveau familial, au cimetière de la Chartreuse, où elle rejoint son fils, Jean-Louis, décédé en décembre 1974.

11

Voisins-le-Bretonneux. Mme Marie-Paule Gobilliard, ses 7 enfants et leurs conjoints, ses 19 petits-enfants et leurs conjoints, ses 15 arrière-petits-enfants ont la tristesse de vous faire part du décès de

M. Yves GOBILLIARD

École centrale de Paris 1950, survenu le 22 mai 2022, à l'âge de 94 ans. La cérémonie religieuse sera célébrée le mardi 31 mai, à 10 h 30, en l'église Notre-Dame de Voisins-le-Bretonneux. L'inhumation aura lieu dans l'intimité familiale, le même jour, à 16 h 30, au cimetière du Père-Lachaise, Paris (20e).

Marseille (8e) (Bouches-du-Rhône). Mme Guy Leps, son épouse, Patrick, son fils, et Laurence, son épouse, Marie, sa fille, Maxime, Julien, Alexis, Thibault, Victor, Manon, Sophie, Adrien, Grégoire, ses petits-enfants, ont la tristesse de faire part du décès de

M. Guy LEPS

ancien directeur des relations extérieures Esso France, survenu le 22 mai 2022, à l'âge de 96 ans, à Marseille. La cérémonie religieuse sera célébrée en la chapelle Saint-Pierre, 429, rue Saint-Pierre, à Marseille (5e), ce vendredi 27 mai, à 10 heures.

Pas de fleurs, mais des dons au Secours catholique.

Cultiver sa liberté, c’est cultiver sa curiosité.

Bourron-Marlotte, Melz-sur-Seine (Seine-et-Marne). Lydie Hubert, née Lo Ré, son épouse, Jean-Philippe, Jean-Daniel et Bruno, ses fils, et leurs épouses, Hadrien, Nina, Jade, Clément, ses petits-enfants, ont la grande douleur de vous annoncer le rappel à Dieu, dans sa 81e année, de

M. Jean-Georges HUBERT

chevalier de l'ordre national du Mérite, juge consulaire au tribunal de commerce d'Évry de 1996 à 2011, président du Syndicat national des entreprises de nettoyage, décédé le lundi 23 mai 2022. La cérémonie religieuse sera célébrée le lundi 30 mai, à 15 heures, en l'église Saint-Martin, à Savigny-sur-Orge et sera suivie de l'inhumation au cimetière Champagne de Savigny-sur-Orge, dans la sépulture de famille. Famille Hubert, 20, rue Jean-Mermoz, 91600 Savigny-sur-Orge.

Bordeaux. Mme Pascale Jourzac, Camille, Margot et Maud, Mme Anne Schaeffer, Romane et Jeanne, M. Vincent Jourzac, Mme Eva Pourtier, Quentin, Arnaud et Hugues, Mlle Julie Maurange, M. et Mme Aurélien Serre, Bianca et Jacques, ses enfants et petits-enfants, M. et Mme Dominique Laffort, M. et Mme Jean-François Laffort, Mme Marguerite Thézard, Mme Colette de Coninck, ses frères, sœurs, belles-sœurs, ont l'immense tristesse de vous faire part de la disparition, le dimanche 22 mai 2022, de

Jacqueline LAFFORT « Jako ».

La cérémonie religieuse aura lieu ce vendredi 27 mai, à 11 h 30, en l'église Notre-Dame-des-Pins, à Petit-Piquey.

Le baron Martin de Compreignac, Ghislain et Machteld de Compreignac, Quitterie et Daniel Cazes, Brigitte de Compreignac et Laurent Dupuis, Anne et Bertrand de La Giclais, Diane et Amaury de Laportalière, Séverine de Compreignac, ses enfants, Jean, Godefroy, Alexis, Pierre, Alix, Mathilde, Solène, Valence, Sophie, Marc, Paul, Victor, Louis, Aurore et Flora, ses petits-enfants, Édouard et Jeanne, ses arrière-petits-enfants, ont la douleur de vous faire part du rappel à Dieu de la

baronne MARTIN de COMPREIGNAC

née Armelle Brunet de La Grange, le 23 mai 2022, à Montauban. La messe sera célébrée par le chanoine Ségui, en l'église de Réalville (Tarn-et-Garonne), ce vendredi 27 mai, à 10 h 30. L'inhumation aura lieu au cimetière de Réalville dans le caveau familial.

Cyril Martin, son fils, ainsi que toute la famille et ses amis ont la tristesse de vous faire part du décès de

Jean-Paul MARTIN La cérémonie religieuse sera célébrée en l'église de Melz-sur-Seine, le mercredi 1er juin 2022, à 14 h 30, suivie de l'inhumation au cimetière de Melz-sur-Seine.

Recevez Le Figaro chaque jour et ses magazines le week-end. Accédez aux versions numériques du journal, des magazines et des hors-séries culturels ainsi qu’aux applications Figaro Jeux et Le Figaro Cuisine.

Mme Jean Pecqueraux, sa mère, Maxim et Oliver Pecqueraux, ses fils, Jacquie, leur mère, Véronique et Jacques Perrot, sa sœur et son beau-frère, Louis et Thomas Perrot, ses neveux, Raphaële Pecqueraux, sa sœur, ont la grande tristesse de vous faire part du décès de

M. Stéphane PECQUERAUX survenu à l'âge de 62 ans, le 22 mai 2022.

269€ pour 6 mois

La céremonie religieuse aura lieu le mercredi 1er juin, à 10 h 30, en l'église Notre-Dame-de-l'Assomptionde-Passy, 88, rue de l'Assomption, à Paris (16e), suivie de la crémation, à 14 h 30, au crématorium du cimetière du Père-Lachaise, salle Mauméjean.

au lieu de 561,20 €

[email protected] La culture de la liberté depuis 1826

Bertrand de Sainte Marie, Charlotte et Xavier Darquier, Damien et Céline de Sainte Marie,

ABONNEZ-VOUS AU FIGARO

et leurs enfants vous font part du rappel à Dieu de

Olivier de SAINTE MARIE le 21 mai 2022, à l'âge de quatre-vingt-deux ans. La cérémonie religieuse sera célébrée ce vendredi 27 mai, à 15 heures, en l'église Saint-Taurin d'Évreux.

La famille de

Mme Françoise VUGHT née Millet,

À renvoyer dans une enveloppe affranchie à : LE FIGARO ABONNEMENT 45 avenue du Général Leclerc 60643 CHANTILLY CEDEX

OUI, je m’abonne à la Formule CLUB pour 269€

au lieu de 561,20€, soit 52% de réduction. Je reçois pendant 6 mois Le Figaro du lundi au samedi, accompagné des cahiers thématiques et des magazines du week-end. J’accède à leurs versions numériques et aux hors-séries culturels ainsi qu’aux applications Figaro Jeux et Le Figaro Cuisine.

Nom :

nous prie d'annoncer son décès.

Prénom :

La cérémonie religieuse aura lieu le mardi 31 mai 2022, à 10 h 30, en l'église Sainte-Odile, 2, avenue Stéphane-Mallarmé, à Paris (17e).

Code postal :

Adresse : Ville :

Tél. portable :

pour améliorer le suivi de votre livraison

Pour accéder aux versions numériques, il est indispensable de compléter votre adresse mail : E-mail :

en majuscules

remerciements Boulogne-Billancourt. Mme Béatrice Boudoux, sa fille, Mme Nadine Zielinski, sa nièce, M. et Mme Stéphane Zielinski, ses petits-neveux, et leurs enfants, toute la famille, très touchés des nombreuses marques de sympathie que vous leur avez témoignées, lors des obsèques de

M. Michel BOUDOUX vous prient de trouver, ici, l'expression de leurs sincères remerciements.

Je joins mon règlement par :

Date et signature :

Chèque bancaire ou postal à l’ordre du Figaro CB N° Expire fin :

FAP2202

Offre France métropolitaine réservée aux nouveaux abonnés valable jusqu’au 31/12/2022. Les informations recueillies sur ce bulletin sont destinées au Figaro, ses partenaires commerciaux et ses sous-traitants, pour la gestion de votre abonnement et à vous adresser des offres commerciales pour des produits et services similaires. Vous pouvez obtenir une copie de vos données et les rectifier en nous adressant un courrier et une copie d’une pièce d’identité à : Le Figaro, DPO, 14 boulevard Haussmann 75009 Paris. Si vous ne souhaitez pas recevoir nos promotions et sollicitations, cochez cette case ❒. Si vous ne souhaitez pas que vos coordonnées soient transmises à nos partenaires commerciaux pour de la prospection postale, cochez cette case ❒. Nos CGV sont consultables sur www.lefigaro.fr

vendredi 27 mai 2022

champs libres le figaro

Reportage

Des participants dans la « control room » prennent part au jeu de simulation « war game », organisé par Hybrid CoE, sur les opérations d’informations malveillantes en provenance de Chine.

13

Twitter @HybridCoE

Désinformation, cyber-attaques : la nouvelle guerre mondiale

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:16:50c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

NORV. N RUSSIE Rovaniemi Kemi

SUÈDE

Helsinki

Turku Infographie

FINLANDE

St-Pétersbourg

l’a récemment prouvé, en persuadant de nombreux chefs d’État qu’elle n’attaquerait pas l’Ukraine, puis en convainquant sa population qu’elle agissait pour se défendre d’une agression de l’Otan, et pour ­« dénazifier » son voisin. « Nos démocraties dépendent de l’échange ouvert d’informations et d’idées, avec une ­diversité de points de vue, pour informer les citoyens, insiste Leah Bray, intervenante du Département d’État américain. La désinformation fait le travail inverse, en niant les faits, et en favorisant la polarisation. » Hybrid CoE s’est imposé comme une référence dans la lutte contre cette nouvelle menace. Il est d’ailleurs né avec elle, un an après les élections américaines de 2016 qui ont été marquées par des interventions massives de la Russie afin de favoriser l’élection de Donald Trump. Mais c’est la première fois que ce discret « centre d’excellence » permet à des journalistes de suivre un war game étalé sur deux jours, consacré successivement à la Russie puis à la Chine. Dans la ­première control room, des groupes réunis autour de leurs ordinateurs portables incarnent les forces en ­présence. Le Kremlin et ses affidés sont représentés par des experts de la manipulation russe, chargés d’alimenter la plateforme numérique en fake news. Une équipe solide mais bien loin d’égaler la puissance de feu déployée à l’Est. « Ce sont des milliards de dollars gérés depuis le sommet de l’État qui financent des services spécialisés dans l’armée, la diplomatie, les médias officiels et officieux », assure un ancien représentant de l’Otan à Moscou. Face à cette red cell, l’Otan et l’Union européenne ont leurs propres experts, sans oublier six pays qui ont aussi constitué des équipes et qui réagissent à distance. Une feuille de situation décrivant une crise touchant l’Union européenne a été donnée à tous. Son contenu est confidentiel, mais pour Shiho Rybski, responsable de l’exercice, « il est lié à l’actualité récente telle que la reflètent les médias sociaux, pour que nos mensonges soient les plus réalistes possibles. » Sur l’écran géant où défilent toutes les contributions, les messages tombent en avalanche. Sur « son » compte Twitter, le Pentagone demande un cessezle-feu immédiat à son homologue russe. « Donald Trump » réagit en accusant « Sleeping Joe » (Biden) d’avoir laissé envahir l’Ukraine. D’autres intervenants, avec force logos officiels, se font passer pour le gouvernement belge, ou le secrétaire général de l’Otan. Les pays attaqués tentent de réagir en rappelant les faits ou en dénonçant le pedigree des auteurs malveillants. Au total, 425 posts sont publiés au cours de cette journée russe. « Ça défile trop vite, soupire une participante, nous n’avons que très peu de temps pour vérifier. » Mais pour Shiho Rybski, c’est tout l’intérêt du jeu : « Il nous permet de dépasser la seule recherche académique et d’anticiper de futures attaques, dans des conditions réelles. »

Pour contre-attaquer, il faut développer l’éducation aux médias et aux réseaux sociaux, mais de façon très ciblée

»

Jakub Kalensky, expert des activités russes au sein de Hybrid CoE

Autour des tables, les joueurs de ce war game sont aussi hybrides que les menaces supposées : des diplomates en charge de ce dossier côtoient des représentants de l’UE, de l’Otan, des entrepreneurs de la tech ou des universitaires. L’équipe la plus bruyante, sans conteste, est la red cell : fabriquer des fake news est moins laborieux que d’y répondre, il suffit d’utiliser des recettes déjà éprouvées. « L’idée est que l’Europe oublie un peu les horreurs en Ukraine et se concentre sur nos messages, explique l’un de ses stratèges. Et pour qu’ils soient crédibles, il faut qu’ils s’inspirent de situations réelles. » Dans le cas de la « crise » de Stuttgart, la consigne est respectée : en 2016, une jeune Allemande d’origine russe avait affirmé avoir été violée par des migrants. Après vérification, il s’est avéré qu’elle avait menti pour couvrir une fugue, mais pendant plusieurs semaines les autorités russes avaient soutenu cette première version, alors que des manifestations à Berlin dénonçant le « laxisme » d’Angela Merkel.

Le règne des fake news

Les war games sont donc utiles aux soldats de la c­ ontre-désinformation, mais ils ne pourront pas à eux seuls s’opposer au règne des fake news, qui s’attaquent aux points sensibles de nos sociétés. « Cela peut être la question raciale aux États-Unis, les réfugiés en Europe de l’Ouest, la question LGBT en Europe de l’Est, explique Jakub Kalensky, expert des activités russes au sein de Hybrid CoE. Pour contre-attaquer, il faut développer l’éducation aux médias et aux réseaux sociaux, mais de façon très ciblée. Les gens en costume, dans de nombreux pays, on ne les écoute plus. Pour atteindre les jeunes, mieux vaut passer par un youtubeur. Alors que les retraités à la campagne écouteront plus volontiers une célébrité locale. » Autre nécessité, punir et dissuader les agresseurs : « Il faut les nommer et les dénoncer publiquement, faire en sorte que les journalistes qui distillent la haine ne puissent plus passer leurs vacances en Europe, sanctionner les entreprises qui achètent de la publicité dans les médias d’État russe. Sur notre continent, depuis 2012, plus de vingt élections ou référendums ont été visés par la désinformation russe. Ne pas réagir, conclut-il, c’est leur donner le permis de continuer. » Une vigilance d’autant plus importante que la menace est amenée à se transformer, et à s’intensifier. Dans un article portant sur la désinformation 2.0, des analystes de Hybrid CoE rappellent que si les élections américaines de 2016 ont été marquées par l’ingérence russe, celles de 2020 ont été polluées par « une menace domestique », avec de fausses nouvelles portant sur « les élections volées », qui ont abouti à l’invasion du Capitole en janvier 2021. La modération des réseaux sociaux et leur encadrement par la loi pourraient endiguer cette vague, mais Rand Waltzman, scientifique américain qui travaille depuis près de quarante ans sur l’intelligence artificielle et les questions de sécurité, pointe une autre évolution, encore plus inquiétante : « Qu’en sera-t-il dans le métavers, quand nous ne serons plus face à l’écran de notre téléphone, mais avec un casque de réalité virtuelle sur la tête, littéralement plongés dans les fake news, avec toute la charge émotionnelle et irrationnelle qu’apporte l’immersion ? » Pour beaucoup des participants de ce war game d’Helsinki, le pire n’est pas certain… Mais il est de plus en plus probable. ■

A

Des menaces « physiques »

Certaines menaces « physiques » sont plus iden­ tifiables par le grand public. Au Danemark, le système ­informatique du premier armateur mondial, Maersk, a été attaqué en juin 2017 par un rançongiciel russe, entraînant 300 millions de dollars de pertes financières et un chaos mondial dans le transport de conteneurs. Fin 2018, alors que l’Otan organisait des manœuvres dans le nord de la Norvège, le contact avec les satellites GPS a été perturbé par des troupes russes stationnées dans la péninsule de Kola. Le phénomène s’est répété plusieurs fois, jusqu’en mars dernier, quand plusieurs liaisons aériennes commerciales ont dû être annulées. La désinformation est moins spectaculaire, mais avec « sa capacité d’influencer toute une population, sur le long terme », c’est aussi un outil redoutable. La Russie

150 km

e

vez-vous vu sur le fil de votre téléphone cette image des manifestations qui viennent d’avoir lieu à ­Stuttgart ? Elle a été publiée sur la page Facebook d’un journal local, et commentée par des habitants de la ville. À l’origine de cette explosion de colère, il y a une agression commise en pleine ville par des réfugiés ukrainiens. La police a bien démenti l’incident sur son compte Twitter mais des centaines d’internautes suivent déjà le hashtag #SaveStuggart. Cette crise, qui à chaque heure, à chaque « post », enfle sur les réseaux sociaux, n’a pourtant jamais ­existé. C’est l’une des innombrables fake news forgées par les participants du jeu de simulation organisé au Centre européen d’excellence pour la lutte contre les menaces hybrides, Hybrid CoE, à Helsinki. Dans ce war game tout semble réel, et pourtant tout est factice : « Rien de plus facile que de créer une fausse nouvelle, ­assène un des participants chargé de représenter un pays hostile qui a récemment envahi l’Ukraine. Nous nous faisons passer pour des journalistes locaux ou de simples citoyens. Nous publions sur Twitter, Facebook ou Instagram en reprenant le logo d’organismes officiels et en changeant un caractère dans l’intitulé, le tout accompagné d’une photo choc. La majorité des internautes ne suit pas les liens pour vérifier la crédibilité d’une histoire, c’est la première image qui importe le plus. » Financé par 31 États appartenant tous à l’Union européenne ou à l’Otan, Hybrid CoE est le seul forum où ces deux « puissances » collaborent ouvertement. Ses publications, formations et « jeux de guerre » visent tous à cerner et contrer ces menaces hybrides, qui pèsent de plus en plus sur le nouvel ordre mondial : « Elles exploitent les faiblesses de nos sociétés démocratiques avec un mélange de moyens conventionnels et d’autres qui ne le sont pas, de civil et de militaire, de paix et de guerre, explique sa directrice Teija Tiilikainen. Le but est de nous surprendre avec une attaque contre laquelle nous n’avons pas de réponse immédiate, pas de normes, pas de lois, et donc de paralyser toute riposte. »

otni

A

Helsinki

À Helsinki, un discret centre d’expertise, appuyé par l’Otan et l’Union européenne, tente de trouver des parades aux menaces hybrides qui visent à déstabiliser le camp occidental.

Golfe de B

Frédéric Faux

vendredi 27 mai 2022

champs libres le figaro

Opinions Le bloc-noteS Ivan Rioufol

[email protected] blog.lefigaro.fr/rioufol

@

100 000 citations et proverbes sur evene.fr

15

Offensive d’État contre le modèle français

L

a première impression était la bonne : Emmanuel Macron est un communautariste. Vendredi 20 mai, il a affirmé son choix d’une société multiculturelle en nommant à l’Éducation nationale l’intellectuel Pap Ndiaye, formé à l’idéologie nord-américaine du racialisme. Jusqu’alors, le président procédait par touches. Il disait un jour : « Il n’y a pas de culture française ; il y a une culture en France et elle est diverse. »Et encore : « Je ne crois pas au modèle d’assimilation. Je crois à l’intégration, à la République forte qui sait assumer sa diversité. » Mais il maintenait néanmoins JeanMichel Blanquer à la tête de l’Éducation nationale, le laissant guerroyer contre

ENTRE GUILLEMETS 27 mai 1652 : naissance d’Élisabeth-Charlotte de Bavière, princesse palatine, belle-sœur de Louis XIV, mère du futur régent et épistolière.

Lettre sur l’agonie du roi, 27 août 1715 Alamy Stock Photo via Reuters Connect

Puis il m’a dit adieu avec des paroles si tendres que je m’étonne encore moi-même de n’être pas tombée droit sans connaissance

»

le voile islamique ou la « culture woke », ce courant acquis aux exigences des minorités. Or c’est en définitive à cette filiation extrême que le chef de l’État a décidé d’apporter son soutien. Il est vrai qu’il avait aussi admis : « Il faut déconstruire notre propre histoire. » Le procédé présidentiel est d’une légèreté stupéfiante. Il procède du bon vouloir, non d’un consensus. Il est tentant de prêter à Macron, volontiers provocateur, la même réflexion qu’il avait eue contre les nonvaccinés : « Les conservateurs, j’ai très envie de les emmerder. » Jamais n’aura été débattu du choix que la nation devait faire entre le maintien ou l’abandon de l’assimilation, ce processus qui rend Français l’étranger qui se fond dans l’héritage national. Rien n’autorisait le chef de l’État réélu à signifier l’abandon d’un modèle original au profit d’une importation contestable. Seul un référendum devrait trancher ce point. Les citoyens ne sont pas des cobayes. D’autant que l’assimilation reste l’exigence du code civil (« Nul ne peut être naturalisé s’il ne justifie de son assimilation à la communauté française »). Cautionner le racialisme à l’École, c’est en finir avec la France millénaire. Observer les satisfactions de l’extrême gauche à cette nomination fait mesurer la dangerosité du message présidentiel pour l’avenir de la « nation une et indivisible ». Le ministre sera jugé à ses actes. Mais c’est au vu de ses prises de position que Macron a arrêté sa décision. Or Ndiaye est le pur produit du conformisme universitaire en sciences sociales. Ce domaine est la propriété exclusive des contestataires de la société occidentale, accusée d’être trop blanche et homogène. Perméable à la culture américaine de la revendication raciale et du déboulonnage des figures historiques, ce monde clos produit le conflit permanent. « Il existe un racisme structurel en France », a pu dire Ndiaye, lui-même métis. Pour lui, l’Opéra de Paris manquerait d’« artistes non-blancs ». La valorisation du Noir et

l’humiliation du Blanc sont les obsessions de ces « antiracistes ». Mais qu’ont fait les Français pour mériter cette maltraitance ? Dans L’Enracinement, Simone Weil écrit : « La perte du passé, collective ou individuelle, est la grande tragédie humaine, et nous avons jeté le nôtre comme un enfant déchire une rose. » C’est à ce caprice que se prête Macron quand, au nom du « peuple nouveau » évoqué lors de son investiture, il jette ses pelletées de terre sur la mémoire collective et ses héritages, croyant faire moderne. Non content d’introduire la lutte des races dans la dialectique sociale, Ndiaye, cofondateur du Conseil représentatif des associations noires (Cran) et ancien directeur du Musée de l’histoire de l’immigration, cautionne le retour en force du politiquement correct, qui n’admet aucune contradiction. Dès sa nomination, SOS-Racisme a invité à dénoncer les attaques de la « fachosphère ». Qui critique Ndiaye est présumé fasciste, raciste. Accepter cette régression ? Trahison des élites Cette offensive intérieure contre le modèle français est une trahison des élites. Jusqu’alors, seuls les États-Unis s’employaient à exporter subrepticement leur nouvelle idéologie déstabilisante, par des infiltrations dans les milieux « diversitaires ». Dans son dernier essai (Les Dindons de la farce), Malika Sorel cite le câble diplomatique révélé par WikiLeaks de l’ambassadeur des ÉtatsUnis en France, Charles Rivkin : « Nous continuerons et renforcerons notre travail avec les musées français et les enseignants pour réformer le programme d’histoire enseigné dans les écoles françaises, pour qu’ils prennent en compte le rôle et les perspectives des minorités dans l’histoire de la France (…) Nous focaliserons notre discours sur le problème des discriminations (…). » Ce lavage de cerveau conçu par un pays allié, était scandaleux. Il devient insupportable depuis que le ministre de l’Éducation, formé à la propagande des campus

américains, personnifie l’entrisme des minorités, avec leurs exigences d’accommodements raisonnables et de discriminations positives. En promouvant le multiculturalisme et l’abandon de l’assimilation, c’est l’universalisme que le président remet en question. Sa lutte contre le séparatisme est un leurre quand il avalise le différentialisme. En fait, Macron emprunte le même chemin que Jean-Luc Mélenchon, en partageant sa vision d’une nouvelle société déracinée portée par le dynamisme démographique de la « diversité » issue de l’immigration, majoritairement musulmane. Lundi, le ministre de l’Éducation s’est rendu, à Conflans-Sainte-Honorine, au collège du professeur d’histoire Samuel Paty, décapité par un djihadiste en octobre 2020, afin de lui rendre hommage. Ndiaye y a dit son « refus de la barbarie et de la haine ». Mais c’est l’islamisme qui devrait être nommé. Cette plaie se propage dans les soutes de la société multiculturelle que le ministre promeut. Derrière le procès contre l’homme occidental se voit la mansuétude pour l’homme africain et musulman. Un « Observatoire des violences sexuelles et sexistes en politique », créé en février par des féministes proches de La France insoumise, cherche ces jours-ci à imposer l’accusation des femmes contre des hommes en « présomption de culpabilité », en lieu et place de la justice. Damien Abad, ex-LR qui a rejoint le gouvernement, est ainsi accusé de viols en dépit de deux classements sans suite et d’une absence de plainte nouvelle. Mais ces mêmes féministes, prêtes à défendre le burkini et le voile islamique, se gardent de dénoncer les pratiques sexistes de certaines minorités sacralisées. « L’appel de la patrie » Foot : Kylian Mbappé, lundi, commentant sa décision de rester au PSG : « Je n’ai pas dit non au Real Madrid, j’ai dit oui à la France (…) J’ai eu l’appel de la patrie (…). » Les « élites » déboussolées, elles, n’aiment pas la France.

Distribuer du pouvoir d’achat sans produire, c’est préparer un scénario grec

D

Fabien clairefond

ans cette campagne législative, les différents candidats promettent une augmentation du pouvoir d’achat. Certains s’engagent même à porter le smic à 1 500 euros nets et la retraite à 60 ans. Or le pouvoir d’achat est la capacité à acheter des biens et services en contrepartie des biens et services que l’on peut soi-même vendre, y compris sous forme de travail en contrepartie d’un salaire. Si l’on ne produit rien correspondant à une demande solvable, on ne peut rien acheter. Il y a bien sûr la hausse des prix de l’énergie et des matières premières qui exige un effort accru de productivité et des aides ciblées, notamment par les entreprises, pour les travailleurs concernés. Mais il n’y a qu’en France et au Venezuela que l’on prétend, dans l’ensemble du spectre politique, créer du pouvoir d’achat à partir du vent ou, ce qui revient au même, avec de la dépense publique à crédit. Deux faits sont surprenants. D’une part, que les élections ne soient devenues La magie gouverne la politique française dans qu’un parcours de le domaine économique et social, s’alarme promesses au cours le professeur titulaire de la chaire d’économie du dernier demisiècle, avec une au Conservatoire national des arts et métiers.

christian saint-Étienne

accentuation forte depuis les 35 heures que la gauche a sorti de son chapeau en 1997. La magie gouverne désormais la politique, la pudeur est aux oubliettes, et la lucidité mise aux fers, au fond de la cale avec les rats. D’autre part, dès lors, que l’on mente avec autant de modestie, finalement ! Car pourquoi pas le smic à 7 000 euros nets et la retraite à 48 ans. Voire 36 ans, après tout ? La France est le seul grand pays de la zone euro à avoir un énorme déficit extérieur. L’Italie elle-même est en excédent. Or lorsque l’on a un énorme déficit extérieur, c’est que l’on produit moins que ce que l’on consomme. En France, le pouvoir d’achat a été mieux préservé durant le Covid que chez les autres pays européens - au prix d’un déficit public qui devient dangereux alors que l’Allemagne, qui a ravi le leadership politique et économique en Europe sous l’effet de la forte désindustrialisation française, dit déjà qu’elle va siffler la fin de la partie. Les taux d’intérêt vont remonter et la situation de nos finances publiques va rapidement s’aggraver. La France n’a pas un problème de pouvoir d’achat et encore moins de demande, mais un gigantesque problème d’offre. Nos entreprises, harassées de charges, ne produisent plus ce que les Français veulent consommer. Même en agriculture hors boissons, nous sommes en difficulté !

Deux illusions tragiques gouvernent la France depuis cinquante ans : que la dépense publique souvent mal ciblée, qui plus est à crédit, crée de la richesse ; que les entreprises sont prospères alors que le taux de marge est nettement inférieur en France à ce qu’il est aussi bien en Europe du Nord que du Sud et dans les pays anglo-saxons. De plus, la France est le seul pays développé dans lequel la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises n’a pas baissé durant les trente années de globalisation qui s’achève peut-être. Nous avons toujours les coûts de production dans l’industrie parmi les plus élevés du monde et peut-être même au sommet mondial, comme la part des dépenses de protection sociale dans le PIB qui est au top mondial. Au cours de ces trente années, nous avons perdu la moitié de nos parts de marché dans le commerce mondial, avec une forte accélération depuis les 35 heures. La régionalisation du commerce mondial ne nous fera pas plus de cadeau que la globalisation car notre déficit extérieur est concentré dans les échanges avec les autres pays de la zone euro. Si je suis totalement favorable au développement de la French Tech, nous crevons de penser qu’elle est la solution à notre déficit extérieur. La French Tech, c’est 1 % de l’emploi en France aujourd’hui, moins d’un millième

des exportations et dix fois plus dans les importations car elle utilise des produits électroniques et des logiciels importés. Seule une réindustrialisation par création d’activités compétitives peut nous sauver. La France n’a pas non plus un problème de redistribution du pouvoir d’achat puisque nous redistribuons plus qu’aucun autre pays au monde, qui plus est à crédit ! La France a, en revanche, un énorme problème de production liée à la désindustrialisation massive depuis trente ans, de faiblesse des compétences de la population active, d’insuffisance du taux d’emploi qui exige le recul de l’âge de départ à la retraite, et plus encore un problème de gouvernement par la magie et le mensonge. Pour distribuer du pouvoir d’achat, il faut produire, investir, innover, réduire les charges sur les heures supplémentaires. Et surtout arrêter de mentir. Sinon, nous connaîtrons bientôt un « moment Tsipras » : se faire élire sur la distribution à crédit de pouvoir d’achat, le smic à 7 000 euros, la retraite à 48 ans, pour annoncer dans les trois mois de son élection, avec la remontée des taux, une crise massive de confiance et dans l’effondrement de l’économie, qu’en réalité la retraite va passer en urgence à 68 ans et les pensions de retraite baisser demain matin de 15 % car les caisses sont vides.

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:16:50c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

le numéro FI/011/001. Eutrophisation : Ptot 0.002 kg/tonne de papier.

Ce journal se compose de : Édition nationale 1er cahier 16 pages Cahier 2 Économie 6 pages Cahier 3 Le Figaro et vous 10 pages Sur certaines éditions Supplément 4 Magazine 168 pages Cahier TV 68 pages Supplément 5 Madame 116 pages

A

“Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais “Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais

Dassault Médias SOCIÉTÉ DU FIGARO Dassault Médias SOCIÉTÉ DUSAS FIGARO SAS Directeur Directeur des rédactions artistique Impression L’Imprimerie, des rédactions PhilippePhilippe FIGAROMEDIAS Directeur artistique FIGAROMEDIAS Impression L’Imprimerie,79,79,rue ruededeRoissy Roissy Gélie (International), Gélie (International), Directeur plus de(société 95 %) éditrice) (société éditrice) Alexis Brézet (actionnaire(actionnaire à plus de 95à %) 93290 Tremblay-en-France Tremblay-en-France PierrePierre BayleBayle rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 9, rue9,Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09 0993290 Alexis Brézet de Montety ÉtienneÉtienne de Montety 14,Haussmann boulevard Haussmann 14, boulevard Print, 30600 Gallargues-le-Montueux 14, boulevard Haussmann MidiMidi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux 14, boulevard Haussmann Rédacteur en chef Tél. : Tél. Rédacteur en chef : 0152 5620 5200 20 00 01 56 (Figaro Littéraire), (Figaro Littéraire), ISSN 0182-5852 75009 Paris75009 Paris 75009 Paris ISSN 0182-5852 Frédéric 75009 Paris Frédéric PicardPicard (Web)(Web)Fax :Fax : 0152 5623 5207 23 07 01 56 Directeurs de la rédaction Directeurs adjoints adjoints de la rédaction Commission paritaire 0426CC83022 83022 Bertrand de Saint-Vincent Directeur Président-directeur Commission paritaire n°n°0426 Bertrand de Saint-Vincent Directeur délégué Président-directeur général général délégué Capèle (Économie),(Culture,(Culture, Pour vous abonner Lundiauauvendredi vendredide de77hhàà18h 18h; ; Charles Edelstenne Président Président Gaëtan deGaëtan Capèlede(Économie), Pour vous abonner Lundi dunews pôle news Figaroscope, Télévision), Charles Edelstenne du pôle Figaroscope, Télévision), Président-directeur général sam. à 13 h au 70.Fax Fax: 01 : 0155 5556 5670 7011 11 .. Président-directeur général sam. dede 8 h8àh13 h au 010170703737313170. Laurence de Charette (directeur Bertrand Gié Laurence de Charette (directeur Administrateurs Yves Thréard (Enquêtes, Charles Edelstenne Bertrand Gié Gérez votre abonnement,espace espaceClient Client: www.lefigaro.fr/client : www.lefigaro.fr/client Administrateurs Yves Thréard (Enquêtes, Aurore Domont Charles Edelstenne Gérez votre abonnement, Aurore Domont de la rédaction du Figaro.fr), Éditeurs Thierry Dassault, Olivier Formules d’abonnementpour pour1 an 1 an--France Francemétropolitaine métropolitaine Opérations spéciales, Sports, Éditeurs de la rédaction du Figaro.fr), Thierry Dassault, Olivier Direction, administration, rédaction Formules d’abonnement Opérations spéciales, Sports, Direction, administration, rédaction Costa de Beauregard, Club : 469 Semaine : 329 Week-end: premium Robert Mergui Anne-Sophie von Claer Costa de Beauregard, Benoît Benoît Directeur général, Anne-Sophie Sciences), Club : 489 €. €. Semaine : 355 €.€.Week-end 299 €. : 270 €. Robert Mergui 14, boulevard Haussmann von Claer Sciences), 14, boulevard Haussmann Directeur général, Anne Pican Habert, Bernard Monassier, Art de Imprimé sur papier issu de forêts gérées durablement. Habert, Bernard Monassier, 75438 Cedex Trémolet de Villers Anne Pican directeur de la publication (Style, Art(Style, de vivre, F),vivre, F), Imprimé sur de forêtsTaux gérées durablement. 75438 ParisParis Cedex 09 09 VincentVincent Trémolet de Villers Rudi Roussillon directeur de la publication Origine dupapier papierissu : Allemagne. de fibres recyclées : 100%. Ce journal Rudi Roussillon Anne Huet-Wuillème Origine du papier Taux de fibres recyclées : 100%. sous Ce journal : 0108 5750 0800 50 00 (Politique, Opinions) Marc Feuillée est imprimé sur: Allemagne. un papier UPM porteur de l’Ecolabel européen Anne Huet-Wuillème (Édition,(Édition,(Politique, Tél. : Tél. 01 57 Société,Société, DébatsDébats Opinions) Marc Feuillée estleimprimé un papierEutrophisation UPM porteur :de l’Ecolabel européendesous Photo, Révision), numérosur FI/011/001. Ptot 0.002 kg/tonne papier. [email protected] Photo, Révision), [email protected]

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:16:50c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

vendredi 27 mai 2022 le figaro - N° 24 187 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr

> FOCUS lefigaro.fr/economie

Technologie

L’Intelligence artificielle s’installe dans l’industrie Page 22

économie

Justin Tallis/PA photos/ABACA ; Connect world - stock.adobe.com ; OCTAVIO JONES/Getty Images via AFP

Pouvoir d’achat : Londres accorde des aides massives

Rishi Sunak, le ministre des Finances, annonce une enveloppe de 15 milliards de livres d’aides pour les plus défavorisés. Le secteur de l’énergie sera taxé. PAGE 20

Acquisition géante dans les semi-conducteurs Le fabricant américain de semiconducteurs Broadcom a annoncé jeudi dans un communiqué qu’il allait racheter le spécialiste du cloud VMware, qu’il valorise à 61 milliards de dollars (56,9 milliards d’euros). Broadcom propose aux actionnaires de la société informatique de recevoir 142,5 dollars par action, ou 0,252 action Broadcom par titre VMware. Une répartition sera effectuée, ce qui amènera l’acquéreur à financer la moitié de l’opération en numéraire et l’autre

le PLUS du FIGARO éco Fiscalité

Forte pression sur les détenteurs de comptes bancaires à l’étranger PAGE 21

LA SÉANCE DU JEUDI 26 MAI 2022

CAC 40 6410,58

+1,78%

DOW JONES 32637,19 +1,61% ONCE D’OR 1845,15 (1858,60) PÉTROLE (lond) 117,080 (114,430) EUROSTOXX 50 3747,21 +1,91% FOOTSIE 7564,92 +0,56% NASDAQ 12276,79 +2,79%

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:18:32c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

NIKKEI 26604,84 -0,27%

moitié en titres. Le montant en numéraire représente une prime de 49 % par rapport au cours de clôture de vendredi, soit avant que les premières rumeurs de rachat ne soient publiées dans la presse. L’opération avait reçu l’aval des détenteurs de la majorité du capital, à savoir l’entrepreneur Michael Dell, qui en contrôle 40,2 %, et la société d’investissement Silver Lake, qui en possède 10 %. Un nouveau coup d’éclat du PDG de Broad­com, Hock Tan, connu pour

sa boulimie d’acquisitions. C’est sa s­ ociété singapourienne Avago qui a pris le contrôle de Broadcom, en 2015, avant de proposer 130 milliards de dollars en 2017 pour racheter son concurrent Qualcomm. Un rapprochement bloqué par le gouvernement Trump arguant du siège singapourien de Broadcom pour invoquer un risque d’atteinte à la sécurité nationale. Plutôt que s’offrir un concurrent, Broadcom a voulu élargir son domaine d’activité. L’occasion de se

présenter comme un prestataire global pour les entreprises, avec la capacité de leur proposer à la fois ses semi-conducteurs et des infra­ structures d’informatique à distance. Hock Tan, cité dans le communiqué, entend ainsi faire de la nouvelle entité combinée « un leader des infrastructures technologiques ». Dans une note récente, les analystes d’UBS disent voir sous un jour « positif » cette union, qui permettrait à Broadcom d’être « plus équilibré entre logiciels et semi-conducteurs ».

l'histoire

Pour garder ses salariés, Apple les paiera au moins 22 dollars de l’heure

A

vec un nombre record de salariés américains qui ont quitté leur emploi en mars dernier (4,53 millions précisément), aucune entreprise n’est à l’abri du phénomène de « la grande démission » qui secoue les États-Unis depuis la pandémie. C’est dans ce contexte qu’Apple vient d’annoncer ce mercredi que le salaire minimum de ses employés américains serait porté à 22 dollars de l’heure dès début juillet. Un chiffre qui représente une progression de 45 % par rapport aux rémunérations minimales de 2018, selon un communiqué du fabricant de l’iPhone. Ce bond en avant vise clairement à mieux fidéliser les salariés, plus qu’à doper leur productivité, la firme à la pomme ayant déclaré qu’elle ne prévoyait pas de hausse

de production de ses téléphones pour 2022. Le groupe de Cupertino n’a pas donné plus de précisions sur les modalités d’applications de ces augmentations. Signalons que le géant américain du café Starbucks vient lui aussi d’annoncer récemment de substantielles augmentations de salaires, mais réservées à ses employés non syndiqués. Or Apple est confronté, comme les autres grands groupes, à une vague d’activité syndicale. En avril, les salariés du magasin d’Atlanta ont déposé une pétition pour tenter de devenir le premier magasin américain de l’entreprise à se syndiquer. Tout récemment, la directrice des ressources humaines du groupe, Deirdre O’Brien, a partagé une vidéo avec plus de 60 000 salariés américains du groupe pour les convaincre que le syndicalisme n’est pas une bonne J.-B. L. idée. ■

C’est un constat très morose que le premier ministre Li Keqiang a dressé mercredi sur l’économie chinoise, minée par les restrictions anti-Covid. Elle rencontre des difficultés « plus importantes encore qu’en 2020 », a-t-il affirmé. « Depuis mars et plus encore depuis avril, les indicateurs économiques sur l’emploi, la production industrielle, la consommation d’électricité et le transport de marchandises ont connu une baisse marquée », a détaillé Li ­Keqiang à l’occasion d’une téléconférence avec des milliers de responsables locaux. La Chine a dévoilé courant mai ses pires performances économiques depuis deux ans, avec une consommation au plus bas et un chômage proche du record absolu. Le ralentissement économique met en péril l’objectif de croissance d’environ 5,5 % fixé par Pékin, dans une année politiquement sensible qui devrait voir le président Xi Jinping être reconduit à la tête du Parti communiste chinois (PCC) à l’automne. Or le Parti tire sa principale légitimité de l’augmentation continue du pouvoir d’achat de la population. « Nous sommes désormais à un moment critique, qui déterminera la tendance économique de l’ensemble de l’année. Nous devons saisir cette fenêtre de tir afin de ramener l’économie sur de bons rails. Nous devrions nous efforcer d’assurer une croissance économique raisonnable au deuxième trimestre et de réduire le taux de chômage », a plaidé Li Keqiang. Ce discours intervient alors que la plupart des économistes ont abaissé leurs perspectives de croissance pour 2022 en Chine à seulement 3 %. Alors que le pays fait face à un renouveau de l’épidémie de Covid-19, la stratégie « zéro Covid » de Pékin génère des mesures particuliè­ rement strictes, qui paralysent une large part de la population et de ­l’activité. Si le confinement semble s’assouplir à Shanghaï, ses 25 millions d’habitants restent soumis à des restrictions sévères. De son côté, la ville de Pékin renforce ses mesures anti-Covid, avec de nombreux commerces et sites touristiques fermés ou au ralenti. A. Boh.

FAIRE PROGRESSER L’ÉCONOMIE BIENVEILLANTE, C’EST ÇA L’IDÉE. Ensemble, faisons naître une nouvelle vie. Produire des boissons vertueuses, innover au service du bien commun et verser 25% de notre chiffre d’affaires à des causes solidaires, telles que la formation des jeunes, la lutte contre le décrochage scolaire et l’accompagnement de nos aînés. Ensemble avançons vers une société plus juste.

Rejoignez-nous sur smartgoodthings.com POUR VOTRE SANTÉ, PRATIQUEZ UNE ACTIVITÉ PHYSIQUE RÉGULIÈRE WWW.MANGERBOUGER.FR

C

Le forum de Davos miné par les crises et la guerre en Ukraine Page 18

SMART GOOD THINGS SAS - [email protected]

Économie

Alerte sur L’économie chinoise

vendredi 27 mai 2022 le figaro

18

l'événement

Guerre, crises et inflation plombent le Forum de Davos Les grands patrons et les dirigeants politiques se sont retrouvés dans la célèbre station suisse après deux ans d’absence, dans un climat anxiogène. Kinsey Global Institute, est davantage tourné vers l’Europe : « J’ai l’impression que les dirigeants à ­Davos sous-estiment les conséquences d’une coupure brutale du gaz et du pétrole russes. De nombreuses usines chimiques dépendent d’un unique tuyau russe. S’il est coupé, il y aura un choc énorme : un exemple parmi d’autres, plus de pétrole, plus d’emballages pour le lait. »

Métavers et cocktails De leur côté, ces femmes parmi les plus influentes de la planète, Kristalina Georgieva (Fonds mo­nétaire international), Christine Lagarde (Banque centrale européenne) et Ngozi Okonjo-Iweala (Organisation mondiale du commerce) s’inquiètent de la menace d’une crise alimentaire en Afrique et au Moyen-Orient ainsi que de la fragmentation du monde. En bref, comme le résume Sven Smit : « Je sens un Davos déboussolé. » Et un haut responsable européen d’ajouter : « Je n’avais jamais vu un Davos aussi peu diversifié tant sur le plan géographique que thématique. » Les Chinois, de plus en plus nombreux au fil des ans, se comptaient en effet sur les doigts de la

main cette fois, Covid oblige. Autres absents de taille : les Russes, déclarés par le Forum économique mondial persona non grata. Pour l’économiste allemand Klaus Schwab qui a fondé ce rendez-vous inégalé par son ampleur, voici cinquante et un ans, pour « bâtir un monde meilleur », les temps sont douloureux. Le solide octogénaire rappelait jeudi en conclusion et en écho à l’Ukraine, qu’il a connu la Seconde Guerre mondiale. Malgré ce contexte anxiogène, tous les visiteurs de Davos ne sombrent pas dans le pessimisme. « Je constate une déconnexion entre la perception de l’économie mondiale et la réalité vécue par les entreprises », observe le banquier José Viñals. La plupart de ses clients se portent très bien. Les sociétés de la tech, Meta, Google et Qualcomm, bien que chahutées en Bourse, parlent monnaie numérique et métavers, avec des perspectives prometteuses. Si les réceptions en soirée se voulaient moins ostentatoires, au cocktail offert mardi soir par l’entreprise indienne de services financiers Bajaj, des dizaines d’hommes d’affaires indiens – et aussi deux jeunes femmes cadres d’un

1. La Maison de l’Ukraine au Forum économique mondial (WEF) de Davos, le 21 mai. 2. L’entrepreneur Daniel Aksioutine arbore une vyshyvanka, la chemise traditionnelle ukrainienne. 3. De gauche à droite : Uliana Avtonomova (Kyiv Hub), Julia Kiryanova (SmartHolding), Yevheniia Kravchuk, parlementaire ukrainienne, Yulia Svyrydenko, vice-premier ministre ukrainien, et Borge Brende, président du WEF, le 23 mai. 4. Le discours de Volodymyr Zelensky, lundi. 5. Le maire de Kiev, Vitali Klitschko, hier.

groupe industriel pakistanais – affichaient leur confiance dans la prospérité de l’Asie du Sud-Est. Les patrons du CAC 40, bien qu’un peu moins nombreux en ­cette saison d’assemblées générales, ont pu rencontrer partenaires et clients. En revanche, on ne risquait pas de croiser de ministre français, tenus par la période de ­réserve et soucieux de ne pas se montrer dans « le club de l’élite mondiale », à trois semaines des élections législatives. « Je peux comprendre la crainte de passer pour le président des riches, commente une dirigeante d’entreprise française, mais cette absence est vraiment dommage pour le rayonnement de la France. » Au moins les Français absents se seront-ils épargné ce climat de printemps pourri. ■ F. N.-L. (à Davos)

2

La démondia­lisation n’est pas la bonne solution. Nous avons besoin d’une mondialisation durable et résiliente, fondée sur la solidarité

»

OlaF scholz, chancelier allemand, À Davos, jeudi 26 MAI FABRICE COFFRINI/AFP

3

1

4

5

Le « bataillon diplomatique féminin » de Zelensky Fabrice Nodé-Langlois £@Fnodelanglois

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:18:32c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

A

Envoyé Spécial à Davos (Suisse)

Elles sont trentenaires pour la plupart, parlent toutes un anglais impeccable et affichent une détermination sans faille. Durant toute la semaine du Forum de Davos, ces jeunes Ukrainiennes se sont démultipliées, rencontrant ministres, grands patrons et journalistes du monde entier. « Nous sommes le bataillon diplomatique des femmes », clame la députée Yevheniia Kravchuk. Sur la scène de la conférence plénière, elle brandit un petit bout de métal calciné. « C’est un fragment de missile que mon mari, policier, a ramassé. Quand vous achetez du gaz et du pétrole à la Russie, cela revient sous cette forme », assène-t-elle face au parterre de PDG. De quelle aide humanitaire la plus urgente l’Ukraine a-t-elle besoin ? Sa voisine sur scène, Yulia Svyrydenko, vice-première ministre chargée de l’Économie, répond : « Des armes ! » Jour après jour, le « bataillon ­féminin » répète inlassablement ses demandes d’une aide militaire ­accrue, d’un embargo total sur le pétrole et le gaz russes, d’une intervention pour débloquer les ports de la mer Noire afin d’exporter blé et

maïs, enfin, d’une adhésion à l’Union européenne. L’énergie et la force de conviction de ces femmes forcent le respect des congressistes de la station alpine. « C’est simple, explique la députée d’opposition, Yulia Klimenko, en tee-shirt noir siglé “I’m Ukrainian”, vous, vous pouvez débattre de la Russie et de l’Ukraine puis passer à autre chose, pour nous, c’est simplement une question de vie ou de mort. » Autre voix féminine qui porte : celle de Natalie Jaresko, au destin transatlantique peu commun. Née à Chicago de parents réfugiés d’Ukraine après la Seconde Guerre mondiale, ex-diplomate américaine, cette femme énergique a été ministre des Finances d’Ukraine entre 2014 et 2016. Alors qu’elle travaillait tout récemment pour le gouvernement de Porto Rico, elle se consacre à son pays, cherchant notamment à convaincre les multinationales - dont Auchan - de quitter la Russie.

Jamais à court d’idée La mobilisation ukrainienne à Davos a été impulsée du sommet, avec l’intervention, lundi, sur grand écran, du président Volodymyr Zelensky. Les frères Klitschko, Vitali et Wladimir, anciens champions de boxe et stars mondiales, dont le

Cela n’a pas de sens que les entreprises européennes opèrent encore en Russie

»

Natalie Jaresko, exministre ukrainienne des finances TASOS KATOPODIS/ Getty Images via AFP

premier est maire de Kiev, sont aussi montés sur le ring médiatique du forum. Jamais à court d’idée pour frapper les esprits, la présidence ukrainienne, alliée à la fondation du milliardaire Viktor Pinchuk, a installé dans une boutique de la rue principale la « maison des crimes de guerre de la Russie ». Une exposition de photos de victimes des atrocités a remplacé le pavillon où la Russie, les années précédentes, organisait rendez-vous et cocktails. Les Russes sont bannis de Davos 2022. Les chefs d’entreprise ne sont pas en reste. C’est le cas de Maxim Timchenko, patron de DTEK, groupe énergétique qui produit de l’électricité à partir de charbon mais qui est aussi le premier producteur de renouvelables. Depuis le début de la guerre, raconte-t-il, 33 de ses employés ont été tués. Sans relâche, l’électricien déploie ses équipes pour rétablir le courant et a raccordé 1,6 million de foyers privés d’électricité. Le chef d’entreprise a organisé l’évacuation de 3 000 de ses 60 000 salariés vers des régions réputées sûres. À Davos, Maxim T ­imchenko multiplie les rencontres avec ses ho-

mologues occidentaux et dirigeants politiques pour promouvoir son ambitieux programme de déploiement de 30 gigawatts d’électricité renouvelable d’ici 2030. De quoi contribuer à l’indépendance énergétique de l’Europe en y exportant du courant.

L’Ukraine du XXIIe siècle L’artillerie russe a beau tirer quotidiennement en Ukraine, il est déjà beaucoup question de reconstruction à Davos. Certains interlocuteurs mettent en garde contre le risque de corruption lorsque les milliards seront distribués. « Je suis très en colère », réagit Anastasia Radina lorsqu’on évoque ce problème potentiel, plus d’actualité selon elle. Députée du parti de Zelensky, elle se bat depuis dix ans contre la corruption, d’abord dans la société civile puis au Parlement. « J’ai corédigé des lois qui permettent de tirer un trait sur notre héritage soviétique, d’envoyer des juges et des dirigeants en prison. » Même regard tourné vers le futur pour Uliana Avtonomova, dans son tailleur-pantalon du bleu roi du drapeau : « Nous ne voulons pas seulement reconstruire le pays mais en imaginer un nouveau, bâtir

l’Ukraine du XXIIe siècle. » La jeune femme veut convoquer les meilleurs architectes, urbanistes et designers du monde entier. Elle fait partie des « global shapers » (que l’on pourrait traduire par les « façonneurs du monde »), une pépinière de talents de moins de 30 ans sélectionnés dans tous les pays et accompagnés par le Forum de Davos. À 29 ans, Daniel Aksioutine, qui a grandi en Suisse dans une famille ukrainienne, appartient aussi à ce formidable réseau de 14 000 personnes. Vêtu d’une vyshyvanka, la chemise brodée traditionnelle, sous son costume, le jeune entrepreneur a installé, il y a quatre ans sa société d’e-commerce qui vend sa propre marque de chaussures, dans le fief familial, à Lviv. Dès le début de la guerre, ce globe-trotteur a mobilisé les « global shapers » pour monter un site (supportukrainenow.org), devenu un incontournable car­ refour pour lever des fonds et partager des informations prati­ ques. Au bout d’une semaine, le site était traduit en 40 langues. C’est aussi cela, l’« esprit de Davos », méconnu et si décrié de ce côté des Alpes. ■

Fabrice Node-Langlois/Le Figaro ; GIAN EHRENZELLER/EPA/MAXPPP ; FABRICE COFFRINI/AFP ; FABRICE COFFRINI/AFP

MULTILATÉRALISME Cette édition 2022 du Forum économique mondial de Davos qui s’est achevée jeudi était décidément bien différente des précédentes. En premier lieu parce qu’après deux réunions annulées à cause du Covid (janvier 2021 et janvier 2022), l’élite économique et politique mondiale était conviée au mois de mai. Les pentes enneigées de la station des Grisons et ses trottoirs gelés que l’on arpente avec des crampons amovibles ont laissé la place aux vertes prairies. « Cette réunion organisée au printemps aurait pu apporter une note positive, mais l’atmosphère était plutôt sombre », commente José Viñals, le président de la banque Standard Chartered. D’abord, la pandémie et la politique de confinement de Pékin qui ralentit l’économie chinoise, se sont rappelées aux quelque 2 500 participants de Davos. Ils étaient contraints d’être vaccinés et de présenter deux tests négatifs au Covid sous peine de voir leur précieux badge d’accès désactivé. La principale préoccupation des congressistes était autre, cependant. « L’Ukraine », assène le viceprésident de la Commission, le Letton Valdis Dombrovskis. La guerre en Europe noircit le tableau macroéconomique que l’inflation, les taux en hausse et la Chine au ralenti avaient déjà recouvert de gris. « Ce cocktail renforce l’inquiétude sur les marchés, l’Ukraine crée énormément d’incertitudes. » Quand c’est Adena Friedman, la patronne du Nasdaq, la Bourse américaine des valeurs technologiques, qui la prononce, la phrase pèse. « Je pense que l’inflation va persister, la réorganisation des chaînes d’approvisionnement prendra du temps », pronostique Dan Schulman, le PDG de PayPal, en jean et santiags, qui change du costume cravate porté par la plupart des patrons. Paul Achleitner, qui vient de quitter la présidence de Deutsche Bank, craint que l’on sous-estime l’impact de la crise chinoise induite par les confinements. Le regard de Sven Smit, le président du Mc-

Livrer en vélos-cargos, c’est délivrer les centres-villes. Objectif : rendre les villes plus fluides et plus respirables, grâce à des livraisons plus respectueuses de l’environnement. Colissimo poursuit le déploiement de la livraison en mode doux dans les 22 métropoles françaises. Nous assurons des livraisons en vélos-cargos, dans les cœurs de villes de Bordeaux, Lyon, Montpellier, Paris, Rennes, Strasbourg et Toulouse. À horizon 2025, nous livrerons vos colis en mode doux ou en véhicules à faibles émissions, dans près de 50 zones urbaines. Idéal pour concilier la croissance durable du e-commerce, le plaisir des e-acheteurs et aider les e-commerçants à réduire l’impact environnemental de leur activité.

Colissimo, le choix d’une livraison plus responsable et réussie.

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:18:32c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

EcolOgic est un marquage qui identifie la démarche de réduction des émissions de CO2 et de compensation carbone par Le Groupe La Poste. Retrouvez tous nos engagements sur laposte.fr/neutralitecarbone. La Poste – SA au capital de 5 364 851 364 € – 356 000 000 RCS Paris – Siège social : 9, rue du Colonel-Pierre-Avia 75015 Paris – Crédit photo : Getty Images – 05/2022 –

vendredi 27 mai 2022 le figaro

20

économie

« Manger ou se chauffer » : les Britanniques frappés par la crise Le gouvernement Johnson déploie 15 milliards de livres d’aides aux ménages et taxe les énergéticiens. reportage Arnaud de La GRange £@arnodelagrange Correspondant à Londres

Royaume-uni C’est un nouvel esclavage, une aliénation moderne qu’elle n’aurait jamais cru vivre. « Nous sommes devenus esclaves de nos compteurs à prépaiement pour le gaz et l’électricité. Ce qu’ils nous prennent et ce qu’ils nous laissent comme argent conditionne nos vies, ce que nous pouvons acheter pour nous nourrir », dit Kathleen Kerridge. Cette habitante de Portsmouth, mère de quatre enfants, décrit avec pudeur et émotion la descente dans la précarité que provoque aujourd’hui la flambée du coût de la vie. Une situation qui frappe des millions de foyers britanniques, alors que la crise du coût de la vie représente le plus grand défi du moment pour le gouvernement britannique. Comme nombre d’habitants du quartier et de familles modestes du pays, les Kerridge ont recours à ce système de cartes prépayées que l’on introduit dans le compteur après l’avoir achetée dans une boutique du voisinage. Faute de crédit, tout s’arrête. Avec le loyer et la taxe d’habitation, ces dépenses font partie des coûts « non négociables », explique Kathleen. « Alors, le seul budget sur lequel on peut jouer et économiser, c’est celui de la nourriture, dit-elle. On achète moins. Et, quand on achète, c’est de moins bonne qualité. Nous nous nourrissons mal, ce qui est désastreux à long terme pour la santé. » Elle avoue renoncer souvent aux fruits et légumes et à tant d’autres aliments « sains et nutritifs ». Cette peur de ne pouvoir nourrir, au moins sainement, ses en-

fants a fini par affecter sa santé mentale. « Je suis dans un état d’angoisse permanente, j’ai perdu le sommeil, dit celle qui est partiellement rédactrice indépendante et employée de bureau. C’est un ­cercle vicieux, j’arrive moins bien à travailler, et donc mes revenus baissent… » Une étude de la Food Foundation publiée il y a deux semaines a créé un choc. Elle montre que des millions de Britanniques sont obligés de moins manger ou de sauter des repas. Plus de 7 millions d’adultes vivraient ainsi au sein d’un foyer qui a manqué de nourriture au mois d’avril. Et 2,4 millions d’entre eux n’auraient pas mangé pendant un jour entier. Le nombre de personnes touchées par cette insécurité alimentaire aurait augmenté de 57 % par rapport au mois de janvier. « C’est dû à la fois à l’augmentation des prix des produits alimentaires, d’au moins 6,7 % sur les douze derniers mois, et à la flambée d’autres budgets, en premier lieu celui de ­ l’énergie, au détriment de celui de l’alimentation », explique Anna Taylor, directrice de la Food Foundation.

Obésité infantile Elle s’inquiète de voir « une crise économique se doubler désormais d’une crise de santé publique ». Alors que les Britanniques ont déjà des taux de surpoids et d’obésité qui battent des records européens, avec deux tiers des adultes concernés, la crise va encore amplifier le phénomène. « À calories égales, les produits sains sont trois fois plus chers que les autres, dit Anna Taylor, et l’obésité va mécaniquement augmenter chez les bas revenus, qui ne peuvent acheter que des biens de mauvaise qualité. » Elle s’inquiète particulièrement pour

Une banque alimentaire du quartier de Kingston, à Londres, le 8 mars. Un Britannique sur cinq dit ne plus parvenir à boucler ses fins de mois. VICKIE FLORES/EPA-EFE

À calories égales, les produits sains sont trois fois plus chers que les autres, et l’obésité va mécaniquement augmenter chez les bas revenus

»

Anna Taylor, directrice de la Food Foundation Collection Particulière

les enfants, chez qui la pandémie a déjà multiplié les cas d’obésité, et appelle à « élargir l’accès aux repas scolaires gratuits ». Les banques alimentaires notent que de plus en plus de gens demandent des produits qui ne doivent pas être cuisinés, afin de ne pas dépenser de gaz ou d’électricité. « On nous refuse les pommes de terre, par exemple, car les faire cuire consomme trop de gaz », dit Damien Conrad, du ­Felix Project, le plus gros distributeur de surplus alimentaires à Londres. « Non seulement de plus en plus de Britanniques sont ­touchés par la crise, mais ils le sont de plus en plus profondément, constate-t-il. Il faut vraiment en avoir besoin pour venir faire la queue à 8 heures du matin devant un centre qui n’ouvre que l’aprèsmidi. » Au Harrow Hub, dans le nord-ouest de Londres, qui nourrit 1 700 familles tous les samedis, la file peut s’étendre sur plus de 1 kilomètre et demi. Quand le froid reviendra, un nombre croissant de Britanniques risque de se trouver devant le triste dilemme : « heating or eating » (« se chauffer ou se nourrir »). Le patron de Scottish Power, l’un des plus importants distributeurs d’électricité au Royaume-Uni, Keith Anderson, a averti que « jusqu’à 40 % des ménages pourraient être confrontés à la précarité énergétique » l’hiver prochain. Les factures ont bondi en avril, quand le plafond des prix de l’électricité et du gaz, encadré par le régulateur britannique Ofgem, a augmenté de 54 %. « Depuis cette date, le nombre de foyers en insécurité énergétique a bondi de 4,5 millions à 6,5 millions, soit près d’un quart des foyers de tout le Royaume-Uni, dit Adam Scorer, directeur de l’ONG National Energy Action (NEA). Et si des

mesures sérieuses ne sont pas prises, ce chiffre montera à 8 millions en octobre. » Passé à 1 971 livres en avril, ce plafond des prix de l’énergie pourrait atteindre les 2 800 livres, a fait savoir mardi Ofgem, soit une nouvelle augmentation de 42 %. Selon un sondage YouGov publié ce jeudi, 1 Britannique sur 5 dit ne plus parvenir à boucler ses fins de mois. Pour Anna Taylor comme pour Adam Scorer, il est urgent d’« augmenter les allocations dans les mêmes proportions que l’inflation ». Celle-ci atteint déjà les 9 %, un taux record en quarante ans, et pourrait passer la barre des 10 %.

40 %

Part des ménages pouvant être confrontés à la précarité énergétique l’hiver prochain, selon Keith Anderson, directeur général du distributeur d’électricité Scottish Power Tirée pour l’essentiel par les prix de l’électricité et du gaz, elle est aggravée par un marché du travail très tendu, dans le sillage du Brexit. La semaine dernière, le gouverneur de la Banque d’Angleterre (BoE), Andrew Bailey, a qualifié la situation d’« apocalyptique » pour les prix alimentaires. Le gouvernement se voit de toute part sommé d’agir plus vigoureusement. Accusé de pas aider suffisamment les familles en difficulté, le chancelier de l’Échiquier, Rishi Sunak, a dégainé un nouveau train de mesures ce jeudi. Une annonce opportune au lendemain d’un rapport sur le « Partygate » tançant Boris Johnson… Alors qu’il se refusait jusqu’à présent à une taxe exceptionnelle sur les profits

des géants pétroliers et gaziers, estimant qu’elle risquerait de freiner l’investissement, le gouvernement a fait volte-face sous la pression de l’opposition et de l’opinion. Il a annoncé une taxe temporaire de 25 % sur les profits de ces entreprises, pour qui elle sera allégée si elles investissent. En levant 5 milliards de livres, elle nourrira un nouveau paquet d’aides de 15 milliards. Près de 1 ménage sur 8 parmi les plus vulnérables recevra ainsi au moins 1 200 livres cette année. Il s’agira notamment d’un versement unique de 650 livres, auquel s’ajouteront 400 livres de réduction sur les factures énergétiques pour tous les foyers. Les retraités en difficulté recevront 300 livres supplémentaires et les personnes handicapées, 150 livres. Ces mesures s’ajoutent à un premier paquet de 22 milliards de livres d’aides déjà annoncé, avec notamment des réductions des taxes sur l’essence, des coupes d’impôts locaux et, déjà, une réduction des factures énergétiques Devant le Parlement, Rishi Sunak a assuré qu’avec ces aides, pour un total de 37 milliards de livres, les Britanniques les plus modestes allaient ainsi « sentir le poids de l’inflation s’apaiser ». Pour Johnson, il est d’autant plus urgent d’agir que la crise du coût de la vie commence à grever sérieusement l’activité britannique, selon l’indice Flash Composite publié mardi par S&P Global. La BoE a aussi averti que le pouvoir d’achat plombé des Britanniques allait « lourdement peser » sur la demande. Avec une contraction de l’économie britannique au quatrième trimestre. Face à ces cris d’alarme, Boris Johnson a promis que son gouvernement allait « mettre ses bras autour du peuple britannique, comme il l’a fait pendant la pandémie ». ■

La Chine va renforcer son influence dans le Pacifique Sud Pékin offre à dix États un accord de libre-échange incluant un volet sécurité, contre l’accès à leurs fonds marins. Armelle Bohineust £@armelella

Asie Jeudi, Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères, a entamé une tournée dans plusieurs petits États insulaires (îles Salomon, Samoa, Vanuatu, Fidji, Kiribati, Tonga, Papouasie-NouvelleGuinée…) de la région Pacifique Sud. La Chine entend proposer à une dizaine d’entre eux des millions de dollars d’aide et un projet d’un ac-

cord de libre-échange leur donnant accès au vaste marché chinois. Les petits États indépendants du Pacifique Sud, disséminés sur des milliers d’îles, représentent moins de 9 millions d’habitants. Mais ils sont situés au cœur d’une zone que Pékin, qui cherche à étendre son influence partout dans le monde, considère comme stratégique. Proches de la Nouvelle-Calédonie et de l’Australie, un allié des États-Unis envers lequel Pékin manifeste une

hostilité grandissante, ces petites républiques disposent de vastes territoires marins. Le projet d’accord du géant chinois inclut la formation des officiers de police et des diplomates ­locaux, un travail d’équipe sur la « sécurité traditionnelle et non traditionnelle », cybersécurité incluse. Il permettrait aussi à la Chine de réaliser des opérations sensibles de cartographie marine et d’obtenir un meilleur accès aux ressources naturelles locales.

COTATIONS HEBDOMADAIRES Nom du Fonds Date de valorisation :

AFER ACTIONS EURO AFER-SFER AFER PATRIMOINE A. DIVERSIFIE DURABLE AFER ACTIONS MONDE

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:18:32c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

ACTIONS ZONE EURO DIVERSIFIÉ DIVERSIFIÉ DIVERSIFIE ACTIONSINTERNATIONALES

76,00 15,00 500,00 500,00 500,00

152,52 68,68 547,97 756,52 1263,15

154,99 69,25 547,99 759,88 1274,40

PROCHAINE PARUTION :03/06/2022 (1) Dédoublé 2 fois. (2) divisée par 2. (3) divisée par 8. (4) divisée par 30. (5) divisée par 100. (6) divisée par 10. (7) divisée par 5. (8) divisée par 6.

Demain

Valeur a la Valeur Valeur création précédente liquidative

23/05/2022

A

Aviva Investors France 14 Rue Roquépine 75008 Paris Tél. : 01 76 62 90 00 / 01 76 62 91 01

Vocation

*Ou dernier cours connu.

Le Pacifique Sud est devenu depuis des mois un théâtre de rivalité intense entre la Chine et les ÉtatsUnis, première puissance dans la région depuis plusieurs décennies. Washington cherche à y renforcer ses alliances face à la Chine, notamment en ravivant le Quad, une alliance pour la sécurité avec l’Australie, le Japon et l’Inde.

« Intensification » de l’engagement australien

Pékin cherche de son côté à y accroître sa présence militaire, politique et économique. Mais il n’a fait jusqu’à présent que des progrès limités et inégaux. S’il est accepté, le nouveau plan de coopération pourrait en revanche marquer un tournant majeur en facilitant notamment la présence de Pékin dans des opérations de police ou militaires. La Chine a déjà conclu en avril un pacte de sécurité avec les îles Salomon, qui devrait devenir un modèle dans la région, affirme Wang Yi. Les contours flous de cet accord inquiètent Canberra et Washington.

Ils redoutent qu’il permette à Pékin d’installer une présence militaire dans l’archipel même si le ministre chinois a nié jeudi que la Chine avait « l’intention » d’y installer une base militaire. Le nouveau premier ministre australien Anthony Albanese a néanmoins annoncé jeudi une « intensification » de l’engagement de l’Australie dans le Pacifique, avec environ 500 millions de dollars australiens (330 millions d’euros) d’aide pour la formation à la défense, la sécurité maritime et les infrastructures pour lutter contre les effets du changement climatique. Des dirigeants des petites républiques du Pacifique s’inquiètent eux aussi des propositions commerciales et sécuritaires de Pékin. Le président des États fédérés de Micronésie, David Panuelo, a adressé à ses collègues du Pacifique Sud une virulente lettre de mise en garde contre un accord « attrayant » à première vue, mais susceptible de donner à la Chine les moyens « d’acquérir accès et contrôle sur notre région ». ■

Les contours « flous du pacte de sécurité déjà conclu en avril par Pékin avec les îles Salomon inquiètent Canberra et Washington

»

le figaro

Entreprises

vendredi 27 mai 2022

Comptes bancaires à l’étranger : l’étau se resserre sur les récalcitrants Grâce à l’échange automatique d’informations entre la plupart des États membres de l’OCDE, le fisc a désormais connaissance de leur existence. Manon Malhère £@ManonMalhere

Fiscalité Aujourd’hui encore, certains fiscalistes ou contribuables regrettent certainement la fermeture, fin 2017, de la cellule de régularisation qui permettait de déclarer les comptes détenus à l’étranger. Mis en place en 2013, le STDR (service de traitement des déclarations rectificatives) permettait en effet aux personnes concernées de régulariser leur situation de façon spontanée avec des pénalités plus clémentes. Depuis sa fermeture, c’est une tout autre affaire. À l’heure où les ménages sont en pleine déclaration des revenus perçus en 2021 avec une date butoir pour la version papier le ­ 31 mai, ceux qui possèdent des comptes à l’étranger n’ont plus d’autre choix que de se soumettre à l’obligation annuelle de les déclarer au fisc et de régulariser leur

situation le cas échéant sans traitement de faveur, les pénalités pouvant atteindre 80% de l’impôt dû dans le cas où les avoirs auraient généré des revenus (dividendes, intérêts, plus-values). À moins de rester dans l’ombre et de contourner ces règles qui visent à lutter contre la fraude fiscale et la criminalité financière avec un risque de poursuites pénales.

9 000 milliards d’euros au total. « Les pays commencent à savoir comment traiter ces données. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère », décrypte un spécialiste. Ce n’est pas un hasard si le fisc adresse de plus en plus des courriers aux personnes détenant toujours des comptes non déclarés dans un autre pays, les appelant alors à procéder à une régularisation dans les plus brefs délais. « Ces courriers

9 000 milliards d’euros Reste que passer entre les mailles du filet de l’administration est de plus en plus difficile depuis la mise en œuvre effective, en 2017, de l’échange automatique d’informations bancaires et financières entre la plupart des États membres de l’OCDE. Les chiffres parlent d’euxmêmes : en 2019, près d’une centaine de pays participaient à ce dispositif et ont échangé des informations concernant plus ­ de 75 millions de comptes dont les actifs se chiffraient à quelque

Le ministère de l’Économie, à Paris. Plus de 1 million de foyers ont déclaré des comptes à l’étranger en 2020, contre 327 000 en 2017.

du fisc sont effectivement de plus en plus fréquents et concernent les ­ ersonnes qui ont loupé la cellule de p régularisation », témoigne Corinne Dadi, avocate associée au cabinet Everlaw & Tax.

Héritages Certains contribuables français ont d’ailleurs bien compris ce serrage de vis : alors qu’en 2017 327 000 foyers avaient déclaré des

Les néobanques et cryptoactifs concernés aussi Les contribuables doivent déclarer au fisc comme comptes détenus à l’étranger ceux ouverts dans une néobanque dont le siège est basé hors de France, comme Revolut ou N26. Cela ne concerne pas les néobanques

françaises comme Orange Bank ou Nickel. Mais c’est aussi le cas pour les contrats d’assurance-vie détenus à l’étranger. Pour déclarer ces comptes, il faut remplir le formulaire annexe numéro 3916.

C’est aussi le cas pour les détenteurs de comptes en cryptomonnaies sur des plateformes comme Coinbase. L’omission de déclaration peut exposer les contribuables à une amende de 1 500 euros.

Olivier Rateau/olrat/stock.adobe.com

21

comptes ouverts, détenus ou clos dans un autre pays, ils étaient plus de 1 million en 2020, selon les données de Bercy. Seulement voilà, cette mise en conformité se révèle un véritable casse-tête pour certaines personnes qui restent toujours dans l’illégalité mais de façon involontaire et qui sont quelque peu acculées, témoignent certains avocats. « Il n’y a pas toujours intention de frauder, d’autant que, le plus souvent, les fonds envoyés à l’étranger ont supporté préalablement l’impôt en France. C’est aussi le souhait ou la précaution de disposer d’une ­poche financière en des lieux jugés sûrs pour diverses raisons », explique Jérôme Barré, avocat associé au cabinet Yards. Par ailleurs, « certaines personnes ont purement et simplement hérité de ces comptes, ils n’en sont pas à l’initiative, et le rapatriement des fonds est jugé compliqué », poursuit l’avocat ­fiscaliste. ■

Lavazza s’arme pour faire face à la flambée des prix du café Le groupe familial italien va augmenter ses prix de 8 à 10 % et rogner fortement sur ses marges.

30 % Croissance des ventes de café en grains de Lavazza en France depuis le début de l’année

olivia détroyat £@Oliviader

agroalimentaire « Quand un groupe de café voit le prix du grain doubler en quelques mois, c’est un véritable tsunami. » Après une bonne année 2021 (hausse du chiffre d’affaires de 11 %, à 2,3 milliards d’euros), Giuseppe Lavazza, vice-président du cafetier italien Lavazza, ne cache pas son inquiétude. Comme pour l’écrasante majorité des industriels de l’alimentaire, le groupe familial italien, connu pour ses marques Lavazza et Carte Noire, connaît une flambée sur tous ses postes de production : de l’énergie au transport en passant par les emballages ou la main-

d’œuvre. Mais l’envolée de 80 à 100 % des cours mondiaux de l’arabica et du robusta depuis l’été dernier, après un coup de gel au Brésil qui a plombé la récolte, s’avère particulièrement délicate à gérer. « Un tel niveau de hausse sur notre matière première principale, c’est l’équivalent de l’Ebitda (300 millions d’euros, NDLR) qui part en fumée », déplore le dirigeant issu de la quatrième génération du cafetier. Pour affronter la tempête, le groupe compte sur les efforts portés durant la crise du Covid, qui, conjugués à la forte reprise de son activité depuis mi2021, lui ont permis de renforcer sa trésorerie. Mais cela restera insuf-

fisant pour faire le dos rond jusqu’en 2024, « date à laquelle nous anticipons, au plus tôt, une forme de retour à la normale », appuie Giuseppe Lavazza.

Dynamisme du marché D’ici là, le groupe va augmenter progressivement de 8 à 10 % cette année le prix de ses cafés partout dans le monde. Selon les pays, les premières hausses sont déjà notables en rayon, « sans que nous puissions encore évaluer si cela à un impact sur les ventes, explique ­ Maurizio Cozzolino, directeur général de Lavazza pour l’Europe de l’Ouest. On peut s’attendre à ce qu’il y ait des reports de consommation vers des cafés moins chers à la

la séance du jeudi 26 mai

LE CAC

JOUR

AIR LIQUIDE ........................... 162,1 AIRBUS ..............................................109,06 ALSTOM ..............................................24,85 ARCELORMITTAL SA ........................... 29,49 AXA .............................................. 23,96 BNP PARIBAS ACT.A ........................... 52,7 BOUYGUES .............................................. 32,76 CAPGEMINI .............................................. 184,35 CARREFOUR .............................................. 19,28 CREDIT AGRICOLE ...........................11,158 DANONE ..............................................54,56 DASSAULT SYSTEMES ........................... 38,18 ENGIE .............................................. 12,742 ESSILORLUXOTTICA ........................... 148,45 EUROAPI ..............................................13,312 EUROFINS SCIENT. ...........................85 HERMES INTL ........................... 1045,5 KERING ..............................................467,7 L'OREAL ..............................................311,95 LEGRAND ..............................................80,84

%VAR.

+HAUTJOUR

+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12

+0,65 162,1 160,3 0,111 +5,73 +4,1 109,06 104,76 0,179 -2,94 +1,35 24,97 24,21 0,28 -20,4 +3,29 29,525 28,45 0,451 +4,78 +1,38 24,02 23,645 0,177 -8,5 +1,6 52,94 51,7 0,171 -13,28 +0,92 32,91 32,45 0,28 +4,03 +1,04 184,6 180,9 0,139 -14,45 +0,63 19,345 19,12 0,197 +19,71 +2,74 11,194 10,882 0,284 -11,09 -0,73 54,9 54,13 0,173 -0,05 +1,39 38,46 37,5 0,061 -27,01 -0,31 12,88 12,742 0,16 -2,09 +0,85 149,2 146,4 0,092 -20,72 +0,47 13,412 13,18 0,366 0 85,24 83,5 0,09 -21,88 +2,45 1050,5 1024 0,067 -31,93 +3,45 469,15 452,35 0,154 -33,84 +1,46 313,2 305,3 0,057 -25,18 +0,62 81,28 79,92 0,125 -21,44

JOUR

LVMH .............................................. 571,2 MICHELIN .............................................. 120,05 ORANGE ..............................................11,78 PERNOD RICARD ...........................178,25 PUBLICIS GROUPE SA ..................... 51,56 RENAULT .............................................. 25,31 SAFRAN ..............................................98,58 SAINT GOBAIN ........................... 54,27 SANOFI ..............................................103,6 SCHNEIDER ELECTRIC ..................... 125,18 SOCIETE GENERALE ........................... 24,905 STELLANTIS NV ........................... 13,702 STMICROELECTRONICS ..................... 36,385 TELEPERFORMANCE ........................... 302,6 THALES ..............................................117,45 TOTALENERGIES ...........................55,12 UNIBAIL-RODAMCO-WE ..................... 67,61 VEOLIA ENVIRON. ........................... 26,46 VINCI .............................................. 92,09 VIVENDI SE ........................... 10,995

%VAR.

+3,67 +1,78 +0,17 +0,03 +1,9 +3,77 +4,08 +2,11 -0,12 +1,77 +0,14 +2,42 +1,68 +1,85 +1,56 +2,17 +2,77 +1,34 +2,84 -0,32

+HAUTJOUR +BAS JOUR

574,2 120,7 11,898 178,8 51,6 25,325 98,92 54,28 104,36 125,18 25,04 13,778 36,465 302,6 117,45 55,2 67,8 26,57 92,65 11,02

551,2 117,45 11,77 176 50,5 24,26 94,51 52,9 103,28 122,3 24,545 13,314 34,875 296 115 54,28 65,37 25,88 89,53 10,945

%CAP.ECH

0,071 0,155 0,179 0,086 0,243 0,391 0,142 0,177 0,108 0,116 0,368 0,128 0,25 0,124 0,101 0,238 0,397 0,171 0,144 0,281

31/12

-21,43 -16,72 +25,15 -15,72 -12,91 -17,14 -8,43 -12,28 +16,96 -27,42 -17,55 -17,84 -16,11 -22,81 +57,02 +23,5 +9,72 -17,98 -0,88 -7,53

LES DEVISES

tasse, comme le café en grains par exemple, mais c’est un peu tôt pour le dire. Nous y verrons plus clair d’ici trois mois ». Au-delà de ces hausses des étiquettes, le groupe espère aussi amortir le choc en rognant sur ses marges. « Il reste difficile de dire à quelle hauteur, tant l’environnement est volatil, complexe et imprévisible. Mais 2022 sera une mauvaise année », se désole Giuseppe Lavazza. Si l’entreprise ne compte pas réduire ses investissements, elle poursuivra son plan d’économies. Sur un autre front, elle vient aussi de mener son désengagement de Russie, un marché qui représentait 2,3 % de son activité globale.

MONNAIE

1 EURO=

AUSTRALIE ................................................................................ DOLLAR AUSTRALIEN 1,511 WORLDLINE .............................................. 39,74DOLLAR +4,74CANADIEN 39,85 37,69 1,3715 0,218 CANADA ................................................................................ GDE BRETAGNE ................................................................................ LIVRE STERLING 0,8507 HONG KONG ................................................................................ DOLLAR DE HONG KONG 8,397 JAPON ................................................................................ YEN 135,95 SUISSE ................................................................................ FRANC SUISSE 1,0283 ETATS-UNIS ................................................................................ DOLLAR 1,0697 TUNISIE ................................................................................ DINAR TUNISIEN 3,234 MAROC ................................................................................ DIHRAM 11,103 TURQUIE ................................................................................ NOUVELLE LIVRE TURQUE 17,5588 EGYPTE ................................................................................ LIVRE EGYPTIENNE 19,6 CHINE ................................................................................ YUAN 7,2024 INDE ................................................................................ ROUPIE 83,065 ALGERIE ................................................................................ DINAR ALGERIEN 154,81

AUD -18,91 CAD GBP HKD JPY CHF USD TND MAD TRY EGP CNY INR DZD

L’OR

Les dirigeants comptent sur le dynamisme du marché pour atténuer les conséquences de cette inflation. En France, son deuxième marché (20 % de l’activité) après l’Italie, les consommateurs ont continué à acheter plus de café l’an dernier, avec une croissance du chiffre d’affaires de 6 % en 2021 en grandes surfaces. Et ce malgré la fin du 100 % télétravail et de la fermeture du hors domicile qui avaient fait bondir les ventes de café de 20 % en 2020. Et sur certains segments comme le café en grains où Lavazza est leader dans l’Hexagone avec Lavazza et Carte Noire, la croissance atteint 30 % depuis le début de l’année, soit deux fois plus que le marché total du grain. ■

JOUR

VEILLE

31/12

Cotation quotidienne assurée par Loomis FxGS - CPOR Devises www.loomis-fxgs.fr LINGOT DE 1KG ENV ..................................................... 55510 NAPOLEON ..................................................... 347,8 PIECE 10 DOL USA ..................................................... 1070 PIECE 10 FLORINS ..................................................... 353,9 PIECE 20 DOLLARS ..................................................... 1955 PIECE 20F TUNISIE ..................................................... 360 PIECE 5 DOL US (H) ..................................................... 440 PIECE 50 PESOS MEX ..................................................... 2200 PIECE FR 10 FR (H) ..................................................... 208 PIECE SUISSE 20F ..................................................... 345,1 PIECE LATINE 20F ..................................................... 335 SOUVERAIN ..................................................... 430 KRUGERRAND ..................................................... 1880

56190 347,7 1070 355,9 1949 360 440 2155,25 208 347,7 334,9 442,7 1879,75

+7,29 +12,59 +16,56 +10,63 +10,14 +13,56 +6,8 +16,85 +12,45 +7,37 +11,72 +8,42

VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS VALEUR DATE DE LIQUID. VALORISAT.

Cybèle Asset Management 37 av. des Champs-Elysées 75008 Paris Tel. : 01 56 43 62 50

BETELGEUSE ................................................ 50,00 23/05/22 BELLATRIX C ................................................ 353,27 23/05/22 SIRIUS ................................................59,86 23/05/22

retrouvez site d’informations exclusives www.wansquare.com

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:18:32c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

Mercredi soir, à la clôture, le titre du groupe à l’oiseau bleu prenait plus de 5 %. Et jeudi, en ouverture de séance, la tendance restait la même. Toujours aussi recherchée, l’action Twitter grimpait de 4,62 %, à 38,88 dollars. Joli coup double pour le milliardaire sud-africain, car, en renonçant à la totalité de l’emprunt de 12,5 milliards de dollars garantis par des

actions Tesla qu’il devait initialement souscrire, il crée également un effet ­favorable pour le titre du constructeur de véhicules électriques. L’action Tesla prenait ainsi 3,66 %, à 682,89 dollars, en début de séance. Si Musk parvient à alléger sa charge financière dans l’acquisition de Twitter, c’est aussi que début mai, plusieurs ac-

tionnaires existants de Twitter s’étaient déjà engagés à soutenir l’opération et à rester minoritaires au sein du capital une fois la société retirée de la cote. La valorisation de leurs titres réduisait d’autant l’enveloppe que le fondateur de SpaceX devait mettre sur la table. Il n’a pas précisé pour autant si ce montant provenait, pour tout ou partie,

de son patrimoine personnel, ou si d’autres investisseurs l’avaient rejoint. Mais il a indiqué être en discussion avec plusieurs personnes, dont le cofondateur et ancien directeur général Jack Dorsey, en vue de les rallier au projet et d’obtenir leur contribution, soit en numéraire, soit en actions Twitter, ce qui pourrait encore réduire la somme empruntée. ■

A

Elon Musk revoit les conditions de financement du rachat de twitter et fait décoller le titre L’annonce d’Elon Musk a une nouvelle fois séduit les investisseurs. Mercredi, le patron de Tesla a relevé à 33,5 milliards de dollars la somme qu’il apporte directement avec ses partenaires pour le ­rachat de Twitter, abaissant encore le montant emprunté à des banques. Ce dernier se limiterait à 13 milliards de dollars contre 25,5 prévus initialement.

vendredi 27 mai 2022 le figaro

22

médias et tech

L’intelligence artificielle au secours de l’industrie Face aux pénuries de produits, l’IA peut apporter des solutions aux risques pesant sur la logistique et la production. Elsa Bembaron £@elsabembaron

Technologie Rupture d’approvisionnement. Le terme est entré dans le quotidien des Français, alors que la guerre en Ukraine et les confinements en Chine conduisent à des pénuries de produits. Les composants électroniques ou l’huile de tournesol sont loin d’être les seuls concernés. Dans un cas comme dans l’autre, l’absence d’un élément, aussi petit soit-il, bloque une chaîne complète d’approvisionnement. Une puce à 2 euros manque, et la production d’un constructeur automobile s’arrête. Sans huile, nombre de plats cuisinés disparaissent des rayons. Face à ces nouveaux défis, des solutions alternatives se mettent en place. Il ne s’agit pas seulement de remplacer le tournesol par le colza, mais de miser sur les technologies d’avenir pour apporter des réponses durables à l’industrie. « Une optimisation de la logistique génère un gain de temps et une réduction de la consommation des matières premières », résume Frédéric Laluyaux, PDG d’Area Technology. En période de tension sur les approvisionnements, la gestion au cordeau des moindres ­ressources s’impose. Une des difficultés rencontrées par les entreprises dans ce domaine porte sur

l’évaluation en temps réel des ressources dont elles disposent ainsi que de celles dont elles auront besoin. Elles doivent aussi pouvoir localiser instantanément leurs différents actifs, depuis les matières premières aux produits finaux.



C’est un moyen de gagner en réactivité pour s’adapter à des environnements globaux de plus en plus complexes

Frédéric Laluyaux, PDG d’Area Technology



Une partie de la difficulté réside non seulement dans la capacité des dirigeants à anticiper les besoins, mais surtout à évaluer les conséquences d’une décision sur l’ensemble de l’entreprise. Schématiquement, inutile d’augmenter les commandes d’écrans si, à l’arrivée, il est impossible d’assembler le produit parce qu’il manque une vis. Pour gagner en agilité et en adaptabilité, l’intelligence artificielle est de plus en plus sollicitée. D’ici à 2023, 50% des entreprises auront investi dans ce domaine, selon le cabinet Gartner. De plus en plus de solutions sont proposées aux entreprises pour faire face à ces défis,

s­ ollicitant largement l’intelligence artificielle et l’analyse des données de l’entreprise. « C’est un moyen de gagner en réactivité pour s’adapter à des environnements globaux de plus en plus complexes », ajoute Frédéric Laluyaux, dont les services d’aide à la prise de décision aboutissent à des conclusions en quelques minutes, quand il faut des jours - voire des semaines - au cerveau humain pour parvenir à intégrer dans des projections autant de nouveaux paramètres. À la maîtrise de la chaîne d’approvisionnement s’ajoute celle de la production. Les entreprises cherchent en permanence à améliorer leurs performances dans ces domaines. Un secteur dans lequel la France compte quelques pépites. Ainsi, FM Logistic a opté pour le logiciel de supervision de Centreon. Il a mis en place un contrôle permanent de ses activités, notamment des convoyeurs, ces tapis roulants transportant des colis, aboutissant à une fiabilisation de ses activités. « Avant, nous pouvions arriver le lundi matin et constater qu’une panne avait eu lieu durant le week-end. Depuis que nous avons déployé Centreon, cela n’est plus jamais arrivé », explique un porte-parole de FM Logistic. La chasse à la « non-qualité » voit ainsi émerger de nouvelles solutions. Trigo, une entreprise

Les services d’aide à la prise de décision aboutissent à des conclusions en quelques minutes, quand il faut des jours au cerveau humain. Blue Planet Studio/ stock.adobe.com

La chaîne musicale du groupe Secom se décline aussi en radio sur le DAB. enguerand renault £@erenault

Audiovisuel Melody TV, la chaîne musicale payante proposant à ses abonnés le meilleur de la variété et de la pop des années 1960 aux années 1990, via des clips, des documentaires et des émissions, s’apprête à fêter ses 20 ans, à l’Olympia, le 8 juin. Présente sur tous les bouquets payants des opérateurs télécoms et Canal+, mais aussi directement sur internet, Melody TV est le pilier du groupe audiovisuel Secom, un indépendant installé à Villeneuve-d’Ascq. La chaîne rassemble en moyenne entre 1,5 et 2 millions de téléspectateurs par semaine, « une fréquentation qui est montée à 3 millions à Noël, quand la chaîne a été temporairement rendue gratuite, souligne Bruno Lecluse, le fondateur du groupe Secom. Grâce à cette action nous avons pu attirer une population plus jeune de 20 à 35 ans qui a représenté jusqu’à 20 % de l’audience en gratuit. »

27 JUIN

28 J UI N

29 JUIN

Le Big Bang de l’Alimentation

LE BIG BANG FIGARO DE L’ÉCONOMIE

RENDEZ-VOUS SUR LEFIGARO.FR

27, 28, 29 JUIN 2022

LUC JULIA

CYNTHIA FLEURY

JEAN-BAPTISTE RUDELLE

CHRISTIANE LAMBERT

Directeur scientifique chez Renault

Philosophe et psychanalyste

Président de Zenon Research

Présidente de la FNSEA

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:18:32c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

A

Programme et intervenants : www.lefigaro.fr/bigbangeco @BigBangFigaro

»

Collection Particulière

Avec la participation de nombreuses personnalités parmi lesquelles :

Suivez-nous sur les réseaux sociaux

La fréquentation de Melody TV est montée Investissements à 3 millions de téléspectateurs technologiques Ce groupe a développé d’autres à Noël, quand chaînes thématiques dans les domaines de l’art avec Museum, préla chaîne a été temporairement sente dans 50 pays, le bien-être, avec My Zen, Zen Fit et Zen Nature, rendue qui rayonnent dans 90 pays, et l’information locale, avec les chaînes gratuite Bruno Lecluse, fondateur du groupe Secom

UN ÉVÉNEMENT DIGITAL EN DIRECT

lutte contre la non-qualité est aussi un moyen de redonner de la compétitivité aux productions qui sont relocalisées en France. « En remontant les données collectées et en les analysant, nous aidons nos clients à intervenir plus rapidement et à limiter, voire éviter, les ruptures de production dues à des défauts de qualité », explique Aymeric de Pontbriand. L’enjeu est d’autant plus important que les entreprises peinent à recruter des opérateurs pour réaliser des tâches parfois très ingrates. L’automatisation apporte une réponse et privilégie la création d’emplois plus qualifiés. ■

Melody TV fête ses 20 ans

Le Big Bang de l’Automobile

Le Big Bang du Métavers

française, en a fait sa spécialité, avec un savoir-faire reconnu dans l’automobile et l’aéronautique, notamment. Pour étendre son ­offre elle a racheté Scortex, une start-up qui a automatisé le contrôle qualité sur les chaînes de production. Elle s’appuie sur des images captées par des caméras et analysées par ses logiciels. Il suffit d’une dizaine de pièces pour que la solution « apprenne » à distinguer les pièces conformes de celles qui ne le sont pas. « C’est aussi un moyen de lutter contre le gaspillage et d’agir pour la planète » ajoute Aymeric de Pontbriand, PDG et cofondateur de Scortex. La

Grand Lille TV et Grand Littoral TV. Depuis 2019, ces dernières sont liées au réseau de BFM Régions. Au total, le groupe Secom réalise un chiffre d’affaires d’une quinzaine de millions d’euros, avec des revenus provenant à hauteur de 80 % des bouquets et des abonnés, et le solde issu de la publicité. Le groupe Secom a beaucoup misé sur le développement de la radio numérique DAB en France. Melody TV a décliné son empreinte médiatique avec la radio éponyme « présente sur les nouvelles fréquences DAB de la radio numérique et qui couvrira en 2023, près de 80 % de la population française. Par ailleurs, la radio My Zen émet sur la fréquence numérique à Paris et couvre un bassin d’audience de 15 millions de personnes », détaille Grégoire de Vaissière, le nouveau directeur général du groupe Secom. Secom développe, en partenariat avec le groupe Figaro, son actionnaire à hauteur de 5 %, deux projets de

médias. Le premier est la radio qui émettra en DAB à Paris, Marseille et Nice, dès cet été. Le deuxième est la future chaîne TNT d’Île-de-France après la reprise du canal 34 auparavant détenu par Via Grand Paris. En tant que groupe indépendant, Secom mise sur les avancées technologiques pour prendre un coup d’avance. Ainsi, il a noué des partenariats avec les grands fabricants de Smart TV Samsung, LG, Huawei… pour être à la pointe du développement de la Fast TV, cette télé gratuite linéaire directement embarquée dans les téléviseurs. Le développement du groupe « passe également par l’addition de nouvelles thématiques notamment celle de l’histoire », explique Bruno Lecluse. ■

en bref bt : Londres enquête sur patrick drahi £ Le gouvernement britannique va étudier l’impact pour la sécurité nationale de la montée au capital de BT par Altice, société détenue par Patrick Drahi. Le milliardaire avait annoncé en décembre augmenter sa participation de 12,1 à 18 % dans l’opérateur historique britannique, dont il était déjà premier actionnaire.

KLM suspend la vente de billets depuis amsterdam £ La compagnie néerlandaise suspend jusqu’à lundi la vente de billets au départ d’Amsterdam, en répercussion de files d’attente interminables à la sécurité enregistrées à l’aéroport de Schiphol liées à des manques de personnel. Les clients ayant des billets depuis Amsterdam pourront les modifier.

+@

» Confidentialité des données : Twitter accepte de payer 150 millions de dollars d’amende www.lefigaro.fr/economie

vendredi 27 mai 2022 le figaro - N° 24 187 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr

Festival de Cannes

En compétition, le Japonais Hirokazu Kore-eda charme la Croisette avec un beau road-movie autour de l’amitié Page 28

Horlogerie

Vacheron Constantin édite une série de montres d’exception inspirées par quatre œuvres du Louvre Page 26

Leif Carlsson ; romain levrault/Vacheron-Constantin ;

Un rêve de Toscane

Domaine Tenuta Il Quinto, à Magliano.

Loin des flux touristiques massifs et de l’agitation urbaine, le sud de la région continue de vivre au rythme d’autrefois. golfs et domaines viticoles sont autant de façons de découvrir ce paradis italien. Pages 24 et 25

photographie : Vertiges de l’amour À Paris, La MEP expose 14 séries d’artistes qui racontent Toutes l’intime. Mélancolique et sentimental.

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:17:49c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

Apportez votre objet chez Bonhams à Paris

Nous leur offrirons une visibilité mondiale La première partie de la Collection Claude de Marteau sera proposée chez Bonhams à Paris le 14 juin 2022. Joan Yip, notre nouvelle spécialiste en Art de l’Inde, de l’Himalaya et du Sud-Est asiatique est à votre disposition pour expertiser vos objets en toute confidentialité et gratuitement.

Contactez-nous +33 1 89 53 43 57 [email protected] bonhams.com

TRIADE DE PADMASAMBHAVA ET SES ÉPOUSES, MANDARAVA ET YESHE TSOGYAL, EN ALLIAGE DE CUIVRE DORÉ TIBET, CIRCA XVIIE SIÈCLE 100 000 - 150 000 € Vente du 14 juin 2022 à Paris

A

Q

u’est-ce que l’amour ? À la question des poètes, la Maison européenne de la photographie (MEP) répond en 14 photographes, 14 regards insistants sur l’être aimé, 14 vies d’artistes qui opèrent au plus près de l’autre et en retiennent l’image qui est symbole de l’intime. Un peu comme un trésor enfoui dans une pénombre que les sentiments font apparaître de manière magique et fugace. Avec une pudeur qui n’oblitère pas la nudité des corps, « Love Songs » est ce corpus plus mélancolique que charnel, plus sentimental que matériel, qui parle à chacun, comme sa propre histoire mise en images et retrouvée dans le cœur d’un artiste. Sur des murs aux pastels suaves, d’une douceur pâle de tableaux préraphaélites, se succèdent 14 séries photographiques, 14 histoires d’amour qui n’ont en commun que leur émoi et leur sincérité. Le Zurichois René Groebli saisit, avec une ferveur presque religieuse, le bonheur de son voyage de noces en 1952, retardé d’un an par ses reportages de guerre en Égypte, au Soudan, en Éthiopie. Une chemise blanche qui tombe à peine, une main qui se tend hors du lit, des bas noirs qui s’enfilent, la toilette lente comme celle de Vénus… Il y a une sensibilité extrême dans sa série L’œil de l’amour que le festival photo de Kyoto, Kyotographie, avait dévoilée en 2017. René Groebli a aujourd’hui 94 ans.

L’amour induit la stupeur et la douleur. En exposant les deux séries de Nobuyoshi Araki, Sentimental Journey et Winter Journey, la MEP confronte ses noces avec Yoko en 1971 et la mort de celle-ci en 1990. La succession de photos, presque banales, parfois crues ou poétiques, résume la vie avec sa monotonie, son temps distendu, ses pics impulsifs. Ce face-à-face du bonheur et du deuil offre une traversée du Japon, l’amour sur le tatami, les fleurs drues et voluptueuses symboles de vie, l’avenir perçu alors comme un ami. Puis les fleurs qui encadrent le visage dans le cercueil, les pièces vides, le chat qui traverse l’espace comme une énigme, les photos d’avant. L’émotion est si palpable dans cette absence qu’elle rend les images du bonheur déchirantes. Araki a 82 ans. L’Américaine Nan Goldin est cette reine de l’intime qui raconte la vie de ses amis, en 1973 et 1986, du baiser à la brutalité des coups, jusqu’au couperet du sida. Qu’importent les genres, les couples, les morsures, les dons, tout s’imprime à vif dans sa pellicule. C’est The Ballad of Sexual Dependency, aujourd’hui œuvre culte des musées. Nan Goldin a 68 ans. Sa compatriote Sally Mann photographie l’homme aimé, si beau que la dystrophie musculaire atrophie peu à peu. L’amour est dans chaque cadre. Hervé Guibert immortalise le jeune Thierry comme un Apollon ou une mariée. Ils jouent de tout sans retenue. Ils rient. Ils sont morts du sida, en 1991 et 1992. ■ « Love Songs », à la Maison européenne de la photographie (Paris 4e), jusqu’au 21 août.

N°d’agréement 2007 - 638 Catherine Yaiche Commissaire Priseu

Valérie Duponchelle £@VDuponchelle

vendredi 27 mai 2022 le figaro

l'événement

Y aller

L’Argentario Golf & Wellness Resort est à 140 km de l’aéroport de Rome Fiumicino, desservi depuis Paris par Air France, Italian Airways, Vueling, Iberia, Easy Jet, Transavia.

Résider

Dans l’hôtel 5 étoiles sur le parcours. Il offre 73 chambres de quatre catégories différentes, ayant toutes un très grand balcon privatif avec vue sur mer. Outre le golf, le domaine offre des terrains de tennis, de paddle, un spa de 2 000 m2 avec piscine couverte, sauna, hammam, Jacuzzi, salle de fitness, de massages. Il propose également une plage à Porto Santo Stefano et des vélos électriques pour se balader dans la région. Package Golfin’ Tuscany, à partir de 1 032 € pour deux personnes les trois nuits avec les petits déjeuners et trois nuits par personne, argentarioresort.it

+

CARNET DE ROUTE

24

■ Punta Ala Golf Club : dans la province de Grosseto, ce club historique de la Toscane, créé en 1964, est réputé pour ses points de vue de carte postale sur la mer. Il s’étire au milieu du maquis de la Maremme, entre pins maritimes, chênes-lièges et chênes verts séculaires. golfhotelpuntaala.it ■ Golf Club Saturnia : le parcours à l’américaine dessiné par Ronald Fream s’étire dans la campagne de la station thermale éponyme. Il a la particularité de n’être entretenu qu’avec l’eau de celle-ci, ce qui lui vaut une attitude écoresponsable exemplaire. termedisaturnia.it ■ Royal Golf La Bagnaia : ce tracé signé Robert Trent Jones Jr glisse ses fairways dans la montagne à proximité de Sienne, avec des fairways en hautes herbes lui donnant un esprit links. royalgolflabagnaia.com

Marco Simone Golf Club

■ Marco Simone Golf Club : ce club n’est pas en Toscane mais à 17 km de Rome, c’est-à-dire à une heure de route environ de l’Argentario Golf Resort. Son tracé signé Tom Fazio en 1989 sera le théâtre de la Ryder Cup 2023 opposant

les meilleurs joueurs américains aux meilleurs européens. Le club (photo ci-dessus), qui offre 27 trous boisés et multipliant les obstacles d’eau, doit son nom au château du XIe siècle situé sur le domaine, qui fut propriété de la couturière Laura Biagiotti. golfmarcosimone.com

œnologie

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:17:49c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

A

Découvrir Tenuta il Quinto et ses vins Via degli Sterpeti, 58051 Magliano in Toscana [email protected]

Les TRéSORS CACHéS DE LA TOSCANE Alyette Debray-Mauduy [email protected] envoyée spéciale en Toscane

D

e la Toscane, on connaît surtout les villes étendards comme Florence, Sienne ou Pise, malheureusement victimes d’un tourisme de masse qui peut gâcher la découverte de leurs joyaux culturels. Loin des sentiers battus, il existe pourtant une autre Toscane, plus confidentielle, plus authentique. Celle des palais et des jardins que l’on découvre un peu par hasard, dans des contrées plus reculées. Celle aussi d’un littoral où les lumières se reflétant sur la mer Tyrrhénienne ont quelque chose de magique, où les maisons colorées, suspendues sur les falaises, s’apparentent à une toile de Cézanne. Au sud, dans le Maremma Toscana, à seulement une demi-heure de route du Latium (la région de Rome), la péninsule du Monte Argentario – culminant à 600 mètres d’altitude et baptisée ainsi pour les reflets argentés que l’on devine depuis la mer - fait partie de ces paradis cachés. Sa côte et ses stations balnéaires - Porto Santo Stefano, Porto Ercole - sont d’ailleurs prisées de la jet-set italienne, qui apprécie de venir ici en toute discrétion. Adossé à la colline, l’Argentario Golf & Wellness Resort cultive un art de vivre tourné vers la nature, résolument dans l’air du temps et à mille lieues de ce que l’on peut imaginer derrière le mot de « resort ». Il n’a en effet rien à voir avec ces immenses complexes à l’américaine, sans âme, qui se composent d’imposants bâtiments dont l’architecture est en décalage total avec l’environnement.

Un sandwich livré sur le green Rien de tel ici. Une fois le grand portail en bois franchi, le visiteur roule quelques kilomètres, au milieu des champs d’oliviers, avant d’arriver à destination. L’hôtel de 73 chambres, en forme de libellule, s’étire tout en longueur et semble noyé dans la nature. Avec un panorama de carte postale - sur la Laguna Feniglia à droite, la Laguna Giannella à gauche - il décline sur tous les tons un luxe discret et offre le calme de la campagne, comme l’apprécient les aficionados de cette région. Cette arrivée à travers champs permet d’avoir un premier aperçu des 18 trous du domaine. Ces derniers ont été la première pierre à l’édifice de la famille Orsini, propriétaire des lieux. Dessinés par l’architecte David Mezzacane et le joueur professionnel Dassù Baldwin, ils ont ouvert leurs portes en 2006, deux ans avant les infrastructures hôtelières. Avec leur entretien cinq étoiles et leur panorama à 360 degrés sur la mer et la montagne, ce n’est pas un hasard si cette destination est le « PGA National Golf Course » d’Italie, un gage d’excel-

À la limite du latium, du côté de la péninsule d’Argentario et dans les terres, toute une partie de la région est restée étrangère aux changements. Elle attire voyageurs, golfeurs et investisseurs du vin.

En haut, le parcours de l’Argentario Golf & Wellness Resort offre les plus beaux points de vue sur la lagune et sur la Méditerrannée. Ci-dessous, le lounge bar de l’hôtel avec ses tables cochons et la terrasse du restaurant gastonomique Dama Dama.

Yasser Lashin, Argentario Golf & Wellness Resort

Plus de golf

lence, un label de qualité accordé par la PGA Européenne à un seul golf par pays : le Belfry en Angleterre, le Gleneagles en Écosse, le PGA Catalunya en Espagne et le Terre blanche en France. C’est dire le niveau de cette distinction. Celle-ci lui vaut d’ailleurs d’être le théâtre de plusieurs événements prestigieux : l’« Italian Legend Tour », une épreuve du circuit senior, le pro-am Buccellati ou encore le Christmas pro-am qui se joue chaque année à guichets fermés. « Parmi les services cinq étoiles offerts par le club (voiturette avec GPS, académie équipée de radars dernier cri), il y en a un qui plaît particulièrement, c’est le téléphone installé au départ du 9e trou qui permet de commander son sandwich pour être livré une fois arrivé sur le green », ajoute Ottavio Coppola, le directeur du golf.

Chênes-lièges et oliviers Côté tracé, les neuf premiers trous, vallonnés, offrent les plus beaux points de vue sur la lagune et la grande bleue, qui s’étire de part et d’autre. Le spectacle démarre dès le trou no 2, un par 3 en plongée sur la Laguna Feniglia. Il continue au 3, un par 4 qui fait pour sa part face à la Laguna Giannella. Puis au 6, un long par 5 agrémenté de plusieurs obstacles d’eau. Ainsi, au fil des trous, lorsque ce ne sont pas les eaux turquoise qui servent de décor au parcours, c’est la végétation verdoyante des montagnes alentour qui prend le relais. Sur les neuf derniers trous, plus plats, le tracé se faufile au milieu de chênes-lièges centenaires et de plus de 4 000 oliviers répartis de part et d’autre du fairway, notamment sur les trous 11 et 16. Ces derniers sont utilisés par le domaine pour produire son huile d’olive maison. « Un nectar épicé, acide et très fruité, comme on sait en faire en Toscane, obtenu en récoltant les olives un peu avant leur maturité », note Nicola Peruchio, le directeur général du resort. Ici, la nature est résolument intacte avec ses couleurs et ses odeurs, comme sur les sentiers bordés d’ajoncs et de romarin que l’on emprunte pour passer d’un trou à l’autre.

« Ce parcours s’adapte à la végétation et non pas l’inverse. Il dévoile ainsi quatre couleurs différentes au fil des saisons », ajoute encore Nicola Perucchio. En effet, la famille Orsini est particulièrement attachée à la préservation de l’environnement et de la biodiversité. Les fairways ont été plantés de Bermuda Grass, un gazon réduisant de moitié les besoins en irrigation, l’arrosage est exclusivement réalisé avec des eaux de récupération des pluies et aucun engrais chimique n’est utilisé pour l’entretien du parcours. « Les Orsini sont également très tournés vers le volet humain, poursuit Ottavio Coppola. En avril dernier, ils ont organisé une compétition caritative pour l’Ukraine ayant permis de récolter plus de 200 000 euros. Dans un autre registre, ils offrent toutes les leçons de golf aux enfants de membres, afin de promouvoir le golf en Italie. » Quant à leur démarche écoresponsable, elle se retrouve un peu partout dans la gestion du domaine. Dans ses deux restaurants, le chef Emiliano Lombardelli privilégie les circuits courts, les fruits et légumes venant du potager et du verger sur place, l’huile d’olive maison et les produits locaux – poissons de la Méditerranée, fromage de la montagne… Au Dama Dama, la table gastronomique, il réinvente la cuisine de tradition de la région comme les supions aux petits pois qu’il assortit de tagliatelles transparentes. Au restaurant du clubhouse, une trattoria « de luxe », il ne faudra pas passer à côté des tortellos mare mano, de gros raviolis farcis de ricotta et d’herbes, un plat typique du Maremma que l’on mange en famille, le dimanche soir. Le maître d’hôtel vous expliquera sans doute au moment de la commande que toutes les femmes en passe de se marier doivent au préalable être initiées à la recette de leur future belle-mère. Une anecdote qui en dit long sur ce resort résolument tourné vers l’authenticité. ■ De 90 € à 120 € le green-fee selon la saison ; demi-tarif pour les clients du resort ; argentarioresort.it

le figaro

vendredi 27 mai 2022

25

Jacob SjomanJacob Sjöman - www.sjomanart.com ; Leif Carlsson

l'événement

chez les néo-vignerons de Tenuta Il Quinto

P 1 2

1. Quinto 2019. 2. Ficaie Riserva 2017. 3. Ficaie 2020.

3

ourquoi les Saby, une famille franco-italienne sans attache réelle avec le monde de la vigne, sans compétences particulières en œnologie, ont-ils décidé un beau jour de reprendre un domaine viticole dans ce coin perdu de la Botte ? Car, à vrai dire, il ne se passe pas grand-chose à Magliano, petite ville de la Toscane méridionale. C’est même ce qui semble plaire à ses trois mille habitants. Ici, chacun s’intéresse surtout au gibier à plumes, dès septembre, et aux bêtes à poil un peu plus tard dans la saison. Même quand la chasse est fermée, beaucoup de locaux continuent de porter leur tenue de camouflage. Soutenues par des échafaudages bancals, les fortifications de la cité s’écroulent un peu plus chaque année. Cela aussi fait partie des habitudes. Ici, on n’aime pas vraiment le changement. Alors quand des étrangers débarquent avec l’ambition de créer un domaine viticole de premier plan et éventuellement d’emmener dans leur sillage les viticulteurs de l’appellation, une certaine forme de circonspection est de mise dans la population. Prendre l’aperitivo avec les nouveaux arrivants passe encore. Pour le reste, il va peut-être falloir attendre une ou deux générations. Mais voilà, le Français Rémi Saby est pressé, son épouse, Sabrina, est pleine d’enthousiasme et leurs deux filles à peine trentenaires, Carlotta et Vittoria, sont des bombes à idées. Un quatuor plein d’énergie qui pourrait alimenter en électricité toute la région. Les Saby ont acquis en 2016 un joli domaine à deux kilomètres des murailles en ruines de la ville. Ils ont renové les maisons de la propriété, ont fait construire un cuvier de haute précision digne d’un premier cru bordelais, une salle de dégustation avec vue « waouh » sur un des plus beaux paysages au monde. La piscine n’est pas encore terminée, mais l’ensemble a une allure folle, entouré par les vallons recouverts de bois, d’oliveraies et de vigne.

Un cépage phare

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:17:49c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

L’aventure toscane de Rémy et de sa femme est devenue complètement familiale quand, en 2018, leurs deux filles ont abandonné leurs jobs prometteurs dans la banque ou chez des stars du high-tech pour enfiler les bottes en caoutchouc et monter sur le tracteur. C’est dire que les ambitions liées au domaine sont élevées. Très vite, Rémi Saby a recruté l’œnologue Valentina del Bello, une trentenaire des Abruzzes, petite-fille de vigneronne,

une fan de saint-julien et de pauillac qui a fait ses classes à Château Latour, une amoureuse des cépages bordelais comme des pinots noirs de Bourgogne et de Central Ontago en Nouvelle-Zélande, où elle a roulé sa bosse. Elle dirige la culture du domaine et la vinification. « Le terroir local me fait parfois penser à celui de Châteauneuf-du-Pape, sans les gros galets qui emmagasinent la chaleur », dit-elle. Ce qui n’empêche pas la famille de faire appel à des consultants extérieurs, histoire de mettre la production au diapason des attentes du marché. Avec Valentina del Bello, les Saby reprennent en main les parcelles qui étaient à l’abandon, arrachent et replan-

tent celles qu’ils jugent médiocres, défrichent un peu plus haut, préparent les sols dont ils retirent des dizaines de mètres cubes de pierres, mettent en place un système d’irrigation, plantent de nouveau un peu de san giovese, le cépage phare de la DOC (Denominazioni di Origine Controllata) morellino di scansano dont le domaine fait partie, mais surtout beaucoup de cabernet, de la syrah, du petit verdot. Ici, le raisin mûrit bien et le domaine semble épargné par le gel et la grêle. Les neovignerons croisent les doigts. Les Saby ont baptisé le domaine Tenuta Il Quinto, une référence au cinquième chant de L’Enfer de Dante et aux plaisirs

interdits. Et puis Rémi était le cinquième enfant de la famille. Tenuta Il Quinto compte aujourd’hui 12,5 hectares en exploitation, ce qui correspond à environ 50 000 bouteilles chaque année. Les premières cuvées (voir encadré) permettent de nourrir de grands espoirs sur l’avenir du domaine. Ils produisent les trois couleurs. Le rosé et le blanc représentent de petits volumes, mais le rouge compte déjà trois cuvées au profil bordelais. D’une certaine façon, les Saby pourraient continuer, dans cette partie délaissée de la Toscane, l’aventure des super-toscans. Cette catégorie de vins élaborée à partir de cépages bordelais dès les années 1970, encensée par le critique américain Robert Parker, contribua au succès de la région et à l’émergence de nouvelles marques.

Agrandir le domaine

Le domaine Tenuta Il Quinto, près de Magliano, et l’une de ses parcelles (en haut), qui s’étend sur un vallon de la Toscane méridionale.

Les 6 cuvées du domaine ■ Zioum 2021 (rosé) Un rosé de pressurage, de couleur claire et caractérisé par une belle fraîcheur. Un vin qui donne envie d’organiser un tournoi de pétanque sur la place du village de Magliano. 14 euros. Note Le Figaro : 90/100

■ Ficaie réserva 2017 (rouge) Voici une jolie petite bombe. Un vin rouge complexe, un jus profond sublimé par la garde. Un 100 % sangiovese qui prouve que ce cépage ne réussit pas qu’aux terroirs du nord de la Toscane. 25 euros. Note Le Figaro : 92/100

■ I Biondi 2021 (Blanc) Direct et évident, tendu comme le câble d’accélérateur d’une auto de Maranello, sans chichi. Idéal pour accompagner l’« aperitivo » (charcuterie, fromages, tomates séchées, artichauts, boulettes de viande, anchois…) préparé par Sabrina, la maîtresse des lieux. 16 euros. Note Le Figaro : 88/100

■ Guardoalto 2018 (rouge) Peut-être le moins séducteur de la gamme, même si on apprécie sa pointe herbacée et sa jolie acidité. Un vin appelé à progresser. 40 euros. Note Le Figaro : 89/100

■ Ficaie 2019 (rouge) De la fraîcheur, de la rondeur, du fruit, une belle charge tannique. L’assemblage du sangiovese et de la syrah est réussi. 18 euros. Note Le Figaro : 89/100

■ Quinto 2019 (rouge) Un jus largement dominé par le cabernet qui associe puissance et équilibre. Ce vin marqué par les épices est un charmeur dont la complexité ne nuit pas à la sapidité. C’est Mastroianni dans Huit et demi. 70 euros. Note Le Figaro : 93/100

S. R.

En fait, rien ne prédestinait le Stéphanois Saby, son épouse et leurs deux filles, à œuvrer ensemble à la construction d’un domaine viticole en Toscane. Au milieu des années 2010, Rémi Saby a dirigé plusieurs entreprises, dans le secteur de l’aluminium notamment. Après quelques épisodes professionnels rocambolesques, il lance Mister-Auto, un site web de vente de pièces détachées automobiles et « travaille H24, sept jours sur sept » dit-il. Six ans plus tard, la start-up, forte d’un chiffre d’affaires de 150 millions, est revendue à Peugeot. Avec son épouse, il décide de faire du vin « parce que j’aime cela, parce que je voulais enfin être fier de ce que je faisais, parce que je voulais produire. Ce qui n’était pas le cas avec le site de vente de pièces d’autos. C’était juste des mathématiques et des statistiques. C’était facile. » Ils cherchent une propriété du côté de Bordeaux, puis ailleurs en France, puis en Italie. Ce sera finalement la Toscane où un ophtalmologue qui s’était lancé dans l’œnotourisme leur vend avec plaisir le domaine 3 millions d’euros avant de partir s’installer sur la côte. Il faudra un peu plus pour tout remettre en état. Aujourd’hui, le domaine est en ordre de bataille, mais Rémi Saby est impatient. Il aimerait que ses flacons se vendent mieux, plus vite, « le vin est beaucoup plus difficile à vendre que les pièces détachées » reconnaît-il. Ses installations techniques sont prévues pour une sérieuse montée en régime de la production. Il souhaiterait agrandir son domaine : « Entre 15 et 20 hectares, ce serait idéal. Au-delà, j’aurais peur de perdre en précision. » En famille, ils parlent de louer ou d’acheter des terres sur l’île de Guilo, visible depuis le domaine, pour y faire du blanc. Il y a de fortes chances qu’ils le fassent. ■

A

envoyé spécial à Magliano

Leif Carlsson, Quinto

Stéphane Reynaud [email protected]

vendredi 27 mai 2022 le figaro

26

Style

Avec le Louvre, Vacheron Constantin explore les Civilisations

Partenaire du musée parisien depuis 2019, la manufacture suisse édite une série de montres hommage au « sphinx de Tanis », à la « frise des lions » de Darius Ier, à la « Victoire de Samothrace » et au buste d’Octave Auguste. Judikael Hirel £@jhirel

L

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:17:49c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

A

e Louvre n’est pas que le centre de Paris. C’est aussi celui du monde, l’arche de pierre au sein de laquelle est préservée la quintessence de l’art et de l’histoire. La manufacture suisse Vacheron Constantin, créée en 1755, est partenaire du célèbre musée parisien depuis 2019. Elle en soutient la préservation des œuvres, telle la restauration de la pendule La Création du monde, trésor de l’horlogerie de précision du XVIIIe siècle présentée à Louis XV en 1754. Cette année, leur collaboration prend la forme d’une série de montres d’art en édition très limitée inspirée de quatre grandes civilisations de l’Antiquité : l’Empire perse de Darius Ier, l’âge d’or de l’Égypte des pharaons, la Grèce antique des successeurs d’Alexandre le Grand, la Rome impériale avec la prise de pouvoir d’Auguste. « Nos artisans et les équipes du Louvre parlent la même langue, explique Christian Selmoni, directeur du style et du patrimoine de Vacheron Constantin. Nous avons jeté les bases de cette série Métiers d’art fin 2019. Elle est née des liens étroits entre nos deux maisons. Notre studio de création a été emballé par le sujet. Son approche a été très intéressante : plutôt que de simplement retranscrire des chefs-d’œuvre sur les cadrans, il a vraiment conçu une sorte de voyage au sein des civilisations, à travers une œuvre principale et des éléments annexes qui habillent les cadrans. » Ont ainsi été retenus, pour orner ces garde-temps d’exception, le Sphinx de Tanis (capitale des rois des XXIe et XXIIe dynasties), l’un des plus grands conservés hors d’Égypte, arrivé au Louvre en 1826. La Frise des lions en briques à glaçure construite à l’origine pour la cour du palais de Darius Ier à Suse, capitale de l’Empire perse achéménide. La célèbre statue de la Victoire de Samothrace, ex-figure de proue ailée d’un navire de guerre grec. Et le buste d’Octave Auguste, fils adoptif de César, coiffé de la couronne de chêne décernée, en 27 avant J.-C., par le Sénat pour avoir mis fin aux guerres civiles et rétabli la paix. Rendant hommage à ces fragments d’histoire, chaque montre intègre un sous-cadran dont l’ornementation, tirée des arts décoratifs de la même époque, a

été confiée à des maîtres artisans dans le domaine de l’émaillage, de la marqueterie de pierre, de la gravure et de la micromosaïque de pierre. « Les métiers d’art décoratifs que sont l’émail, le guillochage, le sertissage et la gravure main accompagnent notre horlogerie depuis le début du XIXe siècle, précise Christian Selmoni. Le challenge est d’utiliser ces techniques qui nous viennent du passé pour les inscrire dans le présent. »



Les historiens du Louvre nous ont fourni les textes correspondant à chaque civilisation afin d’atteindre cette véracité historique pour chacune des montres



Christian Selmoni, directeur du style et du patrimoine de Vacheron Constantin

Les cadrans, complexes, sont conçus sur quatre niveaux. D’abord la frise extérieure, figurant un élément lié à la période et à la civilisation. Ensuite l’œuvre principale, qui échappe à l’effet statique d’un médaillon ou d’une monnaie antique avec son arrière-plan finement décoré et sa glace saphir transparente gravée d’écrits de chaque époque. « Les échanges avec le Louvre ont été capitaux. Leurs historiens nous ont fourni les textes correspondant à chaque civilisation afin d’atteindre cette rectitude, cette véracité historique pour chacune des montres », confirme le directeur du style de Vacheron Constantin. L’extrait de la charte de fondation du palais de Darius est ainsi gravé en écriture cunéiforme ; le cartouche du pharaon Mérenptah inscrit sur le Sphinx de Tanis, transcrit en hiéroglyphe ; la dédicace aux Grands Dieux découverte dans le sanctuaire de Samothrace, en grec ; l’invocation à l’empereur Auguste provenant d’une stèle romaine, en latin. Cette série limitée de vingt exemplaires est animée par un calibre manufacture 2460 G4/2 à remontage automatique indiquant heures, minutes, jour et date via quatre guichets en périphérie du cadran. Une disposition qui, en se libérant des aiguilles, laisse sur chacune de ces pièces une place centrale à l’histoire. ■

Chaque cadran est conçu sur quatre niveaux : la frise, l’œuvre principale, l’arrière-plan reprenant les techniques ornementales de la civilisation évoquée et la glace saphir gravée d’un texte de l’époque, fourni par les historiens du Louvre. vacheron constantin

le figaro

vendredi 27 mai 2022

Style Ci-contre : les quatre éditions limitées Métiers d’Art de Vacheron Constantin en hommage aux grandes civilisations antiques (prix sur demande, liste des boutiques sur vacheron-constantin.com).

Valmont, des cliniques suisses à l’art contemporain vénitien

Derrière le fameux groupe de cosmétique «Swiss made», Didier Guillon et Sophie Vann Guillon appuient leurs formulations pointues sur une démarche artistique audacieuse.

Sophie Vann Guillon et Didier Guillon à Venise. Pauline Castellani

C

«

hez Valmont, l’art n’est certainement pas un artifice », affirme Didier Guillon, PDG du groupe de cosmétique. Depuis 2015, la fondation qu’il a créée fait même rayonner l’art contemporain depuis son Palazzo Bonvicini à Venise. En ce moment, l’exposition « Peter Pan. La nécessité du rêve » y explore de manière singulière les contes de fées. « Venise possède une dimension artistique universelle, la ville et les palais s’ouvrent. Ici, on cherche à surprendre, à attirer l’œil », explique le Français qui, dès son rachat de la marque suisse au début des années 1990, a fait de sa démarche artistique un des piliers de l’entreprise. À l’époque où les grands groupes de beauté convoquaient mannequins et égéries pour vanter l’efficacité des formules antirides, ce collectionneur passionné (dont l’arrière-arrière-grand-père n’était autre que Charles Sedelmeyer) est convaincu « qu’au-delà de la performance, il faut aussi être dans l’émotion ». « Nous n’avons jamais contribué aux codes marketing de l’industrie de la cosmétique, insiste Sophie Vann Guillon qui a rejoint son mari dans l’aventure une dizaine d’années après, après être passée par Sanofi Beauté et les parfums Yves Saint Laurent. Très vite, les dessins de Didier ont animé les éditions limitées et nos points de vente. Puis l’art et la formule ont évolué ensemble. Je partais d’une quinzaine de produits, aujourd’hui nous en proposons plus de cent. Didier a de son côté promu, au travers de la marque, des artistes connus, encouragé de jeunes talents. Il est devenu mécène, puis curateur, a ouvert la fondation. Aujourd’hui, cette dynamique trouve complètement sa place dans nos maisons Valmont, soit une dizaine à travers le monde (dont l’adresse parisienne qui jouxte l’hôtel Meurice, rue de Castiglione). Ces lieux véhiculent tous un style de vie, une expérience que l’on ne trouve pas ailleurs. Cet écosystème cohérent dure depuis une vingtaine d’années car chacun possède son terrain d’expertise. » À Sophie Vann Guillon reviennent donc la recherche et le développement de formules héritées de la cosmétique suisse née dans les cliniques au début du XXe siècle- en l’occurrence, la clinique Valmont, destination pionnière dans les traitements d’hydrothérapie prisée par Coco Chanel et Ingrid Bergman, Rainer Maria Rilke et Charlie Chaplin. Un siècle plus tard, ce sont les soins de pointe qui font le succès de la maison, tous à base d’une eau des glaciers puisée dans les montagnes suisses et riche en minéraux, couplée à un duo ADNARN griffé Valmont chargé de relancer les fonctions cutanées. Son produit phare, le Prime Re-

De gauche à droite : extrait de parfum Verde Erba I, 490 € les 100 ml ; sérum LumiSence réducteur de pores, 198 € les 30 ml.

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:17:49c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

valmont

Demain

27

Valmont

newing Pack, se veut une sorte de Photoshop cosmétique qui stimule l’éclat un pot se vend toutes les trente secondes dans le monde. Le Time Master Intensive Program se compose, lui, de quatorze fioles dont le cocktail d’ingrédients promet de transformer la peau en vingthuit jours. « Lorsque vous commencez à utiliser nos produits, l’effet se voit immédiatement. Lorsque vous arrêtez, cela se voit aussi, poursuit-elle. Nous avons, de fait, une clientèle extrêmement fidèle. Quand nous avons lancé notre Elixir des Glaciers encore plus concentré en actifs, nous n’avions pas de stock, c’était pratiquement une production à la demande. Aujourd’hui, c’est devenu une ligne complète de soins qui représente 20 % de notre chiffre d’affaires. »



Lorsque vous commencez à utiliser nos produits, l’effet se voit immédiatement. Lorsque vous arrêtez, cela se voit aussi

Sophie Vann Guillon



Plutôt que de courir après la nouveauté et multiplier les références, Valmont a fait le pari de reformuler sans cesse ses produits stars en y incorporant des ingrédients plus green ou des technologies plus innovantes. « Les linéaires ne sont pas extensibles et pour davantage de clarté, nous nous tenons à notre règle d’or : 75 produits pour la ligne Valmont et 25 pour celle d’Elixir des Glaciers », insiste Didier Guillon. Dernier lancement en date, la gamme Luminosity enrichie en plantes d’altitude, qui ont poussé « sous l’air frais des montagnes et près de l’eau douce des glaciers ». L’herbier associant, ici, mélisse, achillée, primevère, menthe poivrée, grande mauve en guise d’infusion d’éclat. « Luminosity, c’est comme retoucher un selfie mais version cosmétique, assure Sophie Vann Guillon. C’est surtout une gamme destinée à la nouvelle génération qui navigue entre la technologie avec laquelle elle a grandi et cette envie de nature croissante depuis la crise sanitaire. Une génération qui traque moins la ride ! » La marque connue pour sa grande expertise scientifique veut aujourd’hui montrer sa dimension plus humaine, sensorielle. À l’instar de sa très belle collection d’extraits de parfum Storie Veneziane qui célèbre une Venise méconnue et secrète tel ce bouquet printanier Verde Erba I, né dans le quartier de Pontile Sant’Elena et au sillage de dolce vita. ■

vendredi 27 mai 2022 le figaro

28

Culture

FESTIVAL DE CANNES 2022

VITESSE DE CROISETTE Par François Aubel

Nostalgie forever

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:17:49c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

A

Dix-huit heures à peine et c’est déjà la cohue, mercredi, au pied des marches du Palais. Cannes brûle d’amour pour Elvis. Ambiance vintage de rigueur. Bella Hadid se présente dans une robe Versace de 1987. L’actrice indienne Deepika Padukone scintille dans un fourreau métallique de chez Vuitton. Shakira apparaît dans un bustier, les bras gantés de noir façon Gilda. Le responsable du protocole perd patience, il aimerait que ces baby dolls fuient les flashs pour éviter les bouchons sur le tapis rouge. Les accords chaloupés de Don’t Be Cruel couvrent à peine les cris des fans lorsque se présente l’équipe du film de Baz Luhrmann, dans le sillage d’Austin Butler, réincarnation du King - mais est-il vraiment mort à Graceland en 1977 ? - et de Tom Hanks, bien plus affûté qu’à l’écran dans la peau du Colonel Parker. L’ancienne épouse d’Elvis, Priscilla Presley, les accompagne, visiblement intimidée par ce barnum rock’n’roll. Ils recevront douze minutes de standing ovation, record à battre de cette édition. « Il y a des films qui sont des symphonies et d’autres qui sont comme des concertos où un acteur ou une actrice prend toute l’action à bras-le-corps et c’est merveilleux à regarder, malgré un scénario pas fou », estime dans Nice Matin Benjamin Biolay, juré de la catégorie Un certain regard cette année. Quid de ce faux biopic de Luhrmann ? Était-ce une fugue, un requiem, un opéra kitsch ? Tout cela à la fois, sans doute… Dans le ciel, des drones luminescents dessinent alternativement le visage et le déhanché du rocker. Love me tender, love me true. Pour la fête d’Elvis, plage Stéphanie, la Warner, associée à la marque Campari, nouveau partenaire du festival, n’a pas lésiné sur la scénographie. Cette soirée clinquante, la plus courue de la Croisette, n’était sans doute pas la plus réussie. On se méfie jamais assez des rêves américains. Au carré VIP où l’on sirote un « bombardier », cocktail explosif, Claude Lelouch encense son confrère Baz Luhrmann. Il a adoré son énergie. Surtout, lui qui a dîné avec le King à Vegas, en 1969, lors du tournage d’Un homme qui me plaît, semble bluffé par la performance d’Austin Butler. Le concert de Maneskin, les vainqueurs italiens de l’Eurovision 2021, commence. Son écho se télescope à celui du karaoké géant qu’Arte organise au cinéma de la plage. Deux plages, deux ambiances. La chaîne franco-allemande a décidé de célébrer ses trente ans en musique. Juste après la projection à ciel ouvert, et sur le sable, du documentaire que Dominique Gonzalez-Foerster et Ange Leccia consacrent à Christophe, qui était l’un des plus grands admirateurs d’Elvis. « Individuellement, dans mon petit monde à moi, dans ma bulle, c’était très délicieux les années 1960. C’est la Technicolor, la découverte d’une nouvelle musique, l’arrivée du plus grand génie », expliquait le chanteur des Mots bleus disparu le 16 avril 2020, à 74 ans. Le dernier des Bevilacqua était le premier des cinéphiles, entassant jusqu’à 500 films en 35 mm dans son repaire du Montparnasse. À l’image, il déambule morose à la recherche de la perfection musicale et cite Drame de la jalousie d’Ettore Scola, avec Monica Vitti et Marcello Mastroianni, deux autres de ses idoles. Il replace un à un les vinyles dans l’un de ses antiques juke-box. Les notes de That’s All Right, encore et toujours le King, s’en échappent et balisent, dans cette nuit de nostalgie heureuse, nos paradis perdus.

Réservez toutes vos places de spectacle sur billetterie.lefigaro.fr et par téléphone au 01 57 08 50 01

Song Kang-ho, la révélation de Parasite, et son associé, Dong-won Gang. 2022 ZIP CINEMA & CJ ENM Co., Ltd., ALL RIGHTS RESERVED

« Les bonnes étoiles » héritent du bébé éric neuhoff [email protected]

I

l n’a pas beaucoup de sourcils. Mais sinon, qu’il est mignon. Une jeune prostituée dépose son nouveau-né devant une « boîte à bébés » où un organisme recueille les nourrissons abandonnés. Il est aisé de deviner ce qu’aurait donné un film des Dardenne sur un sujet pareil (ils l’ont d’ailleurs plus ou moins déjà fait). Ici, le contraire s’impose. Hirokazu Kore-eda a de la justesse et de la fantaisie. Il n’ignore pas que la vie, si dramatique fût-elle, contient ses moments d’apesanteur et d’allégresse. Les employés d’un pressing récupèrent le bambin, le choient, lisent le message que la mère a griffonné avant de disparaître. Le magasin sert de couverture à un trafic d’enfants. L’affaire se règle dans la bonne humeur. Il s’agit de trouver une famille d’adoption. Cela a un prix. La mère revient, regrette son geste. Le moyen de faire autrement ? Mais elle est incapable de s’occuper du petit. Son âge, son métier, tout le reste. Elle sympathise avec le patron attelé à sa machine à coudre (Song Kang-ho, la révélation de Parasite) et son associé. Des liens se tissent. Au milieu de ce gentil bazar trône le véritable héros. Ses pleurs les font fondre. Il faut changer ses couches. Il gazouille, allon-

EN COMPétition DE l’abandon d’un nourrisson et de la recherche de parents adoptifs, Le Japonais Hirokazu Kore-eda fait un road-movie brinquebalant et donne une véritable leçon d’amitié.

« Les Bonnes Étoiles » Drame de Hirokazu Kore-eda Avec Song Kang-ho, Dong-won Gang, Doona Bae

Durée 1 h 45 ■ L’avis du Figaro : ○○○¡ En salle le 7 décembre

gé sur le dos, passe de mains en mains. Deux policières sont aux trousses de la mère indigne. D’étranges secrets les motivent. Elles surveillent les allées et venues de la suspecte depuis leur voiture, discutent dans l’obscurité du véhicule, passent en coup de vent au commissariat. Les teinturiers et la demoiselle effectuent la tournée des candidats. Cela les amène à sillonner le pays - la Corée du Sud - dans une camionnette remplie de vêtements sur tringles dont on referme le hayon arrière en tirant sur une corde depuis le siège du conducteur.

Fouetter les instants fugaces Le bébé supporte bien le voyage. Il est comme chez lui. Il sert d’alibi quand des motards les arrêtent au bord de la route. On apprend ainsi un détail essentiel : une chemise doit toujours être nettoyée à sec. Au moins, le cinéma n’est pas inutile. Les parents potentiels ont de drôles de profils, dissimulent des projets inavouables. La maman veille au grain, repère les tordus et les escrocs. Il y a ceux qui envisagent de revendre leur acquisition, ceux qui le trouvent bien grand pour un enfant de quelques mois (réponse immédiate : il a été nourri avec un lait américain qui favorise la croissance), la dame qui donne aussitôt le sein ou le monsieur qui interdit d’emblée à l’ex-mère de revoir sa progéniture.

La drôlerie affleure sans cesse dans ce road-movie brinquebalant où l’imprévu circule comme chez lui. L’équipe est rejointe par un orphelin qui garde en permanence un ballon de football sous le bras et qui a tout le temps envie de faire pipi. La tendresse déborde des images comme le lait sur le feu. Hirokazu Koreeda fouette les instants fugaces, rend presque anodin - pardonnable, en tout cas - l’assassinat d’un géniteur indélicat, adapte le monde à sa vision. Les Bonnes Étoiles est une cour de récréation, un manuel de survie, une leçon d’amitié. On y respire un oxygène différent. L’euphorie gagne, malgré la gravité de la situation. Il y a un père qui ne voit plus assez sa fille et qui rêve de l’emmener à nouveau passer un week-end à Busan. Cela est dit comme ça, en vitesse, sans en faire un opéra. Il y a aussi cette émouvante confession dans une cabine au sommet d’une grande roue. Les endroits les plus insoupçonnables se prêtent à se livrer à des quasi-inconnus qui ne le resteront pas longtemps. Et les deux policières ont également leurs raisons, comme chez Renoir. On est à la fête. Humain, trop humain, ce cinéaste japonais. Et s’il n’a personne à qui confier ce bébé aussi encombrant que merveilleux, il saura que nous sommes partants. S’adresser au journal, qui fera suivre. ■

« Dodo », la comédie à la grecque qui réveille

Cannes première Entre cruauté, poésie et absurde, ce film de l’Athénien Panos H. Koutras est original et réjouissant. Olivier Delcroix £@Delcroixx

C’

est un film aussi vif que déstabilisant. De la même eau que ceux proposés par Almodovar à ses débuts. Présenté à Cannes Première, le cinquième long-métrage de Panos H. Koutras, Dodo, a secoué le public cannois parti dans un joyeux éclat de rire mêlé d’un brin de sarcasmes. Il faut dire que depuis L’Attaque de la moussaka géante, ou Xenia (déjà présent à Cannes à Un certain regard), le réalisateur grec aime à jouer avec son public. Ici, cette comédie à la grecque commence par immerger le spectateur dans l’action en le jetant dans la peau d’une étrange bestiole. De grandes herbes à la nuit tombée, des chiens qui aboient et qui commencent à traquer le gibier, un mur d’enceinte troué débouchant sur une luxueuse résidence près d’Athènes en guise de refuge providentiel. Ouf, le dodo est sauvé. Le film peut commencer. Il tombe mal, cet animal étrange et ridicule, aussi maladroit que sympathique. La maisonnée est dans tous ses états. Pour se sortir de la ruine finan-

cière, survenue durant la crise économique, cette riche famille bourgeoise athénienne organise le mariage de leur fille Sofia. Pavlos (Akis Sakellariou), le père, homme d’affaires cordial, un poil véreux et volontiers coureur, tente une dernière manœuvre qui pourrait tout changer. Mariella (la formidable et charmante actrice Smaragda Karydi) ne veut pas croire à la faillite de son couple. Son personnage d’ancienne star de série télévisée insuffle une touche d’espoir à l’ensemble du film. La jeune Sofia (Natasa Exintaveloni), elle, ne sait pas vraiment si elle veut de ce mariage arrangé… Mais sa candeur souriante illumine les préparatifs de la fête à venir.

Vif et déstabilisant, Dodo détricote les codes du film de famille qui règle ses comptes lors d’un banquet, avec Natasa Exintaveloni dans le rôle de Sofia, la mariée. FDC 2022

Une folle sarabande Comme dans La Ronde, d’Arthur Schnitzler, la vie des protagonistes va être percutée par l’irruption de cet étrange oiseau de légende, disparu depuis trois cents ans, exterminé par les Hollandais qui débarquèrent sur l’île Maurice. Cet oiseau qui glougloute en roulant des yeux exorbités met chacun face à ses responsabilités. Avec son allure de gros poulet multicolore effarouché de la taille d’une autruche aux ailes

« Dodo » Drame de Panos H. Koutras Avec Smaragda Karydi,

Akis Sakellariou, Natasa Exintaveloni

Durée 2 h 12 ■ L’avis du Figaro : ○○◐¡ En salle le 10 août

riquiqui, le dodo a l’air tellement pataud que tous ceux qui l’aperçoivent tombent sous le charme. Panos H. Koutras en fait le catalyseur de son film. Il en profite pour orchestrer une folle sarabande de personnages qui tombent le masque, abordant la question des migrants et de la sexualité, notamment grâce à un personnage non binaire très attachant. Bientôt, les frontières entre raison et folie sont mises à l’épreuve et la situation devient absurde, hors de contrôle. Comédie douce-amère, disruptive, parfois cruelle, souvent poétique, Dodo s’amuse à détricoter les codes du film de famille qui règle ses comptes lors d’un banquet (Festen, Milou en mai, Week-end en famille…). L’argument fantastique issu d’Alice au pays des merveilles déjoue les attentes, surprend et apporte cette petite dose de surréalisme qui fait tout le charme du film. Un ovni cannois qui réveille ! ■

le figaro

EN COMPétiTION Lukas Dhont, caméra d’or pour « Girl » en 2018, revient avec un film sur les tourments préadolescents. Et réveille l’idée d’une certaine idée du bonheur grâce à ses deux jeunes acteurs.

Pour Léo et Rémi, les deux héros de « Close », le temps de l’innocence va brutalement prendre fin à la suite d’un drame.

Culture 29 rappelle un peu ceux du Canadien, en moins trépidant, en plus contemplatif. Dans Girl, il se penchait déjà sur l’adolescence, racontant la transition d’un jeune garçon passionné de danse classique qui décidait de devenir une fille. Il centrait le propos sur les tourments intérieurs de son personnage, une façon plutôt maligne d’aborder un sujet épineux. Cette fois le propos est moins tranché, le sujet plus flou, l’atmosphère plus impressionniste (mention aux champs de fleurs que n’aurait pas reniés Monet dans lesquels courent Léo et Rémi).

Kris Dewitte_Menuet

Séisme intérieur

Françoise Dargent [email protected]

C’

« Close » Tempête sous deux crânes longuement sur les virées à vélo, les courses dans la campagne, les chuchoteries avant de dormir et fait de ces séquences les motifs récurrents de Close. L’été finissant, comme une évidence, les deux copains sont dans la même classe et cheminent côte à côte à la récré. « Vous êtes ensemble ? Vous êtes un couple ? », lance une fille aux deux garçons de 13 ans. Bienvenue au collège. Léo s’offusque, Rémi se tait. Première divergence. Peu à peu, Léo va changer, découvrant le foot et le hockey avec

une bande de copains. Le fossé se creuse avec Rémi, de plus en plus solitaire. Lukas Dhont avait reçu en 2018 la caméra d’or, le trophée cannois qui récompense le meilleur premier film. Le voilà désormais adoubé puisque son second long-métrage accède directement à la compétition. Il était projeté jeudi, à l’avant-dernier jour de cette compétition, ce qui expliquait le léger parfum d’impatience au sein du public et de la critique. Le réalisateur de 31 ans a de faux airs de Xavier Dolan, comme son film

« Close » Drame de Lukas Dhont Avec Eden Dambrine, Gustav De Waele, Émilie Dequenne

Durée 1 h 45 ■ L’avis du Figaro : ○○○¡

Date de sortie non communiquée

On peut interpréter comme on veut l’amitié entre les deux garçons, qui sont d’ailleurs un peu plus jeunes que le protagoniste de Girl. Mais le temps de l’innocence finit toujours par se terminer. Pour Léo et Rémi, il va brutalement prendre fin à la suite d’un drame, ce qui donne à nouveau l’occasion au réalisateur de se pencher sur le séisme intérieur qui peut frapper un adolescent confronté au pire. Aux scènes récurrentes du début, Dhont en ajoute d’autres, des matchs de hockey sur glace plus virils que les parties de cache-cache, des séances de psychothérapie collective en classe. Sa caméra s’attarde longuement sur le visage de Léo dont les yeux peuvent s’emplir de larmes lorsqu’il écoute son ami jouer du hautbois ou d’inquiétude lorsqu’il ne le voit pas venir. Le réalisateur doit beaucoup à ses jeunes acteurs et à la finesse de leur interprétation. Ils réveillent chez le spectateur le souvenir d’une certaine idée du bonheur liée à une forme d’insouciance. Elle est dépeinte par Lukas Dhont dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus fugace. ■

FDC 2022

est le dernier été avant la rentrée. Léo et Rémi sont inséparables. L’un court, l’autre cavale derrière. L’un pédale, l’autre est dans sa roue. L’un prend la pose, l’autre dessine. Le soir, ils s’invitent à dormir et se racontent des histoires sur l’oreiller. Les parents de Léo les voient passer et repasser dans le champ de fleurs qu’ils cultivent. Ceux de Rémi ajoutent toujours un couvert à table. Lukas Dhont les cueille à la lisière de l’enfance - l’âge auquel on peut encore jouer aux chevaliers avec des épées en bois et tout se dire. La préadolescence dit-on aujourd’hui, plus tout à fait enfant mais pas encore adolescent. Léo et Rémi flottent dans cet état intermédiaire le sourire collé aux lèvres, un monde cotonneux où l’on ne cherche pas encore à ressembler aux autres, où l’on s’en fiche d’ailleurs, à la vie comme à la mort. Lukas Dhont filme ses deux acteurs (Eden Dambrine et Gustav De Waele) avec une belle délicatesse. Il s’attarde

vendredi 27 mai 2022

en compétition Tahiti, morne plaine. Rien que le titre . Ce devait être Pacifiction, il est devenu Tourment sur les îles. Cette blague de fin de repas serait huée par l’ensemble des convives. Cependant, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Le jeu de mots qui a finalement été abandonné est peut-être l’élément le plus supportable de ce (très) long-métrage (2 h 45). Sur l’île, de sourdes rumeurs circulent. Il serait question de reprendre les essais nucléaires. On s’attend à des remous. Un homme d’affaires se démène pour éviter le pire. Il circule dans l’atoll, a des rendez-vous avec un tas de personnages, est un habitué de la discothèque et il s’apprête à ouvrir un nouveau casino. Un amiral ne tient pas l’alcool. Un Américain trop tranquille observe les événements derrière ses lunettes d’aviateur. Un sous-marin mouille au large. La romancière Cécile Guilbert tient le rôle d’un auteur invité sur place. Les séquences se succèdent sans rime ni raison. Albert Serra nous a déjà accoutumés à ce cinéma asthmatique (Liberté). Sergi Lopez effectue des apparitions de quelques secondes. Magimel joue avec la désinvolture d’un Dutronc. Que fabriquent ces acteurs dans ce fumeux imbroglio ? Apparemment, un séjour en Polynésie ne se refuse pas. Ah, les vahinés ! é. N. Date de sortie non communiquée

Bizibizi

coup de bambou

« tourment sur les îles » : paradis pénitentiel

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:17:49c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

Autre

un

Demain

Quinzaine des réalisateurs De film en film, Nicolas Pariser glisse vers la comédie et la légèreté. Son premier, Le Grand Jeu, n’était pas drôle du tout. André Dussolier recrutait Melvil Poupaud, écrivain fauché, dans un thriller politique inspiré de l’affaire de Tarnac. Dans le doux-amer Alice et le maire, la philosophe Anaïs Demoustier conseillait Fabrice Luchini, édile socialiste en panne d’idées. L’essence du Parfum vert est encore différente. En empruntant son titre à un pastiche de Tintin, Pariser annonce la couleur. Ligne claire, absence de psychologie et aventures, on se croirait dans un album d’Hergé, mâtiné de Hitchcock. Il ne manque que la houppette à Vincent Lacoste. Il est Martin, acteur de la Comédie-Française qui voit un de ses codisciples mourir sur scène. Soupçonné, traqué par une mystérieuse organisation, Martin se transforme en reporter pour mener l’enquête, aidé par Sandrine Kiberlain, dessinatrice. Pariser oscille entre l’exercice de style et la comédie politique. Pourquoi les deux ? Son propos sur la montée des nationalismes en Europe arrive comme un Schtroumpf à Moulinsart. On s’y perd après avoir beaucoup ri. On pense parfois à Bruno Podalydès. La fantaisie est là, un peu moins naturelle chez Pariser, mais toute aussi rafraîchissante. F. D. Date de sortie non communiquée

A

coup de crayon

« Le Parfum vert », une fragrance de Tintin

vendredi 27 mai 2022 le figaro

30

Télévision

« stranger things » une saison en enfer De retour après trois ans d’absence, la série culte de Netflix se réinvente avec énergie, mais traîne parfois en longueur au fil de sept nouveaux épisodes.

lus effrayants et plus énormes, ces sept épisodes amalgament la comédie, la romance, ­ l’hémoglobine, la peur. Plusieurs fois, j’ai dû détourner le regard du script. Will a pris de la hauteur, est moins tourmenté par le paranormal que le quotidien », prévenait Noah Schnapp lors de son passage à Paris. Signe de ce changement d’échelle, le comédien de 18 ans qui interprète Will Byers, jadis kidnappé et possédé par le monstre sans visage emblématique de la série culte de Netflix, a, comme ses camaraFoi intacte en l’amitié des, pris une vingtaine de centimètres et ne fait plus vraiment lycéen. À l’imaEn creusant sa mythologie et en donge des spectateurs mûrs pour apprécier nant à chaque groupe de protagonistes un virage assumé vers l’horreur, à misa propre quête, cette avant-dernière chemin entre Freddie et les griffes de la et quatrième saison renoue avec la tennuit et L’Exorciste. sion des débuts. Mais tarde à faire converger les parcours, quitte à Pour son retour après trois ans tirer à la ligne. Toutes les intrid’absence, l’ode à la popgues ne se valent pas. Le trio culture des années 1980 des frècomique Robin (Maya Hawke res Duffer qui suit les péripéties ○○○¡ qui détourne la série), Nancy et surnaturelles d’une bande de Steve est une merveille, de gamins de l’Indiana, renouvelle même que le road-trip improbable des ses tics et vise la démesure. Ceci avec des frères Byers et la bande originale riche volets d’une heure à une heure et demie. en tubes d’époque notamment ceux de Désormais, les vétérans du monde à Kate Bush. En revanche, le goulag sibél’envers, la dimension cauchemardesrien de Hopper et la « thérapie » que et démoniaque existant sous la petid’Onze pour retrouver ses dons s’éterte ville de Hawkins, sont éparpillés aux nisent et ennuient même si cela ouvre quatre vents. Quelques mois après la une fenêtre sur son enfance aux mains grande bataille du centre commercial et du Dr Brenner. le sacrifice du chef de la police, Hooper (David Harbour), pour refermer le porCes fils dominent malheureusement la tail, Steve, Robin, Nancy, Lucas, Dustin, fin de ce premier bloc qui souffre de la

zapping « devils » le retour

Le thriller financier Devils est de retour dans une saison 2, à partir du 5 juillet sur OCS Max. La série - adaptée du roman semiautobiographique de l’ex-trader italien Guido Maria Brera - qui avait rencontré un succès éclatant, va continuer à rendre la finance internationale compréhensible pour le grand public. Les deux héros, Massimo Ruggero (Alessandro Borghi) et l’énigmatique Dominic Morgan (Patrick Dempsey), vont encore parcourir cette zone grise dans laquelle se joue l’avenir de nos économies et, finalement, celle du monde. Cette nouvelle saison plongera dans un univers plus dangereux que jamais. Ceci à l’heure du Brexit, de l’ère Trump, des bitcoins et du coronavirus.

marie-noëlle tranchant

D

iplomatie, sorti en 2014, met face à face Niels Arestrup et André Dussollier devant la caméra de Volker Schlöndorff. Les deux comédiens, formidables, retrouvent les personnages qu’ils ont joués avec succès sur scène dans la pièce éponyme de Cyril Gély : le général von Choltitz, gouverneur militaire de Paris occupé, et le consul de Suède, Raoul Nordling. Tout se passe en quelques heures, dans la nuit du 24 au 25 août ○○○○ 1944. Alors que l’offi-

1. Va mettre en pièces. - 2. Frais pour les petits Suisses. - 3. Ring pour les gladiateurs du MMA. - 4. Créatrice de manteaux. Homme du passé. - 5. Un marteau sur le toit. - 6. Ration de survie. Blanchit les dents. - 7. L’ut moderne. Tête de colonne. - 8. Identifiées comme clientes potentielles. - 9. Bordures réduites. Tente d’appeler l’espace. - 10. Proches des moutons. Droit au cœur. - 11. Point de côté. A l’arme à l’œil. - 12. Nous épargnent la cafetière.

cier s’apprête à détruire Paris, sur l’ordre de Hitler, le diplomate va tenter de l’en dissuader. Leur affrontement est captivant, et le cinéma donne une ampleur symphonique nouvelle à ce huis clos dans le bureau de von Choltitz, à l’hôtel Meurice.

En ouverture, des images d’archives de villes bombardées alternent avec le survol de la capitale française encore intacte. Dans un premier mouvement tumultueux, on met en œuvre le plan de destruction, l’agitation qui règne dans l’hôtel. Soudain apparaît Raoul

20.55

Vendredi 27 mai Par Vincent Labbé

1

2

3

4

5

6

7

8

1 3 4

SOLUTION DU PROBLÈME N° 5988

2022-05-27T10:12:40+02:00

2022-05-27T06:17:49c:Figaro;u:mvuillemenot;

Jour:

A

HORIZONTALEMENT 1. Paganise. - 2. Avalants. - 3. Raient. - 4. TNT. Aise. - 5. ITER. Mu. - 6. CD. Écart. - 7. Ieper. Pr. - 8. Pré. Aère. - 9. Andantes. - 10. Tian. Ans. - 11. Ieltsine. - 12. Froissés. VERTICALEMENT 1. Participatif. - 2. Avant-dernier. - 3. Gaîté. Pédalo. - 4. Ale. Rée. Anti. - 5. Nana. Cran. SS. - 6. Intima. Étais. - 7. St. Surprenne. - 8. Este. Tressés.

Jérôme Prébois/Film Oblige/ARTE

MOTS MÉLANGÉS ALSACIEN

FANTAISIE

PILON

CENS

INNÉ

PISCINE

SUCRER

VISITE

CHARNEL

MATINÉE

RAPIAT

TAUPE

VITRIOL

SOIRÉE

MÉLO

RAPPEL

TRIPTYQUE

VOTER

EAU-FORTE

OCARINA

SENTI

UTILE

WATT

PANDA

SHAH

ÉREINTÉ

E D A

R M D N

E

VENTRÈCHE

L

C A L V

U

E

O T

O E

C A N

F

L

R

I

E N A

I

O R C

Y V

T

R

F

T

A T

U

C A O E A

I

P

I

Q R S I

I

E

E

N R N E S L R N I

I

T R U

I

S

P A

T S

T

N A V

L

I

P U

I

I

H N

T P C A

E C A

R

I

E P

L

T

T A

E A A M

V O T

E R

L

E

E

A F

H S W R

E

T

E

6 4

1

3 5 7

7

8 9

6 4

1

1

7

8 9 6 4 5 3

2

3

2

1

7

5 6

6 4 9 8

8 5 9 3

7

2 4

1

6 4

1

8 2

9 3

7

5

5 9 6 4 8 3

1

2

7

4

1

2

7

9 6 3 5 8

7

8 3

2

5

7

1

3 8 6

2 4

7

1

5

N E

H N D H E

I

2

9 3 5 8 2

VERSATILE

DÉFAIT

5

12

Niels Arestrup et André Dussollier retrouvent les personnages qu’ils ont interprétés sur scène avec succès.

Barrez dans la grille tous les mots proposés. Cherchez-les horizontalement, verticalement ou diagonalement. Il ne vous restera alors que les lettres formant le mot mystérieux.

2

11

Autre

Nordling, entré par une porte dérobée. Il explique que c’était le passage secret qui permettait à Napoléon III de rejoindre sa maîtresse, actrice. Voilà un empereur qui savait protéger sa vie privée… Mais assez badiné. La partie serrée qui se joue entre l’homme de guerre et le diplomate est passionnante parce qu’elle est presque constamment à égalité. L’un est un plantigrade puissant mais déjà affaibli, l’autre un félin souple et subtil, concentré sur l’instant. Le point se fait tantôt sur l’un, tantôt sur l’autre. Le jour se lève sur Paris… On a beau connaître la fin de l’histoire, on est pris par ce suspense de la conscience. Obéir, désobéir, c’est toujours la question. ■

L’homme de guerre et le diplomate

6 VERTICALEMENT 1. Il a d’abord chanté pour Suzanne et Marianne avant 7 d’entonner son Hallelujah (prénom et nom). - 2. Complète la mise. - 3. Versa sa contribution. Trop faits. 8 - 4. Variété d’encens. Et pourtant l’on y descend beaucoup plus de pastis que de bières ! - 5. Font bisquer. Prend la 9 route. - 6. Il est vieux je. Serpent d’eau congolais. Chien en bande. - 7. Guide du crack. En tient une couche au lit. 10 - 8. Ne risquent pas de se donner un genre. Fort.

un

rappelle que vous n’êtes pas seuls. Nombreux sont ceux qui ne s’intègrent pas, qui se voient comme bizarres et des parias », souligne Noah Schnapp, pour qui la série a été une école de la vie et du jeu. « Winona Ryder nous a guidés et épaulés. J’ai appris à crier, hurler, pleurer pour la caméra des heures durant. Tôt ou tard, notre troupe se reformera. » En attendant, le jeune homme se prépare à rentrer à l’université pour étudier le commerce. Les héros de Stranger Things ont bien grandi. ■

En 1944, l’affrontement entre von Choltitz et Nordling filmé par Volker Schlöndorff.

PROBLÈME N° 5989

Demain

même inflation narrative et tropisme vers l’action spectaculaire que Game of Thrones sans le montage à l’os du mastodonte de HBO. Les deux volets restants, dévoilés le 1er juillet, affichent déjà une durée de long-métrage ! Le budget aussi. Trente millions de dollars par épisode. Netflix joue gros, à l’heure où la plateforme perd des abonnés, multiplie les licenciements et les annulations. Reste intacte la foi de la série en l’amitié. « Stranger Things redit l’importance d’être présent pour les autres et

« Diplomatie » : tout pour sauver paris

MOTS CROISÉS HORIZONTALEMENT

Cette avant-dernière et quatrième saison de Stranger Things prend un virage assumé vers l’horreur et renoue avec la tension des débuts. De gauche à droite : Argyle (Eduardo Franco), Jonathan (Charlie Heaton), Onze (Millie Bobby Brown), Will Byers (Noah Schnapp) et Mike Wheeler (Finn Wolfhard). Netflix

SOLUTION DU N°4008

P

«

la bouleversante Max et Mike sont restés dans l’Indiana. Tandis que Joyce (Winona Ryder) a refait sa vie en Californie avec ses fils, Jonathan et Will, et la fille adoptive de Hopper, Onze. Les pouvoirs de télékinésie de la jeune fille (Millie Bobby Brown) ont été annihilés par la sanglante confrontation avec le Flagelleur mental. Elle n’est plus qu’une ado, perdue et moquée par ses camarades populaires et pimbêches. Une normalité déprimante balayée par l’arrivée d’un colis en provenance d’URSS suggérant que Hopper est en vie et aux mains des Soviétiques. À Hawkins, un nouveau démon baptisé Vecna, sévit. Doué cette fois de conscience et de parole…

9

6 8 4 9 SOLUTION DU N°4009

constance jamet £@constancejamet

1

2

9 6 4

3

5

1

3 2 4 6 5 9 8

7

2

1

9

8 9

5 6 8 3 4

7

7

1

4 2

3 6

4 6 3

7

2

9

5 8

7

2

9 6 8 4 3

5

1

5

1

3 4 6 8 5

1

7

9

2

9 2 8 3 4

7

5 6

1

S H T SOLUTION DU MOTS À MOT Les mots sont : ÉCULER - PULSAR - PICHET.

vendredi 27 mai 2022

le figaro

télévision

météo

Tous les programmes dans TV Magazine et sur l’appli TV Mag

À LA DEMANDE 21.10

21.10

Les touristes

21.10

Candice Renoir

Divertissement

ÉPHÉMÉRIDE St-Augustin Soleil : Lever 05h54 - Coucher 21h40 - Dernier croissant de Lune

MATIN

Allez viens, je t’emmène...

Série. Policière

31

par

Fargo

Divertissement

14

30 13

13 12

13

12

Prés. : Arthur. 1h45. Mission hôtel de luxe. Durant trois jours et deux nuits, Virginie Hocq, Booder, Claudia Tagbo, Chris Marques, Cartman et Issa Doumbia se forment aux arts de la table dans un établissement 5 étoiles, à deux pas du château de Versailles.

Fra. 2021. Saison 10. Avec Raphaël Lenglet. 2 épisodes. Inédit. Après le meurtre d’une cheffe d’entreprise, Candice Renoir enquête sur les activités de la compagnie, mais aussi sur le comportement parfois déplacé de la victime.

22.55 Les touristes. Divertissement. Mission hôtel de luxe, la suite.

22.55 Taratata 100% live. Variétés. Prés. : Nagui.

21.10

23.15 Annette. Film. Drame. Inédit.

23.30 Une fille facile. Film. Comédie dramatique. Avec Mina Farid, Zahia Dehar, Benoît Magimel. Inédit.

20.55

Aline

21.10

Diplomatie

Film. Comédie dramatique

Fra/Can. 2020. Réal. : Valérie Lemercier. 2h08. Avec Valérie Lemercier. Une jeune chanteuse québécoise devient une diva internationale de la chanson grâce à son talent, à son mari producteur et au soutien de sa grande famille.

Prés. : Laury Thilleman. 2h15. Les variétés cultes. Inédit. Laury Thilleman propose une immersion au cœur des chansons, des sketches et de l’humeur légère de la télé de Maritie et Gilbert Carpentier.

Zootopie

Film. Drame

Film. Animation

Fra/All. 2014. Réal. : Volker Schlöndorff. 1h20. Avec André Dussollier. Dans la nuit du 24 août 1944, le consul suédois Raoul Nordling tente de convaincre le général von Choltitz de ne pas faire sauter les monuments parisiens. 22.15 Simon & Garfunkel : L’autre rêve américain. Documentaire.

EU. 2016. Réal. : Byron Howard, Rich Moore, Jared Bush. 1h48. A Zootopie, où cohabitent toutes les espèces d’animaux, une lapine fait son entrée dans la police et doit collaborer avec un renard pour résoudre une enquête.

Série. Fargo est une série d’anthologie, où chaque saison introduit de nouveaux personnages, basée sur le film du même nom des frères Coen sorti en 1996. Le créateur de la série, Noah Hawley, ne s’est pas contenté de reprendre stricto sensu l’univers du film d’origine mais y a apporté sa touche personnelle. Mais le cadre général reste toutefois des enquêtes policières et des drames familiaux dans différents états du Midwest. Ainsi on retrouve au casting Billy Bob Thornton (saison 1), Kirsten Dunst (saison 2), Ewan McGregor (saison 3) et Chris Rock (saison 4). Une 5e saison est en route pour le plus grand bonheur des amateurs de thriller et d’humour noir, la marque de fabrique de Fargo.

10

12

13

13

12

12

11

14

18

18

14

24

21 19

21

20 20

APRÈS-MIDI 19

20

19

18

23

19 22

20

23

Verticale 8 :

20

23

28

24

27

21

22

23

30

21

20

20

22

APPLICATION

20

19

20

18

réunion de quartier

23.10 Top Gun. Film. Action. Avec Tom Cruise.

10

11

12

20

13

11

11

10

12 11

12

12

13

27

26

31

33

25

31

32

28

20

28

30

T (en °c)